CHAPITRE II
efforts.
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les plus profondes de la population, c’est bien ; mais encore faudrait-il que les pauvres gens qui occupent les plus bas degrés de l’échelle sociale eussent les ressources nécessaires pour utiliser ces conseils.
En attendant que la généralisation de l’aisance et aussi les progrès de l’instruction aient amené des temps meilleurs pour tous, il ne faut pas se lasser d’apprendre à tant de gens qui l’ignorent, à quels dangers l’enfant est exposé dès son entrée dans la vie et quels sont les moyens de l’en préserver : et si faible que puisse être le nombre de ceux qui auront tiré quelque profit de ces pages, je ne regretterai pas de les avoir écrites.
§ Ior. — Premiers soins.
L’enfant a été expulsé du sein de la mère, tout rapport physiologique entre ces deux êtres qui ont vécu pendant neuf mois d’une vie commune, a été définitivement interrompu par la ligature et la section du cordon ombilical, et cet être si délicat se trouve tout-à-coup exposé, par cette vie nouvelle, à des difficultés, à des dangers dont il faut le préserver.
Les premiers soins dont il doit être l’objet ont une extrême importance, et il n'est question, bien entendu, pour le moment, que de l’enfant venu à terme, bien constitué, bien portant et des précautions d’hygiène dont il est nécessaire de l’entourer, précautions que tout le monde devrait connaître, afin qu’à défaut d’accoucheur ou de sage-femme, dans les cas par exemple d’accouchement rapide, ou loin de tout secours médical, les personnes de l’entourage soient en état de faire le nécessaire.
Avant tout, il faut le poser sur un linge chaud, entre les jambes de la mère, en ayant soin de le placer sur le dos ou sur le côté pour qu'il puisse respirer librement, puis introduire le petit doigt dans sa bouche pour en enlever les mucosités ou les liquides qui ont pu y pénétrer.
A. Section du cordon et pansement. — La plupart des accoucheurs sont partisans de la section tardive du cordon ombilical ; Budin a même démontré que l’enfant bénéficie de 80 à 90grmm de sang -lorsqu’on retarde cette section jusqu’à une ou deux minutes après la cessation des battements vasculaires du cordon.
D’un autre côté cependant, on ne peut impunément laisser le nouveau-né exposé au froid dans les liquides dont le lit de la mère est souillé ; il faut donc, si, ni accoucheur, ni sage-femme ne sont présents, qu’un des assistants lie et coupe le cordon, pour qu’on s’occupe sans retard du lavage de l’enfant. Ce lavage est d’un usage universel et il n’est pas de matrone de village qui ne soit au courant de cette pratique, dont le but est de débarrasser le corps de l’enfant du sang, du liquide amniotique, du méconium et souvent des matières excrémentitielles de la mère, dont il est souillé.
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Pour cela, l’eau chaude suffit, mais il n’en est pas de même, lorsqu’il s’agit d’enlever la matière sébacée dont le corps de certains enfants est plus ou moins complètement recouvert ; il faut alors enduire la peau d’un corps gras, huile, beurre ou jaune d’œuf, qui, en se mêlant à la matière sébacée, en diminue la viscosité et permet de l’enlever facilement par le frottement. Cette petite opération faite, le plus rapidement possible, pour éviter tout risque de redroidissement, l’enfant est plongé dans un bain savonneux, tiède, à 35° ou 36°, d’où on le retire au bout de 3 à 4 minutes, après l’avoir bien frotté sur toute la surface du corps, avec une éponge ou un linge, pour le recevoir dans un linge chaud qui le sèche complètement.
Il faut alors procéder au pansement du cordon ombilical ; autrefois ce pansement consistait simplement à entourer le cordon d’un linge imprégné d’huile et à le recouvrir d’une petite compresse maintenue par une bande de flanelle faisant plusieurs fois le tour du corps. Mais dans ces conditions, le sillon de séparation devenait parfois le siège d’un travail inflammatoire, souvent compliqué d’érysipèle, d’ulcération, parfois même de phlébite, par suite de l’invasion de microbes pathogènes, dans le liquide séro-sanguin qui s’écoule du cordon ; la microbiologie, en révélant la présence de ces dangereux parasites, a conduit à modifier complètement le pansement de la plaie ombilicale, et l’un des meilleurs moyens de la garantir des microbes ( Bacillus subtilis ou staphylocnccus pyogenes ) est de recouvrir l’insertion du cordon et le cordon lui-même d’ouate hydrophile phéniquée, ou même encore sublimée, qu’on renouvelle pour la première fois, au bout de 24 heures, puis tous les deux jours seulement, si on ne prend pas l’habitude de baigner l’enfant, tous les jours ce qui est le meilleur moyen de le nettoyer complètement ; dans ce cas, le pansement sec avec l’ouate antiseptique est renouvelé après chaque bain.
Un autre pansement antiseptique consiste à saupoudrer le cordon de sous-nitrate de bismuth et d’iodoforme : mais indépendamment de l’odeur si pénétrante et si désagréable de l'iodoforme, ce pansement sec a l'inconvénient de retarder parfois jusqu’au dixième jour la chute du cordon ; aussi, peut-on se borner simplement à essuyer le cordon avec du coton hydrophile, puis à le recouvrir hermétiquement d’un bourdonnet de ce même coton imbibé de glycérine pure, que l’on maintient par quelques tours de bande ; ce pansement peut rester en place jusqu’à la chute du cordon, c’est-à-dire au bout de cinq jours, en changeant seulement les bandes si elles sont tachées.
Lorsque le cordon est tombé, s’il subsiste un suintement au niveau de l’ombilic on le dessèche à l’aide de tannin ou d’alun et, s’il y a un peu de suppuration, ce sera le cas d’employer l’iodoforme, en dépit de son odeur ; c’est ainsi qu’on évitera la production de bourgeons charnus qu’on serait obligé de réprimer avec le crayon de nitrate d’argent.
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Il est indispensable de maintenir autour du ventre les tours de bande, même après la cicatrisation complète de l'ombilic, surtout si les cris de l’enfant paraissent provoquer à ce niveau une légère saillie.
B. Lavage et surveillance des yeux. — Il est une précaution dont l’oubli trop fréquent peut avoir les plus tristes conséquences, je veux parler du lavage des yeux. Il suffit, en effet, que s’introduisent entre les paupières quelques gouttes des liquides dans lesquels a pu tremper le visage du nouveau-né, au moment de la naissance, surtout si ces liquides sont mélangés d’un écoulement leucorrhéique de la mère, pour qu’éclate au bout de quelques jours, parfois même dans les premières quarante-huit heures, une inflammation aigue de la muqueuse palpébrale, une ophtalmie qui peut devenir rapidement purulente et entraîner après elle des désordres d une extrême gravité, soit une opacité plus ou moins étendue de la cornée avec staphylôme, soit même la fonte totale de l’œil, par conséquent une perte partielle de la vue, et une cécité complète, si les deux yeux sont atteints.
Pour bien faire comprendre à quel point sont nécessaires les plus minutieuses précautions pour le nettoyage des yeux du nouveau-né, je tiens à signaler les faits lamentables révélés par la statistique et sur lesquels les oculistes ont, dans ces derniers temps, appelé l’attention des médecins et du public d’une manière toute spéciale.
Des statistiques nombreuses recueillies dans plusieurs Etats de l’Europe établissent que la cause la plus fréquente de la cécité est l’ophtalmie purulente des nouveau-nés.
Dans une réunion des directeurs des asiles d’aveugles, en Autriche et en Allemagne, tenue en 1876, il a été établi que chez 33 p. 1Ü0 des enfants aveugles admis dans ces asiles, l’ophtalmie purulente des nouveau-nés avait été la cause de leur cécité : à Lemberg, cette proportion s’élevait à 60 p. 100. D’après une statistique dressée par Chevalleroau à l’école Braille, sur 157 enfants qui y ont été admis, 57, soit 36 p. 100 étaient aveugles par suite d’ophtalmie contractée au moment de la naissance. Trousseau a trouvé, à l’hospice des Quinze-Vingts, une proportion de 38 p. 100: la statistique de l’Institution des jeunes aveugles donne une proportion de 34 p. 100; enfin Dehenne a établi, d’autre part, que sur 100 enfants atteints d’ophtalmie purulente, 35 à 40 restent irrémédiablement aveugles.
Ainsi, sans compter la foule de borgnes ou d’estropiés qui ne sont pas complètement aveugles, l’ophtalmie purulente compte le tiers des aveugles à son passif. Or, l’aveugle de naissance est un être nécessairement incapable de gagner sa vie et comme c’est surtout dans la classe pauvre qu’on voit se produire ces déplorables faits, tout aveugle devient une charge pour l’Etat, et c’est par milliers qu’il faut compter, chaque année, ces victimes de l’indifférence, plus encore de l’ignorance des
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parents, des sages-femmes et trop souvent encore de la négligence des médecins, alors qu’il suffirait des précautions les plus simples pour éviter d’aussi grands malheurs.
Quelques accoucheurs attachent à ces précautions une telle importance qu’ils ont donné le conseil de procéder au lavage antiseptique des yeux avant même de procéder à la section du cordon, ülshausen a dressé une double statistique des ophtalmies survenues dans les deux conditions suivantes : désinfection des yeux, après la section du cordon : 8,8 p. 100 d'ophtalmies ; avant la section 3,6 p. 100.
Il y a peut-être là un peu d’exagération, mais comme d’autre part, il peut y avoir un certain avantage, surtout pour les enfants débiles à ne pas couper immédiatement le cordon, accoucheurs ou sages-femmes feront prudemment de faire de suite le lavage antiseptique des yeux du nouveau-né, toutes les fois surtout qu’ils auront constaté un écoulement leucorrliéique chez la mère.
Lapersonne (de Lille), également préoccupé du danger de l’ophtalmie purulente, a donné le conseil de laver les yeux du nouveau-né, non pas avant la section du cordon, mais avant le bain, avec un tampon d’ouate hydrophile imprégné d’acide borique ou de liqueur de Van Swieten étendue d’une égale quantité d’eau bouillie.
Un fait sur lequel tous les oculistes sont d’accord c’est que, il est à peu près impossible, tout d’abord, de reconnaître si une ophtalmie qui débute chez le nouveau-né, sera bénigne ou grave. Il faut donc que les médecins ou les sages-femmes et surtout le public soient mis en garde contre toute rougeur apparaissant aux yeux du nouveau-né : il faut par tous les moyens possibles détruire l’erreur trop commune qui fait n’attacher aucune importance à cette légère injection des paupières qu’on attribue à des causes banales, telles qu’un coup d’air, le mauvais temps, la gourme même, sans songer à la nature souvent spécifique et contagieuse de cètte inflammation commençante.
Pour quelques auteurs allemands, l’ophtalmie purulente est, dans l’immense majorité des cas, due à la transmission d’un virus spécifique contenu dans les sécrétions blennorrhagiques de la mère ; ils n’admettent pas qu’un écoulement simplement leucorrliéique ou purulent du vagin puisse engendrer l’ophtalmie purulente ; en d’autres termes, pour eux, toute ophtalmie purulente est une ophtalmie blennorrhagique ; je ne puis, pour ma part, accepter cette doctrine, parce que dans les quelques cas d’ophtalmie purulente de nouveau-né, que j’ai eu l’occasion d’observer dans la clientèle, j’avais la certitude la plus absolue qu’il n’y avait chez les mères qu’une leucorrhée insignifiante. Le principal argument qu’invoquent Neisser et Léopold à l’appui de leur opinion est la présence du gonococcas dans les écoulements vaginaux qui ont engendré l’ophtalmie purulente des nouveau-nés. Mais est-il bien démontré que le gonococcus ne peut exister sans blennorrhagie ? La spécificité du gonocoque de
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Neisser est fort discutée ; on a trouvé ce microorganisme chez des enfants certainement non atteints de blennorrhagie ; par exemple dans l’-urèthre d’un enfant nouveau-né dont la mère et le père étaient parfaitement sains. A l’hôpital de Hambourg, on a observé des petites filles atteintes d’écoulement leucorrhéique qui n’était point de nature vénérienne et qui cependant renfermait des gonocoques. Dans un orphelinat de New- York, des fillettes également atteintes d’écoulement leucorrhéique, non spécifique, car il était impossible d'admettre une infection blennorrhagique, furent atteintes d’ophtalmie purulente et communiquèrent leur affection à leur entourage ; 22 enfants furent contaminés et d’une manière assez grave pour que chez plusieurs la vue ait été compromise ; enfin il résulte des recherches d’Oppenheimer que chez un tiers des femmes enceintes, on trouve le gonococcus dans le liquide vaginal : d’où il suit que si l’opinion des médecins allemands était absolument fondée, il faudrait admettre que, sur trois femmes enceintes, il y en a au moins une qui est atteinte de blennorrhagie.
Je ne m’arrêterai pas plus longtemps sur une question de doctrine dont la solution, exclusivement du ressort de la bactériologie, ne peut d’ailleurs modifier en rien le caractère de gravité de l’ophtalmie purulente, dont il s’agit ici de chercher à prévenir le développement.
De 1870 à 1880, Galezowski a fait le relevé des ophtalmies qu’il a eu l’occasion de soigner, et sur 60.152 malades qui se sont présentés à sa clinique, il a constaté 508 cas d’ophtalmie de nouveau-né dont 111 avec des accidents plus ou moins graves,- tels que perforation, nécrose partielle ou totale de la cornée, ulcérations, leucômes, staphylômes, atrophie du globe, cataracte capsulaire, et la plupart de ces malades avaient été traités par les émollients, par des instillations du lait de la nourrice, par les astringents et même par la cautérisation, mais pratiquée évidemment, ou trop tard, ou sans méthode, car s’il est encore un point sur lequel les oculistes sont unanimes, c’est qu’une ophtalmie purulente des nouveaunés, prise à temps, doit guérir, même dans sa forme la plus grave, et que toute ophtalmie purulente, mal soignée ou abandonnée à elle-même, peut amener la destruction de l’œil.
De tous les faits qui précèdent, la première indication qui ressort est de débarrasser le vagin de tout écoulement leucorrhéique par des injections de liquide antiseptique, pendant les derniers temps de la grossesse et surtout au moment où commence le travail et, en tout cas, de laver le plus tôt possible les yeux du nouveau-né avec la solution boriquée ; d’après Doléris, cette simple précaution a suffi pour amener une diminution dans le nombre des cas d'ophtalmie : de 12,6 à 4,76 p. 100. Ribemont conseille d’enlever les mucosités qui recouvrent les paupières du nouveau-né et qui, en coulant au niveau de leur bord libre, peuvent inoculer la conjonctive ; puis d’exprimer entre les paupières quelques gouttes de jus de citron, comme traitement prophylactique de l’ophtalmie Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 2
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purulente ; il ajoute que si on a quelque raison de craindre une contagion par le liquide vaginal, on doit instiller entre les paupières quelques gouttes d’une solution de nitrate d’argent au 100e, ou y faire pénétrer de l’iodoforme finement pulvérisé, suivant le conseil de Yalude.
Dès le commencement de ce siècle, à une époque où l’antisepsie n’était pas connue, le docteur Gibson avait déjà signalé l’écoulement leucorrliéique de la mère, comme une des causes les plus fréquentes de l’ophtalmie des nouveau-nés, et il avait formellement insisté sur la nécessité de faire disparaître les / lueurs blanches pendant la grossesse, ou au moins pendant l’accouchement, si on n’a pu y réussir avant, en injectant dans le vagin un liquide capable, dit-il, de neutraliser l’action nocive de l’écoulement, sur les yeux du nouveau-né, mais il n'a pas indiqué la nature de ce liquide ; enfin il recommande de laver les yeux de l’enfant avec le même liquide. Voilà, certes, des indications bien précises, et on ne peut trop s’étonner que les traités d’accouchement soient restés muets jusque dans ces dernières années sur ces sages prescriptions.
Dans les maternités allemandes, on emploie la solution de nitrate d’argent à 2 p. 100 et dans plusieurs d’entre elles, les résultats ont été très remarquables ; ainsi, à la clinique de Crédé, la proportion des ophtalmies purulentes qui, de 1874 à 1879, avait été en moyenne de 10 p. 100, est tombée, en 1880, époque de l’application de la méthode, à 0, sur 200 accouchements : à 0, en 1881, sur 400 accouchements, et à 0.2 en 1882, sur 418 accouchements.
Mêmes résultats à Bordeaux, à Lyon, à Montpellier, à New-York, en Autriche et en Saxe.
Galezowski a proposé de cautériser les paupières avec une solution de nitrate d’argent au 40e; cette solution, beaucoup plus énergique que celle de Crédé, peut provoquer sur la conjonctive et la cornée un travail inflammatoire ; aussi beaucoup de praticiens en Allemagne et en France ont-ils recours à des liquides moins irritants tels que la solution ô’acide borique et la liqueur de Yan Swieten.
Mais une précaution essentielle aussi et qu’on ne saurait trop propager, est de brûler ou de tremper dans une solution antiseptique tous les linges qui ont servi au pansement d’un enfant atteint d’ophtalmie, même au début, c’est-à-dire lorsqu’il va encore doute sur la nature de la rougeur et de l’inflammation des paupières, et à plus forte raison lorsqu’apparait le liquide jaune citron, qui fera bientôt place au pus crémeux, verdâtre de l’ophtalmie purulente confirmée, qui est une des affections contagieuses les plus facilement transmissibles. Il va de soi que les personnes qui auront procédé aux pansements devront, avec le plus grand soin, se savonner les mains aussitôt après, puis les tremper dans une solution phéniquée ou dans la liqueur de Van Swieten.
Evidemment, ces mesures prophylactiques sont devenues banales
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depuis que les pratiques antiseptiques se sont généralisées, au moins dans les grandes villes où il y a des médecins et des sages-femmes éclairés, au courant des progrès de l’hygiène ; mais que d’années ne faudra-t-il pas attendre encore et que de milliers d’aveugles viendront encombrer les asiles ou mendier sur la voie publique, avant que ces idées saines aient pénétré dans les populations rurales ou urbaines, et qu’on ne voie plus figurer dans la statistique des 21.000 aveugles de la France, le contingent énorme et navrant de l’ophtalmie purulente ; pouvons-nous du moins espérer que, grâce à la vaccination et à la revaccination obligatoires, nous attendrons moins longtemps pour voir disparaître de nos statistiques les aveugles par suite de variole; mais, en ce qui concerne l’ophtalmie purulente, ce serait s’abuser étrangement que de compter sur les seuls progrès de l’instruction pour arriver promptement à une atténuation sérieuse du mal ; il faut évidemment que l’hygiène publique intervienne administrativement, et on ne peut qu’applaudir à la décision prise par l’Académie de médecine et le Comité consultatif d’hygiène de France d’inscrire l’ophtalmie des nouveau-nés au nombre des maladies dont la déclaration est devenue obligatoire pour les médecins, officiers de santé et sages-femmes.
Déjà le docteur Brière, du Havre, avait proposé, en 1880, de faire distribuer aux parents, lorsqu'ils viennent faire la déclaration de naissance, une instruction aussi nette que concise sur les soins à donner au nouveau-né, à la moindre apparition de rougeur aux yeux ; l’idée est excellente, mais je ne sais s’il y a été donné suite par la municipalité du Havre. S’inspirant de la même idée, Tesson, de Toulouse, en 1881, avait rédigé un avis imprimé qui devait être remis aux parents au moment de la déclaration; enfin, en 1882, au Congrès de Genève, Fieuzal avait proposé de faire insérer dans le livre de famille remis par le maire, à l’occasion du mariage, un avis aux parents, mais je ne sache pas qu’aucune de ces sages et utiles mesures aient été exécutée ; en tout cas, c’est aux médecins à propager, chacun dans sa clientèle, l’emploi de mesures de prophylaxie que leur simplicité met à la portée de tous, pauvres ou riches.
Galezowski a eu une idée plus pratique, celle de confier au médecin de l’état-civil, le soin d’examiner les yeux du nouveau-né dont il vient constater le sexe, et la mission d’avertir les parents, en cas de conjonctivite commençante, du danger d’abandonner à elle-même cette affection locale, en apparence bénigne et de leur conseiller de demander d’urgence l’avis du médecin de la famille et même, au besoin, d’un spécialiste. L’ophtalmie purulente ou plutôt la conjonctivite qui l’annonce, débutant souvent dès le second jour qui suit la naissance, il est probable que, dans un certain nombre de cas, la visite du médecin de l’état-civil coïnciderait avec son apparition.
Mais, en Amérique, les autorités ont été plus loin : l’Etat de New- York
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a édicté une loi qui oblige toute sage-femme ou garde en couches, ayant constaté que l’un ou les deux yeux du nouveau-né rougissent dans les premiers jours de l’accouchement, à en prévenir de suite, c’est-à-dire, flans les six heures, le bureau de santé ou un médecin pratiquant, sous peine d’être condamnée, si l’ophtalmie purulente se déclare, à une amende qui peut aller jusqu’à cent dollars, ou à un emprisonnement ne dépassant pas six mois.
’Voilà certes une mesure appelée à produire les résultats les plus heureux, et sur laquelle j'ai appelé l’attention du Comité consultatif d’hygiène et de l’Académie de médecine, lorsqu’il s’est agi de dresser la liste des maladies contagieuses dont la déclaration serait obligatoire.
C. Vêtements. — Les premiers soins indispensables ont été pris; le cordon a été lié, le corps a été lavé, on n’a négligé aucune des précautions nécessaires pour prévenir les complications du côté des yeux et du cordon ombilical, il s’agit maintenant de le vêtir.
Le vêtement du nouveau-né doit avant tout, répondre à deux indications qui sont de le garantir contre toute cause de refroidissement et de maintenir le tronc et les membres sans gêner leurs mouvements ; mais la manière dont les deux indications sont remplies, varie singulièrement, non seulement entre les divers peuples, mais encore entre les diverses provinces d’un même pays (1).
11 n’y a pas encore bien longtemps que, dans certaines provinces de France, on emprisonnait le corps des enfants, tronc et membres, dans une sorte de fourreau appelé corps, puis dans des langes de toile et de laine énergiquement serrés qui maintenaient les membres supérieurs fortement pressés le long du tronc, et imposaient à l’enfant un véritable supplice, puisqu’il ne pouvait satisfaire le besoin de mouvement qui est si vif chez lui; ce maillot avait encore l’inconvénient de gêner les mouvements respiratoires et parfois même les fonctions des viscères abdominaux. Ces pratiques déplorables ont aujourd’hui à peu près disparu et la composilion, comme l’emploi du maillot sont devenus beaucoup plus simples.
Celui qui est presqu’universellement adopté maintenant, se compose d’une chemise de toile ou de coton, d’une brassière de même tissu, puis d’une seconde brassière d’une étoffe plus forte, cotonnade ou flanelle; pour faciliter l’introduction du bras de l’enfant dans ces différentes pièces, on a l’habitude d’envelopper la main et l’avant-bras d’un cornet de papier qui les maintient droits et fermes, et glisse facilement dans les manches de la brassière.
Sur la partie inférieure de ce premier vêtement, on fixe une pièce carrée de linge, appelée lange, doublée d’une pièce semblable en laine,
(!) N’oyez pour les diverses spécimens de maillots, !.. V, p. 16") et suivantes.
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maintenues toutes deux autour du tronc par leur partie supérieure, et relevées en bas sur les membres inférieurs qu’elles enveloppent en les laissant libres. Cette disposition des langes permet d’enlever, sans défaire le haut du maillot, chaque fois qu’elle est salie par l’urine ou les déjections fécales de l’enfant, la pièce de linge pliée en cravate, la couche, dont on a enveloppé le siège avant de relever les langes.
Dans beaucoup de familles, on ajoute à la couche de toile, une pièce de caoutchouc ayant comme elle la forme triangulaire, généralement adoptée aujourd’hui de préférence à la couche carrée et dont les bouts inférieurs ramenés autour des cuisses et sur le bassin, de façon à envelopper complètement les parties génitales, forment une sorte de culotte courte. Ce tissu imperméable empêche les matières de s’étendre et permet sans doute de changer moins souvent les couches de linge, mais par contre, il maintient tout le siège comme dans un bain d'urine mélangée de déjections alvines, aussi me paraît-il préférable dans l’intérêt de l’enfant, de n'employer que les couches de toile en les changeant chaque fois que l’enfant s’est, sali.
Tel est le vêtement le plus usité pour le nouveau-né jusqu’au 5e ou 6e mois, époque à laquelle on peut substituer la robe courte au maillot, en recouvrant les membres inférieurs de bas et de chaussons de laine.
Dans quelques pays, notamment en Angleterre et dans l’Amérique du Nord, la mode, au moins autant qu'une opinion raisonnée sur l'hygiène des nouveau-nés, a fait adopter des habitudes qui paraissent réussir souvent, mais, qu’en France, les médecins ont hésité jusqu’ici à conseiller ; elles consistent à laisser nus, en toute saison, les membres et le liant de la poitrine. Il est certain que bon nombre des enfants ainsi élevés, ont un air de santé et une apparence de force vraiment remarquables; mais aussi que de victimes, qu'on ne voit pas, ont faites ces sacrifices irréfléchis à une mode en opposition complète avec les indications de la nature qui veut que l’enfant, incapable de produire beaucoup de chaleur, soit couvert de façon à conserver au moins celle qui résulte du jeu de ses fonctions.
Faut-il laisser le nouveau-né, la tète nue, dans l’intérieur de la maison ? C’est là une question qui a été plus souvent résolue par la mode que par l’hygiène et, à vrai dire, je crois qu’il ne peut y avoir, à cet égard, de règle absolue.
Sans doute, dans les climats chauds et tempérés, il n’est pas nécessaire de couvrir la tète, mais dans des conditions climatériques opposées, il serait imprudent de laisser le crâne exposé à l’action de l’air froid ; il ne faut'jamais perdre de vue le peu de puissance calorifique de l’enfant.
Mais s’il est bon, dans certaines régions de garantir la tête du nouveau-né contre le froid et l’humidité, il faut se garder de le couvrir, comme le font toutes les femmes de la campagne, de (issus épais qui entretiennent des transpirations profuses.
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La meilleure coiffure est le petit béguin de toile, recouvert d'un bonnet de percale ou de mousseline, noué sous le menton.
Que la tète soit habituellement couverte ou laissée nue, il est indispensable qu’elle soit tenue invariablement dans le plus grand état de propreté; il faut que, chaque jour, elle soit savonnée, puis brossée afin d’empècher la formation sur divers points du crâne et particulièrement au sommet, de ces croûtes infectes, mélange répugnant de sueur, de pellicules épidermiques et de matière sébacée, auxquelles un préjugé encore plus répandu qu’on ne serait tenté de le croire, même dans les classes éclairées, attribue la propriété de prévenir les convulsions, en protégeant la fontanelle antérieure contre tout choc et toute pression extérieure. Ce préjugé absurde est tellement enraciné dans l’esprit de quelques mères, qui ont pour leur enfant des habitudes de propreté minutieuse, qu’après avoir scrupuleusement nettoyé sa tète, elles en recouvrent le sommet d’une petite pièce de peau de taupe qui remplace pour elles l’infecte croûte si religieusement conservée chez les enfants de la campagne.
D. Coucher. — Ainsi vêtu, l’enfant doit être placé dans un berceau.
L’Exposition universelle de 1889 nous a montré un curieux spécimen do toutes les variétés de berceaux usités, à travers les âges et dans les différents pays, depuis la petite boîte du paysan breton, en ce qui concerne la France, jusqu’aux berceaux les plus luxueux, véritables objets d’art créés par d’habiles industriels pour satisfaire la vanité des familles opulentes. Qu’il soit en osier, en fer ou en bois, le berceau doit être assez profond pour que l’enfant ne puisse tomber au dehors, il doit aussi être mobile pour qu’on puisse, à volonté, lui imprimer des mouvements de latéralité, c’est-à-dire bercer l’enfant, ce qui est presque toujours inutile, mais qui devient parfois nécessaire pour l’endormir, en cas de maladie par exemple.
Mais, en principe, il vaut infiniment mieux habituer l’enfant à s’endormir sans être bercé, malheureusement, il est bien rare que gardes ou nourrices ne cherchent pas à calmer les cris de l’enfant, surtout dans les premiers jours, par un bercement plus ou moins prolongé, de sorte que, par la suite, il devient très difficile d’en déshabituer l’enfant, au . détriment de son repos et de celui de la mère ou de la nourrice.
Mais il est une pratique détestable et qu’on ne peut interdire avec trop de rigueur, c’est celle qu’adoptent presque toutes les femmes de la campagne et par conséquent, la plupart des nourrices sur lieu, et qui consiste à coucher l’enfant sur leurs genoux, la tète appuyée sur l’un d’eux auquel la femme imprime des secousses, plus ou moins énergiques et plus ou moins rapides, mais qui peut-être n’amènent le sommeil qu’en congestionnant le cerveau du nourrisson.
S’il est important d’habituer l’enfant à s’endormir dans son berceau,
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sans être bercé, il ne l’est pas moins de l’habituer à s’endormir sans qu’on soit obligé de faire, autour de lui, un silence absolu ; lorsque, dès sa naissance, on aura continué à remuer autour du berceau, à faire le ménage, et à causer à haute voix, il ne se réveillera que lorsque le besoin de téter se fera sentir, ou que se produira un bruit violent et subit; si, au contraire, il a pris l'habitude d’un silence complet, tout mouvement sera interdit à son entourage, car il suffira du plus léger bruit pour que son sommeil soit interrompu.
Quelques personnes croient assurer le sommeil de l’enfant en faisant l’obscurité complète dans sa chambre; je pense au contraire qu’il est bon d’habituer l’enfant à s’endormir avec la lumière, en prenant seulement la précaution de ne pas la laisser arriver directement sur ses yeux ; mais je pense aussi, qu’au moins, dans les premiers mois, il est bon de maintenir, pendant la nuit, la lueur d’une veilleuse pour faciliter à la mère ou à la nourrice la mise au sein et les changements de linge ; plus tard, lorsque l’enfant n’aura plus besoin de téter pendant la nuit, alors il sera très bon de l’habituer à se passer de lumière.
L’intérieur du berceau est garni d’un premier matelas rempli de crin, de feuilles de fougère ou de varech, puis d’un second matelas sur lequel doit reposer l’enfant et qu’avec grande raison, on fait tout simplement avec un sac de toile rempli de balle d’avoine, celte substance a très peu de valeur et les plus pauvres familles peuvent la changer fréquemment et notamment, toutes les fois que, malgré l’épaisseur des couches et des langes les déjections du nouveau-né l’ont salie.
On a proposé de remplacer les matelas par une épaisse couche de son sur laquelle l’enfant serait posé et dont on enlèverait, après chaque évacuation, la partie souillée, afin qu’il soit toujours à sec.
Ce genre de coucher serait assurément très économique, mais il aurait l’inconvénient de rendre le nouveau-né plus accessible au froid, et de l’exposer, en outre, à recevoir dans la bouche et dans les yeux les pellicules de son que ses mouvements, ou le plus léger souffle d’air feraient voler autour de lui ; enfin on a fait observer avec raison que l’exécution du procédé ne laisse pas d’être assez malpropre.
Un oreiller de crin ou de varech, un drap, des couvertures dont le nombre et l’épaisseur sont subordonnés à la température du local que l’enfant habite, complètent la garniture du berceau dans lequel le nouveau-né est couché, sur le côté, afin de faciliter l’écoulement des mucosités buccales et de préférence sur le côté gauche, ont dit quelques accoucheurs, pour éviter la compression du foie. Le décubitus latéral est surtout indispensable lorsque l’enfant vient de téter ou de boire, parceque s’il était pris de vomissements, les liquides pourraient, ainsi que Parrot en a observé des exemples, pénétrer en partie dans la glotte et amener des accidents d’asphvxie parfois mortels.
Le berceau doit être garni de rideaux destinés à garantir l’enfant des
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courants d’air, mais ils doivent être faits d’un tissu assez léger pour lui laisser toujours un cubage suffisant d'air respirable, lorsqu’on est obligé de les tenir fermés, soit pour le garantir d’un froid trop vif, soit pour maintenir autour de lui, pendant la nuit, une température un peu supérieure à celle de sa chambre.
C’est une opinion très répandue dans le public qu’une mauvaise direction de la lumière du jour, sur les yeux de l’enfant, suffit pour amener le strabisme, par suite des efforts qu’il fait pour chercher les rayons lumineux qu’on a négligé de faire arriver sur la face. C’est là une opinion qui ne repose sur aucune observation scientifique et dont il n’v a pas lieu de tenir compte, la seule précaution à prendre est de ne pas laisser arriver sur le visage de l’enfant, une lumière trop vive, qui pourrait l’empêcher de dormir.
g 11. — Accidents qui menacent le nouveau-né
Enfants débiles. — Couveuse. — Mort apparente. — Jusqu’à présent, je ne me suis occupé que de l’enfant venu à terme, bien constitué, avec le poids moyen normal de 3k,o00. Mais soit que l’enfant arrive avant terme, soit que, par suite de causes diverses telles que une maladie de la mère, des fatigues excessives ou la misère, il vienne au monde chétif et débile, au terme régulier de la grossesse, son état exige alors des précautions particulières sur lesquelles il importe d’insister.
Beaucoup d’enfants naissent à sept mois très robustes et semblent n’avoir pas besoin de soins spéciaux, mais comme le plus sûr moyen d’assurer la vie du nouveau-né, dans ces conditions, est de la maintenir dans une température chaude, il est toujours prudent de l’envelopper d’ouate sous les langes et -de placer des boules d’eau chaude, le long de son corps, dans son berceau.
Au-dessus de sept mois, si l’enfant présente des signes de débilité, les mêmes précautions sont encore indiquées ; mais au-dessous de sept mois, l’enveloppement d’ouate auquel on avait eu recours de tout temps, sans beaucoup de succès d’ailleurs, est insuffisant et il faut alors employer la
couveuse.
On sait que des enfants de six mois et demi et même de six mois, ont pu vivre ; la loi française admet comme viable l’enfant né au 180e jour de la grossesse, c’est-à-dire à partir de la fin du 0e mois. Bien de plus misérable que l’aspect de l’enfant né dans ces conditions; le corps est grêle, la peau est rouge, flasque, ridée ; la respiration est courte ; souvent c’est à peine si cet avorton a la force de crier, s'il peut remuer ses membres, s’il arrive à exercer quelques mouvements de succion. Voilà l’être que, de tout temps, on s’est efforcé de disputer à la mort, et qu’on voyait succomber presque, à coup sûr, avant l’invention de la couveuse.
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La première idée de conserver la vie à un pareil être, en le faisant vivre dans une atmosphère maintenue constamment à la température normale du corps, appartient à Denucé, de Bordeaux, qui l’a émise en 1854; elle a été reprise depuis par Crédé, de Leipsick, en 1866, et en 1879, par Peyraud, de Libourne; mais les appareils inventés par ces divers praticiens pour réaliser leur idée laissaient beaucoup à désirer, et c’est au professeur Tarnier qu’appartient le mérite d’avoir le premier employé pour les enfants débiles, un appareil analogue à celui dont on se sert pour obtenir artificiellement l’éclosion des œufs.
Dans la séance du 21 juillet 1885, notre éminent collègue a présenté à l’Académie une petite fille qui, au moment de sa naissance le 8 juin, pesait 1,020s1', et qui, placée immédiatement dans la couveuse, y est restée jusqu’au 20 juillet, c’est-à-dire pendant six semaines; elle diminua de poids jusqu'au 29 juin ; elle ne pesait plus alors que 850®r. A partir de ce moment, son poids s’est relevé progressivement et au 20 juillet il était remonté à 955 grammes.
D’après le dire de la mère et l’aspect extérieur de l’enfant, il parait à peu près certain qu’elle n’avait que 6 mois. Ce qui donnait à ce fait un intérêt tout particulier c’est le mode d’alimentation auquel l’enfant a été soumise.
Du 8 au 12 juin, elle a été gavée, toutes les heures, avec 8 grammes de lait de femme ; à partir de cette dernière date, la quantité de lait a été progressivement augmentée et dès la fin de juin, l’enfant était gavée avec 16gr de lait, toutes les trois heures ; dans l’intervalle des gavages, la nourrice lui faisait couler dans la bouche une quantité de lait difficile à évaluer mais à coup sûr bien minime. A partir du 5 juillet, l’enfant a tété et n’a plus été gavée. Elle avait une jumelle qui bien que pesant plus qu’elle, placée exactement dans les mêmes conditions et entourée des mêmes soins, a succombé au bout de 25 jours.
Quelques enfants sont si peu développés ou si faibles qu’ils ne peuvent pas avaler le lait qu’on leur donne à la cuiller; on ne peut alors les nourrir que par le gavage qui consiste dans l’emploi d’une cupule en verre à laquelle on adapte une sonde uréthrale en caoutchouc rouge ; cette sonde est introduite par un narine jusque dans l’œsophage où elle conduit la quantité de lait tiède que l’enfant doit prendre à des intervalles réguliers.
Un autre enfant présenté par Tarnier, à la même séance, avait été porté à la Maternité le 23 mai 1885, trois jours après sa naissance ; il pesait l,100gr ; placé de suite dans la couveuse, il perdit 100g1', puis son poids remonta progressivement, et le 20 juillet il pesait l,500»r.
Il était resté quarante-deux jours dans la couveuse où il avait été nourri par le gavage pratiqué, toutes les heures impaires ; toutes les heures paires, une nourrice lui faisait couler du lait dans la bouche. A partir du 12 juin, c’est-à-dire trois semaines après sa naissance, il avait commencé
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à téter et si, pendant huit jours encore, on a continué à le gaver, c'est qu’on voulait lui éviter des efforts trop répétés de succion. En effet, ces efforts finissent par fatiguer certains enfants débiles dont les tétées deviennent insuffisantes, qui s’engourdissent et meurent de faim. « Je suis convaincu, disait Tarnier, que les deux enfants que voici doivent la vie à la couveuse et au gavage et je pense qu’à l’aide de ces deux moyens, on parviendra à sauver bon nombre d’enfants qui, sans eux, auraient succombé ».
La communication de M. Tarnier a été écoutée par l’Académie avec le plus grand intérêt; c’est qu’en effet, indépendamment de son importance scientifique, elle avait le mérite de l’opportunité ; à un moment où l’accroissement de la population subit, en France, un ralentissement inquiétant, il n’était pas indifférent d’entendre dire par Tarnier que, « grâce à l’emploi de la couveuse et du gavage, on peut sauver sept ou huit fois plus d’enfants nés avant terme, qu’on ne le faisait avant » : quand on est pauvre il n’y a pas de petites économies.
De la comparaison des résultats obtenus à la Maternité, avant et après l’emploi de la couveuse, il ressort que tandis qu’aucun enfant de six mois n’a survécu dans une première période, de 1876 à 1881, 16 p. 100 sont sortis vivants de la couveuse dans la période comprise entre 1881 et 1886.
A mesure qu’on se rapproche du terme de la grossesse, le nombre des survivants augmente dans les deux périodes, mais la proportion est constamment beaucoup plus considérable pour la seconde période que pour la première. C’est ainsi que 21,5 p. 100 des enfants de six mois et demi sortaient vivants de la Maternité avant l’emploi de la couveuse qui en conserve 35 p. 100.
Le but de la couveuse est de maintenir le nouveau-né dans une température constante de 33 à 35°, et tous les modèles plus ou moins perfectionnés qui ont été imaginés depuis lacouveusede Tarnier, répondent à ce but et ne diffèrent les uns des autres que par une disposition plus ou moins ingénieuse des moyens de chauffage et de renouvellement d’air.
Le plus simple et le plus pratique est celui dont Tarnier a fait faire le modèle par Galante et qui peut être construit rapidement et à bon marché, par le premier menuisier venu, même à la campagne. 11 se compose (V. fig. N° 1), d’une caisse en bois, longue de 0"',65, large de 0"’,36, haute de 0m,50; l’épaisseur des parois étant de 0m,025mil.
L’intérieur de la caisse est divisé en deux parties par une cloison horizontale incomplète, placée à 0m, 15 environ de la paroi inférieure et formant ainsi deux compartiments, dont l’inférieur est destiné à recevoir les moines, boules de grès remplies d’eau chaude: dans ce compartiment sont pratiquées deux ouvertures, l’une latérale occupant toute la longueur de la paroi, fermée par une porte à coulisse et servant à l’introduction
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des boules; l’autre percée à une des extrémités de la boite et obturée par une porte incomplète, de façon à permettre constamment le passage d’une certaine quantité d’air.
Le compartiment supérieur disposé pour recevoir l’enfant, s’ouvre en haut par un couvercle vitré, dont la fermeture est aussi complète que possible, et que deux boutons permettent d’enlever sans peine ; sur ce couvercle est pratiqué un orifice de sortie.
Dans l’ouverture par laquelle communiquent les deux compartiments, on place une éponge imbibée d’eau pour humidifier l’air et un thermomètre qui marque la température. Le chauffage se fait au moyen de quatre ou cinq boules contenant chacune un demi-litre d’eau bouillante; on place ces boules dans la couvéuse une demi-heure avant d’y mettre le nouveau-né, puis, toutes les deux heures, on change le contenu d’une des boules qu'on remplit de nouveau d’eau bouillante.
L’air de la chambre qui doit avoir 1(5 ou 18° pénètre par la petite trappe pratiquée à l’extrémité du compartiment inférieur, s’imprègne de vapeur, d’eau au contact de l’éponge maintenue humide, s’échauffe en passant autour des boules, enveloppe l’enfant et s’échappe par l’orifice de sortie placé à l’extrémité opposée du compartiment, en établissant ainsi une circulation indispensable au bon fonctionnement de l’appareil.
Les modifications apportées à cette couveuse par Auvard, Berthod, Furst, Griffe et Ravnal, n’ont, à mon sens, qu’une importance secondaire et présentent ce grave inconvénient d’être compliquées et de n’ètre utilisables que dans les grandes villes, dans les familles riches et dans les hôpitaux; elles sont inabordables et inadmissibles pour les populations rurales.
L’enfant est placé dans la couveuse, vêtu comme tous les nouveaunés; on l’en sort, toutes les heures ou toutes les deux heures, suivant qu’il a besoin d’être gavé plus ou moins souvent. J’ai dit plus haut que Tarnier faisait nourrir l’enfant toutes les heures, alternativement par le gavage et par l’écoulement du lait d’une nourrice, et quelque courte que soit cette opération, il importe que la couveuse reste fermée pendant sa
Fis.
Couveuse du professeur Tarnier.
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durée, afin de conserver sa température intérieure, celle de la chambre où elle est installée ne devant d'ailleurs jamais descendre au-dessous de 18°.
On a proposé de compléter les effets de la couveuse en y faisant pénétrer, par moments, quelques litres de gaz oxygène; et on comprend que cette pratique puisse être d'un grand secours pour conserver de pauvres êtres venus au monde ‘dans un état de débilité extrême, et commençant à s’asphyxier, par le fait même de leur faiblesse et de l’insuffisance de leurs mouvements respiratoires.
Ces inhalations agissent en effet comme un excitant du système nerveux et s’associent très heureusement au système de la couveuse en remplissant alors le rôle d’aseptisant. Pour démontrer cette dernière action, Mlle Landais a rapporté dans sa thèse une série de recherches qui ont donné les résultats suivants: à la clinique, la couveuse sans oxygène offre déjà au nouveau-né une atmosphère supérieure au point de vue microbien, à l’atmosphère de la salle où elle se trouve, et cette atmosphère est encore rendue meilleure par l’oxygénation ; enfin, l’asepsie presque complète de la couvéuse peut être réalisée par une légère couche d’ouate, faisant fonction de filtre aux orifices d’entrée de l’air. Mais, en dehors de quelques grandes villes, où pourrait-on avoir recours à une pareille pratique?
Il est impossible d'assigner une durée fixe au maintien de l’enfant dans sa couveuse car elle est subordonnée à l’état de ses forces ; elle est rarement de moins de quinze jours, mais il peut être nécessaire de la prolonger un mois et plus. Budin a fait une remarque assez curieuse, c’est que certains enfants devenus plus vigoureux, s'agitent et crient lorsqu’après les avoir nourris, on les remet dans la couveuse ; si le fait se reproduit après plusieurs épreuves, il y a évidemment indication de les retirer, sinon définitivement, au moins pendant un laps de temps dont on augmentera, chaque jour, la durée, afin de les acclimater à la température de la chambre ; il sera toujours prudent, pendant quelque temps, de remettre l’enfant dans la couveuse pour la nuit afin d’éviter toute cause de refroidissement.
B. Mort apparente. — Que l’enfant soit né à terme, ou à une époque plus ou moins rapprochée des neuf mois, différentes circonstances peuvent amener chez lui un état d’asphyxie, avec cessation des mouvements respiratoires et battements à peine appréciables du cœur; bref, toutes les apparences de la mort.
La longueur excessive du travail, l’enroulement du cordon autour du col de l’enfant, ou sa compression entre la tête et les os du bassin, au niveau du détroit supérieur sont les causes les plus ordinaires de cette asphyxie, mais le danger de mort peut tenir aussi à des déchirures du cordon avec hémorrhagie, et dans les naissances prématurées, à la débilité extrême du nouveau-né; de là deux formes de mort apparente :
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dans l’une qui est de beaucoup la plus fréquente, la peau est violacée, turgescente, dans l’autre la peau et les muqueuses sont décolorées.
Accoucheurs et sages-femmes sont toujours en mesure de reconnaître le plus ou moins de chances de reprise de la vie que présente cet état de mort apparente quelle qu’en soit la forme et savent quels moyens doivent être mis en usage pour ranimer le nouveau-né ; mais dans bien des cas, ni accoucheur, ni sage-femme ne sont là au moment de la naissance et on ne saurait trop vulgariser la double notion de la force de résistance du nouveau-né en imminence d’asphyxie ou de syncope et de l’efficacité de certaines manœuvres pour le rappeler à la vie ; c’est pourquoi je crois utile d'entrer dans quelques détails à ce sujet.
L’arrêt des battements du cœur et la cessation des mouvements respiratoires ne sont pas toujours, chez le nouveau-né, incompatibles avec la vie et ce qu’on ne sait pas assez, dans le public, c’est que cet état de mort apparente peut se prolonger, non pas seulement pendant quelques minutes, mais pendant des heures ; les traités d’obstétrique sont pleins de faits qui montrent que, par des efforts persévérants, on a pu rappeler à la vie des enfants qui semblaient irrémissiblement condamnés à mourir.
Et d’abord, lorsque le nouveau-né, en état de mort apparente, présente les caractères extérieurs de l'asphyxie, c’est-à-dire une coloration bleuâtre des tissus et une sorte de turgescence de la peau, il faut se hâter de couper le cordon ombilical et il suffit parfois de laisser écouler une ou deux cuillerées de sang, avant la ligature, pour que l’enfant revienne à la vie.
Dans la forme anémique qui se traduit par la pâleur de la peau et des muqueuses, on peut, au contraire, ranimer l’enfant rien qu’en retardant pendant quelques minutes la ligature et la section du cordon. Quelle que soit la forme de la mort apparente, le premier soin doit êlre de débarrasser la cavité buccale et le pharynx de tous les liquides qui ont pu s’y introduire pendant le travail de l’accouchement en y passant le doigt, muni ou non d’un linge sec, puis d’exercer sur toute la surface du corps des frictions énergiques avec l’alcool camphré ou non, l’eau-de-vie, l’eau de mélisse, l’eau de Cologne ou tout autre liquide alcoolique, en cherchant à provoquer des mouvements respiratoires ; il suffit souvent, pour obtenir ce résultat, de titiller les narines de l’enfant avec une plume dont les barbes sont imprégnées d’ammoniaque diluée, en même temps qu'on lui lance brusquement, avec la bouche, sur le visage, un jet d’eau froide qui, par un acte réflexe, provoque quelques mouvements respiratoires, et par suite, quelques contractions du cœur.
Mais si ces moyens auxquels il ne faut pas trop s’attarder, n’ont amené aucun changement, au bout de quelques minutes, il faut se hâter de pratiquer la respiration artificielle.
Bien des procédés ont été imaginés pour réveiller les mouvements respiratoires et ce serait m’éloigner du but que vise ce travail, que de les passer en revue et d’en discuter la valeur relative. Je crois faire chose plus utile en indiquant le procédé qui est le moins compliqué, que la
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3fl
personne la moins éclairée peut mettre en usage et qui, en définitive, donne les résultats les plus prompts : je veux parler du système, dit de Sylvester, du nom de son inventeur.
Il consiste à placer l’enfant sur le dos, les épaules légèrement soulevées par un coussin, puis à écarter les bras du tronc, à les élever sur les côtés de la tête, à les tendre en haut et en avant et à les ramener ensuite le long des parois de la poitrine que l’on presse doucement.
Dans le premier temps de ces manœuvres, on reproduit, par le soulè- . vement des côtes, le mécanisme d’une inspiration profonde, puis par la pression des parois thoraciques, le mouvement d’expiration. Mais indépendamment de ces mouvements qui doivent être répétés avec méthode et persévérance, il est une petite manœuvre que Sylvester a indiquée, sur laquelle il n’a pas suffisamment insisté et qui consiste à exercer sur la langue de l’enfant, des tractions en avant, dans le double but d'assurer la libre entrée de l’air dans la trachée et de provoquer par ces tractions répétées un mouvement réflexe du diaphragme qui doit concourir à l’exécution de l’acte respiratoire.
C’est à Laborde que revient le mérite d’avoir bien fait connaître les remarquables effets de cette manœuvre et d’en avoir vulgarisé l’usage dans tous les cas d’asphyxie: depuis sa communication à l’Académie suice sujet, il a observé lui-même, ou recueilli dans la pratique d’autres confrères, un certain nombre de faits de résurrection pour ainsi dire, chez des enfants ou des adultes en état de mort apparente.
L’un des plus remarquables est celui d’un nouveau-né sur lequel on avait essayé tous les moyens usités d’ordinaire pour rappeler un enfant à la vie ; insufflation, respiration artificielle, flagellation, bain chaud sinapisé, sinapismes, titillation de la luette, sans obtenir aucun résultat, lorsqu’après trois quarts d’heures d’efforts infructueux, le médecin se rappela le procédé Laborde, saisit la langue avec une pince à pansement, exerça sur elle des tractions rythmées et eut la satisfaction, au bout de dix minutes, de saisir un léger souffle, bientôt suivi de quelques mouvements respiratoires plus prononcés et enfin d’un premier cri, encore bien faible, mais auquel succédèrent des cris plus énergiques ; une heure après l’enfant était, en parfait état.
C’est surtout depuis quelques années, que l’emploi de la méthode de Sylvester s’est généralisée ; auparavant on avait recours à l’insufflation pulmonaire, soit de bouche à bouche, c’est-à-dire, en appliquant les lèvres sur celles de l’enfant, soit à l’aide d’un tube imaginé par Chaussier, modifié d’abord par Depaut, puis par Ribemont.
Le premier mode d’insufflation a cet avantage d’être à la portée de tout le monde, tandis que le second nécessite l’intervention du médecin ou de la sage-femme ; mais il faut reconnaître que celui-ci donne des résultats plus satisfaisants; dans l’un comme dans l’autre, il est vrai, on n’envoie au nouveau-né que l’air expiré par la personne qui opère, air
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chargé d’acide carbonique, mais du moins, on est plus sûr avec le tube de faire pénétrer l’air dans la glotte et la trachée.
Toutefois et quelqu’imparfait que soit le procédé d’insufflation de bouche à bouche, on doit, en cas d’urgence, tenter d’y avoir' recours parce qu’il a donné, dans bien des cas, des résultats absolument décisifs; et ces résultats, on sera plus assuré de les obtenir en combinant le procédé avec celui de Sylvester, c’est-à-dire, en faisant coïncider l’insufflation avec le premier temps de la manœuvre qui a par but de dilater les parois thoraciques, et en pratiquant des tractions sur la langue, dans l’intervalle des insufflations.
Tout en reconnaissant que le procédé de M. Laborde peut donner parfois d’excellents résultats, les accoucheurs ont généralement plus de confiance •dans la respiration artificielle; on peut donc dire que la question est encore à l’étude, mais un grand mérite reste acquis à la méthode des tractions rythmées de la langue, c’est son extrême simplicité.
Point n’est besoin de dire que pendant toutes ces manœuvres, on doit prendre les plus grandes précautions pour garantir le nouveau-né de l’influence du froid, en l’enveloppant de couvertures chaudes; et lorsqu’on a été assez heureux pour le rappeler à la vie, il faut le frotter avec une préparation alcoolique quelconque ou le plonger, pendant quelques minutes dans un bain de vin chaud, avant de l’habiller pour le coucher, soit dans son berceau, soit dans la couveuse s’il est venu avant terme, ou s’il est dans un état de débilité très prononcée.
C. Respiration et circulation. — J’ai vu souvent de jeunes mères écouter avec sollicitude la respiration de leur enfant et s’inquiéter de la trouver fréquente et irrégulière; il n’est donc pas inutile de vulgariser cette notion de la fréquence et de l’irrégularité chez le nouveau-né, des mouvements respiratoires.
Suivant H. Roger la moyenne des inspirations du nouveau-né est de 39 par minute et de 35 seulement suivant Chomel et Mignot, tandis qu’elle est de 16 à 20 chez l’adulte et de 25 à 30 chez l’enfant. Quant aux irrégularités, elles sont rares pendant la veille; c’est surtout pendant le sommeil qu’on les constate : après un certain nombre de respirations rapides, les mouvements semblent s’arrêter, car c’est à peine si la dépression épigastrique indique une légère contraction du diaphragme ; puis, à ce silence succède un profond soupir et ensuite les inspirations reprennent leur type rapide et régulier.
Ces irrégularités respiratoires qui rappellent un peu celles qu’on observe dans la méningite, n’exercent aucune influence sur la circulation qui reste également fréquente.
Des recherches de Parrot et de celles de Depaul qui nous ont paru présenter le plus de précision, il résulte que le nombre des pulsations, d’après le premier de ces observateurs, serait, pendant le sommeil, de
88 comme minimum et de 163 comme maximum, soit, en moyenne de 121 ou 122, et pendant la veille, de 116 au minimum et de 192 au maximum, soit en moyenne, 130 à 140.
Pour Depaul, la moyenne, immédiatement après la naissance, serait de ISO pulsations. Au bout de quelques semaines, la fréquence des battements cardiaques diminue, mais elle reste, pendant la première et la seconde année, beaucoup plus élevée qu’elle ne le sera plus tard.
D. Cri. — C’ est par des cris que l’enfant signale son entrée dans la vie : c’est qu'à ce moment, en effet, tout lui est douleur ; l’air qu’il respire pour la première fois, les liquides dans lesquels il baigne et dont la température est si différente de celle des eaux dans lesquelles il a vécu pendant neuf mois, lui causent une impression de froid dont il souffre et il crie : tous les objets avec lesquels se trouve tout-à-coup en contact, son corps habitué au poli de la poche amniotique, le blessent par leur rudesse et il crie. Tout d’abord ce premier cri, ce vagissement comme on l’appelle, remplit de joie toute la famille, mais s’il persiste il devient bientôt un sujet de tourment pour la mère toujours disposée à le croire provoqué par un état de souffrance et, de fait, il est bien certain que le cri du nouveau-né n’est jamais que la manifestation, sinon Toujours d’une douleur, au moins d’un malaise ou d’un besoin non satisfait : aussi, a-t-on pu dire avec assez de raison, d’une manière générale, en parlant des nouveau-nés, qu’il n’y a ni enfants méchants, ni enfants bons, mais des enfants qui souffrent et des enfants bien portants dont tous les besoins sont satisfaits. On ne peut méconnaître toutefois que quelques enfants naissent avec un caractère difficile, chez lesquels on ne trouve aucune cause de souffrance, qui n’ont aucun besoin et qui cependant poussent des cris aigus dès qu’on cesse de les tenir dans les bras pour les remettre dans leur berceau. Mais d’abord peut-on être sûr qu’on a affaire à un de ces enfants difficiles et criards et dans le doute, faut-il laisser ce pauvre être crier indéfiniment, sous prétexte de ne pas lui laisser prendre de mauvaises habitudes ; je ne le pense pas, parce que ces cris prolongés, qui deviennent de plus en plus violents, peuvent provoquer des accidents nerveux, le spasme de la glotte avec menace d’asphyxie, parfois même des convulsions. Ce qu’il y a de mieux à faire, en tout cas, lorsqu’on s’est assuré que rien ne peut blesser l’enfant dans son maillot, et qu’il a été convenablement alimenté, c’est de chercher à le calmer en le caressant, en le berçant dans les bras, et d’ajourner à quelques semaines la tâche pénible de commencer son éducation.
E. Température. — Dans beaucoup de familles russes et allemandes, l’emploi du thermomètre pour constater la température de l’enfant, bien portant ou malade, me paraît être devenu, depuis bon nombre d’années, d’un usage banal, car il m’est arrivé plus d’une fois, étant appelé près d’enfants de ces deux nations, de trouver, dès ma première visite, une
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courbe de température datant de 24 ou 48 heures; en France, quelques mères commencent à avoir recours au thermomètre et il est bien à désirer que son emploi se généralise dans les familles, car cette courbe du début qui, régulièrement continuée pendant tout le cours de la maladie,- sera si précieuse pour le médecin, peut déjà lui fournir un renseignement utile sur la nature du mal qu'il est appelé à combattre.
Il faut donc que la température normale de l’enfant soit de notion vulgaire ; or cette température chez le nouveau-né, comme chez l’adulte et l’adolescent, oscille entre 37° et 37°, 5. Chez le nouveau-né comme chez l’adulte, en parfait état de santé, elle peut s’élever à 38, mais ce sont là des faits exceptionnels. Par contre, chez l’enfant débile ou insuffisamment nourri, la température peut descendre à 36°, 5 et même 36° ; Parrot a même constaté 34°, mais il s’agissait sans doute d’un de ces pauvres êtres cachectiques du service des enfants assistés. On peut dire d’une manière générale qu’une température de 38° et, à plus forte raison, de 38°, 5 indique déjà un trouble de santé et que 39° révèlent à coup sûr un état fébrile qui exige l’intervention du médecin. Ce qui devrait contribuer rapidement à rendre général l’usage du thermomètre dans les familles, c’est la facilité de son emploi, surtout sur les nouveau-nés et les enfants du premier âge; parce que, alors, le procédé le plus simple et celui qui donne le plus rapidement la température du sujet, consiste à introduire le thermomètre dans le rectum : son application sous l’aisselle, seule pratique possible chez l’adulte, créerait trop souvent, chez l’enfant, des difficultés insurmontables.
F. Poids. — Variations. — Accroissement. — Depuis une quarantaine d’années, on a pris l’excellente habitude, dans beaucoup de familles, de peser le nouveau-né au moment de la naissance et de répéter ensuite cette pesée, à des intervalles réguliers, afin de se rendre compte d’une manière précise du plus ou moins de régularité de l’accroissement de l’enfant; les chiffres de ces pesées inscrits sur un tableau conforme à celui qui est reproduit ici (V. fig. 2), donnent une courbe qui constitue un renseignement précieux sur la santé du nouveau-né, sur la quantité, comme sur la qualité du lait dont il a été nourri. Un médecin de province, le docteur Sutils, chargé de l’inspection des enfants du premier âge, a eu l’idée très heureuse de peser les enfants, à chacune de ses visites, à l’aide d’une petite balance portative et d’inscrire sur le carnet du nourrisson le poids qu’il a obtenu. Par la comparaison de ces chiffres inscrits à un mois de distance, il peut reconnaître de suite quels ont été les progrès, les temps d’arrêt et les oscillations dans l’augmentation de poids. Une diminution de poids suffit pour lui révéler un état morbide accidentel ou, s’il n’y a aucun symptôme de maladie, un état anormal résultant d’un manque de soins, soit que la nourrice ne donne pas assez souvent le sein, soit que son lait devienne insuffisant, comme quantité ou comme qualité.
Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 3
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Les moindres affections de l’enfant sont dénoncées par une perte de poids; les maladies aiguës et particulièrement celles des voies digestives ou des voies respiratoires, sont celles qui déterminent les pertes de poids les plus considérables et les plus rapides ; dans les affections fébriles, la balance confirme les données fournies par le thermomètre: au point de vue du pronostic, on peut se rassurer lorsqu’on voit le mouvement ascensionnel du poids reparaître, en même temps que la température descend. Enfin les pesées peuvent encore révéler l’influence fâcheuse d'un état de souffrance de la mère ou de la nourrice.
Les figures 2, 3 et 4 feront comprendre mieux que ne pourraient le faire des détails très minutieusement exposas, l’importance des données fournies par la balance.
La figure N° 2 reproduit la courbe d’une petite fille, premier enfant de la mère, née à terme et pesant, au moment de la naissance 3ks,170. Conformément à la règle, dès le quatrième jour l’enfant avait perdu de son poids, soit, dans ce cas, 240g,‘. Mais, à partir de ce moment, l’accroissement a été constant, un peu retardé ici, pendant les six premières semaines, par les souffrances que provoquaient chez la mère des fissures du mamelon ; pendant le premier mois, en effet, l’accroissement quotidien n’a été que de 17»r. Dès le second, il remonte à 28»r pour atteindre 47gr dans le troisième, mais à partir de ce moment, ainsi qu’il arrive presque toujours, un peu plus tôt, un peu plus tard, le chiffre de l’accroissement quotidien cesse de s’élever et se maintient entre 25 et 30ep.
La figure N° 3, donne une courbe qu’on peut considérer comme un type d’accroissement normal ; c’est celle d'une autre fillette, troisième enfant de la même mère, également nourrie par elle; de 3kft,700 qu’elle pesait à la naissance, elle tombe pendant les premiers jours, à 3ke,29o, ayant ainsi perdu 405gr. Mais, cette fois, l’allaitement maternel marche sans aucun incident fâcheux, aussi, la courbe monte-t-elle plus rapidement que dans la figure précédente et tandis que pour l’autre enfant, l’accroissement quotidien n’avait été que de 17^r dans le premier mois, il est de 32"r pour celui-ci ; le deuxième mois, il s’élève à 40«r, puis décroît graduellement à 37 et à 21^, donnant en définitive, pour 114 jours, un accroissement moyen de 35*?1' par jour.
La figure N° 4 a été empruntée à une série de courbes recueillies à la Pouponnière (1) : elle est celle d’un enfant entré à l’établissement à l’âge
(l) L'œuvre dite de la Pouponnière, créée par la Société maternelle de Paris, a pour but de recueillir et de faire allaiter au sein, les enfants que leur mère ne peut nourrir ellemême ; soit parce qu’elle n’a pas de lait, soit parce que son travail la retient constamment hors du logis et que, d’autre part, ses ressources ne lui permettent pas d’avoir chez elle une nourrice sur lieu ; toutes conditions qui l’obligeraient à confier son enfant à une nourrice mercenaire habitant la campagne, si la société maternelle ne lui offrait, à la Pouponnière, pour une rétribution mensuelle de 40 fr. , le moyen de faire allaiter son enfant par une nourrice entourée des soins les mieux entendus et soumise à la surveillance permanente d’un médecin.
HYGIÈNE DE LA PREMIÈRE ENFANCE
de deux mois ; il pesait alors 5ks, 290.
Mais, dès la troisième semaine, il perd de son poids sous l’influence d’une bronchite légère; une fois guéri, il reprend rapidement sa marche ascendante ; puis , tout-à-coup il s’arrête, au quatrième mois de son séjour à la Pouponnière, par le fait d’une congestion pulmonaire, qui coïncide d’ailleurs avec une modification dans le régime, modification qui consiste à ajouter le biberon au sein, en un mot, à pratiquer l’allaitement mixte indiqué sur la figure par une double ligne : mais après cette nouvelle épreuve, la courbe monte d’une façon régulière, et l’enfant atteintson onzième mois avec un poids de 10^,040.
L’enfant né à terme, bien portant, pèse en moyenne de 3kg à 3k*,500. Le premier chiffre se rapporte
Eig. 2.
rfYGIÉNE INFANTILE.
aux filles qui, en général, sont un peu moins fortes que les garçons. A !a maternité de Copenhague, sur 3.450 enfants, la moyenne a été, pour les garçons, de 3^,333, et pour les filles de3k",279.
Les relevés de la Maternité de Paris ont donné pour 20.000 pesages d’enfants des deux sexes, au moment de la naissance, une moyenne de 3k*,060. Quételet a adopté celle de 3ke,055.
Tandis que Bouchaud a donné le poids de 3k»',2o0, Odier et Blache celui de 3kg,500 comme le poids moyen du nouveau-né, Sutils a pris comme poids initial 3k= seulement, et cette différence tient peutêtre à ce que ce dernier observateur n'avait affaire qu’à des petits parisiens nourris à la campagne, tandis que les premiers avaient recueilli leurs observations
Fig. 3.
HYGIÈNE INFANTILE
dans la classe aisée. Les cas dans lesquels le poids dépasse 3ks,500 sont d’autant plus rares, que ce poids s’élève davantage; dans les bulletins de la clinique obstétricale de la Faculté, on trouve des poids de 4^,840, de 5kK et même de près de 6k?. Depaul a même vu un enfant qui pesait 6ks,500, et qui a succombé pendant l’opération de la version nécessitée par une présentation de l’épaule. Ces faits sont absolument exceptionnels, c’est à peine si on en trouve deux ou trois exemples dans la pratique de Mme Lachapelle. C’est d’ailleurs, comme pour le poids normal, chez les garçons plus souvent que chez les filles que l’on constate ces poids exceptionnels.
Quel que soit le poids initial, il diminue pendant les premiers jours (Y. fig. 2 et 3), ce qui tient à l’élimination des excrétions et à l’insuffisance de l’alimentation qui est encore très incomplète: cette perte de poids est en général de 170gr, elle peut atteindre 20CUP et plus, mais au bout de trois jours, l’enfant recommence à augmenter de poids, et s’il a été convenablement nourri, il retrouve son poids initial vers le 7e ou le 8e jour. Cela est vrai surtout pour les enfants nourris au sein; pour ceux qui sont allaités artificiellement, le retour au poids normal est plus lent.
Une fois revenu à son poids initial, l’enfant commence à progresser, et si toutes ses fonctions marchent régulièrement, si son alimentation est suffisante, il doit gagner de 2o à 35=rp par jour, au moins pendant le premier mois; à ce moment, il doit dépasser d’un tiers le poids initial, mais à mesure qu’il avance en âge, l’accroissement quotidien est moins élevé: il dépasse rarement 30pr pendant le 2e mois; il n’est plus que de 28er pendant le 3e mois ; au 6e mois, il n’est guère que de 15^. Du reste, les deux tableaux ci-joints empruntés- aux observateurs qui se sont occupés avec le plus de soin et de persévérance des recherches relatives à l’accroissement régulier des enfants du premier âge, résument parfaitement les données acquises sur cette importante question et peuvent devenir, dans les familles, un utile point de comparaison.
Tableau I.
Augmentations mensuelles.
Sutils.
Bouchaud.
Odier.
Blachc.
Poids initial
1er mois
2e mois
3e mois
4e mois. . .
5e mois
6e mois
iOO
12* mois
HYGIÈNE DE LA PREMIÈRE ENFANCE. 39
Ces augmentations mensuelles donnent en suivants :
Tableau III.
Poids initial
poids effectif,
Sutils.
les résultats
Bouehaud.
A 12 mois
Beaucoup de parents convaincus de l’utilité des pesées, croient bien faire en les répétant tous les deux ou trois jours ; c’est là une pratique fâcheuse, parce qu’elle peut donner et donne souvent, en effet, d’une pesée à l’autre, des résultats fort dissemblables et dont les familles s'alarment à tort, car ces différences sont presque toujours dues à des circonstances accidentelles dont l’effet est moins sensible lorsque les pesées sont séparées par de plus longs intervalles. C’est, pourquoi j’ai toujours pratiqué chez moi et conseillé dans la clientèle de ne pratiquer les pesées que tous les huit jours. Le chiffre qui indique la différence entre les deux pesées, divisé par sept, donne au quotient le poids que l’enfant a gagné par jour.
Lorsqu’au moment de la naissance, on veut avoir le poids absolu de l’enfant on peut, pour éviter tout risque de refroidissement, le peser avec ses vêtements ; mais il faut d’autre part peser ceux-ci, et leur poids une fois obtenu sert à établir la tare qui le représente et le représentera tant que l’enfant sera vêtu identiquement de même. Ce n’est guère qu’aux changements de saison que les vêtements sont notablement modifiés et nécessitent une tare nouvelle.
Depuis que l’usage des pesées s’est, généralisé dans les villes, on a inventé bien des appareils qu’on appelle des pèse-bébés, mais qui ont l’inconvénient d’être excessivement sensibles et de rendre ainsi l’opération très'difficile ; sans doute elle est toujours délicate, et pour donner des résultats absolument exacts demande de l’attention et des soins, mais je crois qu’on peut les obtenir sûrement avec l’appareil le plus simple, avec celui que j’ai toujours employé? je veux dire la balance d’office, la balance à plateaux, celle que l’on trouve dans tous les ménages et qui peut suffire, au moins pour les huit premiers mois de la vie, qui sont précisément ceux où il importe le plus d’être fixé sur l’accroissement de l’enfant.