ARTICLE II. - ALIMENTATION
§ 1er. — Allaitement
L’allaitement au sein est le mode d’alimentation le plus naturel et le plus simple ; c’est celui qui assure le plus complètement la santé et le développement normal de l’enfant. Dès la première heure, il cherche le sein et saisissant entre ses lèvres le mamelon que lui présente sa mère, il aspire avec une force de succion plus ou moins énergique le liquide séreux et légèrement laxatif que secrète d’abord la glande mammaire de la nouvelle accouchée. Au bout de quelques jours, à ce liquide qu’on appelle colostrum , succède la sécrétion du lait qui doit être pendant plusieurs mois l’aliment exclusif de l’enfant, car, par la réunion de ses principes, le lait offre le type d’une substance alimentaire parfaite : il contient en effet une matière grasse, le beurre ; une substance eapide, le sucre ; des matières azotées, le caséum et l’albumine ; des sels, de l’eau dans laquelle toutes les parties solides sont, les unes dissoutes, les autres tenues en suspension.
Le plus sûr moyen d’entretenir chez le nouveau-né l’intégrité des fonctions digestives, est de régler son alimentation dès les premiers jours et d’en maintenir rigoureusement la régularité, au double point de vue de la fréquence et de la durée des tétées.
Lorsque la sécrétion lactée est abondante, l’expérience a montré qu’un intervalle de deux heures suffit pour la digestion d’une tétée de 80 à 100 grammes et qu’au bout de ce temps, on peut remettre l’enfant au sein sans risque de fatiguer son estomac : très rapidement il s'habitue à cette manière de. faire et spontanément se réveille, au bout de deux heures, pour reprendre le sein.
Evidemment la durée de la tétée est subordonnée au plus ou moins d’abondance du lait et aussi, dans une certaine mesure, à la force de succion de l’enfant, mais on peut dire, d’une manière générale, qu’une tétée de 12 à 15 minutes doit suffire pour que le nourrisson prenne dans les premiers jours, 60 à 80«r de lait et plus tard de 90 à 120er. Beaucoup de mères et de nourrices, lorsqu’elles constatent que, dans l-’espace de 15 à 20 minutes, l’enfant en a pris 1 50® r et même davantage parfois, et lorsqu’ainsi gorgé de liquide il en rejette une partie, elles voient là un signe de grande prospérité. C’est une grave erreur et rien n’est plus faux, ni plus dangereux que le proverbe, enfant rejetant , enfant bien venant. Cette régurgitation témoigne sûrement de l’abondance du lait, mais il est aussi un signe certain d’une surcharge de l’estomac et n’est bien souvent que le prélude de troubles digestifs, vomissements ou diarrhées, dont il
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est parfois bien difficile d’avoir raison et qui, pendant les chaleurs» dégénèrent souvent en choléra infantile.
Le plus sur témoignage d’une digestion normale est, pour l’estomac, l’absence de vomissements ou même de simple régurgitation, et pour l’intestin, la nature et le nombre des garde-robes ; pendant le premier mois, l’enfant rend deux ou trois selles, jaune d’or, qu’on a très justement comparées à des œufs brouillés, bien liées, sans grumeaux blancs de caséum, à odeur fade et ne laissant pas de larges taches autour d’elles, sur la couche.
La présence des grumeaux est un indice certain d’une digestion incomplète, et ils ne peuvent paraître plusieurs jours de suite, sans être bientôt mélangés de selles verdâtres, symptôme non douteux, soit d’une irritation de l’intestin, soit, d’après Hayem et Lesage, de la présence d’un bacille chromogène, observé pour la première fois par Damaschino et Glado.
Il est impossible de poser des règles absolues pour lé nombre et l’importance des tétées ; mais voici les chiffres généralement adoptés par les accoucheurs. Pendant le premier mois, huit tétées de 90gr par jour ; pendant le second mois, huit tétées de 100 à 110=r. Au troisième mois, sept repas de 130^r ; au quatrième, sept repas de 140 à 150sr, et jusqu’au septième mois, il est sage de ne pas dépasser ces chiffres. Quelques accoucheurs acceptent, à partir du huitième mois, sept tétées de 200sr, ce qui fait près d’un litre et demi : c’est là, suivant moi, une dose trop élevée et que bien des enfants, même âgés d’un an, ne pourraient prendre impunément.
J’ai indiqué plus haut (p. 35 et 36) les poids qui répondent à un accroissement régulier ; on peut donc dire que tout enfant dont l’alimentation a été bien dirigée, doit gagner, au moins pendant les deux ou trois premiers mois, de 25 à 30fer par jour. Ce poids peut quelquefois s’élever jusqu’à 40 et 50»r, mais cela est tout à fait exceptionnel et ne s’observe guère au-delà du deuxième mois. Par contre, chez tout nouveau-né dont l’augmentation quotidienne reste inférieure à 25?r et qui n’a aucun trouble de santé, on doit soupçonner que l’alimentation est défectueuse, soit parce que les seins ne donnent qu’une quantité de lait insuffisante, soit parce que le lait est pauvre en éléments nutritifs ; et dans ce cas c’est encore par les pesées qu’on pourra se rendre un compte exact de la cause du temps d’arrêt dans l’accroissement.
Il suffit, en effet, de peser l’enfant avant de le mettre au sein, puis de l’en retirer au bout de 10 à 15 minutes et de le peser de nouveau pour connaître la quantité de lait qu’il a prise, et comme, même chez de bonnes nourrices, la sécrétion lactée n’est pas toujours également abondante à tous les moments de la journée, il est prudent de répéter la pesée deux ou trois fois par jour.
Or, si ces pesées, qui jusque là avaient le chiffre normal de 80 à 100?r ne donnent plus que 40 à 50gr ; alors même que ces 40 ou 50°r auraient
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été fournis par un seul sein, on doit craindre que, sous l’influence d’une cause quelconque, la nourrice ait moins de lait, et qu’il ne devienne nécessaire de la changer, si l’insuffisance de poids se prolonge.
Toutefois, il ne faudrait pas se hâter de prendre une mesure aussi radicale avant d’avoir répété les épreuves pendant plusieurs jours, parce que la diminution du lait peut être tout à fait passagère ; chez une jeune primipare, une émotion vive, la préoccupation seule de savoir si elle pourra nourrir son enfant, suffisent parfois pour diminuer la sécrétion lactée ; le même souci peut amener le même résultat chez la nourrice mercenaire : ce n’est donc qu’après des épreuves répétées et surtout après un abaissement persistant de la courbe des pesées, que Ton devra procéder au changement. Ce changement deviendrait également nécessaire dans le cas beaucoup plus rare où le poids de la tétée restant normal, il faudrait admettre que le lait s’est considérablement appauvri. Mais alors, avant de prendre un parti décisif, il serait indispensable de procéder à l’analyse chimique et à l’examen microscopique du lait de la nourrice.
De ces deux examens, le premier a le plus d’importance: dans tel cas, il révèle une proportion d’eau dépassant la normale ; les éléments nutritifs y sont devenus moins abondants, ce lait est devenu insuffisant : dans tel autre cas, on constate que la proportion de beurre et de sucre dépasse la normale, et si dans ce cas il survient chez le nourrisson des troubles digestifs, avec diarrhée fréquente, c’est que le lait est trop chargé pour son intestin et alors il faut changer la nourrice dont le lait pourra très bien convenir à un autre enfant ; cette prédominance de certains éléments du lait tient parfois à ce que l’alimentation de la nourrice est trop copieuse, et il suffit parfois de modérer son régime pour que le lait reprenne ses qualités normales. Mais avant de laisser de côté la question des pesées appliquées à l’évaluation de la quantité de lait obtenue par une tétée, je tiens à ajouter que lorsqu’il s’agit d'une nourrice mercenaire, il ne faut jamais perdre de vue les supercheries auxquelles ces femmes peuvent avoir recours pour dissimuler aux parents la diminution de leur lait ; j'ai toujours appelé sur ce point l’attention des mères ou des gardes, parce que j’ai eu, plusieurs fois, l’occasion de constater des pratiques de ce genre qui consistent à dissimuler sur le plateau de la balance ou dans le maillot même de l’enfant, un corps pesant, monnaie de billon, couteau, etc., suffisant pour doubler ou tripler même le poids de la tétée.
Il n’est pas besoin d’emprunter à la zoologie, à la physiologie, à l’histoire ou à la littérature des arguments pour démontrer que l’allaitement maternel est, par excellence, le meilleur mode d’alimentation du nouveau-né, car il est de tous points conforme aux lois de la nature qui a tout préparé, chez la mère, au cours de sa grossesse, pour cette admirable fonction ; c’est donc un devoir pour elle d’allaiter son enfant, mais tandis que, dans la population rurale, ce devoir est une loi généralement
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observée et à laquelle les femmes de la campagne ne se soustraient que pour cause de maladie, et plus souvent encore par amour du gain, dans la population urbaine, au contraire, et surtout dans celle des grandes villes, l’allaitement maternel est presqu’une exception.
Que les mœurs générales d’une société et aussi la mode aient, à plusieurs époques, exercé une réelle influence sur le plus ou moins grand nombre de mères disposées à accomplir rigoureusement le devoir d’allaiter leur enfant, c’est l’évidence même, et l’un des faits les plus frappants, à cet égard, est l’influence qu’exercèrent les écrits de J. -J. Rousseau sur les jeunes femmes de son temps revenues avec enthousiasme à l’allaitement maternel ; mais si depuis, il a été plus d’une fois abandonné, il semble aujourd’hui revenu en honneur, grâce aux conseils émanés de l’Académie de médecine, surtout à ceux des accoucheurs, des médecins et aussi, dans une certaine mesure, aux efforts de la Société protectrice de l’enfance; mais ce retour aux saines pratiques n’est vraiment sérieux que dans la classe moyenne de la population des villes.
Tarnier estime seulement à 12.5 p. 100 l’allaitement maternel, dans la haute société ; un accoucheur très répandu, Nivert a constaté que sur 300 accouchées, 50 seulement ont nourri avec succès, 250, dont 30 avaient essayé l’allaitement et ont été obligées d’v renoncer, ont pris des nourrices. Dans la population rurale, la proportion des mères qui allaitent leur enfant est au contraire de 04 p. 100.
A. Obstacles à l’allaitement maternel. — Les causes qui font renoncer les citadines à l’allaitement, sont très diverses. Et d’abord il est certain que beaucoup de jeunes femmes très désireuses de nourrir, en sont incapables, soit par faiblesse de constitution, soit par défaut de conformation normale du mamelon et plus souvent par défaut de développement de la glande mammaire, soit enfin par insuffisance de la sécrétion lactée ; celles-là sont à plaindre et non à blâmer. 11 est encore toute une autre catégorie de femmes qui sont, à leur grand regret, obligées de renoncer à l’allaitement : ce sont les petites marchandes pour lesquelles l’exiguité de leur logement, qui n’est souvent qu'une soupente, et la nécessité d’être incessamment à leur comptoir, rendent l’allaitement impossible : ce sont encore les personnes employées du matin au soir dans des magasins et enfin les femmes en service, cuisinières ou femmes de chambre, qui ne peuvent évidemment garder leur enfant près d’elles ; celles-là encore sont bien excusables ; mais par contre, il y a dans la classe riche une foule de mères qui seraient d’excellentes nourrices et qui, pour des motifs souvent bien futiles, renoncent à allaiter leur enfant, sans avoir même essayé, ou après des essais insuffisamment prolongés.
C’est dans ce dernier cas, celui où de jeunes mères ayant un désir
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sincère de nourrir, sont arrêtées dans leurs essais, par quelques difficultés du début et surtout par la tiédeur de leur entourage pour l’allaitement maternel, c’est dans ce cas, dis-je, que l’intervention du médecin peut avoir raison d’hésitations mal justifiées.
S’agit-il simplement d’un défaut de saillie du mamelon, il est plusieurs moyens de lui donner des dimensions suffisantes pour que le nouveau-né puisse le saisir et aspirer le lait.
11 n’est pas question ici de ces cas dans lesquels, au lieu d’une saillie, il y a au niveau du mamelon une dépression qui lui donne l’aspect de la cicatrice ombilicale ; là il n’y a rien à faire, le mal est irrémédiable ; mais faut-il attribuer ce vice de conformation à la pression exagérée des seins par le corset, ainsi qu’est disposé à le penser le docteur Rouvier (de Beyrouth) qui a constaté son extrême rareté en Syrie, où l’usage du corset est fort peu répandu? Je ne le pense pas et je suis plutôt porté à croire qu’à ce degré, quand ce vice de conformation n’est pas dû à une rétraction cicatricielle qu’on ne peut rencontrer que chez une multipare à la suite d’abcès, il rentre dans la classe des arrêts de développements; je ne l’ai rencontré que deux fois et chez des femmes chétives, à système osseux peu développé, à maxillaire inférieur étroit, à voûte palatine rétrécie ; mais lorsqu’on n’a à lutter que contre un défaut de développement du mamelon, on doit au moins tenter de corriger cette conformation vicieuse à l’aide de moyens qui ont souvent donné d’excellents résultats.
Ainsi, au cours de la grossesse, si la jeune mère qui a un désir sincère de nourrir son enfant, signale au médecin la mauvaise conformation des seins, ou si lui-même est le premier à la constater, il doit tenter l’emploi des bouts de sein, c’est-à-dire de petites plaques concaves de caoutchouc ou d’ivoire, que l’on applique sur le sommet des seins et qui, maintenues par le corset ou par des bandes, font saillir le mamelon dans leur concavité. Dans quelques cas, l’usage persévérant de ce petit instrument a suffi pour donner au mamelon une saillie suffisante pour que l'allaitement fut possible. Lorsque la mauvaise conformation n’est èonstatée que tardivement, par exemple, dans les derniers jours de la grossesse ou même au moment de l’accouchement, il faut alors avoir recours à l’aspiration, soit à l’aide de la ventouse, dite tirelait, ou simplement à la pipe très usitée dans les campagnes, soit en faisant opérer la succion par un nourrisson plus vigoureux que le nouveau-né, ou même par un jeune chien.
Quel que soit, au reste, le procédé mis en usage, il faut savoir qu’aucun ne pourra donner de bons résultats qu’au prix d’un long et persévérant emploi, auquel les seules mères consentent à se soumettre, qui sont résolues à tout tenter pour nourrir leur enfant.
Un autre pierre d’achoppement pour les jeunes mères qui prennent au sérieux les devoirs de la maternité, est l’érosion du mamelon, à laquelle
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succède les gerçures, légères excoriations qui provoquent d’horribles et intolérables douleurs pendant la succion ; j’ai vu des mères ayant nourri un premier enfant, renoncer à l’allaitement d’un dernier né par terreur du supplice que leur causait chaque mouvement de succion.
Cotte lésion plus fréquente chez les primipares à peau fine que chez les multipares, parait due au ramollissement de l’épiderme par la salive et la pression des lèvres et de la langue de l’enfant, ramollissement qui met à nu les houppes nerveuses du mamelon, mais cette érosion n’est-elle aussi persistante que par suite de la présence de parasites tels que le staphylococcus pyoyenes , aureus ou albus et le streptococcus ? Les résultats obtenus, par Colin et Rosembach, de l’emploi des antiseptiques dans le traitement de ces gerçures, autorisent à le penser. On peut tenter de prévenir la formation des gerçures, en lavant les seins et surtout le mamelon, pendant les dernières semaines de la grossesse, avec de l’eau alcoolisée ou une forte infusion de thé ; puis, après l’accouchement, en passant sur le mamelon, après chaque tétée, un bourdonnet de coton hydrophile trempé dans l’eau alcoolisée ou l’infusion de thé, puis en essuyant avec soin et maintenant sur les seins une couche d’ouate ou mousseline fine afin de les garantir du froid et de l’humidité. Pinard ne croit pas à l’efficacité des lotions employées pendant les derniers temps de la grossesse, il a plus de confiance, pour la cicatrisation des gerçures du mamelon, dans l’emploi de compresses de tarlatane bouillies, imbibées d’une solution d’acide borique à 3 p. 100 et recouvertes de taffetas gommé ; ce pansement fait avec soin donne des résultats parfaits, il guérit les gerçures et prévient sûrement les lymphangites et les abcès du sein dont elles sont presque toujours le point de départ ; pour compléter ce traitement, il faut avoir soin, avant et après la tétée, d’essuyer le mamelon avec un bourdonnet de coton aseptique.
Un accoucheur des hôpitaux estime qu’on prévient plus sûrement toute complication des gerçures par l’emploi d’une solution de sublimé et les faits qu’il a observés à la Maternité témoignent en faveur de cette pratique ; mais si une substance aussi toxique peut être employée sans danger dans une clinique, par des personnes expérimentées, il serait fort imprudent de la mettre, dans la clientèle, entre les mains de gardes ou d’accouchées sans expérience.
Si, malgré l’emploi de ces divers moyens, la gerçure s’est produite, il faut, avant de faire abandonner l’allaitement, essayer quelqu’un des procédés qui ont été conseillés pour cicatriser l’ulcération, procédés dans le détail desquels je n’ai pas à entrer ici ; mais quel que soit le mode de traitement que l’on adopte, il restera inefficace si on ne préserve pas le mamelon du traumatisme de la succion, soit en supprimant momentanément l’allaitement, soit en garantissant l’organe avec l'un des nombreux bouts de sein artificiels qu’ont proposés les accoucheurs et qui ont tous l’inconvénient d’exiger de la part de l’enfant de vigoureux
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efforts de succion. J’ai eu recours plusieurs fois avec succès à un moyen très simple et dont le plus grand inconvénient est de nécessiter plusieurs pansements par jour. Il consiste à recouvrir le mamelon et son auréole d’une feuille de baudruche percée de plusieurs trous à son centre et maintenue à son pourtour par une couche mince de collodion élastique ; il est vrai que dans ces cas il s’agissait de simples érosions.
Que si on est obligé de suspendre l’allaitement, ne fût-ce que pour quelques jours, il importe d’empêcher l’engorgement des seins en faisant usage d’une téterelle, celle de Budin ou celle d’Auvard, qui évitent toute souffrance à la mère et permettent l’une et l’autre de faire prendre à l’enfant le lait retiré du sein par aspiration. Mais ils exigent tous deux les soins de propreté les plus minutieux à cause des tubes de caoutchouc qui sont nécessaires pour leur fonctionnement.
La malformation des seins, les érosions, les gerçures sont des obstacles, les uns absolus, les autres passagers, à l’allaitement, maternel, mais il y en a un qui est sans remède, c’est l’absence de sécrétion lactée ; rien n’est plus commun dans la pratique civile que de rencontrer de jeunes femmes absolument désireuses de nourrir leur enfant et qui sont obligées d’y renoncer parce que leurs glandes mammaires, parfois avec un développement normal, ne sécrètent que quelques gouttes de lait, même après des efforts répétés de succion, soit de la part du nouveau-né, soit de la part de l’entourage, à l’aide de la téterelle. Quant aux aliments dits galactogènes, il ne faut pas compter sur leur efficacité qu’aucune expérience sérieuse n’a encore démontrée.
Quelques médecins paraissent s’ètre bien trouvés de l’électrisation pratiquée à l’aide de l’appareil d’induction, en dirigeant à travers la glande mammaire un courant modéré ; mais dans ces cas, il s’agissait plutôt d’une suppression momentanée de la sécrétion lactée jusque-là régulière, que d’une absence complète de lait, au moment de l’accouchement ; et à ce propos, il convient de rappeler des faits trop peu connus, et qui prouvent que la sécrétion du lait interrompue par une maladie grave de la mère, ou simplement par des gerçures, ou des abcès du sein, peut revenir après un sevrage prolongé. Beaucoup de mères obligées de cesser l’allaitement ne tentent même pas de redonner le sein après leur guérison, et prennent une nourrice ou élèvent leur enfant au biberon, parce qu’elles sont convaincues, ainsi que leur entourage et souvent même le médecin, qu’elles ne peuvent plus avoir de lait. Or, Gubler a publié un certain nombre de faits, observés par lui dans le service de Trousseau et qui prouvent que le lait peut reparaître, au bout de deux et même de trois mois, lorsqu'on remet l’enfant au sein et que l’activité fonctionnelle de la glande mammaire peut égaler et parfois dépasser celle dont elle était douée dans les premiers mois de l’allaitement.
Dans l’immense majorité des cas, c’est de la mère que vient l’obstacle à l’allaitement; quelquefois cependant il est le fait de l’enfant, soit
parce que, venu avant terme, il est dans un état de faiblesse qui le rend incapable de téter, soit parce qu’il a un bec de lièvre, vice de conformation qui l’empêche de saisir le mamelon entre ses lèvres, et par conséquent d’opérer la succion; soit enfin parce que les mouvements de sa langue sont bridés par la brièveté du frein.
Lorsque l’enfant est dans un état de débilité extrême, ou lorsqu’il a un bec de lièvre, il faut le nourrir, en versant goutte à goutte dans sa bouche le lait de la mère ou de la nourrice, ou mieux en introduisant le lait par une narine ; dans ce cas, le lait entraîné par l’inspiration, traverse les fosses nasales, et arrivé au pharynx, provoque un mouvement réflexe de déglutition ; on peut encore, pour le même procédé d’alimentation, faire usage d’une petite seringue.
B. Mais le mode d’alimentation que Tarnier a surtout mis en honneur et auquel il a donné le nom de Gavage , est évidemment préférable à ceux que je viens d’indiquer. 11 consiste à introduire par la cavité buccale, jusque dans l’œsophage, une sonde molle enduite de glycérine neutre et à verser dans la capule de verre adaptée à la sonde, une quantité de lait qui, au début, ne doit guère dépasser ÎO'1' (environ deux cuillerées à café) et que l’on augmente graduellement, à mesure que l’enfant prend plus de force. Le même repas, dans le principe, doit être répété toutes les heures, mais à mesure que la quantité de lait augmente, il est prudent de mettre un plus long intervalle entre les gavages : c’est ainsi qu’on habitue, peu à peu, l’enfant à la régularité des tétées, lorsqu’il est devenu assez fort pour se nourrir par la succion du sein.
Pour le gavage, le lait de femme est préférable à tous les autres ; toutefois, il peut être remplacé par le lait d’ânesse plus léger que celui de vache.
Mais lorsque le lait de femme et le lait d’ânesse font défaut, force est bien de prendre le lait de vache qu’il est alors indispensable de couper d’eau, et seulement d’eau bouillie. Voici les indications qui, à cet égard, ont été données par Tarnier.
Pour les enfants nés avant terme :
lre semaine : une partie de lait, quatre d’eau sucrée ;
2e semaine : une partie de lait, trois d’eau sucrée.
3e et 4e semaine : une partie de lait et deux d’eau sucrée ; après le premier mois, il suffit de couper le lait avec moitié d’eau. Pour les enfants nés à terme, la proportion de lait est un peu plus élevée : une partie de lait et trois d’eau sucrée ; pour la seconde semaine, il n’y a plus que deux parties d’eau, et l’on verra plus loin que ces mêmes proportions sont indiquées pour l’allaitement artificiel des enfants venus dans les meilleures conditions de développement et de force, lorsqu’on est obligé d’y avoir recours.
G. Nourrices mercenaires. — Allaitement mixte. — Allaitement artificiel. — Quel que soit le motif qui empêche la mère de
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nourrir son enfant au sein, deux moyens peuvent suppléer l’allaitement maternel ; l’allaitement, par une nourrice mercenaire et l’allaitement artificiel, à l’aide du verre, de la cuiller ou du biberon.
L’allaitement par la nourrice mercenaire peut avoir lieu dans la famille du nouveau-né, ou être pratiqué au domicile de la nourrice, tantôt à proximité de la demeure des parents, tantôt au contraire, dans une localité très éloignée et par conséquent loin de tonte surveillance. Dans toutes les grandes villes, le plus grand nombre des familles aisées font nourrir l’enfant par des femmes de la campagne qu’elles gardent chez elles ; ce sont les nourrices dites sur lieu qui, si la loi Roussel était exécutée, ne devraient venir se placer que six moix après la naissance de leur propre enfant, mais qui, le plus souvent, arrivent au bout de trois ou quatre mois, avec des certificats de complaisance, laissant leur enfant aux soins des grands parents après l’avoir présenté au médecin de la famille dont elles doivent nourrir le nouveau-né. D’après les termes de la loi Roussel, l’enfant de la nourrice doit être nourri au sein moyennant salaire ; mais, en fait, il est trop souvent élevé au biberon. On a montré, au début de cette étude, à quels périls sont exposés ces abandonnés, quel énorme tribut ils paient à la mort, tribut qu’a diminué dans une certaine mesure la loi Roussel et qu’elle réduirait encore si elle était partout rigoureusement exécutée. L’industrie nourricière est cependant devenue une nécessité et on ne peut disconvenir qu’elle sauve la vie d’un certain nombre de nouveau-nés des grandes villes ; mais il faut reconnaître par contre, qu’indépendemment des dangers auxquels elle expose l’enfant de la nourrice, elle a en outre une influence fâcheuse sur l’état moral des nourrices elles-mêmes : très gâtées en général, n’ayant absolument à s’occuper que de leur nourrisson, vivant dans une grande aisance et toujours très attifées pour satisfaire la vanité des jeunes mères, ces femmes prennent des habitudes de paresse et de vie confortable qui souvent leur rendent insupportable l’idée de retourner au pays vivre de la vie rude et gênée des campagnards. D’autre part, elles reçoivent des gages très élevés, ils ont au moins doublé de valeur depuis trente ans, et elles les envoient dans leur pays ; une partie sert, soit à payer la nourrice qui s’est chargée d’allaiter l’enfant, soit à indemniser les parents qui l’élèvent au biberon ; mais la plus grosse part de ces gages revient au mari et pour quelques-uns qui augmentent sagement leur avoir en achetant peu à peu quelques lopins de terre, la plupart dissipent l’argent gagné par leur femme en menant une vie d’oisifs débauchés. Enfin, il en est un grand nombre qui abandonnent les champs pour venir à la ville, soit pour y manger, sans travailler, une partie des gages de leur femme, soit pour y chercher de l’ouvrage, s’y établir définitivement et contribuer ainsi à la funeste dépopulation des campagnes.
Tels sont les tristes côtés de l’industrie nourricière, mais il ne faudrait pas croire qu’ils lui soient toujours inhérents, car, en définitive, c’est
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encore le plus grand nombre des nourrices sur lieu qui retournent au pays, pour reprendre les travaux des champs, peut-être il est vrai avec l’arrière pensée, chez quelques-unes, de revenir à la ville faire une nouvelle nourriture.
Tandis que dans les classes aisées, on n’hésite pas à prendre une nourrice à demeure, dans les classes moyennes et inférieures, en un mot, toutes les fois que par défaut de logement ou de ressources on ne peut garder la nourrice sur lieu, l’enfant est confié à une femme qui l’emporte dans son pays.
C’est surtout au bénéfice de ce nourrisson, ainsi livré aux soins d’une inconnue, que Roussel a voulu éveiller la sollicitude des pouvoirs publics et faire instituer officiellement par la loi un service d'inspection médicale.
Lorsque la nourrice reste fidèle à l’engagement qu’elle a pris de nourrir l’enfant au sein, il a tout le profit de l’allaitement naturel ; mais trop souvent la nourrice, soit que contrairement à son engagement, elle continue à allaiter son propre enfant, en même temps que le nourrisson, soit qu’elle cesse d’avoir du lait, est obligée, dans le premier cas, d’avoir recours à l’allaitement artificiel, c’est-à-dire de pratiquer l’allaitement mixte, pour suppléer à Tin suffisance de son lait, et dans le second cas, de substituer complètement le biberon au sein et cela presque toujours au grand détriment du nourrisson.
C’est d’ailleurs ce dernier mode d’allaitement que beaucoup de familles pauvres ou peu aisées sont obligées d’adopter parce qu’il est moins coûteux, et c’est celui qui, pour les nourrissons élevés en dehors de la famille, doit être, de la part des médecins inspecteurs, l’objet de la surveillance la plus attentive, parce que l’usage du biberon, toujours inférieur à T allaitement au sein, ne peut donner de bons résultats qu’à la condition d’être pratiqué avec les soins de propreté des plus minutieux et un lait préservé de toute altération.
Les soins qu’exige ce mode d’allaitement sont difficiles à prendre, même dans un milieu où régnent des habitudes de propreté, mais, à plus forte raison, doivent-ils être négligés chez des nourrices dont souvent ces habitudes laissent à désirer ; et c’est pour éviter l’obligation de ces soins minutieux que quelques accoucheurs, et Tarnier entre autres, préfèrent, pour l’administration du lait, la cuiller, le verre ou le petit pot encore très usité en Normandie. Mais le biberon a généralement prévalu.
Il serait sans intérêt ici de passer en revue toutes les variétés de biberon qui, jusque dans ces derniers temps, ont été employés dans les campagnes, tous plus ou moins grossiers, plus ou moins dangereux par suite de leur forme qui rendait leur nettoyage à peu près impossible. Aujourd’hui tous ces ustensiles informes ont à peu près disparu, mais pour faire place à un biberon peut-être plus funeste qu’eux, je veux Encyclopédie d'hygiène. — VIII. 4
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‘in
parler du biberon à tube, que les nourrices trouvent très commode et auquel on a la plus grande peine à les faire renoncer (Y. pour les différents modèles de biberons autrefois usités, t. Y, p. 161;.
Il se compose d’un récipient en verre qui renferme le lait et dans lequel plonge un tube de caoutchouc assez long pour qu’on puisse mettre le récipient hors de la portée des mains de l’enfant et que celui-ci puisse sans peine aspirer le lait. Or. quelque soin que l’on prenne d’y faire passer de l’eau chaude après chaque tétée, il garde presque toujours quelque parcelle de lait qui rancit, fermente et altère le lait frais dont on charge le récipient pour une nouvelle tétée; et lorsqu’on néglige ce lavage, ce qui est le cas le plus fréquent chez les nourrices, le tube, ainsi que l’a démontré Fauvel, devient un réceptacle de microbes pathogènes qui dénaturent le lait et amènent inévitablement, chez le nourrisson, des troubles digestifs plus ou moins graves.
Dans une note communiquée en 1882 à l’Académie de médecine, ce jeune chimiste, attaché au laboratoire municipal, a fait connaître les diverses altérations que subit le lait dans les biberons mal tenus: et d’abord il s’exhale de ce liquide une odeur nauséabonde ; il devient acide et lorsqu’on l’examine au microscope, on y constate la présence de bactéries très vivaces et de quelques rares vibrions.
Le tube en caoutchouc par lequel l’enfant aspire le lait, incisé dans toute sa longueur, renferme les mêmes microbes et, en outre, une végétation cryptogamique qui, ensemencée dans du petit lait, a donné en quelques jours des cellules ovoïdes se développant en mycélium.
11 est facile de comprendre quelle fâcheuse influence doit exercer sur la composition du lait et par suite sur l’intestin du nourrisson une pareille agglomération de parasites ; aussi, peut-on dire sans exagération que c’est à ce détestable biberon qu’est due, en grande partie, l’énorme mortalité qui frappe les enfants du premier âge dans tous les pays civilisés, mais qui est d’autant plus grave chez nous, que les vides ne s’y comblent pas, comme dans les pa^s voisins, par une forte natalité.
Dans ses instructions sur les soins à donner aux nourrissons, l’Académie de médecine a proscrit, d’une manière absolue, le biberon à tube ; la Société protectrice de l’enfance fait un devoir à ses médecins inspecteurs d’en défendre l’emploi et quelques Préfets, bien édifiés sur les dangers qu'il fait courir aux enfants, ont fait les plus louables efforts pour que l’usage en fût abandonné dans leur département; enfin la loi Roussel l’interdit absolument ; mais ce n’est pas assez et il faudrait, ainsi . que l’a dit Blatin, que sur tout le territoire, l’administration intervint, de concert avec le corps médical, pour poursuivre, sans merci, le biberon meurtrier.
En résumé, le meilleur biberon est celui qui peut être le plus facilement entretenu dans un état de propreté parfaite et, sous ce rapport, le
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biberon de verre, d’une contenance de 120 à 140gr, aplati sur une des faces, percé, sur sa face convexe, d’un trou pour le passage de l’air, et dont l’embout est recouvert d’une tétine ou manchon de caoutchouc, est sans contredit celui qui présente le plus d’avantages, parce que pour le tenir toujours parfaitement propre, il suffit de le remplir d’eau chaude après la tétée et de laver la tétine dans l’eau froide ou mieux encore dans une solution d’acide borique à 3 p. 100. C’est celui que j’ai constamment conseillé dans ma clientèle et dans ma famille et je n’ai jamais eu qu’à me louer de son emploi.
On peut y ajouter ce perfectionnement de faire graver sur le verre des divisions par doses de 30"r par exemple, afin de pouvoir graduer, à volonté, la quantité de lait qu’il convient de donner au nourrisson, suivant son âge et son état de santé. Parmi les modèles de biberon sans tube, il en est deux, celui de C. Paul et celui de Budin, qui sont fort ingénieux, mais d’un entretien moins facile que celui dont je viens de donner la description. Beaugrand, en France, et Bagoski, en Autriche, ont signalé la présence d’oxydes métalliques, de zinc et de plomb, dans le caoutchouc vulcanisé dont est formée la tétine des biberons; leur proportion serait pour le zinc de oO p. 100 et de 18 pour le plomb.
Je ne sache pas qu'on ait jamais observé, eç France, des accidents imputables à la présence du plomb et analogues à un fait d’intoxication rapporté par Rouvier, mais il est évident qu’en présence d’un état de dépérissement d’un nourrisson, avec constipation, coliques vives, pâleur générale et dilatation des pupilles, on devrait songer à une intoxication saturnine, surtout si, avant toute analyse, le caoutchouc de la tétine présentait les caractères que Rouvier a indiqués d’après les ordonnances de police qui interdisent, en Prusse, la fabrication et la vente des biberons en caoutchouc suspect et édictent une pénalité contre les contrevenants.
Ces caractères que je crois utile de reproduire ici, sont les suivants : les tétines en caoutchouc pur présentent une ou deux sutures bien visibles: leur coupe est nette, brune, luisante; ils sont minces, élastiques, intensibles ; mis entre l’œil et la lumière, ils sont demi-transparents avec une coloration brunâtre. Celles qui renferment des oxydes métalliques n’ont pas de sutures, leur coupe offre une surface mate, grise, sur laquelle on aperçoit une ponctuation blanchâtre ; elles sont plus épaisses, moins extensibles, à peine élastiques et tout à fait opaques ; enfin leur poids spécifique est très différent ; les premières flottent sur l’eau, et les secondes se précipitent au fond.
§ Il — Nourrices mercenaires
La mère ne peut nourrir, le biberon a été écarté ; il faut donc avoir recours à une nourrice et que celle-ci reste au domicile des parents, ou
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qu'elle doive emporter l’enfant dans son pays, son choix est toujours chose délicate, car à la difficulté qu’on éprouve à tirer de l’examen, même minutieux de la femme, des données certaines sur ses qualités comme nourrice, viennent s’ajouter, pour le médecin, celles que lui créent les ruses mises en œuvre par la nourrice elle-même et dont les bureaux se font presque toujours les complices.
A. Bureaux de placement. — Il y avait autrefois, à Paris, un bureau municipal de nourrices, où les femmes venues de la campagne, pour être nourrices sur lieu et surtout pour emporter des nourrissons, étaient examinées par un médecin du bureau central des hôpitaux : les résultats de cet examen fait avec soin, par des hommes tout à fait compétents, étaient consignés sur des feuilles au nom de la nourrice, avec inscription de chiffres qui, de 1 à 3, indiquaient si la femme était bonne, médiocre ou mauvaise nourrice, avec mention particulière pour les cas exceptionnels, en bien ou en mal. En même temps que la nourrice, le médecin examinait son enfant; d’autre part, il visitait le nourrisson qui devait lui être confié ; il y avait donc là bien des garanties pour les familles et aussi pour la nourrice elle-même, car plus d’une fois le médecin de service a pu empêcher le départ d'un enfant syphilisé ou simplement assez chétif pour qu’on put le croire menacé d’une mort prochaine.
Est-ce à dire qu’en dépit de tant de précautions, quelques erreurs n’aient pas été commises? Assurément non, mais il est incontestable qu’elles étaient excessivement rares et qu’en définitive, cet établissement officiel, malgré les manœuvres de certaines meneuses contre lesquelles le médecin devait se tenir toujours en garde, offrait des garanties que ne présentent pas toujours les bureaux privés.
Mais différentes circonstances ont mis l’administration dans la nécessité de fermer le bureau. D’une part, les familles aisées hésitaient de plus en plus à venir chercher des nourrices dans un bureau, qu’elles considéraient comme un bureau d’assistance, et qui l’était en effet, parce que la garantie du salaire y attirait un nombre croissant de familles pauvres et de nourrices devant élever les enfants au biberon; d’autre part, la clientèle riche devenant de plus en plus rare à ce bureau, les nourrices qui désiraient sc placer sur lieu étaient réduites à faire au bureau un long séjour qui les décourageait, de sorte que peu à peu elle ont cessé d’y venir, d’autant moins que des bureaux libres de placement s’étaient établis en grand nombre, qui offraient des primes aux sages-femmes et aux accoucheurs et attiraient ainsi un nombre croissant de femmes de la campagne, par l’espoir, très souvent justifié, d’être placées beaucoup mieux et plus vite qu’au bureau municipal. Enfin la garantie du salaire et la multiplicité des secours avaient créé pour l’administration des charges si lourdes qu’elle s’est décidée, en 1875, à fermer la Direction municipale des nourrices.
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Des bureaux privés, les uns ont pour spécialité de fournir des nourrices sur lieu ; les autres sont surtout fréquentés par des femmes qui désirent emporter un nourrisson. Les premiers peuvent inspirer quelque confiance, et il en est parmi eux, quatre ou cinq qui fournissant la clientèle des premiers accoucheurs des grandes villes, tiennent à satisfaire ceux-ci et n’acceptent dans leur bureau que des nourrices de choix : dans ceux-là on est à peu près sûr de trouver une bonne nourrice ; mais dans la plupart des autres, toutes les supercheries sont mises en œuvre pour placer les mauvaises nourrices comme les bonnes, malgré l’intervention des médecins attachés à ces bureaux et rémunérés par eux, au prorata du nombre des nourrices placées. Que la nourrice doive nourrir sur lieu ou emporter le nourrisson, l’examen auquel il est indispensable de la soumettre exige le même soin, la même attention; seulement on comprend que l’examen auquel il est procédé pour la nourrice sur lieu, par l’accoucheur ou par le médecin de la famille, doit donner plus de sécurité que celui auquel sont soumises, dans les bureaux, les femmes qui doivent pratiquer l'allaitement dans leur pays.
B. Nourrices sur lieu. — Il y a vingt ans encore, les familles aisées, à Paris, tenaient absolument à ne prendre que des nourrices venant de la Nièvre, de l’Yonne ou de Saône et-Loire, parce qu’on les considérait comme supérieures aux autres et il fallait que les femmes originaires d’autres départements présentassent des qualités exceptionnelles pour que l’accoucheur put les faire accepter: mais dans ce cas, les familles tenaient à ce que ces femmes portassent le bonnet de l’Yonne on du Nivernais pour masquer une origine considérée dans le monde comme une mauvaise marque. Il y a plusieurs années, quelques nourrices bretonnes sont apparues dans les promenades publiques, et la mode s’en mêlant, peu s’en est fallu qu’elles n’arrivassent à supplanter les bourguignonnes ; il n’est pas jusqu’à leur costume et surtout leur coiffure qui n’aient un instant contribué à leur succès; mais le succès n'a pas duré parce que, en définitive, elles ne flattaient pas assez la vanité des mères et refusaient d’ailleurs d’abandonner la coiffure du pays pour s’affubler des couronnes de rubans, aussi riches que ridicules, dont on entoure le bonnet des nourrices, de quelque département qu’elles viennent et qui donnent à ces femmes un aspect plus décoratif. La préférence pour les bourguignonnes persiste toujours, mais les familles parisiennes acceptent plus volontiers que par le passé de confier leur enfant à des femmes originaires, en général, des départements du centre. Dans le Midi, les nourrices à la mode sont les bordelaises et les espagnoles dont le costume est certainement plus pittoresque que celui de nos nourrices parisiennes.
Au-dessous de vingt ans, la femme n’est pas encore parvenue à sou complet développement; au-dessus de trente-deux, celles de la campagne
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sont déjà bien usées ; aussi, est-ce entre ces deux limites, qu'on a le plus de chances de rencontrer de bonnes nourrices.
Les primipares présentent cet avantage qu’elles sont moins exigeantes que les autres et plus faciles à diriger. Mais elles n’ont aucune expérience, et s’il s’agit d’un premier né la mère elle-même n’en a pas davantage.
Pour les multipares et surtout pour celles qui ont déjà fait une nourriture à la ville, c’est tout autre chose ; pour tout ce qui concerne l’enfant, elles sont précieuses parce qu’elles ont une expérience dont profite leur nourrisson ; mais aussi elles sont très au courant des roueries du métier et sont très souvent une cause incessante d’ennuis pour les familles obligées de les subir dans l’intérêt de l’enfant.
Ainsi qu’il a été dit plus haut, c’est parmi les femmes de 20 à 30 ans qu’il faut de préférence choisir une nourrice, mais il est bien évident qu’en pareille matière il ne peut y avoir rien d’absolu ; j’ai le souvenir d’une femme de 19 ans, primipare qui a été une excellente nourrice et j'ai eu plusieurs fois l’occasion de constater que des femmes âgées de 34 ans, et même une de 33, ont pu faire de beaux et robustes élèves; mais ce sont là des faits assez rares que toutefois le médecin ne doit pas ignorer afin que, le cas échéant, il ne repousse qu’après un examen approfondi des femmes qui malgré leur âge, ou trop jeune ou trop avancé, pourraient être d’excellentes nourrices.
L’habitude extérieure de la nourrice ne fournit sur son état de santé habituel, et sur sa constitution que des renseignements incomplets, surtout si elle se présente peu de jours après son arrivée, fatiguée par le voyage, l’insomnie et la nourriture, en général très insuffisante qu’elle a prise, soit en route, soit au bureau ; ce premier aspect de la nourrice dépend aussi du plus ou moins de soin avec lequel elle se tient elle-même et tient aussi son propre enfant. Mais le médecin peut au moins s’assurer qu’elle ne porte au cou aucun ganglion lymphatique hypertrophié, ni surtout aucune cicatrice de ganglion suppuré, indices trop certains d’une diathèse strumeuse et probablement aussi tuberculeuse qui constitue, au premier chef, un cas rédhibitoire.
Je ne crois pas que jamais une femme goitreuse se soit présentée en ville pour être nourrice sur lieu, mais je suis certain d’en avoir vu plusieurs au bureau municipal, que des meneuses avaient consenti à amener à la visite pour leur faire emporter des nourrissons, dans l’espoir déçu que leur difformité, en partie masquée par l’arrangement du fichu échapperait à l’examen du médecin.
Autrefois, je mécontentais d’examiner les cheveux dépassant le bonnet sur le front et à la nuque, mais depuis qu’au bureau municipal, frappé, un jour, de la rareté et de l’aspect grêle et un peu pulvérulent des cheveux d’une femme de la campagne, j’avais enlevé sa coiffure et trouvé sur le sommet de la tête quelques rares godets de favus et plusieurs de ces dépressions du cuir chevelu qui sont des stigmates indéniables de la
teigne laveuse, je n’ai jamais omis dans ma pratique civile d examiner la chevelure plus attentivement que je ne l'avait fait jusque-là.
Les femmes de la campagne ont presque toutes le teint halé ce qui masque quelquefois la pâleur de l'anémie ou de la chlorose, aussi, faut-il toujours examiner la muqueuse des lèvres, des gencives et des paupières, et ausculter le cœur ainsi que les vaisseaux du cou, toutes les fois que l’aspect général de la nourrice peut faire soupçonner une dyscrasie sanguine dont le nourrisson pourrait pâtir. Quelquefois cependant, j’ai accepté des nourrices présentant quelques-uns des signes de l’anémie, lorsque, d’autre part, leur enfant offrait tous les caractères d’une belle santé, mais seulement après avoir acquis la certitude que cet enfant était exclusivement nourri du lait de sa mère, ou qu'il n’était pas un enfant d’emprunt, genre de fraude plus fréquent encore qu'on ne serait tenté de le croire, et je n'ai eu d’ordinaire qu’à me féliciter de ces choix, ayant eu soin, bien entendu, de faire suivre à ces nourrices anémiées, un régime alimentaire reconstituant, et de leur prescrire un traitement approprié.
L’état des dents a moins d’importance aux yeux du médecin qu’à ceux de la famille, parceque la carie, surtout celle des incisives, et la destruction qui en est l’inévitable suite, déparent le visage et que beaucoup de mères mondaines- tiennent avant tout à la beauté de leur nourrice dont elles tirent vanité. Mais, au point de vue de la santé, la carie dentaire, chez les femmes qui ne prennent aucun soin hygiénique de leur bouche, qui n’ont jamais consulté de dentiste, n'a qu'une importance tout à fait secondaire, aussi, le médecin ne doit-il tenir compte de ce mauvais état de la dentition que dans les cas où le plus grand nombre des dents étant atteint, l’odeur de l’haleine serait viciée, ce qui ne serait pas sans inconvénient pour le nourrisson, et la mastication rendue incomplète, au grand détriment des fonctions digestives de la nourrice et, par suite, de l’abondance et de la qualité de son lait.
Il est toujours prudent d’examiner avec soin les parois buccales, le pourtour de l’isthme et la peau du cou, au niveau de la nuque, afin de constater si la muqueuse est absolument saine, si la peau ne présente aucune macule, en un mot, s’il n’existe chez la nourrice aucune trace d’affection syphilitique, mais cet examen est absolument de rigueur lorsqu’on a affaire à une femme et surtout à une fille mère, venant, non de la campagne, mais d’un centre industriel. Dans ce même ordre d’idées, on devrait aussi visiter, chez toutes, les parties génitales, ne fut-ce que pour s’assurer, qu'abstraction faite de toute affection vénérienne, elles ne sont pas atteintes d’une leucorrhée abondante qui serait une cause de refus, parcequ’elle est, en général, un signe de débilité peu compatible avec une sécrétion abondante d’un lait nourrissant et qu'en outre elle peut n’être pas sans inconvénient pour le nourrisson exposé ainsi à une contamination des yeux par les mains de sa nourrice.
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Mais les femmes de la campagne répugnent beaucoup à ce genre d’exploration et il faut bien dire que, dans l’immense majorité des cas, il est complètement inutile et qu’il n’y a vraiment lieu de l’exiger de la nourrice que lorsque son allure, quelques taches suspectes à la nuque, autorisent à craindre une affection spécifique.
La conformation des seins constitue certainement un élément sérieux de pronostic à porter sur les qualités laitières d’une nourrice ; des seins fermes, pyriformes, tels par exemple qu’on les trouve chez les primipares, plus rarement à une seconde nourriture, des seins dont les veines sont apparentes sous la peau et font un léger relief au pourtour du mamelon, dans lesquels on sent nettement les lobes de la glande mammaire, permettent de compter presqu’à coup sûr sur une abondante sécrétion de lait.
Le volume des seins, au contraire, n’a que peu de valeur, car à cet égard, la différence des mamelles ne tient souvent qu’à une proportion variable de tissu cellulaire graisseux interposé entre les lobules de la glande ; il est, en effet, des seins très développés dans lesquels le tissu adipeux domine et dont la sécrétion est très médiocre ; il faut s’en défier, et plus encore de ces seins flasques, pendant sur la poitrine et d’où les efforts énergiques de succion ne parviennent qu’à grand peine à amener quelques gouttes de lait.
Toutefois, il importe d’ajouter que ces indications générales n’ont pas une valeur absolue ; il y a des nourrices d’une forte corpulence, ayant des seins énormes, manifestement gras après plusieurs nourritures et qui font de magnifiques élèves, et j’ai rencontré des femmes maigres avec des seins peu développés et chez lesquelles quelques succions de leur nourrisson suffisaient pour faire monter le lait en abondance.
Il y a d’ailleurs deux types de nourrices également bonnes, et qu'il importe de connaître ; dans l’un la sécrétion lactée est continue, dans l’autre, elle est intermittente et ne se produit que sous l’influence de la succion.
Dans le premier cas, les conduits sécréteurs et les galactophores semblent faire l’office de réservoirs ; aussi, au bout de quelques heures les mamelles sont-elles distendues au point de devenir douloureuses ; la tétée met fin à cette turgescence des seins et procure à la nourrice un grand soulagement.
Dans le second type, les seins, au moment de la tétée, ne sont guère plus développés qu’après elle, mais comme si la mamelle s’était reposée dans l’intervalle des tétées et compensait son inaction par une activité secrétoire plus grande au moment de la tétée, à peine l’enfant a-t-il saisi le mamelon et fait quelques aspirations que le lait lui arrive en abondance. Ce sont surtout ces femmes là qui éprouvent très nettement la sensation de la montée du lait.
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A moins de circonstances particulières ou de témoignages irrécusables d’une abondante sécrétion lactée, il faut refuser toute nourrice qui n'a de lait que d’un seul côté,' par suite de l’atrophie de l’autre glande mammaire.
Au bureau municipal de nourrices, Gubler avait été frappé de la fréquence de l'inégalité de volume des deux seins et avait reconnu à cette inégalité des causes diverses. Chez certaines femmes elle est congénitale, les anatomistes en ont cité des exemples, mais le fait est extrêmement rare ; chez d’autres, l’inégalité tient à ce qu’une maladie antérieure de l’un des deux seins, phlegmon, abcès, gerçures, ayant nécessité la cessation de l’allaitement de ce côté, a amené l’atrophie de la glande ; mais le plus souvent, l’inégalité doit être attribuée à la mauvaise habitude qu’ont certaines nourrices, par négligence ou pour conserver libre le bras dont elles travaillent, tout en allaitant leur enfant, de lui donner toujours le sein du côté opposé. C’est presque toujours le sein gauche que donnent les nourrices à l’exclusion du droit ; pour les gauchères, c’est le contraire; aussi, faut-il exiger dans tous les cas que la nourrice donne alternativement les deux seins.
Lorsque l’inégalité est congénitale, ou lorsque l’atrophie est le résultat d’une inflammation suppurative du sein, il n'y a rien à faire, mais si l’on veut prévenir l’atrophie que peut amener peu à peu l’habitude prise par la nourrice de ne donner qu’un seul sein et toujours du même côté, il faut absolument lui interdire cette pratique, d’abord pour ne pas diminuer la quantité de lait et aussi pour ne pas être obligé de suspendre complètement l’allaitement, au cas où le sein resté à l’état normal, deviendrait malade. Rouvier a rappelé les recherches de Sabatier qui ont amené cet observateur à déclarer que l’allaitement par des nourrices n’ayant qu’un sein utile, donne des résultats déplorables équivalant à ceux que donne l’élevage au biberon.
Dans un grand service départemental, Sabatier a vu passer sous ses yeux 1.327 nourrices, dont 33 n’ayant qu’un seul sein apte à la lactation : une seule d’entre elles fut renvoyée sans nourrisson ; mais les 32 autres ayant paru suffisantes, avaient été acceptées ; Sabatier a fait une enquête sur le sort des enfants qui leur avaient été confiés, et il a appris que 1b d’entre eux étaient morts dès les premiers mois, soit 48 p. 100.
Par comparaison, le même auteur a fait une enquête parallèle sur les enfants confiés à 32 nourrices donnant les deux seins; or, il n’y a eu dans cette seconde que 9 morts, soit 28 p. 100, ce qui est encore une proportion très élevée ,et qui permet de penser qu’il s’agissait, dans les deux cas, d’enfants emmenés loin des familles et n’étant l’objet d’aucune surveillance.
Je n'ai parlé ici que des nourrices qui se présentent pour entrer en place et pour ma part, je n’ai jamais hésité à refuser une nourrice n’ayant de lait que d’un côté. Mais je me suis montré moins absolu
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lorsque je me suis trouvé en présence d’une femme qui, au cours d’une nourriture déjà avancée, voit un de ses seins se tarir; ici la nourrice a déjà fait ses preuves, et soit qu’elle ait eu un abcès, soit que, par caprice ou par difficulté de téter l’un des deux seins, l’enfant se soit obstiné à téter exclusivement le même, l’autre glande mammaire s’est atrophiée; faut-il dans ce cas changer de suite la nourrice? Je ne le pense pas, et je n’ai pris ce parti que lorsqu’il s’agissait d’un nourrisson âgé de deux ou trois mois, et que par conséquent, j’avais à redouter pour lui les dangers de l’allaitement mixte ; c’est encore le parti qu’il faut prendre, même à une période plus avancée de la nourriture, lorsque la courbe ne suit plus sa ligne ascendante, après essai d’allaitement mixte ou complètement artificiel.
L’état de santé de l’enfant de la nourrice est un renseignement précieux pour apprécier les qualités laitières de celle-ci, surtout lorsque l’aspect extérieure de cette femme, le peu de développement de ses glandes mammaires, font hésiter à la choisir; aussi bien, dans tous les cas et quelque rassurantes que soient les apparences de la mère, il est indispensable d’examiner son enfant avec le plus grand soin, et si l’on peut avoir la certitude qu’il ne s’agit pas d’un enfant d’emprunt, ou que la nourrice n’a donné à son enfant d’autre aliment que son lait, sans y ajouter ni lait de vache, ni bouillie, si cet enfant est bien développé, si ses chairs sont fermes et un peu marbrées, ses joues pleines et roses, il y a de bien fortes présomptions, pour ne pas dire une certitude absolue que la mère est une bonne nourrice.
Mais il ne suffit pas d’examiner l’aspect général de l’enfant, il faut passer en revue les orifices des muqueuses bucco-pharyngienne et anale pour s’assurer qu’il n’y existe ni stigmate de syphilis, ni même un simple érythème inguinal et périnéal, indice d’une entérite; dans le premier cas le refus est de rigueur ; le second n’est pas une cause d’exclusion, parce que les troubles digestifs sont très souvent dus aux fâcheuses conditions dans lesquelles la nourrice a fait le voyage.
Je ne parle pas du muguet qui entraîne un refus absolu et qu’on ne rencontre d’ailleurs que sur des sujets dont l’aspect général suffirait à lui seul pour faire refuser la mère.
Cet examen a une telle importance à mes yeux, que j’ai eu pour règle générale de refuser toute nourrice se présentant sans son enfant, ou de n’en accepter que sur certificat bien circonstancié donné par le médecin du pays de la nourrice, confrère connu de moi et affirmant le parfait état de développement et de santé de l’enfant.
Les familles attachent toujours une grande importance à ce que l’accoucheur ou le médecin s’assure de l’abondance et de la qualité du lait de la nourrice ; mais un pareil examen ne peut jamais fournir que des données très incertaines.
Sans doute, lorsqu’on pressant sur la base du mamelon d’un sein que
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l’enlant n’a pas tété depuis plusieurs heures, on n’en fait sortir que quelques gouttes ou un jet baveux d’un lait épais, on peut, sans hésitation, déclarer que la sécrétion lactée est insuffisante et rejeter la nourrice ; mais il est permis d’hésiter si, au moment où l’on examine les seins, l’enfant vient de téter ; il est encore prudent d’hésiter, même dans le cas où le lait parait abondant, parce que cette abondance peut très bien résulter du soin qu’a pris la nourrice de ne pas donner les seins plusieurs heures avant celle où elle doit être soumise à la visite ; quelque précaution que puisse prendre le médecin pour ne pas être dupe de cette supercherie, il y est encore souvent pris et se voit, au bout de quelques jours, dans l’obligation de remplacer pour insuffisance de lait, une femme qu’il avait jugée bonne nourrice.
Mais de même que, dans certains cas, le médecin peut affirmer d’après le seul aspect de la femme et de ses seins, qu’elle est incapable de nourrir, de même, dans quelques cas, ce sont les plus rares, il peut, par contre, déclarer que la nourrice est excellente, lorsque, par exemple, il lui suffit de presser doucement la base du mamelon pour que jaillissent, de tous les conduits galactophores, des jets abondants de lait, puis que l’enfant étant mis au sein, même peu de temps après avoir tété, il fait entendre le bruit caractéristique d’une déglutition qui ne s’opère pas à vide, et surtout lorsqu’on le retirant momentanément du sein, après quelques minutes de succion, on en voit jaillir un lait abondant ; à plus forte raison pourra-t-on être affirmatif si ce même écoulement de lait se produit dans l’autre sein par le seul fait de la montée que l’enfant a provoquée par la succion du premier.
Quant à la qualité du lait, il est impossible de l'apprécier par le seul examen de celui dont on a rempli une cuiller, pour se conformer à l’usage traditionnel et donner satisfaction à la famille, après avoir examiné la nourrice et son enfant.
Les anciens accoucheurs, pour se rendre compte de la richesse du lait d’une nourrice, se contentaient de verser une goutte de lait sur l'ongle du pouce, dont ils tournaient en bas la face dorsale ; si la goutte, ainsi suspendue, restait adhérente, il y avait pour eux présomption que le lait contenait une proportion notable d’éléments nutritifs; si la goutte tombait, on en concluait que le lait était séreux et de pauvre qualité.
Mais cette petite expérience n’avait pas plus de valeur en réalité que l’examen à la cuiller auquel on se borne aujourd’hui et ne permettait au médecin que de porter un jugement provisoire ; actuellement, comme alors, tout ce que le médecin peut dire, c’est que tel lait lui parait riche, que tel autre lui parait léger, mais, en réalité, il ne peut se prononcer sur les qualités nutritives d’un lait que d’après la courbe des pesées de l’enfant, le meilleur et le plus sùr des réactifs.
L’âge du lait de la nourrice exerce une influence certaine sur sa composition ; il n’est pas douteux, en effet, qu’un lait de 6 à 8 mois, chez
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une multipare, est plus riche en éléments nutritifs, qu’un lait de 2 ou 3 mois, surtout chez une jeune primipare, et que, par suite, il pourra être moins facilement digéré que le second, par le nouveau-né, et c’est même là une des raisons qui rendent l’allaitement maternel supérieur à l’allaitement mercenaire ; en effet, le lait de la jeune mère très léger, au début de la nourriture, devient plus riche peu à peu et s’adapte ainsi bien mieux à l’énergie croissante des fonctions digestives de l’enfant.
11 faut cependant reconnaître que dans l’immense majorité des cas, les nouveau-nés supportent bien un lait de six ou sept mois, à la condition, toutefois, de graduer prudemment les doses qu'on lui laisse prendre.
Mais il est un autre point de vue auquei l’âge du lait doit intervenir dans le choix d’une nourrice : la durée de la lactation est très variable chez la femme et si certains faits prouvent qu’elle peut allaiter plus de deux ans, on peut dire qu’en général, la sécrétion lactée commence à diminuer entre le 18e et le 20e mois.
Or, lorsqu’une nourrice se présente avec un enfant de six mois, il est très légitime d’espérer qu’elle pourra nourrir le nouveau-né jusqu’à l'âge le plus ordinaire du sevrage, c’est-à-dire, entre douze et quinze mois. Mais si le lait est âgé de neuf ou dix mois, on peut craindre que la nourrice ne puisse pas suffire à sa tâche, jusqu’au sevrage du nourrisson ; aussi, ai-je toujours eu pour principe de refuser les femmes dont le lait avait plus de sept mois, à moins que par des nourritures antérieures, ayant duré au-delà des limites ordinaires, je ne fusse autorisé à compter sur une lactation prolongée.
C’est une grosse erreur de croire que la nourrice peut transmettre par son lait à son nourrisson, ses qualités qui sont généralement rares, ou ses défauts ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent. Mais on ne saurait nier qu’en vivant d’une vie si intime avec l’enfant, surtout si l’allaitement se prolonge et plus encore, si elle reste près de lui après le sevrage, elle peut, lorsqu’elle est sujette à des accès de colère, ou à des mouvements de mauvaise humeur, rendre son nourrisson violent, criard, ou, au contraire, lorsqu’elle est indolente ou morose, entretenir chez l’enfant un état de tristesse qu’on est tenté d’attribuer à un état maladif et qui n’est que le reflet du caractère de sa nourrice. Heureux les parents qui ont la bonne fortune de trouver une femme active, ‘gaie, dont l’influence se fait sentir certainement sur le caractère de l’enfant et peutêtre aussi, sur les qualités du lait qu’il prend.
Il y a trente ans, les familles parisiennes répugnaient absolument à prendre pour nourrice une fille-mère, non seulement parce que la conduite de ces filles est sujette à caution, mais aussi parceque les mères tenaient pour immoral de fermer les yeux sur une faute pour en profiter. Mais aujourd’hui, soit que le recrutement des nourrices mariées soit devenu plus difficile, soit que le rigorisme des jeunes mères ait subi une certaine détente, il est certain qu’elles semblent éprouver pour cette
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catégorie de nourrices, une répulsion moins absolue, elles espèrent sans doute que ces femmes, n’avant plus de famille et pouvant rarement compter sur le mariage, seront plus dévouées à leur nourrisson et qu’on aura plus de chances de les conserver longtemps dans la famille. Enfin dans certains cas, lorsque par exemple, la santé de l’enfant est compromise par le fait de l’insuffisance d’une première nourrice, que l’allaitement artificiel n'a pas réussi, à défaut de femme mariée, on ist trop heureux de trouver une fille-mère, dont le lait doit rendre la santé au nouveau-né ; le médecin, dans ce cas, ne doit pas hésiter et il est rare que les mères elles-mêmes, reculent devant cette chance de salut. Mais c’est surtout à l’égard des filles-mères que l’examen préliminaire du médecin doit être minutieux, particulièrement lorsqu’elles viennent d’un centre industriel ou d’une ville de garnison.
A un autre point de vue, il faut reconnaître qu’en ne refusant pas les services de ces filles, on a l’espoir de sauver leur propre enfant, auquel leurs gages élevés permettent de donner une nourrice, et de le maintenir plus tard dans des conditions d’hygiène et de milieu social qui peuvent en faire un citoyen utile.
La nourrice a été choisie, elle présente toutes les apparences d’une bonne laitière et l’épreuve des premiers jours lui est favorable. Mais quelque rassurante que soifc sa constitution, le brusque changement d’existence auquel elle est soumise peut altérer sa santé, surtout si elle est primipare.
Les femmes de la campagne habituées à une nourriture grossière, dans laquelle la viande ne figure que par exception, se trouvant, tout à coup, dans le plus grand nombre des familles urbaines, exposées aux tentations d’un régime plantureux et varié, n’y résistent guère, d’autant moins qu’elles croient qu’en mangeant de toutes choses et surtout beaucoup de viande, elles augmenteront la quantité et la qualité de leur lait. A cet égard, les familles partagent souvent cette manière de voir, qui est une erreur, et font suivre à leur nourrice un régime alimentaire très copieux, qu’elle ne peut longtemps supporter parcequ’il finit par amener du côté des organes digestifs des désordres dont la conséquence inévitable est une diminution du lait.
Voici le régime que Constantin Paul a adopté pour les nourrices de la Crèche qu’il a installée à l’Hôpital de la Charité : le matin, lait 125,0: à déjeuner, soupe maigre 30centil, viande cuite 100gr, farineux 15centil. Pour le souper, soupe grasse 30oentil, légumes farineux 15centil ou deux œufs, riz 30centil. Comme boisson, vin coupé d’eau ou bière; la quantité de pain n’est pas indiquée, mais pour les femmes de la campagne elle ne peut guère être moindre, même à Paris, de 450 à 500gr.
A propos de l’alimentation des nourrices, je dois signaler la fâcheuse influence que certains aliments exercent sur la santé du nourrisson. Tout le monde sait que quelques enfants ne peuvent digérer le lait de leur
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nourrice lorsqu’elle a mangé des choux ou parfois de l’oseille. Delthil a observé un cas très curieux d’intoxication par les moules, chez un nourrisson qui était atteint d’urticaire chaque fois que sa nourrice mangeait de ces coquillages ; le fait se serait produit trois fois, d’une façon indiscutable, sans que la nourrice fût elle-même indisposée. Mais un fait moins connu et que je n’ai, du reste observé qu’une seule fois, c’est, l’influence du cresson.
Un bel enfant, de trois mois environ, est pris tout à coup, dans la nuit, de douleurs cxcesssives qui lui arrachent des cris et qu’exaspère la pression des mains sur le ventre ; quelques nausées se produisent non suivies de vomissements ; pas de diarrhée. Quelques fomentations émollientes semblent calmer l’enfant et le lendemain, tout est rentré dans l’ordre et il ne reste chez l’enfant qu’un peu de pâleur résultant de la crise de douleurs et de l’insomnie. On cherche dans l’alimentation de la nourrice la cause possible des accidents et on ne trouve dans son régime de la veille d’autre aliment insolite que le cresson dont, parait-il, elle n’avait jamais mangé jusque là. Sans être absolument édifié sur le rapport de causalité soupçonné, on recommande à la nourrice de s’abstenir désormais de cresson et elle se conforme à cette défense. Mais sept ou huit mois plus tard, la cuisinière engage cette femme à manger du cresson, en se moquant de ses scrupules ; la nourrice se laisse tenter et, dans la nuit, l’enfant est repris des mêmes accidents qui, une première fois, avaient fort inquiété l’entourage, cris, coliques, nausées, sans aucune autre suite les jours suivants. Or, ce qui avait été relativement bien supporté par un enfant robuste, pourrait, chez un enfant dont les intestins seraient facilement irritables, avoir des conséquences plus durables ou plus graves, par exemple provoquer des convulsions.
Mais s’il est important de veiller à ce que les repas des nourrices ne soient pas trop copieux, qu’ils ne soient pas chargés de viandes, que les légumes et particulièrement les farineux en fassent toujours partie, et enfin à ce que jamais n’y figure un aliment dont les inconvénients auront été bien constatés une première fois, il n’est pas moins important de leur interdire l’abus des boissons fermentées et d’une manière absolue l’usage des liqueurs alcooliques.
Toutes les nourrices sont altérées, et, entre toutes, celles dont le lait est abondant et qui ont affaire à un nourrisson vorace, car leur soif est en proportion de la déperdition de liquide que l’allaitement entraîne ; il faut donc leur accorder plus de vin ou de bière qu’on n’en donne généralement aux autres serviteurs ; mais, il est indispensable de les surveiller pour les empêcher de boire du vin pur ou de la bière, en dehors de ce qui leur est donné à la maison, et, à plus forte raison, de l’eaude-vie ou des liqueurs dont l’alcool est toujours la base.
Des faits nombreux ont démontré que, sous l’influence de ces écarts
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de régime et sans que la moindre apparence d’ivresse s’ensuivît, des nourrissons ont été pris d’accidents divers.
Dans certains cas, dont Rouvier, Charpentier et Lancereaux ont cité des exemples, l’enfant est abattu, somnolent, a la face rouge et la langue sèche; dans d’autres cas, il est pris de convulsions; pour ma part, j’ai observé cette dernière forme d’intoxication alcoolique et le fait a été d'autant plus démonstratif que le hasard m’a permis de faire une contreépreuve et d’obtenir en quelque sorte un cas de pathologie expérimentale.
Une nourrice était installée depuis six semaines environ dans une famille de ma clientèle; pendant les quinze premiers jours, l’enfant avait eu des troubles digestifs, puis, ces accidents avant disparu, elle avait régulièrement augmenté de volume, lorsque tout à coup, elle fut prise un matin de convulsions violentes qui se reproduisaient à de très courts intervalles, la nuit aussi bien que le jour ; cet état persista pendant plusieurs jours sans qu’aucun mode de traitement eût réussi, même à espacer les crises; je n’avais observé alors, ni lu aucun fait qui pût me faire attribuer à un écart de régime de la nourrice des accidents aussi terribles et aussi persistants chez son nourrisson ; mais je savais queparfois, un changement de lait avait suffi pour mettre fin à des troubles de santé de l’enfant ; j’avais même, à ce moment, très présent à l’esprit, le fait, d’une mère qui avait été obligée de donner une nourrice à son enfant parce qu’il ne pouvait digérer son lait, bien qu’elle présentât elle-même tous les attributs d'une bonne nourrice. Je conseillai donc aux parents d'essayer du lait d’une autre femme, ce qui fut fait, et quelques heures après le départ de la première nourrice les convulsions cessèrent, mais en laissant à l’enfant, qui est aujourd’hui une femme de trente ans, un strabisme convergent de l'un des deux yeux, que rien n’a pu modifier depuis. Or la première nourrice revint quelques jours plus tard pour reprendre ses effets, pendant que la seconde avait été reporter son propre enfant au Bureau, et comme elle tardait à rentrer, on proposa à la visiteuse de donner le sein à l’enfant, et dès le soir même, les convulsions reparurent, mais pour la dernière fois; c’est alors seulement qu’on finit par apprendre que la nourrice buvait de l’eau-de vie, soit au dehors, soit à la maison, sans que ses maîtres s’en fussent aperçus et sans que les autres domestiques les en eussent avertis ; je n’ai pas pu savoir ce qui est advenu du second nourrisson qu'avait pris cette femme.
Un fait bien certain, c’est que les affections morales, le chagrin, la colère peuvent exercer une influence fâcheuse sur la quantité et plus encore sur la qualité du lait; on ne peut pas plus nier cette influence que celle que toutes les fortes impressions exercent sur la plupart des sécrétions, sur celle des larmes, par exemple, sur celle de la sueur à la suite d’une violente douleur ou d’une vive frayeur.
Des faits assez nombreux montrent que des troubles intestinaux se sont produits chez des nourrissons dont la nourrice ou la mère avait
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ressenti une émotion profonde, mais quelles modifications le lait subit-il alors? Sur quels éléments portent-elles? Les analyses sérieuses manquent; Vernois et Becquerel disent seulement avoir constaté dans un cas de ce genre une diminution de la proportion du beurre.
Il est très important que les nourrices ne restent pas confinées à la maison, habituées à la vie au grand air, elles s’étiolent par le séjour à la chambre, et dans l’intérêt même de leur nourrisson, il faut les faire sortir tous les jours, soit accompagnées tant qu’on a des doutes sur le soin qu’ elles peuvent prendre de l’enfant, lorsqu’elles sont loin de toute surveillance, soit seules, si elles ont fait leurs preuves comme sollicitude et comme intelligence.
Si, dès les premiers jours, on a pris la précaution de donner au nourrisson des habitudes régulières pour les tétées, on arrive facilement à ne lui donner le sein que deux ou trois fois la nuit, par exemple, entre 10h et llh, entre 2h et 3h du matin, et vers 7h, ce qui est aussi bon pour le nourrisson que pour la nourrice elle-même, dont les tétées plus fréquentes interrompent le sommeil au détriment de la sécrétion lactée.
Une tendance funeste chez la plupart des nourrices, surtout chez celles que les exigences de l’enfant résultant des mauvaises habitudes qu’elles lui ont laissé prendre, obligent à donner très souvent le sein pendant la nuit, est de sortir leur nourrisson de son berceau et de le faire téter, en le couchant près d’elles : sur ce point, les mères ne peuvent se montrer trop sévères, tant sont nombreux les faits d’enfants étouffés par leur nourrice et même par leur mère pendant le sommeil. En Suède, on comptait autrefois environ 650 nourrissons par an ainsi étouffés; il meurt de cette façon, en Angleterre, 1,4 ; 1.000 nouveau-nés ; en Ecosse, 1.0 : 1.000; à Londres, en 1878, 503 nouveau-nés, soit 3.9 : 1.000 ont été étouffés pendant leur sommeil ; à Liverpool, 8.4 : 1.000 ; à Birmingham, 9.3 ; la plupart en hiver et dans la nuit du samedi au dimanche, à cause de l’état d’ivresse de la mère. Un médecin de l’état civil à Middlesen a dit, dans un rapport officiel, que dans son arrondissement, on n’avait pas trouvé moins de 19 nourrissons étouffés au lit du 11 novembre au 13 décembre en 1880. En Allemagne les statistiques manquent sur ces faits lamentables. Mais à Clerkenvel, en Angleterre, au cours d’une enquête juridique sur la mort d’une petite fille trouvée sans vie dans le lit de sa mère, le Coroner a déclaré au jury qu’en une seule année et dans le seul district où il exerce, il n’a pas été délégué moins de 300 fois, pour procéder à une enquête judiciaire sur le cas d’enfants qu’on avait trouvés étouffés dans le lit qu’ils partageaient avec leurs parents, au lieu de reposer dans leur berceau. Ce chiffre de 300 est presque invraisemblable, mais fût-il beaucoup moindre, qu’il constituerait au moins une présomption que tant d’accidents semblables, survenus dans l’espace d’une année, ne sont pas uniquement dus à la négligence des mères.
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Je n’ai pas de chiffres pour la France, mais je crois pouvoir affirmer que de pareils faits y sont extrêmement rares, d'après ce que m’ont dit les nombreux confrères que j’ai interrogés à ce sujet et d’après mes propres souvenirs, car, pour ma part, je n’ai eu connaissance que d’un seul cas, dans ma clientèle, d’un nouveau-né étouffé par sa mère, pendant son sommeil.
Beaucoup de mères, dans la classe aisée, ont l’habitude de ne jamais se mettre au lit, à quelque heure què ce soit, sans être passées dans la chambre du nourrisson ; quelques-unes mêmes poussent la prudence jusqu’à se relever, de temps à autre, pour arriver à l’improviste, au milieu de la nuit, et s’assurer que l’enfant n’est pas dans le lit de sa nourrice. Il est surtout nécessaire de prendre ces précautions pendant les premiers mois de la nourriture et s’il s’agit d’une nourrice jeune et inexpérimentée.
0. Allaitement hors du domicile des parents. — Il n’est que trop certain que l’énorme mortalité des enfants du premier âge frappe surtout les nourrissons emportés loin de leur famille, et il suffit de jeter les yeux, au hasard, sur un numéro de la statistique municipale de Paris, celui, par exemple, de la 42e semaine de 1893, pour constater que sur 336 nouveau-nés dont la mise en nourrice a été déclarée aux mairies, 97 seulement devront être nourris au sein et 239 recevoir une autre alimentation ; mais, sans parler même de ceux-ci qui, dès le premier jour, et avec le consentement de la famille, doivent être nourris au biberon ou autrement, on peut être assuré que le nombre des décès diminuerait dans une proportion considérable si les nourrices qui s’engagent à nourrir l’enfant au sein étaient, avant leur départ, l’objet d’un examen plus sérieux que celui auquel elles sont soumises dans la plupart des bureaux et si, dans tous les départements où existe l’industrie nourricière, l’inspection prescrite au domicile de la nourrice, par la loi Roussel, était rigoureusement faite.
Très souvent c’est le père ou la grand’mère qui amène l’enfant au bureau de nourrices et, comme ils ne sont ni l’un ni l’autre aptes à juger des qualités nourricières de la femme qu’on leur présente, ils l’acceptent de confiance, et il arrive trop souvent que l’enfant, après avoir pris le sein pendant quelques jours seulement, est allaité au biberon, au verre ou au petit pot, tantôt parce que, ne tenant aucun compte de l’engagement qu’elle a pris de sevrer son propre enfant, à l’arrivée du nourrisson, elle continue à l’allaiter et ne peut suffire à cette double tâche qu’en ayant recours à l’allaitement artificiel, soit pour les deux enfants, ce qui serait encore relativement honnête, soit plus souvent pour le nourrisson seul. C’est en surveillant attentivement ces nourrices, en signalant leurs méfaits et en décidant les familles à retirer l’enfant des mains de ces femmes sans conscience, que les médecins de la Société Encyclopédie d’hygiène. — VIII. ’
protectrice de V enfance , et ceux qui sont aujourd’hui attachés au service de la protection officielle, sont parvenus à diminuer, dans un certain nombre de départements, la mortalité des enfants du premier âge ; partout où l’un ou l’autre de ces deux services fonctionne régulièrement, la statistique indique un abaissement sensible du chiffre des décès infantiles; aussi, ne saurait-on trop encourager la création de sociétés libres de protection, ni s’occuper avec trop de persévérance, dans tous les départements, de l’organisation du service officiel ; les deux institutions peuvent marcher parallèlement et concourir ensemble au succès d’une œuvre humanitaire et patriotique tout à la fois.
§ I ! I . — Allaitement artificiel
Quelles que soient les raisons qui ont empêché l’allaitement au sein, force est bien de recourir à l’allaitement artificiel car le lait doit, pendant les six ou huit premiers mois, constituer la nourriture exclusive de l’enfant, et sa nourriture principale pendant le reste de sa première année et même plusieurs mois encore au-delà; mais il ne faut passe dissimuler que ce mode d'allaitement qui, pratiqué par la mère ou par une nourrice sèche, avec des soins minutieux et dans les meilleures conditions possibles, peut donner des résultats excellents, tels qu’on les observe surtout en Angleterre, exerce, en général, une influence néfaste sur la plupart des enfants qui sont obligés de le subir.
Ainsi, tandis qu’en Suède et en Norwège, où presque tous les enfants sont allaités au sein par leur mère, la mortalité des nourrissons n’est que que de 10 à 12 p. 100; dans le Wurtemberg, au contraire, où on a l’habitude de nourrir les enfants non-seulement avec du lait de vache, mais aussi avec de la bouillie, la mortalité infantile s’élève à 42 p. 100 ; dans la Basse-Bavière où l’allaitement au sein est devenu exceptionnel, la proportion des décès s’élève à 50 p. 100 ; à Munich, il ne meurt que 15 p. 100 des enfants nourris au sein, il en meurt 85 de ceux qui sont allaités artificiellement; enfin, sans sortir de France, Bertillon ne nous a-t-il pas appris que, dans le département de la Loire-Inférieure, lespropres enfants des nourrices allaités artificiellement meurent dans la proportion de 75 p. 100 ; et que dans la Nièvre qui fournit un très grand nombre de nourrices sur lieu, la mortalité qui d’ordinaire est de 33 p. 100, est descendue à 17 p. 100 pendant la guerre de 1870, parce que le louage des nourrices se trouvant interrompu, ces femmes, restées forcément au pays, avaient continué à allaiter leurs enfants au sein.
A. Choix du lait. — Plusieurs femelles d’animaux domestiques donnent un lait qui peut servir à la nourriture de l’enfant, mais la vache
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est celle qui, sur la plus grande partie de la terre, a la préférence à cause de l’abondance de son lait et aussi de la persistance, chez elle, de la lactation, bien longtemps après qu’elle a vêlé.
Cependant, la vache ne trouve pas partout ni le climat ni la nourriture qui lui conviennent, et il est quelques régions, même en Europe, où le lait de chèvre remplace presque complètement le lait de vache. Le lait de jument est rare, la traite n’en est pas facile, aussi, est-il très rarement employé, tandis que le lait d’ânesse doit à sa composition de pouvoir rendre de grands services dans l’alimentation des enfants débiles, ou venus avant terme et dont l’estomac supporte mal le lait de vache, dans les premiers jours, quelquefois même dans les premiers mois de la vie.
Quant au lait de chèvre qui, par sa densité et par la proportion des éléments solides qu’il renferme, diffère peu de celui de la vache, il constitue pour l’enfant un très bon aliment ; toutefois, il contient beaucoup plus de caséine que le lait de femme et même un peu plus que le lait de vache, de sorte qu’employé pur il ne peut convenir qu’à des enfants ayant déjà plusieurs semaines et comme, d’autre part, il renferme beaucoup moins de sucre que le lait de femme, il faudrait, pour des nouveau-nés l’étendre avec de l’eau sucrée. Le Dr Boudard a fait les plus louables efforts pour propager l’emploi de la chèvre nourrice qui, sans donner un lait complètement approprié aux facultés digestives des enfants dans les premières semaines, donnerait au moins un lait non altéré, un lait vivant, pour ainsi dire, puisqu’il serait tété au pis. Mais il est difficile de se procurer des chèvres en ville, elles s’accommodent mal de la stabulation et ne gardent pas longtemps leur lait et ces différentes circonstances ont empêché le succès de l’idée de Boudard qui était excellente et dont l’application pourra, dans certains cas particuliers, rendre les plus signalés services. C’est à tort, d’ailleurs, qu’on a longtemps attribué au lait de chèvre la propriété de rendre les enfants plus forts, plus énergiques ; c’est plus justement qu’on lui reproche d’avoir un goût et une odeur plus prononcés que ceux des autres laits.
Le lait de brebis dont la densité et la proportion de beurre dépassent de beaucoup celles du lait de vache n’est pas usité pour l’enfant.
Ce n’est pas seulement par le lait que donne leur traite, que l’ânesse et la chèvre sont souvent précieuses pour la pratique de l’allaitement artificiel, c’est aussi parce qu’elles se prêtent assez bien l'une et l’autre à l’allaitement au pis, ressource inestimable lorsqu’il s’agit de nourrir des enfants atteints de syphilis et qui ne peuvent supporter le biberon : l’enfant prend sans peine le pis de ces animaux qui sont dressés sans trop de difficultés à ce genre de service.
Parrot, frappé de l’effrayante mortalité des Enfants assistés atteints de syphilis et qu’on avait jusque-là élevés au biberon, installa, dans son service, l’allaitement par les ànesses et en obtint d’excellents résultats ; des difficultés budgétaires n’ont pas permis de poursuivre l’expérience,
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et on est revenu au biberon, mais en envoyant maintenant à la campagne, dans un établissement parfaitement approprié, les malheureux enfants qu’on maintenait autrefois accumulés dans un local insuffisant et notoirement insalubre.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, la chèvre pourrait rendre les mêmes services que l’ânesse et déjà, au siècle dernier, sur le conseil du docteur Alphonse Leroy, à Aix, en Provence, on avait mis au pis des chèvres les enfants trouvés dont la mortalité était effrayante. C’est des mêmes préoccupations que s’est inspiré le docteur Boudard, de Gannat, en cherchant à vulgariser l’emploi de sa chèvre nourrice pour laquelle le public n’a pas jusqu’ici montré beaucoup d’empressement, en raison des difficultés que j’ai signalées plus haut.
Une autre supériorité de l’ànesse, c’est qu’elle est réfractaire à la tuberculose ; on l’a cru également pour la chèvre, mais plusieurs faits sont venus démontrer qu'il n’en est rien, et que si le tubercule est rare en effet chez la chèvre, on peut cependant l’y rencontrer.
Il est vrai qu’au point de vue de la tuberculose, la vache est un terrain de culture favorable, mais le lait n’est jamais pris directement par l’enfant au pis de la vache et c’est surtout lorsque les tubercules se sont développés dans la glande mammaire que leur transmission par le lait est à craindre et, d’autre part, il est plus d’un moyen, ainsi que je le montrerai plus loin, de rendre inoffensif le lait d’une vache tuberculeuse.
En définitive, on peut dire d’une manière presqu’absolue que l’allaitement artificiel est pratiqué avec le lait de vache. Mais ce lait renferme une proportion de principes solides plus élevée que celle du lait de femme, aussi est-il indispensable, dans les premières semaines, de le couper avec de l’eau et de l’eau bouillie seulement, à l’exclusion de tant de préparations qui, telles que la décoction de gruau, d’orge ou de chiendent, et l’infusion de mauve, jouissent encore, surtout chez les femmes de la campagne, d’une grande réputation et n’ont d’autre effet que de rendre le lait moins facilement digestible.
Tarnier pense qu’il serait plus prudent de ne donner que le lait d’ànesse pur jusqu’à six semaines ou deux mois, puis, à partir de cet âge, le lait de vache coupé à moitié d’eau, après quoi, le lait pur.
Mais le lait d’ânesse est assez rare, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, par conséquent d’un prix très élevé et abordable seulement pour les familles riches. Qui ne sait d’ailleurs qu’avec le lait de vache convenablement étendu on peut diriger avec un succès complet l’alimentation des nouveau-nés.
Une des meilleures conditions de succès de l’allaitement artificiel serait que l’enfant prît constamment le lait de la même vache, toujours nourrie elle-même et exclusivement, des mêmes herbes fourragères, sèches ou vertes ; ces conditions se trouvent généralement réunies à la campagne,
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mais il s’en faut qu’il en soit de même dans les villes où le lait livré à l’ensemble de la population est un mélange de laits de provenance et de qualités très diverses.
Certes, s’il en fallait croire les innombrables prospectus qui, à Paris et probablement dans toutes les grandes villes, annoncent un lait pur, non écrémé, provenant invariablement de la même vache, avec la garantie du flacon cacheté, rien ne serait plus commun qu’un lait irréprochable, et en réalité, rien n’est plus rare.
11 est juste de reconnaître cependant que, dans l’ensemble, à Paris au moins, la qualité du lait livré à la consommation s’est généralement améliorée, soit par l’effet d’une surveillance plus active et mieux comprise, ou des mesures administratives qui facilitent au public l’analyse gratuite du lait et punissent les falsificateurs, soit par suite de la concurrence que la consommation croissante du lait a suscitée entre les grandes compagnies laitières, jalouses à l’envi de mériter la confiance du public.
Mais cette amélioration peut tenir aussi, en partie, à un choix mieux entendu des aliments livrés aux vaches laitières: ceux qui leur réussissent le mieux et donnent à leur lait des qualités dont bénéficient les enfants, sont les fourrages secs ou frais qui se composent surtout de luzerne, de trèfle, de pissenlit et de quelques graminées auxquelles le lait doit un agréable parfum. Péligot a classé dans l’ordre suivant les principaux aliments des vaches laitières, au double point de vue de l’abondance du lait et de sa richesse en principes solides ; au premier rang, la betterave, puis l’avoine et la luzerne, mélangées de pommes de terre et enfin les carottes.
Or, je suis très sûr, pour l’avoir constaté de visu, que plusieurs grandes fermes, notamment celle de Combault et celle d’Arcy, fournissent à leurs clients habituels un lait obtenu dans ces conditions, mais il est certain qu’il est encore quelques grandes compagnies laitières, qui recueillent de tous côtés et livrent, chaque matin, à la consommation des mélanges de lait fournis par des animaux dont l’alimentation, qui n’a rien de commun avec celle dont nous venons d’indiquer la composition, consiste, tantôt, en drèches, résidus de la distillation de céréales, de pommes de terre ou de maïs, tantôt en pulpe de bettraves, tantôt enfin en tourteaux de graines oléagineuses qui donnent de grandes quantités de lait, mais d’un lait dont les éléments nutritifs sont inférieurs à ceux du lait des vaches nourries de fourrage.
Saint- Yves-Ménard, a très bien apprécié, au point de vue de l’alimentation des nourrissons, la valeur relative des laits livrés à la consommation des villes, suivant leur provenance ; une première catégorie comprend le lait du commerce en gros, venu de province, ramassé par les laitiers, qui passe par plusieurs mains et n’est livré que le lendemain de sa production ; celui-là ne peut être conservé du jour au lendemain qu’à la condition d’être soumis à une manipulation quelconque avec ou sans addition de
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bicarbonate de soude: il n'a donc plus les qualités d’un lait naturel. Dans une seconde catégorie, le lait provient d’étables de la ville ou des environs dont les vaches reçoivent une nourriture très aqueuse ; il est recueilli dans des vases ouverts, d’une propreté suspecte ; il ne répond donc pas encore complètement à ce qu’exige l’alimentation des nourrissons. Le lait d’une troisième provenance est recueilli avec plus de soin, dans des vases plombés et présente certainement plus de garanties.
B. Altérations du lait. — Quelque parfaite que soit la qualité du lait, il est fermentescible comme tous les produits de sécrétion animale et s’il n’est, pas donné peu de temps après la traite, ce qui ne se peut faire qu’à la campagne, il ne tarde pas à s’altérer, sous l’influence des microbes que l’air charrie sans cesse, et qui l’envahissent, surtout par les chaleurs: il tourne , suivant l’expression vulgaire, c’est-à-dire, il fermente et devient dangereux pour l’enfant, soit par la présence des microbes eux-mêmes, soit sous l’action des produits toxiques que sécrètent ces microbes. Les nourrices attentives préviennent en partie ces dangers, en faisant bouillir le lait dès qu’elles le reçoivent, mais combien d’autres le laissent, une partie du jour et de la nuit, tel qu’il leur arrive, dans des chambres et trop souvent dans des taudis, dont l’atmosphère à peine renouvelée, au moins dans la saison froide, est incessamment viciée parles déjections des enfants et les émanations de tous les êtres accumulés dans un espace restreint, que surchauffe la chaleur d’un poêle de fonte; aussi est-il facile de comprendre qu’un pareil aliment, pris dans un pareil milieu provoque, à tout instant, chez le nourrisson, des accidents intestinaux et notamment la dyspepsie gastro-intestinale chronique qui se révèle par des alternatives de diarrhée et de constipation, la coloration blanche, verte ou brune des matières fécales, des régurgitations, des vomissements, le ballonnement du ventre et l’érythème de la région périanale.
Avant qu’on soit parvenu à préserver ces pauvres abandonnés du méphitisme si repoussant dont tout médecin, appelé à visiter beaucoup de nourrices à gages, n’a pu manquer d’être frappé, il faudra que l’aisance générale ait fait encore de grands progrès, il faudra surtout que les notions les plus élémentaires d’hygiène aient pénétré dans toutes les classes de la population, et ce sera long. On peut au contraire espérer qu’il faudra moins de temps pour que les nourrices les plus besogneuses soient en mesure de donner à leurs nourrissons un lait inaltéré.
Je viens de dire que l’ébullition suffit pour prévenir la fermentation du lait et j’ajoute qu’elle peut aussi neutraliser les propriétés nocives du lait provenant d’une vache tuberculeuse : mais bien des causes d’altération persistent encore, même pour le lait bouilli, dans le milieu où vivent la plupart des enfants confiés à des nourrices à gages; aussi la science, s’inspirant des découvertes de Pasteur, a-t-elle cherché à obtenir la stéri-
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lisation du lait, en y détruisant tous les organismes, soit directement pathogènes pour le consommateur, soit de nature à altérer la composition du lait.
C\ Stérilisation du lait. — Le froid, même lorsqu’on en prolonge l’action, ce qui ne se pourrait faire d’ailleurs qu’à grands frais, est impuissant à détruire les micro-organismes qu'on a retrouvés vivants dans des blocs de glace, aussi, est-ce sur l’action de la chaleur que reposent les divers procédés de stérilisation qui ont été proposés.
Pasteur, appliquant au lait le procédé qui, pour la conservation des vins, lui avait donné des résultats fort intéressants, a conseillé de chauffer le lait à 70 degrés, de le maintenir à cette température pendant 3b à 40 minutes, trouvant à cette manière de faire le double avantage de détruire les bacilles les plus résistants, sans donner au lait un goût de cuit qui n’est pas agréable pour tout le monde. Mais si cette température détruit, en effet, plusieurs des organismes qui provoquent la fermentation du lait, elle ne les détruit pas tous, si même, comme le croient Bitter et Baug, elle détruit le bacille de la tuberculose, elle est insuffisante pour la destruction des spores et par conséquent elle ne met pas à l’abri de l’intoxication tuberculeuse.
Plusieurs appareils fort ingénieux ont été imaginés pour conserver au lait toute sa pureté, plus ou moins longtemps après la traite, ceux par exemple de Soxhlet et de Budin, qui ne diffèrent l’un de l’autre que par un détail de peu d’importance et qui n'a trait qu’à l’embout que l’enfant prend entre les lèvres. Le mode d’emploi est d’ailleurs le même.
On prend le lait aussi frais que possible et au besoin coupé d’eau bouillie, dans la proportion indiquée par le médecin ; ce lait est partagé en un nombre de flacons, d’une contenance de 100, 120, 150gr, représentant la consommation journalière de l’enfant. Ces flacons sont remplis de lait jusqu’à 5 centimètres environ de l’orifice; ils sont tous placés, chaque goulot étant muni d’une rondelle en caoutchouc, dans un appareil qui rappelle les anciens porte-liqueurs; et cet appareil est mis dans un bassin en fer blanc que l’on remplit d’eau froide, dont le niveau est le même que celui du lait des flacons; le tout est placé sur un foyer; après 45 minutes d’ébullition, on enlèvera le porte-flacons et les flacons du bassin et, par suite du refroidissement, la pression atmosphérique les fermera en déprimant la rondelle de caoutchouc: pour chaque repas de l’enfant, on fera chauffer un flacon au bain-marie dans un gobelet, jusqu’à la température convenable, c’est-à-dire correspondant à celle du corps humain, 37° ou 38°, et que les mères et les nourrices savent parfaitement apprécier avec leurs lèvres ou leur doigt, sans avoir besoin d’un thermomètre. Mais si simple que soient l’appareil et le mode d’emploi, ils ont l’inconvénient de ne pouvoir être utilisés dans tous les ménages; cependant la stérilisation du lait est appelée à jouer un rôle
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si important dans l’alimentation des enfants du premier âge, surtout pour l'allaitement artificiel, que de nombreux essais ont été faits pour arriver à la découverte d’un procédé mis à la portée des plus pauvres gens.
Le D* Brunnswick (du Havre) a indiqué une pratique très simple, car elle ne demande pas d’appareils spéciaux; il suffit de se procurer des petites bouteilles de verre blanc, telles que celles employées en pharmacie, d’une contenance de 120?r environ, en nombre égal à celui des repas de l’enfant par jour ; ces bouteilles bien lavées sont remplies de lait et fermées par un tampon d’ouate qui forme bouchon ; toutes ces bouteilles sont chauffées pendant une demi-heure au bain-marie, dans un vase quelconque avec un couvercle : il est prudent de placer à quelques centimètres du fond du vase, un support en fil de fer ou en bois, afin d’empêcher les bouteilles d’éclater. Au moment du repas on fait chauffer une des bouteilles et c’est alors seulement qu’on enlève l’ouate en la remplaçant par un embout de caoutchouc à l'aide duquel l’enfant aspire le lait; une bouteille ouverte ne doit jamais servir avant d’avoir été vidée, lavée avec soin, remplie de nouveau et stérilisée.
Le ür Ledé a également proposé un procédé très simple et qui ne diffère de celui de Brunswick, qu’en ce que, pour les premières semaines de la vie, il n’est fait usage que de bouteilles de 90sr auxquelles on en substitue de plus grandes à mesure que l’enfant se développe; ces bouteilles lavées avec soin sont placées dans un panier à verres, sans cloisons, puis plongées dans un récipient quelconque du ménage, marmite ou pot au feu, on le remplit d’eau jusqu’au niveau du lait que contiennent les bouteilles; aussitôt que l’eau est en ébullition, on recouvre le récipient et on prolonge l’opération pendant trois quarts d’heure ; puis on retire les bouteilles qui sont alors bouchées avec des bouchons de liège très propres, et plongées lorsque le lait est refroidi, dans une terrine d’eau froide; d’après Ledé, le lait ainsi stérilisé se conserve facilement frais pendant plusieurs jours. Mais il est plus prudent de le consommer dans les 24 heures; lorsqu’on le conserve il suffit, pour chaque repas de l’enfant, de faire chauffer au bain-marie la quantité de lait qu’il doit prendre, en remplaçant le bouchon par une tétine en caoutchouc.
Cette pratique est assurément très simple, mais je crois que celle conseillée par Brunswick garantit le lait de toute contamination par l’application, dans le goulot de la bouteille, d’une couche d’ouate, plus sûrement que par le bouchon de liège.
Je ne saurais trop insister sur la stérilisation du lait, parce qu’il est incontestable que si on y avait recours toutes les fois qu’il s’agit de l’allaitement artificiel ou de l’allaitement mixte, on verrait beaucoup plus rarement se produire chez les nourrissons les accidents gastro-intestinaux qui en tuent un si grand nombre ; en effet, la stérilisation n’a pas seulement pour résultat de détruire les ferments et les bacilles pathogènes, elle rend ausi le lait de vache plus facilement digestible en ce sens
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qu’il parait ne pas se coaguler en masse dès qu’il arrive dans l’estomac, ainsi que cela a lieu lorsqu’il n’a pas subi cette préparation.
La caséine du lait de vache se coagule et forme de gros caillots qui peuvent être une cause de troubles digestifs ; il n’en est pas ainsi, au dire de Chavanne, lorsque le lait a été soumis au bain-marie aune tempé-
Fig. s.
rature voisine de 100°. Avec ce lait stérilisé, le caillot n’offre au doigt qui le presse aucune résistance, aucune sensation d’élasticité ; à l’examen microscopique, si on n’observe aucune différence du côté des globules graisseux, du moins les granulations de caséine sont plus fines, plus homogènes. Il y a donc évidemment, du fait de cette chauffe du lait à 100°, non parvenu par conséquent à son point d’ébullition, une modification de la caséine. Cette modification porte sur l’état de division du caillot lui-même et sur son état moléculaire ; il est probable que tels sont les motifs qui rendent le lait de vache stérilisé plus facile à digérer que les laits crus ou bouillis.
Il résulte d’une note publiée dans le Bulletin des crèches que onze
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enfants élevés antérieurement au biberon avec un lait de provenance inconnue et mis ensuite au lait stérilisé dans la crèche même, parle procédé Soxhlet, ont tous profité de ce nouveau régime et se sont accrus dans des proportions supérieures à la moyenne ordinaire.
Au reste, rien ne saurait mieux mettre en évidence les bienfaits de la stérilisation du lait pour 1 allaitement artificiel, que les deux communications faites à l’Académie par Budin, à un an de distance.
Dans la première (19 juillet
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1892) il avait montré, à l’aide
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de courbes très significatives, les excellents résultats qu’il obtenait dans son service d’accouchement, à l’hôpital de la Charité, en nourrissant au biberon, avec le lait stérilisé dans le service, tous les nouveau-nés que leur mère était incapable d’allaiter ; mais ses observations ne portaient alors que sur des nouveaunés restés de dix à douze jours, par exception vingt jours, à l'hôpital : et il se demandait ce que pourrait donner le lait stérilisé chez des enfants de six, huit, dix et même douze mois, en annonçant qu’il allait se livrer à de nouvelles recherches pour résoudre la question, et c’est à l’exposé du résultat de ces recherches qu’il a consacré sa seconde communication (25 juillet 1893).
Ür, les courbes présentées cette fois par Budin sont vraiment très remarquables, car elles décrivent presque toutes une ligne ascendante supérieure à la normale, ainsi que le montrent les deux figures cijointes (5 et 6) ; une troisième figure (7) représente la courbe de deux jumeaux soumis à 1 allaitement mixte, et dont l’accroissement, momentanément interrompu par des circonstances étrangères à leur alimentation, recommençait à décrire sa courbe ascendante, au-dessus de la normale, lorsqu’on a cessé de prendre l’observation.
On voit que l’expérience a été poursuivie jusqu’à la 17e, la 30e et la 41e semaine, sur des enfants que leurs mères amenaient, toutes les semaines, à la consultation de la Charité où, chaque jour d’ailleurs, il leur était distribué une quantité suffisante de lait stérilisé, fourni aux frais de Budin qui prenait ainsi à sa charge une dépense non prévue dans le budget de l’hôpital.
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Fig. 6.
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Mais Budin a également employé, en ville, le lait stérilisé dans les familles et avec le même succès qu’à la Charité, dans tous les cas ou pour des causes diverses l’allaitement au sein était impossible ou insuffisant.
Voilà certes des faits qui militent singulièrement en faveur de l’allai-
Fig- 7.
tement artificiel dont Rouvier (de Beyrouth) a pu dire avec raison qu’il préféré « le biberon bien conduit à une nourrice médiocre » parce que, en effet, lorsqu il est bien dirigé et surveillé, il donne parfois des résultats supérieurs à 1 allaitement naturel : mais il est si rare de rencontrer, même au domicile des parents, sous l’œil de la mère, l'ensemble des conditions indispensables pour le succès de ce mode d allaitement, que je ne l’ai jamais autorisé qu’à mon corps défendant; et lorsqu’on voit au prix de quels soins il réussit, même dans les familles aisées et éclairées, on ne s’étonne plus de l'excessive mortalité des nouveau-nés, élevés au biberon, loin de la surveillance de leurs parents.
On ne peut méconnaître assurément que la stérilisation du lait dimi-
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nuerait les dangers de l’allaitement artificiel, les recherches si intéressantes de Budin en font foi, mais il ne faut pas se dissimuler cependant que cette pratique, même très simplifiée par le procédé de Brunswich et celui de Ledé, exige encore de la part des femmes chargées d'allaiter artificiellement des nourrissons, des précautions assez minutieuses qu’on ne peut attendre de toutes et entraîne des dépenses qui, pour être bien minimes, ne laissent pas de devenir onéreuses pour beaucoup de femmes de la campagne.
Quoi qu’il en soit, la connaissance de cette pratique des différents modes de stérilisation, n’arrivât-elle d'abord à sauver qu’un petit nombre d’enfants, qu’il faudrait s’efforcer de la vulgariser par tous les moyens possibles, afin d’en rendre, peu à peu, l’emploi plus général, c’est dans ce but qu’ici je m’y suis arrêté un peu longuement.
La quantité de lait que l’enfant allaité artificiellement doit prendre à chaque biberon, ne diffère point de celle qu'il prendrait au sein. Budin et Chavannes ont montré expérimentalement que l’estomac de l’enfant est, dès la naissance, apte à digérer le lait, et ils lui font prendre, dès le premier jour, toutes les deux heures, de 10 à 20gr de lait. Auvard va plus loin, il est d’avis de porter la dose à 50gr par biberon, c’est-à-dire, pour la première semaine, 400®r, en huit repas, de lait coupé aux deux tiers d’eau bouillie, pour arriver graduellement, à la fin du premier mois, à 700 ou 750^ par jour, en diminuant peu à peu la quantité d’eau ajoutée au lait. A trois mois, l’enfant peut facilement prendre un litre de lait en dix biberons et à six mois un litre et demi non coupé.
Les doses indiquées par Auvard pour les premiers jours sont, suivant moi, trop élevées; je trouve plus prudent de ne donner pendant les trois premiers jours que 30er par biberon, puis d’arriver rapidement, dès la fin de la première semaine, à 60 ggv pour donner à la fin du premier mois huit biberons de 80 à 100gr.