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ARTICLE III. — ÉVOLUTION DE LA PREMIÈRE ENFANCE

Dans les pages qui précèdent, nous avons indiqué les premiers soins • dont l’enfant doit être l’objet, ses vêtements, son coucher, son alimentation ; il s’agit maintenant de le suivre jusqu’à l’époque où commencera le travail de dentition.

§ 1er. — Habitudes hygiéniques.

A. Soins de propreté. — Ces soins ont une importance extrême ; le contact des déjections alvines et de l’urine, s’il se prolonge, engendre inévitablement, même chez l’enfant le mieux portant, aux plis de l’aine,

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au périné, à la vulve, dos rougeurs, parfois des érosions que l’on évite à coup sûr par des lavages répétés aussi souvent que l’enfant s’est sali et que l’on évite plus sûrement encore, lorsque, dès les premières semaines, ou au moins dès le second mois, on prend soin, plusieurs fois par jour, de poser l’enfant sur le vase pour l’habituer à rendre dans cette position, urines et selle; il est extrêmement rare que les enfants ne prennent pas très vite cette habitude, pour peu que la mère ou la nourrice mettent d’exactitude à cette pratique vraiment excellente.

La sécrétion sudorale elle-même, lorsqu’on ne nettoie pas la peau, entretient à la surface une éruption érythémateuse et des démangeaisons qui sont pour l’enfant une cause d’agitation et, à cet égard, l’usage des bains entiers constitue la pratique la plus efficace ; dans beaucoup de familles, on plonge l’enfant tous les jours dans l’eau tiède, pendant quelques minutes seulement, le temps d’éponger toute la surface du corps ; mais une pratique plus générale consiste à laver deux ou trois fois par jour le visage, les mains et le siège chaque fois que l’enfant s’est sali, et à ne donner un grand bain que tous les deux jours, ou seulement deux fois par semaine ; dans ce cas, on laisse l’enfant un peu plus longtemps, six à huit minutes dans l’eau, pour l’éponger complètement.

Au point de vue de la propreté, cette pratique est suffisante et elle a même aussi bien que les bains quotidiens, l’avantage d’habituer l’enfant à cette immersion qui, à un moment donné, en cas de maladie, peut rendre de très grands services. Dans bien des circonstances en effet, ainsi que nous le montrerons plus loin, le bain est une ressource précieuse, dont on est absolument privé lorsqu’on a affaire à des enfants qui, faute d’habitude, ont horreur du bain, où on ne peut les maintenir sous peine de provoquer des luttes, des cris, parfois même des mouvements convulsifs. Que de fois, prescrivant un bain parfaitement indiqué, n’ai-je pas entendu certaines mères se récrier et déclarer que leur enfant ne le supporterait pas ; plus d’une fois, j’ai appris que la mère ou la nourrice avait été obligée de se mettre au bain pour que l’enfant consentît à y rester ; de pareilles difficultés ne se produisent jamais, lorsque, dès les premiers jours, l’enfant a été habitué à prendre des bains, au moins deux ou trois fois par semaine. L’usage des bains est donc excellent, à tous les points de vue, mais il n’est pas à la portée de toutes les mères ni de toutes les nourrices à gages, qui par économie, sont obligées de s’en tenir à des lavages partiels ; ces lavages sont indispensables et peuvent suffire d’ordinaire, à la condition d’être faits plusieurs fois par jour et avec le plus grand soin. Les lavages répétés de l’anus et de la vulve sont surtout indispensables chez les filles parce qu’ils préviennent les vulvites qui de bonne heure peuvent avoir de sérieux inconvénients.

B. Sorties. — Le grand air est plus indispensable encore pour la santé des enfants que pour celle des adultes ; aussi faut-il les faire respirer

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au dehors le plus longtemps possible et celà dès les premières semaines, à la condition toutefois de les préserver de l’action du froid contre lequel ils sont, pendant les premiers mois de la vie, incapables de lutter, tant est peu développée leur puissance calorifique.

Il semble donc qu’il eût dû être de règle absolue, en tout pays et en toute saison, de ne pas sortir le nouveau-né, même par une température douce, avant le dixième ou le douzième jour; et cependant il a fallu que pendant de longues années, le D1 Loir luttât énergiquement et obstinément pour qu’à Paris et dans les grandes villes, l’administration renonçât à faire présenter les nouveau-nés à la mairie, dans les trois jours de la naissance.

Ce que cette exécution rigoureuse de la loi a causé d’accidents graves et trop souvent mortels du côté des voies respiratoires chez ces petits êtres délicats, est incalculable. Pour les familles riches ou aisées, le transport à la mairie n’avait pas de grands inconvénients, parceque l’enfant était entouré d’un luxe de précautions minutieuses pour le garantir du froid; mais pour l’enfant d’ouvriers qui ne pouvaient que rarement prendre une voiture, que de risques, que de dangers à courir. Aujourd’hui, un médecin de l’état-civil se rend au domicile des parents, constate le sexe de l’enfant sur une feuille officielle qu’il adresse au maire ; les témoins seuls sont tenus de se rendre à la mairie pour donner les renseignements nécessaires à la rédaction de l’acte de naissance.

La mesure est parfaite et son exécution facile dans toutes les villes ou bourgs, partout enfin où se trouve un médecin ; mais il ne faut pas se dissimuler qu’elle est impraticable dans la plupart des campagnes, particulièrement dans les pays de montagnes où les hameaux sont disséminés à de grandes distances, où les médecins manquent et où précisément le transport des nouveau-nés, en toute saison et par tous les temps, présente le plus de dangers. J’ignore comment, dans de pareilles conditions, la loi est exécutée, mais je suis porté à croire que par la force des choses, et par suite de l’impossibilité matérielle de transporter l’enfant, elle est éludée et l’inscription sur le registre de l’état-civil ajournée au-delà des trois jours. N’est-il pas permis d’espérer que la loi qui doit organiser l’assistance médicale sur tout le territoire permettra de modifier un état de choses aussi déplorable.

Au bout de combien de jours après la naissance, l’enfant peut-il impunément sortir ? La réponse à cette question est évidemment subordonnée à la température extérieure et si, par un temps doux, au printemps, en été ou à l’automne, l’enfant peut prendre l’air du douzième au quinzième jour, ce n’est., dans les conditions opposées, qu’au bout d'un mois qu’on pourra le sortir, en choisissant, pour cette première sortie, un temps sec et un jour de soleil.

Il est bien entendu que pendant les gelées, le nouveau-né ne doit jamais sortir ; il est même sage, jusqu’à un an, de garder l’enfant à la chambre

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toutes les fois que le thermomètre descend à 2 ou 3 degrés au-dessus de 0 et interdire absolument toute sortie à 0 degré.

Le moment le plus favorable pour les premières sorties est de midi à 3 h. Mais lorsque l’enfant est devenu plus fort et a été habitué à l’air, il est bon de sortir, le matin de 10 h. à midi: puis de 1 h. à 3 h. Cette dernière heure ne peut guère être dépassée qu’en plein été ; on sait en effet qu’au printemps et à l’automne, il y a vers 3 heures, un brusque abaissement de la température qui engendre bien des angines catarrhales et des bronchites.

Toutes les fois qu’un enfant a été exposé à un air vif, il est bon de le placer, en rentrant, devant un bon feu et de Tv laisser jusqu’à ce qu’il soit complètement réchauffé.

C. Petites voitures. — Beaucoup de mères, dans la classe ouvrière, et beaucoup de nourrices sur lieu, ont pris, depuis une trentaine d’années, l’habitude de traîner leur enfant dans une petite voiture ; je reconnais que cet usage est un grand soulagement pour toutes et pour quelquesunes le seul moyen de faire prendre l’air à l’enfant qui reste dans sa voiture pendant que sa mère travaille près de lui. Mais quelques précautions que l’on prenne pour le garantir du froid dans la voiture, en l’enveloppant d’une couverture et en plaçant même des boules d’eau chaude le long de son corps, rien ne peut remplacer pour lui la chaleur qu’il trouve dans les bras de sa nourrice ; on est d’ailleurs obligé de le fixer dans sa voiture pour éviter les chutes, il n’a donc plus la liberté de ses mouvements qui lui est si précieuse ; enfin caché sous la capote, il n’est plus surveillé par sa nourrice, qu’il ne voit plus, de sorte que n’étant plus animé par elle, il s’endort et devient ainsi plus accessible à l’action du froid, d’autant mieux que la nourrice qui n’a plus la fatigue de le porter, s’oublie facilement à causer.

11 y a quelques années, on a signalé un autre danger dans l’emploi des petites voitures; on avait constaté chez quelques enfants, en Allemagne, des accidents d’intoxication saturnine et on ne savait à quoi les attribuer, lorsqu’on eut l’idée d’examiner l’étoffe dont est formée la capote des voitures, sorte de toile cirée vernie, qui s’écaille à la chaleur et dans laquelle on a trouvé une assez notable quantité de plomb ; ainsi s’expliquaient les accidents saturnins ; les enfants portaient leurs mains sur le tissu écaillé, puis les reportaient à leur bouche et s’empoisonnaient par l’introduction répétée de quelques écailles de vernis. A Paris, les petites voitures, garnies d’une capote de ce même tissu vernis, sont devenues extrêmement rares; ce tissu a été remplacé par une étoffe jaune et plus généralement noire qui est inoffensive.

En résumé, il est d’une bonne hygiène que l’enfant soit porté par sa nourrice, et en général ces femmes s’y prennent à merveille ; pendant les deux premiers mois, elles doivent le porter étendu sur un coussin

ou dans une corbeille d’osier, parce qu'il ne pourrait se tenir assis; mais plus tard, elles l’assoient sur leur avant-bras, laissant ainsi une certaine liberté aux membres inférieurs; de l’un de ses bras, l’enfant s’appuie sur le cou de sa nourrice, tandis que l’autre reste libre ; le contact entre ces deux êtres est donc aussi complet que possible et entretient chez le nourrisson une chaleur égale.

Les nourrices ont toutes l’habitude de porter l’enfant sur le même bras et presque toujours sur le bras gauche, afin de conserver leur bras droit libre ; cette habitude peut-elle avoir des inconvénients pour l’enfant, et par exemple amener une déformation des membres inférieurs et de la colonne vertébrale, comme on le croit généralement dans le monde? Je ne le pense pas, à moins que l’enfant ne soit atteint de rachitisme et, dans ce cas, il ne serait pas sans utilité de recommander à la nourrice de changer souvent l’enfant de bras pour éviter qu’il. s’infléchisse toujours dans le même sens Mais il est rare qu’on obtienne d’une nourrice une précaution qui pour elle est une gêne.

D . Sommeil. — Pendant les premières semaines, l’enfant dort presque continuellement, et ne se réveille que pour téter ; lorsque la faim se fait sentir, il s’agite, pousse quelques petits cris, auxquels succèdent bientôt des cris violents si on tarde à lui donner le sein ou le biberon ; puis, il se rendort. Vers la fin du premier mois, il reste quelques instants éveillé dans le jour; chez quelques enfants, c’est surtout pendant la nuit, que le sommeil est plus souvent interrompu, rien n’est plus fréquent que d’entendre dire, dans les familles, que l’enfant fait de la nuit le jour, ce qui peut tenir soit à ce qu’on dirige sur le berceau une lumière trop vive, soit à ce que le berceau et la chambre sont maintenus aune température trop élevée, soit, au contraire, à ce que pendant la nuit, il s’est produit dans la chambre un abaissement de température auquel l’enfant est toujours très sensible, mais dont il est facile d’atténuer les effets.

A mesure que l’enfant se développe, les périodes de sommeil sont de moins en moins longues et au bout de quatre ou cinq mois, il ne dort plus guère que dans la nuit et deux ou trois heures dans le courant de la journée ; et ce sommeil du jour, même s’il n’a qu’une courte durée, est un repos précieux pour les enfants, et il est très bon de leur en faire garder l’habitude jusqu’à la troisième année et même au-delà, s’ils s’y prêtent volontiers, surtout pendant les heures les plus chaudes de la journée, en été.

Dès que l’enfant commence à rester éveillé dans le jour, il faut l’habituer à être mis de bonne heure, le soir, dans son berceau, afin qu’on puisse, le lendemain, le réveiller de bon matin; les enfants prennent très facilement l’habitude du réveil matinal et c’est leur rendre un grand service que de l’entretenir chez eux, à mesure qu’ils grandissent, car elle peut leur éviter de grands ennuis lorsque l’âge du travail sera arrivé.

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§ II. — Dentition et exercices

A. Évolution dentaire. — Si l’alimentation de l’enfant a été régulière, si aucun trouble de santé n’a entravé son développement, vers le sixième mois le travail de dentition s’annonce par une augmentation de la sécrétion salivaire, la rougeur, la tuméfaction des gencives, une coloration plus vive des joues et une chaleur insolite de la cavité buccale que les nourrices savent très bien reconnaître et entre le sixième et le huitième mois, apparaît une première dent qui est toujours une incisive médiane inférieure. Telle est la règle générale, mais il n’est pas très rare de voir les premières dents paraître avant le 0e mois, chez des enfants nourris au sein, robustes et bien constitués.

Quant à l’apparition des dents avant la naissance, il ne faut les citer qu’à titre de faits tout à fait exceptionnels. Sur 20,600 naissances, Blot n’en a pas constaté un seul, et à la Maternité, de 1858 à 1868, sur 17,578 nouveau-nés, trois seulement étaient nés avec des dents.

On croit généralement que l’apparition j:le quelques dents avant la naissance est un indice de constitution vigoureuse et l’annonce, pour l’avenir, d’un développement exceptionnel, mais cette croyance qui tient sans doute à ce que quelques cas de dentition intra-utérine, ont été précisément observés chez plusieurs hommes illustres, tels que Richard III, Louis XIY et Mazarin, cette croyance, dis-je, n’est pas du tout justifiée par les faits qui tendent au contraire à prouver que cette dentition précoce se présente souvent chez des enfants débiles ; je n’ai vu qu’un seul enfant né avec des dents, c’était un avorton qui n’a vécu que quelques mois.

L’éruption tardive des dents est parfois la conséquence d’un état morbide, dû le plus ordinairement aux troubles digestifs que provoque presqu’inévitablement une alimentation défectueuse et dont le rachitisme est souvent la conséquence ; mais, d’autre part, j'ai vu chez bon nombre d’enfants très sains, bien développés, les premières dents n’apparaître que vers le 11e et même le 12e mois.

Il est à peine besoin de dire que toute maladie aigüe grave, pour peu qu’elle se prolonge, amène un retard dans le travail de dentition ; et quant aux maladies constitutionnelles telles que la syphilis, la scrofule et la tuberculose, c’est un fait de notion vulgaire qu’elles exercent sur l’évolution dentaire une très fâcheuse influence ; l’arrêt complet de cette évolution est un des signes les plus caractéristiques du crétinisme : il est beaucoup moins constant chez les idiots.

A quelque moment que commence l’évolution dentaire, elle se fait dans un ordre constamment le même, au moins, chez l’immense majorité des enfants. Les deux incisives médianes inférieures paraissent les Encyclopédie d’hygiene. — VIII. 0

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premières et presque toujours simultanément ou dans l’espace de 4 à 10 jours. Après ce premier groupe, il y a une pose qui ne dure parfois que trois semaines mais qui peut se prolonger pendant deux mois. Un second groupe se compose des incisives supérieures qui se montrent entre le 9e et le 10e mois ; les deux médianes d’abord, puis les deux latérales ; à la suite d'une nouvelle pause dont la durée varie de six semaines à trois mois, apparaît du 10e au 13e mois, un troisième groupe qui comprend les quatre premières molaires et les deux incisives latérales inférieures. Ces six dents se succèdent dans l’ordre suivant : les deux molaires inférieures ; l’évolution de ce dernier groupe ne dure pas moins de six semaines à deux mois et c’est entre le 15e et le 16e mois que commencent à se montrer les canines dont la sortie est certainement plus lente que celle des trois premiers groupes, car elle dure souvent deux ou trois mois ; enfin, du 20e au 24e mois, sortent les quatre secondes molaires qui complètent la première dentition.

Certes, il est hors de doute que, chez bon nombre d’enfants, le dernier groupe ne se montre que dans le commencement de la troisième année ; mais pour les premiers groupes, je m’étonne qu’Hervieux ait indiqué, pour chacun d’eux, un âge plus avancé que celui qui a été donné par Trousseau et je me demande s’il n’est pas tombé sur des séries de faits exceptionnels ou sur des enfants rachitiques dont l’évolution tardive aurait pesé sur la moyenne de ses relevés statistiques.

Aussi bien, l’ordre de succession admis et professé par Trousseau, a été confirmé par les recherches statistiques de Seigneur qui, sur 087 enfants, a constaté la régularité de cet ordre, dans la proportion de 89 à 97 p. 100. Un fait intéressant, mis aussi en lumière par le même observateur, c’est que l’époque de la sortie des dents est en retard d’un ou deux mois chez les enfants élevés au biberon.

B. Accidents de la dentition. — Le public et, il faut le dire, bon nombre de médecins ont une singulière tendance à mettre sur le compte du travail de dentition la plupart des maladies des enfants du premier âge : tendance fâcheuse, d’abord parce qu’elle vient d’une erreur, puis parce qu’elle a souvent des conséquences pratiques funestes. Mais, d’un autre côté, nier d’une manière absolue, ainsi que le font quelques médecins, que le travail de dentition puisse jamais provoquer le moindre trouble de santé, c’est également commettre une erreur qui, il est vrai, n’a pas comme la première de grands inconvénients pour le nourrisson, mais qui constitue un paradoxe scientifique qu’on regrette de voir défendre par des hommes que leur savoir et leur compétence devraient préserver de pareils écarts.

Certes, Rouvier l’a dit avec raison, l’évolution dentaire n’est pas plus une maladie que celle de la puberté; il n’en est pas moins vrai, cependant, que dans Tune comme dans l’autre, des troubles peuvent survenir,

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qui sont, sous leur dépendance ; et pour ne parler ici que du travail de dentition, ne voit-on pas qu’il coïncide avec une activité organique très énergique et qu’il trouve dans l’extrême sensibilité de l’enfant aux actes réflexes, une disposition très favorable à la genèse d’accidents variés du côté des voies digestives, des voies respiratoires et aussi du côté du système nerveux.

Sans doute, il est bon nombre d’enfants, chez lesquels l’évolution dentaire parcourt toutes ses périodes, sans provoquer aucun trouble général, ni même aucun accident local, mais on peut dire que ce sont là des faits exceptionnels, car il n’est pas de médecin qui, aux différentes phases du travail de dentition, n’ait été appelé à constater un état fluxionnaire des gencives, avec retentissement plus ou moins prononcé du côté de l’intestin ou de la trachée, avec ou sans mouvement fébrile.

Silfverskiold (de Gothenbourg) qui nie absolument la fièvre de dentition, et plus nettement encore tout retentissement sur les voies digestives ou respiratoires, déclare cependant avoir observé sur 3.568 enfants en travail de dentition, 12 cas de stomatite catarrhale, 32 cas de stomatite aphteuse et 140 d’angine pharyngienne ; 13 fois des accidents éclamptiques, 8 fois le spasme glottique et 4 fois de la dysurie. Or, il est tels de ces accidents par exemple, l’éclampsie et le spasme de la glotte, que n’ont peut-être pas observés aussi souvent que le médecin de Gothenbourg, les praticiens qui, eux, en admettent parfaitement la possibilité.

Les accidents locaux de la dentition sont connus de tout le monde et particulièrement des mères et des nourrices aussi bien que des médecins; ils consistent en une congestion et une turgescence des gencives marquées surtout au niveau des groupes de dents dont l’éruption est proche ; en ce point, la gencive tuméfiée devient douloureuse: elle est le siège d’un agacement, d’une sorte de prurit que semblent calmer l’application d’un liquide frais, la pression d’un corps dur ou même le simple frottement de la gencive : l’enfant porte à sa bouche tout ce que sa main peut saisir et c’est pour qu’il puisse satisfaire ce besoin qu’on met à sa portée un hochet c’est-à-dire un corps dur, en métal, en ivoire ou en os, ou tout simplement un brin de racine de guimauve, qu’il serre énergiquement entre ses mâchoires. Mais souvent la tuméfaction de la gencive qui est la manifestation d'un travail inflammatoire, et non pas, contrairement à l’opinion du vulgaire, un simple soulèvement du tisssu gingival par la dent, beaucoup trop éloignée encore de son point d’émergence, souvent dis-je, la partie tuméfiée devient le point de départ d’une stomatite généralisée, parfois même d’une stomatite aphteuse et on comprend sans peine que l’inflammation puisse gagner le pharynx et retentir soit sur l’intestin, soit sur le larynx et la trachée.

Les troubles de l’appareil digestif sont, sans contredit, ceux qu’on observe le plus souvent, et ils se traduisent d’ordinaire par la diarrhée,

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quelquefois par des vomissements. Sur 2.129 cas de diarrhée infantile, West a constaté que la moitié s’était produite chez des enfants âgés de six mois à deux ans, c’est-à-dire, pendant la période à laquelle correspond le travail d’évolution dentaire. Mais ce qui ôte un peu de sa valeur à cette statistique, c’est qu’à la seconde partie de cette période, correspond aussi le sevrage qui, lorsqu’il est mal dirigé, donne si souvent lieu à des troubles digestifs.

J’attache plus d’importance à cette remarque du même praticien, qu’il est très fréquent d’observer une concordance parfaite entre une attaque de diarrhée et la sortie de chaque dent, la diarrhée cessant brusquement au moment où la dent parait ; Blachez a rapporté le fait d’un enfant chez lequel l’apparition d’une dent était invariablement annoncée par une diarrhée.

West explique la production de ces diarrhées par une hypersécrétion de toutes les glandes du tube digestif surexcitées, en même temps que les glandes salivaires, sous l’influence de la fluxion gingivale du travail de dentition, hypersécrétion que le plus petit écart de régime peut exagérer et rendre véritablement dangereuse.

Ces diarrhées sont, en général, assez légères et cèdent facilement à une diète relative ; parfois, au contraire, elles sont abondantes et rebelles et exigent l’emploi d’un traitement énergique et d’un régime très sévère qu’il appartient au médecin de prescrire.

Une opinion très répandue dans le public est que toute diarrhée qui coïncide avec une pousssée de dent, est salutaire et doit être respectée ; c’est encore là un préjugé funeste dont on n’a que trop souvent l'occasion de déplorer les tristes effets. Que de fois, surtout pendant l'été, les médecins sont appelés à donner leurs soins à de pauvres enfants qui, après plusieurs jours d’une diarrhée qu’on avait négligé de traiter, sous prétexte de crise dentaire, étaient pris brusquement d’une de ces diarrhées vertes, séreuses, véritable choléra infantile auxquelles plus d’un succombe en quelques heures, alors qu’il eût suffi de légères modifications dans le régime et de quelques prescriptions très simples, sinon pour arrêter brusquement, au moins pour modérer ces flux intestinaux à leur début.

Du côté des voies repiratoires, le retentissement de la fluxion gingivobuccale est certainement beaucoup moins fréquent et ne se traduit guère que par une toux sèche, quinteuse, qui prend parfois le caractère spasmodique de la laryngite striduleuse ; mais sur ce point encore que de fâcheuses erreurs fait commettre la tendance à rapporter à l’évolution dentaire tous les troubles de santé qui coïncident avec elle; que de bronchites légères ou graves, négligées, que de pneumonies ou même de pleurésies méconnues, parce que la toux qu’elles provoquent est attribuée au travail de dentition et dont les suites ont été funestes par suite de cette erreur qui a fait négliger un examen plus complet et un traitement approprié.

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La crainte des convulsions est celle qui hante le plus l’esprit des mères dont les enfants sont aux prises avec le travail de dentition ; elle est pour la plupart un cauchemar qui ne cesse qu’après l’évolution complète de la première dentition, et cependant rien n’est plus rare que ce terrible accident; pour ma part, pendant une pratique des maladies de l’enfance qui date déjà de cinquante ans, je n'ai pas observé un seul cas de convulsions, apparaissant au cours du travail de dentition, qui ne fussent, soit le prélude d’une pneumonie ou d’une fièvre éruptive, soit l’effet de coliques intestinales violentes. Mais je me garde bien de les nier, car elles ont été observées et signalées par des cliniciens consommés et d’ailleurs il ne répugne pas d’admettre qu’à l’occasion de la sortie de certains groupes de dents, des molaires par exemple, et plutôt encore des canines, lorsque la muqueuse buccale est le siège d’une vive inflammation, la fièvre s’allume et amène des mouvements convulsifs qui, chez l'enfant du premier âge, remplacent, le délire.

C’est à tort que, dans le public, on attribue au travail de dentition les différentes affections cutanées, érythème, eczéma, impétigo, qu’on observe chez bon nombre de nourrissons ; tout au plus admettrais-je que l’ excitation générale provoquée par une percée de dent difficile, peut avoir pour effet de déterminer la première manifestation d’une prédisposition héréditaire; mais il est infiniment plus probable que bon nombre de ces éruptions, chez les nourrissons, résultent d’une suralimentation dont les effets peuvent se produire à la peau sans être toujours précédés de troubles digestifs.

En résumé, toute la pathologie de l’évolution dentaire se réduit, suivant moi, aux quelques troubles que j’ai signalés du côté des voies digestives et du larynx, avec ou sans complication d’un état fébrile qui se traduit par une élévation de température, l’accélération du pouls et une coloration des joues dont la rougeur est comme plaquée par places ; en même temps l’enfant est agité, il crie et cherche sans cesse le sein qui est alors une si précieuse ressource.

C. Prophylaxie des accidents de la dentition. — L’hygiène fournit-elle quelques moyens de prévenir les divers accidents qui peuvent se produire et que je viens de résumer ? Quant à moi, je n’en sais pas d’autres que la régularité constante dans le régime qui a pour effet de maintenir les fonctions digestives dans un état d’intégrité parfaite, de diminuer par suite l’excitabilité de l’enfant et par conséquent sa disposition naturelle aux actes réflexes que peut provoquer l’irritation de la muqueuse gingivo-buccale, avant la percée des dents. J’ajoute que l'usage des bains tièdes fréquents, sinon quotidiens, constitue par avance un moyen sédatif puissant.

Mais si on ne peut préparer sûrement une évolution dentaire absolument inoffensive, a-t on au moins quelque chance de prévenir les compli-

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cations sérieuses au moment où l’évolution s’opère ? Je le crois, mais dans des limites bien restreintes ; ainsi, il est certain qu’on arrive quelquefois à calmer la douleur ou le prurit dont la gencive enflammée est le siège, en la frottant doucement, soit avec le doigt, soit avec un linge imprégné d’une préparation calmante, telle que le sirop de Yigier dont la cocaïne est le principe actif, soit de sirop simple additionné d’alcool et de menthe dont l’évaporation rapide amène une sensation de fraîcheur qui calme momentanément l’enfant.

Quant à l’incision de la gencive, elle n’est sérieusement indiquée, à mon avis, que lorsque se produit le fait excessivement rare d’un abcès de la gencive ; je ne me rappelle pas en avoir reconnu une seule fois l'utilité ; je ne l’ai donc jamais pratiquée parce que, suivant moi, la saillie sur laquelle on croit devoir faire l'incision, est due à la congestion du tissu gingival et non à la dent elle-même. Je dois ajouter cependant que plusieurs praticiens très prudents et fort expérimentés sont convaincus qu’ils ont mis fin immédiatement à des troubles divers provoqués par un travail de dentition lent et difficile, en pratiquant, avec la lancette, une légère incision sur le point le plus saillant de la gencive tuméfiée. Mais en définitive ce doivent être là des faits absolument exceptionnels, et on peut tenir pour certain que l’indication de cette petite opération se présente avec une excessive rareté.

D. Mouvements. Marche. — Pendant les premiers mois, les mouvements de l’enfant sont automatiques ou réflexes. C’est automatiquement qu’il s’agite, remue les bras et les jambes lorsqu’on le démaillotte ; c’est par action réflexe qu’il exécute les mêmes mouvements lorsqu’il reçoit une impression pénible quelle qu’en soit la cause.

Les premiers mouvements volontaires sont ceux qu’il fait pour saisir les objets à sa portée et on ne les observe guère qu’à la fin du 3e mois ; il est rare qu’il essaie de se redresser dans son berceau avant le 4e et plutôt encore le 5e mois ; à partir du 6e ou du 7e il parvient à rester assis, mais il n’est pas encore de force à se retourner lorsqu’il a roulé sur le côté. Ce n’est que plus tard, entre le 8e et le 9e mois que ses bras et ses jambes ayant acquis plus de vigueur et devenus plus habiles, il parvient à se redresser ; à ce moment aussi il fait des efforts pour ramper à terre, et c’est alors que les mères et les nourrices dans leur hâte de le voir marcher, le mettent debout en le soutenant avec les mains ou avec une lisière et s’efforcent de lui apprendre à marcher, c’est aussi dans l’espoir de hâter le moment où il marchera seul qu’on a inventé de nombreux modèles de chariots roulants.

Mais c’est là une pratique contre laquelle je me suis toujours élevé, parce qu’elle a trop souvent pour effet d'imprimer aux membres inférieurs une courbure ou une torsion toutes les fois qu'on a voulu maintenir l’enfant dans la station debout avant que ses os et ses ligaments

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articulaires fussent suffisamment résistants, ce dont on ne peut être sûr que lorsqu’on le voit chercher de lui-même à se redresser, rester debout en cherchant un point d’appui sur un meuble, et renouveler sans hésitation ces tentatives que linexpérience de ses muscles et leur défaut de coordination ont d’abord rendues vaines. J’ai toujours blâmé et interdit autour de moi ces essais de marche que je considère comme dangereux, tant que l’enfant n’a pas montré par la vigueur de ses mouvements que ses os et ses muscles sont en état de le porter.

J’ai toujours recommandé de laisser l’enfant, dans le jour, sur un tapis ou sur un paillon, avant même qu’il sache se tenir assis ; là il peut se rouler à loisir, puis, un beau jour, il se redresse et il suffit alors de placer à sa portée des objets fixes, chaise ou table, sur lesquels il prend un point d’appui pour se déplacer, et c’est ainsi que peu à peu il apprend à marcher.

Quelques enfants marchent seuls et avec assurance dès l’âge de neuf mois, mais c’est d’ordinaire entre le onzième et douzième mois que marchent les enfants bien portants, ceux dont, l'alimentation, au sein ou au biberon, a été conduite avec une régularité parfaite. Mais lorsqu’après le quatorzième mois, l’enfant ne marche pas encore, il y a de fortes présomptions que son alimentation a été défectueuse, que par suite sa nutrition est restée insuffisante, laissant le système musculaire sans force ou le système osseux sans résistance, ainsi qu’on l’observe chez les rachitiques.

Quelque robuste que soit la constitution de l’enfant, il ne faut pas, dès qu’il marche seul, lui faire faire de longues promenades que ses muscles ne pourraient supporter sans une grande fatigue. On a fait souvent cette remarque que tel enfant qui, à la maison ou au dehors, joue en restant debout, parfois une ou deux heures, sans demander à s’asseoir, ne peut se promener une demi-heure de suite sans demander qu’on le prenne dans les ûras, et lorsque le médecin conseille de ne pas prolonger les promenades, on lui objecte la longue résistance de l’enfant pour le jeu, et l’explication de ces deux faits, en apparence contradictoires, est facile. Et d’abord, il est certain que l’animation du jeu empêche l’enfant de sentir aussi vite la fatigue, mais en outre, il est évident que, par le jeu même, ce ne sont pas les muscles des membres inférieurs qui sont seuls mis en mouvement, ceux des bras et du tronc fonctionnent également; il y a donc pour les uns comme pour les autres des moments de repos ; dans la marche, au contraire, ce sont toujours les mêmes muscles qui fonctionnent d’une façon continue et uniforme ; de là, si elle se prolonge, sentiment de fatigue réelle pour l’enfant,

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§ III. — Sevrage

A. Motifs du sevrage. — Quelques mères et certaines nourrices mercenaires ont assez de lait pour qu'il puisse constituer l’alimentation exclusive de l’enfant jusqu’à la fin de la première année et même audelà ; mais ce qu’on observe plus ordinairement, c’est que le nourrisson, ayant atteint l’âge de 7 mois, la mère, et à plus forte raison une nourrice dont le lait a déjà 12 ou 15 mois, ressentent une certaine fatigue et éprouvent le besoin de faire ajouter à leur lait une alimentation supplémentaire ; en tout état de cause, il est prudent, à cet âge, d’habituer l’enfant à prendre une alimentation autre que le lait de sa nourrice, autant pour reposer celle-ci que pour préparer, plusieurs mois à l’avance, le sevrage et prévenir ainsi les inconvénients et souvent les dangers d’un changement brusque d’alimentation.

Le sevrage est, en effet, un acte important de la première enfance,

car, au sens rigoureux du mot, il consiste à priver l’enfant du lait de sa nourrice pour lui donner, soit du lait de vache, soit des aliments plus solides. Mais les circonstances dans lesquelles une pareille substitution, immédiate et complète, devient indispensable, se présentent rarement, on peut donc le plus souvent prendre les précautions nécessaires et ménager la transition. Toutefois, même dans ces conditions favorables, le sevrage exige une surveillance et des soins sans lesquels, il peut provoquer du côté des fonctions digestives, des troubles d’une extrême gravité.

L’opportunité du sevrage relève d’indications aussi nombreuses que variées qu'il convient de passer en revue, les unes viennent du fait de la mère ou de la nourrice, les autres du fait de l’enfant.

La sécrétion du lait peut manquer alors que l’enfant n’a encore que sept ou huit mois, et il est parfois difficile pour cet âge de trouver une nourrice qui consente à continuer une nourriture aussi avancée ; parfois même la mère, si c’est elle qui a nourri jusqu’alors, répugne à mettre son enfant au sein d’une autre femme: il faut donc sevrer. Dans d’autres

cas, le lait ne fait pas défaut, mais la mère est phtisique, l’allaitement l’épuise, et dans l’intérêt même de l’enfant, il faut le sevrer, car il ne tête qu'un lait appauvri et la promiscuité si intime avec sa mère, pendant l’allaitement, l’expose plus sûrement à la contagion de la tuberculose. Même indication de sevrer si la mère ou la nourrice est atteinte d'une maladie aiguë.

A cet égard, Depaul pensait que le médecin, pour prescrire le sevrage, doit se guider sur la durée probable de la maladie, sur l’altération plus ou moins profonde de l'organisme qui doit en être la suite, et surtout sur l’état de l’enfant qui doit être attentivement surveillé. Il conseillait

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donc d’interdire de suite l’allaitement au début d’une fièvre typhoïde, mais il le laissait continuer dans les maladies franchement inflammatoires et de courte durée, le résultat le plus ordinaire de l’état morbide de la nourrice, paraissant être la diminution du lait sans qu’on sache d’ailleurs sur quels éléments porte surtout le changement de composition. Pour les maladies chroniques, le sevrage doit être la règle.

Une nouvelle grossesse, pendant laquelle, au bout de quelques mois, •le lait devient, à coup sûr, moins nourrissant; le retour prématuré des règles, lorsqu’on constate que chaque menstruation, amène chez l’enfant des troubles de santé, sont encore des indications du sevrage. Enfin, certaines nourrices sur lieu sont devenues tellement intolérables, par leur caractère, leurs défauts ou leurs vices, qu’il faut absolument s’en défaire, et si l’enfant est trop âgé pour qu’on puisse la remplacer, force est bien de le sevrer.

Du côté de l’enfant, l’opportunité du sevrage dépendra, de son âge, de sa dentition plus ou moins avancée, de son état de santé, de son développement et de la saison.

B. Epoque du sevrage. — A Paris, dans le Nord et dans le Centre de la France, on a généralement l’habitude de sevrer les enfants entre 12 et 18 mois; dans le Midi, au contraire, l’allaitement au sein est prolongé au-delà de cette dernière limite, parce qu'il y est de notion vulgaire qu’en raison du climat, le sevrage plus hâtif est dangereux, parce qu’il provoque des troubles très graves du côté des organes digestifs.

A moins de circonstances particulières, j’ai généralement conseillé do ne pas sevrer avant quinze ou seize mois ; mais j’ai tiès souvent autorisé l’allaitement jusqu’à dix-huit ou vingt mois.

Au reste, je me suis surtout guidé sur la marche de l’éruption dentaire. Trousseau prenait pour base l’époque à laquelle apparaissent successivement les cinq groupes de dents qui constituent chez l’enfant l’appareil dentaire et il a donné le conseil de choisir pour le sevrage l’intervalle qui sépare l’évolution de chacun de ces groupes, autant en prévision des services que rend l’allaitement au sein, pendant les accidents auxquels peut donner lieu le travail de dentition, que dans la pensée de laisser à l’enfant chez lequel l’évolution dentaire amène simplement de l’agitation el un mouvement de fièvre, la consolation et le calme que lui donne le sein de sa nourrice.

J’ai déjà indiqué les époques auxquelles apparaissent généralement les différents groupes de dents et je crois utile de les reproduire ici, sous une forme plus facile à saisir et qui indique nettement les cinq phases d’évolution dentaire pendant lesquelles il est prudent de ne pas opérer

le sevrage.

1er groupe : 2 incisives médianes inférieures. . . 7° mois.

2e — 4 incisives supérieures 10e —

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3e groupe : 2 incisives latérales inférieures et 4

petites mollaires 13e mois.

4e — Canines . 16e —

5e — Grosses molaires 20e —

Les intervalles de ces cinq phases correspondent par conséquent : le premier aux 8e et 9e mois : le second aux 11e et 12e ; le troisième aux 14e et 15e; le quatrième aux 17e, 18e et 19e mois.

Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles s’opère le travail de dentition, on ne peut contester qu’il provoque parfois des troubles de santé pendant lesquels le sein est une ressource précieuse qu'on a souvent l’occasion de regretter chez les enfants trop tôt sevrés.

En résumé, il est prudent, d’une part, de ne pas pratiquer le sevrage au cours de l’évolution d’un groupe de dents et d’autre part, de choisir l’intervalle que suit l’apparition des 4 petites molaires, c’est-à-dire le seizième ou le dix-septième mois. C’est une pratique à laquelle je suis resté fidèle d’après l’enseignement de Trousseau et dont j’ai toujours eu à me louer.

Sevrer un enfant au cours d’une maladie, voire même d’une simple indisposition, serait un acte tellement déraisonnable que l’idée ne viendra à personne de commettre une pareille imprudence ; inutile d’insister.

Le choix de la saison la plus favorable au sevrage, a, suivant moi, une réelle importance.

Michel Lévy, dans son Traité d'hygiène a dit que les enfants sains et robustes peuvent être sevrés en toute saison: en cas d'urgence, soit; mais lorsqu’on peut prendre son temps, j’estime qu’il n’est pas indifférent de pratiquer le sevrage en été ou au printemps, à l’automne ou en hiver, même s’il s’agit d’un enfant bien portant. Il n’est pas douteux, en effet, qu’au moment du sevrage, avec quelque prudence que l’enfant y ait été préparé, les accidents intestinaux sont fréquents; or, telle diarrhée qui, au mois de mars ou d’avril, ou encore au mois d’octobre ou de novembre, sera facilement arrêtée, risque, aux mois de juillet, d’août ou même encore de septembre, de prendre rapidement un caractère alarmant et de dégénérer en choléra infantile ; aussi, me suis-je fait une loi de n’autoriser le sevrage pendant les trois mois d’été, que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles et entraînant l’urgence absolue de sevrer; et cette pratique m’a constamment réussi dans ma clientèle; d’autre part, j’ai été consulté pour des accidents graves survenus à la suite d’un sevrage conseillé ou spontanément pratiqué par la mère pendant les fortes chaleurs.

Les mêmes accidents ne sont pas à craindre pendant les mois d’hiver mais presque toujours l’enfant qu’on vient de sevrer est agité la nuit et ce n’est pas sans inconvénient, ni pour lui, ni pour sa nourrice que, par les froids, elle est obligée de sortir de son lit, à tout instant, pour prendre l’enfant hors de son berceau et le consoler, sans pouvoir lui donner le sein.

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En définitive les mois les plus favorables pour le sevrage sont mars, avril et mai, ou septembre, octobre et novembre.

Quelques médecins pensent qu’on peut sevrer l’enfant dès qu’il marche avec une certaine assurance, parce que cet exercice qui entraîne une nouvelle dépense de force, indique la nécessité de donner à l’enfant une nourriture plus substantielle, plus réparatrice ; en théorie l’idée est juste, mais il serait parfois très fâcheux qu’on se guidât exclusivement sur elle pour décider le sevrage. Je crois que la marche est une indication d’ajouter à l’allaitement naturel, soit l’allaitement artificiel, soit une alimentation plus riche en principes alibiles, mais mon avis est que, pour le sevrage définitif, il faut surtout tenir compte du degré d’avancement de la dentition. Il y a des enfants qui marchent à neuf mois, beaucoup à un an, c’est-à-dire n’avant encore que le second groupe de dents et j’en ai vu beaucoup qui, sevrés à cette époque, ont payé cher la suppression trop hâtive de l’allaitement au sein.

Quel que soit le moment auquel on se décide à sevrer l’enfant,, il est de prudence vulgaire de le préparer peu à peu à cette transformation qui doit apporter dans ses habitudes un si profond changement et lui imposer une cruelle privation.

Déjà, à partir du septième ou du huitième mois, soit, ainsi que je l’ai dit plus haut, parce que l’enfant devient plus exigeant, soit pour soulager la mère ou la nourrice, on lui a donné une quantité de lait de vache qu’on a graduellement augmentée, en y ajoutant même de la farine de froment ou une fécule. Plus tard on a substitué le pain à la farine et aux fécules; on est arrivé à l’œuf, cet aliment si complet et si facilement digestible, de sorte qu’au moment du sevrage, le sein n’est plus, pour beaucoup d’enfants, qu’un accessoire, mais un accessoire qui leur est encore bien précieux et dont la privation va leur coûter bien des larmes.

C. Technique du sevrage. — Le moment venu, quel procédé convient-il de suivre pour mettre fin à l’allaitement? Au commencement de ma pratique médicale, je m’étais conformé à l’usage le plus généralement adopté dans les familles et par les accoucheurs eux-mêmes, usage qui consistait à diminuer le nombre des tétées dans le jour, chose assez facile, puisque l’enfant faisait déjà d’autres repas, puis à les espacer d’avantage et enfin à les supprimer complètement pendant la nuit; or, ce procédé qui semble si rationnel et qui l’est en effet, j’ai fini par reconnaître qu’il prolongeait sans nécessité le supplice des enfants, sans leur rendre moins cruelle la suppression radicale du sein ; et j’ai depuis longtemps adopté une méthode beaucoup plus expéditive et que les enfants acceptent très facilement; elle consiste à enduire 4« mamelon d’un extrait amer, gentiane ou chicorée, le plus foncé possible ; l’opération est faite le matin, avant le réveil de l’enfant qui à ce moment, au lieu de se jeter avec avidité sur le sein, se recule étonné de ce change-

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ment de couleur ; et si malgré cela il prend le mamelon entre ses lèvres, ce qui est rare, il se recule avec dégoût, car il a senti l’amerture de l’extrait et si on a soin de lui expliquer ce fait étrange par une histoire acceptable pour sa petite intelligence, on peut être sur qu’il ne voudra plus approcher du sein et racontera à tout venant, dans son petit langage, la terrible histoire dont le dénoûment a été si lamentable pour lui.

Avant qu’on eût adopté ce procédé qui a épargné aux enfants sevrés bien des larmes, on croyait bien faire en séparant le nourrisson de sa mère ou de sa nourrice, pendant plusieurs jours, parce qu’on croyait lui éviter ainsi et les tentations et les scènes douloureuses que devait provoquer chaque fois le refus du sein ; mais c’était ajouter au chagrin de ne pouvoir plus téter, la douleur d’être séparé de la personne, mère ou nourrice, sur laquelle l’enfant avait concentré, depuis sa naissance, toute son affection. J’ai été témoin, chez moi, d’un de ces désespoirs et j’ai tellement souffert des douloureux effets de cette séparation, que plus jamais depuis, je ne l’ai imposée à aucun des enfants pour lesquels j’ai été consulté à l’occasion du sevrage.

L). Régime de l’enfant sevré. — L’enfant est sevré et si on a pris soin de le préparer de longue date à la suppression de l’allaitement au sein, d’abord par l'allaitement artificiel, puis par l’addition progressive d’aliments plus solides, il y a les plus grandes chances pour que la transition se fasse sans provoquer chez lui aucun trouble de santé et cependant, même dans ces conditions, il faut agir avec une grande prudence et ne donner que des substances dont les facultés digestives de l’enfant puissent s’accommoder et c’est certainement à la négligence et plus souvent à l’ignorance des règles qui doivent présider à l’alimentation des enfants sevrés, qu’est due en grande partie la mortalité dont la statistique nous révèle les ravages, surtout chez les enfants sevrés prématurément, mais aussi chez ceux qui, sevrés au moment opportun, sont brusquement soumis à une alimentation grossière ainsi que cela est si fréquent dans les campagnes.

Cette mortalité a pour cause la plus ordinaire, l’entérite, mais à côté de ceux qui succombent, que d’autres, sous l’influence d’un régime détestable deviennent rachitiques, ou languissent dans un état de débilité plus ou moins profonde, soit pour mourir un peu plus tard à leur tour, soit pour grossir le contingent de la scrofule et de la tuberculose.

En ce qui concerne le rachitisme, on est généralement disposé à croire qu’il est une maladie héréditaire, tandis que dans la grande majorité des cas, il est la conséquence d’une alimentation insuffisante ou vicieuse; l’hérédité n’est souvent qu’apparente ; une mère rachitique est d’ordinaire une femme débile, une nourrice médiocre et c’est par l’insuffisance du lait que lui a donné sa mère que l’enfant devient rachitique et non parcequ’elle est rachitique elle-même.

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Rendu, il est vrai, à cité des cas de rachitisme observés chez des enfants issus de familles rachitiques bien qu'ils eussent été allaités par d’excellentes nourrices; mais on peut dire que ce sont là des faits exceptionnels et on ne saurait trop redire que ce qui fait le rachitisme, c’est l’insuffisance ou la mauvaise direction de l’alimentation.

Le lait est évidemment l'aliment qui convient le mieux à l’enfant, au moment du sevrage, mais il devient insuffisant et alors il faut y ajouter une de ces substances féculentes, telles que la farine de froment ou d’avoine, le tapioca, l’arrowroot, la crème de riz ou la fécule de pommes de terre, qui séchées au four ou même légèrement torréfiées et bien cuites sont facilement digérées.

Dans beaucoup de familles, on préfère la biscotte qui est en effet d’une digestion facile. Mais il est une substance féculente dont l’usage remonte à quelque cinquante ans et s’est répandu, surtout depuis quelques années, dans la bourgeoisie, je veux parler du racahout des arabes, vendu pour une farine de glands torréfiés, additionnée d’une petite proportion de cacao et que l’on fait cuire avec le lait. Ce qu’il y a en réalité de farine de glands dans ce mélange, nul ne le sait, mais ce qui est certain, c’est que les enfants le trouvent fort de leur goût, le préfèrent à toutes les préparations du même genre, et le digèrent à merveille.

Il y a un produit qui, depuis longtemps, jouit d’une grande vogue, que j’ai vu employer dans beaucoup de familles qui s’en louaient, mais sans l’avoir jamais conseillé moi-même, je veux parler de la farine lactée : je me suis toujours défié de la facilité avec laquelle peut s’altérer, se rançir ce mélange de farine et de lait conservé pendant des semaines et je persiste à penser que le lait frais et la farine associés, au moment même du repas de l’enfant, présentent plus de garanties de pureté qu'une conserve de substances aussi altérables.

Comment doit être dirigée l’alimentation pendant les premières semaines qui suivent le sevrage? On ne peut à cet égard qu’indiquer des règles générales qui n’ont rien d’absolu. J’ai dit plus haut qu’un intervalle de deux heures entre les tétées, pendant la journée et de trois ou quatre heures pendant la nuit, répondait au fréquent besoin de réparation qui se fait sentir chez l’enfant et à l’activité de ses fonctions digestives, mais lorsque, soit avant, soit après le sevrage, on introduit dans sa nourriture, des aliments moins rapidement assimilables, il va de soi qu’on devra laisser entre les repas, un intervalle plus considérable; si l’enfant sevré conserve l’habitude du lait, voici comment je règle généralement son alimentation ; je fais donner le matin, au réveil, une des fécules cuites au lait, que je viens d’indiquer; puis, toutes les trois heures, un verre de lait: à 6 heures, une seconde fécule et un dernier verre de lait dans la soirée.

Je ne varie pas beaucoup cette division et cette nature de repas, lorsque l’enfant avance en âge, mais je fais augmenter la quantité de lait et le

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nombre des potages ; puis, je fais successivement entrer dans l’alimentation les œufs cuits à la coque ou délayés dans le bouillon ou le lait.

Tel est le régime prudemment gradué qu’il est toujours facile de faire suivre dans les familles aisées, mais qui est bien souvent impraticable dans les ménages humbles et chez les gens de la campagne ; sans doute le lait, tel quel, est à la portée de tous, mais les fécules sont d’un prix trop élevé; heureusement la farine peut les remplacer avantageusement, elle est même un peu plus nourrissante que tous ces fins produits; mais à la bouillie on se hâte trop de substituer la soupe de pain, additionnée ou non de beurre, et bien souvent même la soupe grossière préparée pour les parents, avec des choux ou d’autres légumes également indigestes; de là, des troubles gastro-intestinaux qui, en se répétant, finissent par aboutir au rachitisme et à la scrofule.

C’est en général pour les familles un sujet de préoccupation sérieuse que la question de savoir à quel moment il convient d’introduire dans l’alimentation de l’enfant le bouillon de bœuf ou de volaille, la viande et les légumes, et à cet égard on ne peut résoudre la question par des indications précises et absolues.

Pour ma part, je ne suis pas partisan du bouillon avant le sevrage, ni immédiatement après , parce qu’il ne fait que contribuer à dilater l’estomac sans fournir à l'organisme des éléments suffisamment réparateurs, il a de plus l’inconvénient de s’altérer rapidement par la chaleur, de devenir acide et de provoquer la diarrhée ; le public commet encore l’erreur de croire aux propriétés nutritives du bouillon et n’est pas bien convaincu que, à ce point de vue, le lait lui soit supérieur.

Mais si le bouillon seul ne peut contribuer utilement à l’alimentation de l’enfant, il peut rendre parfois le service de faire accepter les fécules, les pâtes alimentaires, le pain, le riz, etc., par certains enfants qui, une fois sevrés, refusent obstinément non seulement le lait pur, mais encore tout aliment préparé au lait ; au reste, le goût du bouillon plaît généralement aux enfants et il en est même qui, après en avoir goûté ne mangent avec plaisir que les potages gras. Je ne vois d’ailleurs aucun inconvénient, lorsque le sevrage s’est fait sans incident fâcheux, à ce qu’on alterne les potages au bouillon avec les potages au lait ou au beurre. A ce moment aussi, on peut commencer à donner de la purée de pommes de terre que les enfants prennent très volontiers.

Quant à la viande et au poisson, je ne suis pas d’avis d’en commencer l’usage avant dix-huit ou vingt mois.

En Angleterre et en Allemagne les enfants sont mis au régime de la viande beaucoup plus tôt. Il n’est pas rare que dans ces deux pays, on donne, dès la première année, de la viande crue râpée, et il est certain que beaucoup d’enfants la digèrent, mais elle les expose à la transmission de maladies parasitaires et je ne consens à les exposer à ce danger, très difficile à conjurer, que lorsqu’il s’agit de combattre une diarrhée rebelle contre laquelle la viande crue est un remède presqu’infaillible.

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Dans ces mêmes pays, on donne la viande cuite, grillée surtout, beaucoup plus tôt qu’on ne le fait, ou, pour mieux dire, qu’on ne le faisait en France, car je constate, depuis quelques années, dans certaines familles, une tendance très marquée à imiter les Anglais et les Allemands pour le régime alimentaire des enfants. Aussi bien, le régime des jeunes teutons est évidemment beaucoup plus plantureux que celui de nos enfants ; voici, par exemple, la nature et la dose d’aliments donnés, en Allemagne, à un enfant de deux ans et demi, pesant 12k° ; lait, 700gr; riz, 75gr ; pain, 50gr; viande, 50gr ; bouillon, 175gr; beurre, 8gr; total : l,058gp.

Des estomacs qui supportent, sans inconvénient, une aussi grande quantité d’aliments, sont évidemment très robustes et il est de fait que de l’autre côté du Rhin, les enfants de 2 à 4 ans, paraissent généralement plus gros que les nôtres ; mais sont-ils plus forts et plus résistants ?

En tout cas, je trouve une pareille alimentation trop plantureuse et j’en retrancherais avant tout les 175gp de bouillon qui sont pour l’estomac, une surcharge inutile.

A partir de dix-huit ou vingt mois, les organes digestifs sont devenus plus forts, d’ailleurs les enfants font une plus grande dépense de force, chez eux l’assimilation et la désassimilation sont très actives, on peut donc autoriser l’usage de la viande rôtie ou grillée, bœuf, mouton, volaille et aussi celui du poisson par lequel on débute très souvent; puis on arrive bientôt aux légumes herbacés qui ont pour effet de faciliter les évacuations alvines ; enfin, les fruits cuits ou crus, pourvu qu’ils ne soient pas acides, sont pour la fin du repas un complément dont les enfants sont très friands.

E. Nombre des repas. — Le nombre des repas, doit encore dépasser celui des repas de l’adulte, parce que l’enfant qui assimile plus vite a besoin d’une quantité relativement plus grande d’aliments. Cinq on six repas sont une juste mesure, et voici un menu qui convient parfaitement aux enfants de 4 à 6 ans.

Le matin, au réveil, une soupe, de composition variée, mais dans laquelle il est bon de faire figurer presque toujours le lait : deux heures après, une tasse de lait; à midi, un œuf, un peu de viande et de purée de pommes de terre, une compote avec un verre d’eau rougie, de bière faible ou de cidre ; à trois heures, un morceau de pain avec une tasse de lait et à sept heures, une soupe, un œuf et une compote ; ce repas du soir, beaucoup plus léger que celui de midi, est très suffisant et procure aux enfants un sommeil calme que ne leur donne pas toujours un repas plus copieux dont la viande a fait partie.

A partir de quatre ans, l’enfant peut sans inconvénient prendre part au repas de la famille, si toutefois le menu est simple, tel par exemple que l’ordinaire des ménages ouvriers et de beaucoup de familles bour-

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geoises, c’est-à-dire, composé, aux deux principaux repas, d’un plat de viande, d’un légume et d’un fruit cru ou cuit, suivant la saison, au repas du soir on ajoute pour le début un potage. Aussi, est-ce pour éviter aux enfants la tentation et aux parents la faiblesse de n’y pas résister que, dans les intérieurs riches, là où la table est toujours abondamment servie, où les mets sont très variés, on continue encore pendant quelques années, après la quatrième, à faire manger les jeunes enfants à part, en les laissant sous la direction d’une servante.

Dès que l’enfant prend une nourriture solide, il n’a plus besoin de répéter ses repas aussi souvent, mais il conservera encore pendant bien des années l’habitude de manger vers trois heures de l’après-midi, de goûter , suivant l’expression consacrée, ce qui lui fait encore quatre repas. Pour le goûter, les mères intelligentes habituent leurs enfants à se contenter d’un morceau de pain sec et à se passer de boire et il est bien certain, en effet, que le plus ou moins de bonne volonté avec laquelle ils acceptent ce repas sommaire, donne exactement la mesure de leur appétit. Mais que de mères ont la faiblesse de faire entrer dans la composition du goûter des gâteaux -variés, auxquels on ajoute par surcroît des sucreries, des sirops, du vin sucré, parfois même des glaces, et ce qu’il y a de plus déplorable, c’est que toutes ces gâteries ont franchi la porte du collège. Autrefois, après la classe de l’après-midi, on distribuait à tous les élèves un morceau de pain sec dont ils se contentaient, il y a soixante ans; déjà cependant quelques tentatives étaient faites pour diminuer la frugalité saine de ce repas; j’ai le souvenir de quatre gâteaux fort appétissants amoncelés, pour la sortie de la classe, dans la loge du concierge de chaque cour et que ceux de mes camarades dont la bourse était bien garnie, faisaient vite disparaître. Mais aujourd'hui, ce luxe de pâtisserie et de friandises de toute sorte est devenu général et a ce double inconvénient de fatiguer l’estomac des enfants et de leur faire trouver plus détestable le menu du lycée ou de la pension. Il importe de n’ajouter aux aliments des enfants, d'autres condiments que le sel et le sucre : les épices ne pouvant qu’irriter leurs organes digestifs. Pour le même motif, il faut leur interdire le vin pur, les bières fortes et le café noir.

J’ai trouvé un peu trop copieux le régime auquel sont soumis beaucoup d’enfants de deux ans, en Allemagne, mais j’accepte volontiers celui qu’Ufelmann a tracé pour les enfants de quatre ans. Lait, 540gr ; pain blanc, 180gr ; beurre, 25s1' ; pommes de terre, 125gr ; viande, 80gr ; café au lait, 200gr. Total: 1.150gr. Néanmoins, je retrancherais encore de ce régime les 200g1' de café au lait, non que je rejette ce dernier aliment, car contrairement au préjugé vulgaire, je le considère comme excellent, mais pour ne pas surcharger l’estomac de l’enfant d’une aussi grande quantité de liquide, à moins qu’on ne remplace par le lait, l’eau rougie à ses repas.

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C’est une tendance si générale chez les parents, même-dans les familles pauvres, de pousser les enfants à manger beaucoup, qu’on a moins à craindre pour eux, les effets de l’insuffisance que ceux de l’excès de la nourriture, dont le plus ordinaire est un état de dyspepsie qu’il est souvent difficile de guérir, et que l’on peut facilement prévenir, en maintenant dans une juste mesure le régime de l’enfant.

§ IV. — Hygiène clés sens

Le but qu’on doit avant tout se proposer d’atteindre dans les premiers mois de la vie, c’est de diriger l’hygiène de l’enfant et particulièrement son alimentation, de telle sorte que son développement physique se fasse suivant une courbe normale, mais à mesure que son corps prend des forces, son système nerveux, lui aussi, se développe et ses sens, jusque là très incomplets et comme endormis, commencent à s’éveiller, ils deviennent plus aptes à recevoir les impressions et le cerveau plus apte à les percevoir.

Or, l’intégrité des sens est indispensable à la plénitude de l’exercice des fonctions intellectuelles ; on ne saurait donc trop tôt veiller à ce qu’ils ne subissent aucune altération de nature à compromettre ou retarder leur fonctionnement.

A. Vue. — Dès les premières pages de cette étude nous avons appelé l’attention, avec insistance, sur les dangers de l’ophtalmie purulente, sur les précautions à prendre pour la prévenir et sur les moyens d’en arrêter les funestes effets. Ce terrible mal est surtout à craindre au moment de la naissance ; il peut cependant se développer plus tard et appelle alors un traitement aussi énergique.

Mais il n’est pas le seul dont les yeux des nourrissons peuvent être atteints et, sans nier l’influence de l’hérédité et de la scrofule acquise dans la genèse des inflammations de la muqueuse palpébrale ou bulbaire, on peut affirmer que, le plus souvent, ces différentes ophtalmies auraient été évitées si on avait pris soin, plusieurs fois par jour, de laver les yeux pour les débarrasser des poussières et par conséquent des micro-organismes qui y pénètrent à tout instant, par le seul mouvement de l’air, ou que les enfants y portent avec leurs doigts. Que de fois j'ai vu apporter à la consultation de l’hôpital, des enfants dont les paupières étaient tuméfiées, les cornées ulcérées et chez lesquels on aurait pu prévenir ces lésions par des soins de propreté ou par un traitement très simple employé au début. Que de pareils faits s’observent en province, dans des villages complètement privés de soins médicaux éclairés, cela se conçoit encore, mais qu’on les voie à Paris et dans toute autre grande Encyclopédie d’Hygiène. — VIII.

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ville où les consultations gratuites et spéciales sont à la portée de toutes les familles, cela est inexplicable et cependant cela est encore bien fréquent.

Les nouveau-nés craignent la lumière vive, car ils clignent des yeux dès qu’elle frappe leur visage; il est donc bon de leur éviter cette impression pénible. Mais c’est là un simple mouvement réflexe et il est probable qu’ils ne distinguent pas bien nettement la lumière; vers la troisième semaine, au contraire, ils commencent à voir, car si on leur présente une bougie allumée et qu’on la déplace, ils la suivent des veux à la grande joie de la mère qui ne doute déjà plus que son enfant la voie et la reconnaisse. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup d’enfants ne sont pas encore aptes alors à coordonner les mouvements des muscles de l’œil de sorte que leur regard est souvent asymétrique, ce que, dans les familles on considère à tort, comme un commencement de strabisme ; il n’est pas très rare de voir cette asymétrie se prolonger pendant plusieurs mois.

Le daltonisme, pe vice de la vue qui empêche de distinguer les couleurs, est-il toujours congénital ? Cela parait assez probable, mais ce qui ne l’est pas moins, suivant moi, c’est qu’on parviendrait, au moins chez quelques sujets, à atténuer sinon à annihiler complètement cette infirmité en exerçant de bonne heure les enfants à reconnaître les différentes couleurs.

Il ne faut pas songer, bien entendu, à soumettre l’enfant à cet exercice avant la seconde année, c’est-à-dire à une époque où on a la certitude qu’il voit nettement les objets; il faut alors lui faire regarder des tissus ou des jouets diversement colorés; en lui nommant successivement chaque couleur on habitue ses yeux à cette distinction et dès qu’il parlera on saura si, oui ou non, il est atteint de daltonisme originel et irréparable. Mais avant même qu’il puisse nommer les couleurs, on pourra s’assurer qu’il les distingue en lui montrant plusieurs couleurs, en en nommant une et en lui demandant de la désigner du doigt. Pour ces exercices, il est bon de commencer par les couleurs les plus vives, rouge, jaune et bleu, pour arriver peu à peu aux couleurs intermédiaires et aux nuances. C’est là un moyen très simple, qui réussit toujours, sauf dans le cas de daltonisme, et qui dispense d’avoir recours à des appareils, fort ingénieux assurément, mais d’un prix qui en interdit l'emploi à la généralité des familles.

C’est un fait bien démontré que la myopie est aussi rare chez les paysans et chez les ouvriers qui ne manient que des matériaux et des instruments de grande dimension, qu’elle est fréquente chez les citadins et particulièrement chez ceux qui ne travaillent que sur des objets menus et délicats, horlogers, bijoutiers, graveurs et chez les hommes d’étude obligés de fixer de près des caractères d’imprimerie, lettres ou chiffres, fins et serrés. Or, la myopie est une infirmité sérieuse, car elle

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est une gêne incessante et souvent un obstacle au choix de certaines carrières; il faut donc faire en sorte que la myopie qui semble exister généralement, chez l’enfant, dans les premiers mois de la vie, ne devienne pas définitive et il faut aussi tenter d’en diminuer les fâcheux effets chez ceux qui y sont prédisposés par hérédité ; c’est particulièrement chez ceux-là qu’il faut combattre la tendance à regarder les objets de près : ce sont ceux-là surtout qu’il faut habituer à les distinguer de loin, ce qui a en outre l’avantage de leur faire mieux apprécier les distances.

B. Audition. — On peut dire que tous les enfants sont sourds en naissant, car les bruits les plus forts ne provoquent chez eux aucun mouvement ; mais au bout de quelques jours, on peut constater qu’un bruit soudain suffit pour provoquer un mouvement des bras, ou un sursaut du corps. Vers la 7° ou 8e semaine, le même bruit lui fait tourner la tête et bientôt on le verra impressionné par le son des jouets à grelots et des instruments de musique.

Tout de même qu’il faut ménager la vue de l’enfant en préservant ses yeux de l'action continue d’une lumière éclatante, de même il est important d’éviter de lui faire entendre des bruits éclatants qui non seulement ébranlent l'appareil auditif, mais de plus impriment à tout le système nerveux une secousse dont les cris de l’enfant, le tremblement des membres et comme un sentiment d’effroi, attestent les fâcheux effets.

Dans les familles où il y a des sourds-muets, ou même simplement des surdités héréditaires, c’est avec angoisse que l’on guette les premiers signes qui annoncent que l’enfant entend. C’est aussi avec une sollicitude un peu inquiète que, dans la plupart des familles, on attend ces premières manifestations d’une ouïe intacte ; mais il est certains parents qui, lorsque ces manifestations se font attendre, lorsqu’après le premier mois toute épreuve est sans résultat, ne s’en préoccupent pas, les uns par ignorance, comme il arrive toujours dans la population rurale, les autres par négligence et par suite de la croyance que c’est un simple retard dans le fonctionnement d’un appareil encore rudimentaire auquel les progrès de l’âge donneront, tôt ou tard, toute sa force. Or, il arrive souvent que pendant qu’on attend, une maladie de l’oreille interne ou moyenne, que l’enfant a quelquefois apportée en naissant ou qui s’est développée pendant les premières semaines, fait des progrès et amène ou une surdité unilatérale déjà bien fâcheuse, ou une surdité complète et, à sa suite, la surdi-mutité, infirmité terrible, qu’un traitement approprié aurait pu prévenir.

D’après ses recherches statistiques sur les origines de la surdi-mutité, Ladreit de Lacharrièr© est porté à croire que sur 100 sourds-muets, 79 le sont devenus par suite d’une lésion de l’organe de l’audition, et 21 sont sourds de naissance ou le sont devenus dans les premiers mois à la suite d’un trouble cérébral, dont l’appréciation échappe au médecin; il

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pense, on d’autres termes, que les quatre cinquièmes des sourds-muets sont devenus sourds depuis leur naissance et qu’un cinquième seulement est atteint de surdité congénitale. Que conclure de ces faits? Si ce n’est qu’on ne saurait examiner avec trop de soin, dès la naissance, l’état des oreilles, et cependant c’est l’examen dont on se préoccupe généralement le moins. Le médecin ou la sage-femme ne manque jamais de s’assurer de la bonne conformation des organes extérieurs, mais personne ne songe à examiner les oreilles, à moins que le conduit auditif externe ne soit le siège d’un suintement qui appelle l’attention ; et, même dans ce cas, on se contente d’ordinaire d’injecter dans ce conduit de l’eau tiède et plus souvent encore du lait de la nourrice, lait qui s’altère et entretient l’inflammation au lieu de l’atténuer. Si au suintement succède un écoulement purulent, alors on s’en occupe, on consulte le médecin qui constate des lésions graves, épaississement de la membrane du tympan, parfois même sa perforation, et l’envahissement de l’oreille moyenne par le travail morbide.

La surdité peut encore survenir, dans les premières semaines, par extension à l’oreille interne et à l’oreille moyenne d’un catarrhe nasopharyngien qu’on observe chez quelques enfants nullement syphilitiques, dont on ne s’inquiète pas tout d’abord, à moins qu’il ne soit un obstacle au libre passage de l’air, ce qui gêne l’enfant pour téter, et qui laissé sans traitement ou traité simplement par des injections émollientes ou par des insufflations de poudres inertes, finit par gagner la trompe d’Eustache et par elle, se propager jusqu’à l’oreille interne.

Les faits de ce genre sont malheureusement très fréquents et, ainsi qu’il était facile de le prévoir, ils le sont surtout là où. la population est le moins éclairée et là aussi où les soins médicaux sont le plus rares, en raison de la difficulté des communications; c’est ainsi que tandis que le département de la Seine ne compte que 25 sourds-muets sur 100.000 habitants, la Savoie en compte 200.

Il est donc, je le répète, de la plus grande importance de s’occuper de l’état des oreilles, non seulement au moment de la naissance et dans les premières semaines de la vie, mais encore plus tard, même si l’enfant a déjà donné des signes témoignant qu’il entend, toutes les fois qu’il aura été atteint d’une maladie fébrile, particulièrement de la rougeole ou de la scarlatine, si peu durable qu’elle ait été.

Toucher, goût et odorat. — La sensibilité thermique existe chez le nouveau-né car les premiers vagissements qu’il fait entendre sont dus à l’impression que lui cause le changement de température auquel il est exposé en naissant, et sans doute à celle que provoque l’introduction de l’air dans les poumons.

11 a aussi le sentiment de la douleur, car une piqûre ou une pression trop forte le font immédiatement crier.

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On ne saurait rien dire de la sensibilité tactile du nouveau-né, car elle ne peut se manifester par aucun acte ; c’est seulement lorsqu’il commence à se servir de ses mains pour saisir les objets, que l’on peut se rendre compte du degré de développement de cette sensibilité; aussi bien, c’est surtout par l’exercice que le sens du toucher se développe et il est toujours utile de chercher à le perfectionner, simplement par la diversité de forme et de surface des jouets qu’on met entre ses mains.

Le sens du goût existe au contraire dès la naissance, car l’enfant tète avec plaisir, le doigt imprégné de sucre ou d’eau sucrée, et fait une grimace très expressive et crie, lorsqu’à la cérémonie du baptême, qui a souvent lieu dès le second ou troisième jour, le prêtre lui met le sel sur les lèvres; il pousse les mêmes cris lorsque pour le ranimer, après une couche longue et laborieuse, on lui fait avaler quelques gouttes d’eaude-vie ; mais dans ce cas, les cris sont plutôt provoqués par la douleur que lui cause le contact de l’alcool sur la muqueuse linguale ou pharyngienne que par le goût de la liqueur elle-même.

Il est assez difficile et d'ailleurs sans intérêt de savoir le plus ou moins de finesse de l’odorat du nouveau-né ; on croit qu’il distingue l’odeur du lait parce qu’on le voit, parfois refuser le sein d’une nouvelle nourrice, mais je crois que ce qu’il apprécie surtout c’est, la différence de goût du lait, à moins toutefois que ce ne soit l'odeur de la nourrice. L’éducation du sens de l’odorat se fait toute seule et point n’est besoin de chercher à le développer, mais c’est à un autre point de vue qu’il importe de surveiller dès la naissance et pendant les premiers mois, l’état des fosses nasales, pour les raisons que j'ai développées plus haut assez longuement pour n’avoir pas à y revenir.

D. Développement psychique. — A mesure que les sens du nouveau-né se développent, on voit aussi son intelligence s’éveiller peu à peu ; il commence à établir un rapport entre ses sensations et les circonstances qui les ont fait naître et lorsque ces sensations se répètent, on peut reconnaître que l’enfant a conservé le souvenir de ces rapports de causalité, car ses cris ne sont le plus souvent que la manifestation du désir de retrouver une sensation qui lui a été agréable et déjà dans ce cas, il a fait acte de mémoire et de volonté.

En naissant, l’enfant apporte avec lui l’instinct de se nourrir et s’il crie alors c’est en vertu du sentiment obscur de la faim ; mais plus tard, ce sentiment lui rappelle l’acte qui l’a calmé et il se jette avidemrnent sur le sein ou sur le biberon dont la vue le laissait indifférent dans les premiers jours et qu’il ne saisissait que comme tout autre objet qu’on eût mis entre ses lèvres.

Aux mouvements incohérents, parce qu’ils sont inconscients, que l’enfant exécute, dans le second et le troisième mois, succèdent des mouvements manifestement volontaires; il saisissait d’abord les objets

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par instinct, sans savoir les retenir et sans les rechercher de nouveau ; mais plus tard, il ne prend pas indifféremment tout objet qui est à portée de sa main ; il choisit celui qui par sa forme et par sa couleur lui a déjà plu, et si on tente de le lui enlever il proteste par ses cris et là encore, il fait acte de volonté.

Des sensations de plaisir ou de satisfaction nait l’affection de l’enfant pour les personnes qui les lui procurent ; il est vrai que très souvent on voit se dessiner sur le visage du nouveau-né, dès les premières semaines, un sourire à la grande joie de Fentourage qui veut déjà y voir un signe d’intelligence : mais ce sourire, en réalité, ne traduit encore, à ce moment, aucun sentiment, et il est plutôt, comme une grimace réfléchissant une sensation interne plus ou moins douloureuse ; il est donc bien différent de ce sourire charmant que provoque, quelques semaines plus tard, la vue de la mère ou de la nourrice, en rappelant à l’enfant la sensation de plaisir qu'il leur a due.

Depuis bien des mois les impressions sonldevenues des sensations dont il a conscience, dont il conserve le souvenir et qu’il désire retrouver : depuis bien des mois, par conséquent, il a donné des signes d’intelligence lorsqu’il commence à prononcer des mots ; dès le 4e ou le 5e mois, il a émis des sons presque toujours des monosyllabes qui évidemment ont un sens pour lui, mais qui restent inintelligibles pour la famille, et il arrive fréquemment que cet unique monosyllabe répond chez l’enfant à des objets ou a des sensations très différentes et dont on ne peut guère saisir la signification que lorsque l’enfant ajoute au son qu’il a émis, un geste qui indique ce qu’il désire.

Rien de plus intéressant à observer que les phases successives du développement intellectuel de l’enfant et particulièrement celle où il s’efforce de prononcer quelques syllabes des mots qu’il entend journellement autour de lui, phase qui commence, en général, entre le huitième et le dixième mois, mais beaucoup plus tard chez un très grand nombre d’enfants, tantôt parce que leur cerveau se développe lentement, tantôt aussi et plus souvent qu’on ne le pense, parce que l’entourage ne cherche pas à exercer l’enfant.

Au début de la vie, l’enfant n’a à sa disposition qu’un nombre très limité de sons élémentaires qu’il apprend de sa mère ou de sa nourrice, ce sont les labiales et les linguales: les autres syllabes plus compliquées s’acquièrent plus lentement ; l’enfant finit par se les assimiler après les avoir répétées automatiquement.

Quant à l’àge auquel se fait entendre, pour la première fois, la parole proprement dite, c’est-à-dire l’expression d’idées nettes par un enchaînement de mots bien articulés, toujours plus hâtive chez les filles que chez les garçons, il présente encore, chez les sujets de chacune de ces deux catégories, des différences notables ; c’est ainsi que dans une même famille, tel enfant ne parle distinctement qu’à deux ans, parfois même

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plus tard, tandis que son frère ou sa sœur a su se bien faire comprendre entre quinze et seize mois.

E. Vices de prononciation. — Certains enfants très heureusement doués prononcent distinctement les mots de bonne heure et ceux là en général ont la parole plutôt un peu lente, comme s’ils réfléchissaient avant de parler pour être sûrs de bien dire, mais le plus grand nombre dénature les mots en n’en prononçant pas toutes les syllabes, ou en en modifiant le son ; d’autres enfin, encore assez nombreux, ont des vices de prononciation plus sérieux, le bégaiement ou le zézément.

D’ordinaire, dans les familles on commence par s’amuser de ces manières de prononcer, on les trouve mêmes charmantes, on en rit, et l’enfant qui voit son succès a naturellement plus de tendance à exagérer sa mauvaise prononciation qu’à la corriger ; sans s’en amuser, beaucoup de parents ne s’en inquiètent pas; c’est, disent-ils, le parler enfantin qui se modifiera avec l’âge.

Certainement les imperfections de langage qui ne sont que l’effet d’une lenteur plus ou moins accusée dans l'accommodation des mouvements musculaires, mis en jeu pour l’articulation des mots, disparaissent peu à peu, mais encore est-il bon d’y faire attention et de reprendre de bonne heure l’enfant, jusqu’à ce qu’il articule nettement.

Or, si ces précautions sont utiles pour de légères incorrections de langage, elles deviennent indispensables lorsqu’il s’agit du bégaiement tout à fait exceptionnel chez les filles et du zézément qu’on observe chez elles beaucoup plus souvent que chez les garçons.

Je reconnais que le bégaiement est le plus ordinairement au-dessus des ressources que la famille la plus attentive peut trouver* dans les efforts de sa tendresse oM; de sa sollicitude : mais il est incontestable cependant que, dans certains cas de bégaiement peu prononcé, des parents sont parvenus à le corriger, en s’attachant, avec une longue et inaltérable patience, à soumettre l’enfant à quelques exercices très simples dont nous nous bornerons à dire quelques mots.

Ce n’est guère qu’à partir de 4 ou 5 ans qu’on constate l’existence du bégaiement, ou plutôt que l’on commence à s’en inquiéter. Mais les parents attentifs sont frappés beaucoup plus tôt, dès l’âge de trois ans, de l’hésitation avec laquelle l’enfant prononce certaines syllabes, hésitation à laquelle succède une répétition précipitée et comme choréique, d’une même syllabe; puis un nouvel arrêt survient avec une suspension plus ou moins prolongée de l’inspiration. Dans ces conditions, une mère intelligente et dévouée peut amender ce vice de prononciation, parfois même le faire disparaître, en faisant répéter, après elle, à haute voix les syllabes difficiles, celles devant lesquelles l’enfant hésite, en lui faisant recommencer cet exercice plusieurs fois de suite, et en prenant soin de lui faire faire une profonde inspiration avadt chaque mot..

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Mais si, dès le principe, on a négligé d’avoir recours à ces précautions, le bégaiement devient une véritable infirmité uniquement justiciable de pratiques plus compliquées qu’un spécialiste seul peut indiquer à la famille, ou ce qui est plus sûr, appliquer lui-même sur l’enfant.

11 importe d’ajouter que, pour assurer la guérison, il est indispensable que, dans la famille, on continue avec persévérance les exercices auxquels le sujet lui-même, devenu plus grand, ne devra jamais renoncer complètement.

Quant au zézément, il est beaucoup moins grave que le bégaiement ; d’abord parce que, généralement, il disparait peu à peu avec les progrès de l’âge et puis parce que il ne constitue pas un obstacle à l’expression des idées; on en viendrait même facilement à bout si, au lieu d’y voir une gentillesse enfantine, dont on espère toujours la guérison spontanée, on prenait la peine, dès qu’on s’en aperçoit, de rectifier le parler de l’enfant, en lui faisant répéter les mots qui commencent par un s, un g, un y ou par ch, que l’on prononce à haute voix, en cherchant à lui faire comprendre comment se produit son vice de prononciation et en tâchant d’obtenir de lui qu’il rectifie les mouvements de sa langue.

Les parents pourraient souvent suffire à cette tâche, mais lorsque l’enfant arrivé à l'âge de sept ou huit ans, continue à zézéyer, il faut alors, comme pour le bégaiement, avoir recours à un spécialiste qui, presque toujours, a rapidement raison de ce vice de prononciation.

§ V. — Prophylaxie des maladies contagieuses.

A. Mesures d’intérêt général. — Jusqu’à présent, nous n’avons indiqué que les mesures d’hygiène propres à prévenir les troubles de santé que peuvent produire l’influence du froid, une alimentation vicieuse et, dans une certaine mesure, le travail de dentition ; plus tard, nous serons naturellement amenés à faire connaître les modifications que le développement progressif de l’enfant doit apporter dans toute son hygiène : mais, dès à présent, il est nécessaire de mettre son entourage en garde contre les maladies sur la production desquelles les influences cosmiques sont saris action, qui ne peuvent lui venir que d’autrui, en un mot, des maladies contagieuses.

Seulement, ici, tout le bon vouloir des familles risquerait de rester sans effet, is’il n’était puissamment aidé par l’intervention de mesures sanitaires qui sont du ressort de l’administration. Or, parmi ces mesures, l’une des plus importantes est l’obligation pour les médecins do déclarer aux représentants de l’autorité, maires ou sous-préfets, l’existence de toute maladie contagieuse qu’ils sont appelés à constater et dont la divulgation n’engage pas le secret professionnel. La même obligation

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est imposée à la famille, aux hôteliers et aux chefs d’institution et à toute personne qui apprend qu’un cas de maladie contagieuse n’a pas été déclaré.

Cette mesure adoptée depuis bien des années déjà en Angleterre, en Allemagne et en Hollande, a donné d’excellents résultats et en introduisant cette obligation dans la loi sur l’exercice de la médecine, en date du 30 novembre 1892, devenue exécutoire le 1er décembre 1893, le législateur français a bien mérité de l’hygiène qui lui devra de pouvoir compter sur la rareté, dans l’avenir, peut-être même sur la disparition de certaines maladies contagieuses.

Mais pour que la déclaration obligatoire ait toute son efficacité, il est absolument indispensable que l’isolement du malade et la désinfection du logement qu’il a occupé, ainsi que de tous les objets, lit et vêtements dont il a fait usage pendant sa maladie et même pendant la convalescence de la scarlatine et de la diphtérie, soient rigoureusement pratiqués : par malheur, il est plus facile à l’administration de prescrire l’isolement qu’à bien des familles de l’exécuter et en parlant ainsi je ne fais pas seulement allusion aux habitations restreintes d’ordinaire de la population rurale ; je pense aussi aux pauvres logements dans lesquels vivent tant de ménages ouvriers des villes, et où toute mesure d’isolement, sera absolument impraticable ; et dans ce cas, force sera bien de s’en tenir à la désinfection qui, dans certaines conditions sociales, ne pourra être obligatoire qu’à la condition d’être gratuite.

Contre la presque totalité des maladies contagieuses de la première enfance, l’hygiène n’a d’autre moyen prophylactique que ceux qui viennent d’être indiqués, mais contre la variole, elle a une arme puissante, infaillible même, le vaccin, et le jour où la loi aura rendu obligatoire l’emploi de ce moyen, non seulement au moment de la naissance, mais encore à plusieurs reprises, au cours de la vie, on pourra entrevoir dans un avenir peu éloigné la disparition de cette terrible maladie qui n’est pas toujours mortelle, il est vrai, mais qui laisse presque toujours à sa suite des traces indélébiles, soit une profonde altération des traits, soit la perte d’un œil, ou même la cécité complète.

B. Vaccinations. — Tandis que dans la population des villes la pratique de la vaccine ne rencontre pour ainsi dire plus de familles réfractaires, il n’est malheureusement pas rare de trouver dans la population rurale et notamment dans celle de certaines provinces, de la Bretagne par exemple, une résistance jusqu’ici invincible à l’inoculation du vaccin, c’est-à-dire à une opération qui seule, et toujours à coup sûr, met à l’abri de la petite vérole. Cette résistance a surtout pour cause l’ignorance dans laquelle vivent, sur toutes choses, les habitants de certaines provinces et particulièrement sur les dangers de la variole autant que sur les bienfaits de la vaccine ; mais elle tient aussi à la croyance très répandue que

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l’inoculation du virus vaccin peut transmettre au sujet vacciné une maladie du vaccinifère. Sur ce dernier point, les classes éclairées partagent l’erreur des paysans et, s’il est hors de doute que, ni le rachitisme, ni la scrofule, ni la tuberculose ne peuvent être transmis par le vaccin, il n’est que trop certain par contre, qu’un assez grand nombre de cas isolés et même quelques épidémies de syphilis sont survenus à la suite de vaccinations pratiquées avec le vaccin Jennerien, c’est-à-dire avec du vaccin pris sur le bras d’un enfant contaminé ; aussi, est-ce pour rendre impossible le retour d’aussi regrettables accidents, que, dans tous les pays civilisés, on a adopté le vaccin de génisse dont l’efficacité et l’innocuité sont, aujourd’hui, absolument démontrées et admises par tous les médecins.

Je n’ai ici, ni à refaire l’historique de la découverte de la vaccine, ni à rappeler les différentes doctrines qui ont été émises sur son origine et sur son mode d’action, je ne dois m’occuper que de la prophylaxie de la variole, et la vertu préservatrice du vaccin étant une vérité absolue, je dois maintenant indiquer à quelle époque et dans quelles conditions il convient de soumettre l’enfant à la pratique infaillible de la vaccination.

C’est une erreur encore très répandue qu’il ne faut pas vacciner le nouveau-né, avant qu’il ait atteint l'àge de trois mois, cette erreur n'a pis de conséquences fâcheuses, en dehors des temps d’épidémie, mais elle en a eu trop souvent de déplorables, lorsque, par suite d’une idée absolument fausse, on a négligé de faire vacciner des nouveau-nés, au milieu d’un foyer variolique. L’erreur que je signale vient en partie de la crainte imaginaire que le vaccin ne se développe pas chez l’enfant qui vient de naître, et que, par conséquent, il ne lui confère aucune immunité ; elle vient aussi de la crainte, un peu plus justifiée, que l’évolution vaccinale ne provoque des accidents inflammatoires, au niveau des points d'inoculation ; il est très vrai que ces accidents se produisent quelquefois, mais ils sont très rares et ne deviennent vraiment graves que sur des sujets malingres, véritables avortons, tels que ceux qu’on voyait autrefois, les jours de vaccination, à l’Académie de médecine, où ils étaient apportés, de l'hospice des Enfants trouvés, pour recevoir ou donner du vaccin pris alors de bras à bras ; mais ces accidents sont trop rares pour qu’on doive en tenir compte et laisser partir pour la province, sans les vacciner, des nourrissons qui courent ainsi le risque d’être privés pendant plusieurs mois du bénéfice de l’immunité vaccinale : il est certain d'ailleurs qu’on pourra presqu’à coup sur éviter ces accidents inflammatoires en ne pratiquant que deux piqûres à chaque bras et en laissant entre elles une distance de 4 à 5 centimètres suffisante pour empêcher le rapprochement des zones de congestion qui entourent la hase des boutons de vaccin et pour prévenir le développement d’un phlegmon.

Qu’en temps normal, c'est-à-dire lorsqu’il n’y a dans la localité aucun cas de variole, on attende que l’enfant soit plus développé, que la régularité de toutes ses fonctions témoigne du succès de l’allaitement

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naturel, artificiel ou mixte auquel il est soumis, cela est parfaitement admissible, mais ce qui ne le serait pas, ce qui ferait peser sur la famille ou la nourrice de province une lourde responsabilité, ce serait de ne pas faire vacciner l’enfant, n’eût-il que quelques jours, à l’apparition, dans la localité, d’un seul cas de variole.

Si, dans les campagnes, où la variole est signalée et connue de tous, dès qu’elle paraît, on peut, en temps normal, retarder de quelques mois la vaccination, par contre, dans les grandes villes où des cas multiples de variole peuvent se produire, sans que l’ensemble de la population s’en doute, il est toujours prudent de faire vacciner le nouveau-né dès les premières semaines, surtout s’il sort, afin de le mettre à l’abri de la contamination variolique qui peut avoir lieu dans les promenades et plus encore dans les voitures publiques.

Le vaccin, dit Jennerien, du nom du médecin anglais qui a fait cette admirable découverte, c’est-à-dire le vaccin qui est pris sur le bras d’un enfant vaccinifère, est aujourd’hui à peu près abandonné, mais enfin, il est des circonstances où on est encore obligé d’y avoir recours et il n’est pas indifférent de prendre au hasard le vaccin du premier enfant venu, même s’il est parfaitement sain. Il est certain, en effet que la lymphe vaccinale recueillie sur un beau bouton de vaccine, bien développé, au bras d’un enfant robuste, produira des boutons de plus belle apparence et une immunité plus durable que ceux qu’aurait donnés la lymphe, prise sur le pâle bouton d’un enfant débile.

11 est encore une croyance erronée et assez répandue, c’est que l'inoculation vaccinale ne réussit bien qu’au printemps et en été ; contre cette erreur il faut lutter sans relâche, parce qu’elle a pour effet de laisser exposés aux atteintes de la variole, l’immense majorité des enfants qui sont nés à la fin de l’automne et pendant les trois premiers mois d’hiver ; il est vrai que les mesures administratives relatives à la pratique des vaccinations gratuites, semblaient, jusque dans ces dernières années, justifier, à Paris du moins, la croyance du public qui n’était appelé dans les mairies, pour cette opération, que du 1er mars à la fin d’octobre; vainement l’Académie tenait ouvert, toute l’année, et deux fois par semaine, son service de vaccinations gratuites, les familles n’en profitaient pas, de sorte que pendant l’hiver, le directeur de ce service se trouvait parfois dans le plus grand embarras, parce que n’ayant à sa disposition aucun enfant de la ville, il en était réduit pour entretenir le vaccin, à ne pouvoir inoculer et prendre la lymphe qu’au bras des nouveau-nés chétifs et suspects envoyés par l’administration des Enfants trouvés ; plusieurs fois même, il a dû recourir à des enfants vaccinés par des médecins de la ville qui trouvaient, pendant toute l’année, une lymphe de vaccin irréprochable, dans un service organisé par l’industrie privée.

Depuis plusieurs années et surtout depuis que le vaccin de génisse a

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remplacé le vaccin Jennerien, les mairies ont sagement ouvert, pendant toute l’année, leur service de vaccinations gratuites et la statistique montre que les vaccinations pratiquées pendant l’hiver ont sensiblement augmenté de nombre ; mais néanmoins, il reste toujours notablement inférieur à celui des vaccinations pratiquées en été, en partie à cause du préjugé, mais en partie aussi, sans doute, à cause de la crainte qu’éprouvent les mères à sortir l’enfant pendant les froids.

Cette dernière considération arrêtera toujours un grand nombre de familles, mais il faut reconnaître que, dans son ensemble, la population est plus éclairée et espérer qu’on verra diminuer, d’année en année, la répugnance du public pour les vaccinations pratiquées pendant les mois d’hiver. A ce point de vue, la population rurale restera fort longtemps en retard, mais il faut dire à son excuse que, jusqu’à ces dernières années, elle n’a pu disposer, pour la vaccine, des ressources que trouve, en toute saison, à sa portée, la population urbaine. Tant qu’on n'a pu employer que le vaccin Jennerien dont les sources étaient toujours limitées, médecins et sages-femmes de la province étaient obligés d’attendre qu’on leur en envoyât des grandes? villes et principalement de Paris ; c’était presqu’invariablement au printemps que les demandes et les envois étaient faits et il fallait bien surseoir jusque là aux inoculations préservatrices.

Aujourd'hui que le service de vaccination animale organisé à l’Académie peut livrer journellement, à toute époque de l’année et gratuitement, des centaines de tubes chargés de pulpe vaccinale, dont chacun en contient une quantité suffisante pour huit sujets au moins, les enfants de la campagne sont aussi assurés que ceux des villes, d’être en tout temps préservés de la variole. Malheureusement il y a encore en France des régions où l’ignorance de la population semble devoir l’empêcher de profiter de toutes les facilités qui lui sont offertes, tant qu’une loi n’aura pas rendu obligatoires la vaccination et la revaccination.

Cependant, si dans des conditions sanitaires normales, les ruraux se montrent indifférents, hostiles même à la pratique de la vaccine, plusieurs faits récents tendent à prouver qu’en temps d’épidémie de variole, certains départements, jusque là réfractaires, se montrent moins obstinément opposés.

Une erreur funeste, encore bien répandue, même chez des gens éclairés, c’est que la vaccination ou la revaccination pratiquée en pleine épidémie de variole, loin de conférer l’immunité au vacciné, l’expose au contraire au danger de contracter la maladie. Rien n’est plus faux et l’on ne doit pas se lasser de le répéter et d’affirmer qu’au contraire le plus sûr, le seul moyen d’arrêter une épidémie est de procéder à une vaccination générale de la population.

Je ne signale que pour mémoire une idée fausse qui, née il y a quelque trente ans, dans le cerveau d’un mathématicien, officier d’ar-

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tillerie, fut défendue par lui avec une incontestable habileté et une apparence de certitude qu’elle empruntait à la statistique ; elle consistait à rendre la vaccine responsable de la fréquence croissante de la fièvre typhoïde; « la vaccine, disait l’auteur, préserve, à coup sûr, les enfants de la variole et de la mort, par conséquent, un grand nombre d’entre eux; mais la plupart des survivants, arrivés à l’àge de vingt ans, succombent à la fièvre typhoïde, au grand préjudice de la société qui, après avoir fait de grands sacrifices pour faire de ces enfants et des adolescents des citoyens utiles, les perd au moment où, par leur travail, ils allaient la dédommager de ses sacrifices dont elle eût fait l’épargne, s’ils étaient morts en bas-âge de la variole ».

Il y a longtemps que la science médicale d’une part, et, d’autre part, la statistique elle-même, ont fait justice de l’erreur des mathématiciens, et si je m’y suis arrêté un instant c’est parce que, de temps à autre, je l’entends se reproduire dans le monde, qu’elle peut encore être pour certains esprits un argument contre la vaccine et qu’il n’en faut laisser substituer un seul, afin que pas un sujet ne puisse se soustraire à l’inoculation vaccinale et dans l’espoir que cette fin de siècle aura au moins à son actif la gloire d’avoir effacé la petite vérole des statistiques mortuaires de la France.

En résumé, il est prudent de faire vacciner de bonne heure le nouveau-né, et de préférer le vaccin de génisse au vaccin Jennerien, et lorsqu’on ne peut se procurer de vaccin animal, il importe, ainsi que je l’ai dit plus haut, de ne prendre le vaccin de bras à bras, que sur un bouton bien développé et à un enfant robuste et absolument sain.

Le lieu d’élection pour l’inoculation est le haut du bras, parce que cette région est plüs facilement découverte, pour l’opération d’abord, puis pour la constatation du résultat immédiat, c’est-à-dire lorsque l’évolution du bouton de vaccine est complète, et plus tard la constatation du nombre et de l'aspect des cicatrices, lorsqu’il s’agit de délivrer les certificats de vaccine.

Dans quelques pays, en Espagne par exemple, la vaccination se pratique à la jambe, et aujourd’hui, dans beaucoup de familles françaises on demande, qu’au moins chez les filles, l’inoculation ^oit pratiquée au membre inférieur plutôt qu’à l’épaule, afin qu’en se décolletant, elles ne fassent pas voir de cicatrices.

A une époque où toutes les femmes portent de semblables cicatrices, une pareille préoccupation est vraiment bien puérile. Mais le vaccinateur peut, sans aucun inconvénient, céder au désir des mères qui paraissent attacher une réelle importance à ce que l’inoculation ne soit pas pratiquée au bras.

Je n’ai pas à entrer dans le moindre détail sur le manuel opératoire, qui est l’affaire du médecin ou de la sage-femme ; mais ce que je crois utile de dire, parce que cela est du domaine de l’hygiène, c’est que la

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vaccination de doit apporter aucune modification, ni dans le régime, ni dans les soins corporels de l’enfant. Les bains ne sont donc pas contreindiqués, contrairement à l'opinion générale ; ils deviennent même très utiles, lorsque, à partir du 7e ou du 8e jour, les boutons sont le siège, à leur pourtour, d’une auréole d’un rouge vif, avec tuméfaction plus ou moins prononcée des tissus sous-jacents et aussi d’un prurit dont témoigne l’agitation de l’enfant.

Bien que la revaccination ne soit pas applicable dans la première enfance, je crois qu'il n’est pas hors de propos d’en dire un mot ici.

Lorsque la loi de l’an XI, dans le but de favoriser la propagation de la vaccine, édicta qu’aucun enfant ne pourra être admis à l’école, ni aucun adolescent entrer au lycée sans être muni d’un certificat de vaccine, tout le monde était convaincu et les médecins eux-mêmes croyaient qu'une seule vaccination suffisait pour conférer une immunité indéfinie contre la variole et de fait, soit qu’alors le virus vaccin fût plus énergique, soit aussi que l’inoculation fût faite avec plus de soin, avec plus de précautions qu’on n’en a pris plus tard, toujours est-il que les cas isolés de variole et les épidémies restèrent assez rares pendant le premier quart de ce siècle ; mais la multiplicité et la gravité croissante d’épidémies varioliques vinrent bientôt fournir la preuve que l’immunité n’était pas absolue, ni surtout définitive, et démon trer la nécessité de recourir à une nouvelle vaccination . Seulement on croyait, il n’y a pas encore bien des années, qu’il suffisait de se faire revacciner lorsque des cas de variole devenaient assez fréquents pour faire craindre l’apparition d’une épidémie, et en définitive c’est dans ces circonstances que le public se soumet le plus volontiers à la revaccination ; mais l'hygiène contemporaine ne visant à rien de moins qu'à supprimer la variole de nos cadres nosologiques et de nos statistiques mortuaires, il faut absolument, si l’on veut atteindre ce but, adopter un ensemble de mesures prophylactiques que je n'ai pas à exposer ici, mais dont la plus efficace sera l’obligation imposée par une loi, de subir la revaccination après un laps de temps qui ne devrait pas dépasser dix ou douze ans, sans préjudice de ce que pourrait nécessiter, dans l’intervalle, pour tous les sujets dont une précédente revaccination serait restée sans effet, l’explosion d’une véritable épidémie, ou même l’apparition d’un cas isolé dans la famille.

Des recherches faites dans le Wurtemberg ont montré que la revaccination a été suivie de succès dans la proportion de 75 à 80 p. 100, chez des écoliers de 13 à 14 ans. Dans le duché de Meiningen où, depuis 1859, la revaccination est obligatoire pour les enfants de 13 ans, on a constaté de 70 à 80 p. 100 de succès.

Dans le cas où, faute de vaccin, on ne pourrait inoculer un enfant exposé à la contagion, il serait indispensable de l'isoler du varioleux jusqu’à disparition du dernier vestige de son éruption. Mais si le manque de vaccin a pu se produire plus d’une fois, même à une époque relativement

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récente, il n’est plus possible aujourd’hui que tout médecin et toute sage-femme qui en demandent à F Académie sont assurés d’en recevoir dans les 24 heures.

§ VI. — Développement intellectuel

Dès la première année une mère intelligente n’a eu garde de laisser s’engourdir l’intelligence de son enfant ; on peut même dire qu’à ce point de vue, on a plutôt à redouter pour les nourrissons des villes, particulièrement dans les classes aisées, la tendance qu’ont les mères et bon nombre de nourrices à maintenir l’enfant dans un état d’excitation constante, s’efforçant par amour-propre de faire, pour ainsi dire, de leur baby une espèce de petit animal savant dont elles provoquent à tout propos les gentillesses ou les grimace? pour les faire admirer à tout venant. Sans doute, il est bon de varier les sensations de l'enfant pour développer ses facultés psychiques ; mais il ne faut pas les varier à chaque instant, sans quoi, l’enfant qu’on a habitué à changer sans cesse de jouets, de distractions, devient exigeant, pousse des cris dès que l’on s’arrête et alors on l’accuse déjà d’avoir un caractère difficile, dont l’inintelligence ou la tendresse mal entendue de la mère ou de la nourrice sont seules responsables. Sur ce point, il y a entre les nourrices, bien plus souvent qu’entre les mères, des différences profondes, non pas seulement sous le rapport de l’intelligence, mais aussi suivant qu’elles sont plus ou moins laborieuses.

La nourrice qui aime le travail, habitue l’enfant à s’amuser de peu, et surtout à s’amuser seul ; dès qu’il a fini de téter, elle le met à terre sur un paillasson ou un tapis, en plaçant à sa portée quelques menus jouets, puis elle reprend son travail, sans perdre l’enfant de vue et en lui parlant, de temps en temps.

La nourrice paresseuse, au contraire, celle qui n’a le goût ni du tricot, ni de la couture, pour tuer le temps, plutôt que pour distraire l’enfant, cherche incessamment à l’exciter en lui offrant des distractions nouvelles : et j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de constater que ces deux manières de faire si différentes, ont sur le caractère de l’enfant, abstraction faite de ses aptitudes natives, une influence durable qui se traduit chez l’enfant de la nourrice oisive par de l’agitation, par une grande mobilité d’esprit, par une absence complète de suite dans ses jeux et même plus tard dans son travail, tandis qu’on sera frappé chez l’autre de son calme, de sa persévérance à tirer tout le parti possible d’un même jouet, d’un même genre de distraction ; celui-ci a acquis une faculté d’attention et d’observation qui fait complètement défaut au premier.

A. Rôle de la mère. — Il est évident que pendant les premières années de la vie, c’est-à-dire jusqu’à cinq ou six ans, l’éducation de l’enfant

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appartient à la mère dont la tâche, après qu’elle l’a nourri ou que faute d’avoir pu l’allaiter elle-même, elle a pourvu à tous ses besoins, qu’elle l'a entouré de tous les soins que réclame sa faiblesse, sa tâche, dis-je, va consister à préparer son intelligence à recevoir les enseignements élémentaires qui sont comme le germe de son éducation et de son instruction. Mais pour que la mère puisse se consacrer utilement et complètement à cette tâche, il faut que sa situation sociale et sa propre éducation lui permettent de la remplir au mieux de l’intérêt de T enfant, de la famille et de la société. Or ce n’est que dans la classe aisée et éclairée de la bourgeoisie, que les mères trouvent dans leur vie assez de loisirs, et dans leur culture intellectuelle assez de ressources pour développer graduellement les facultés psychiques de leur enfant. Mais dans la classe ouvrière et surtout dans les campagnes, le rôle des mères, dont le travail absorbe le plus souvent la journée tout entière, ne va guère au-delà des soins matériels nécessaires à la conservation de la vie; aussi, est-ce à l’asile que, dès l’âge de deux ans, elles s’empressent de confier l’enfant. Plus loin, je parlerai de cette institution si intéressante et qui pourrait rendre de si grands services, si l’installation matérielle en était mieux entendue et la surveillance plus régulièrement exercée, en traçant quelques conseils sur la première éducation de l’enfant ; pour le moment, je me borne à donner ici quelques indications générales d’une application facile pour les enfants du premier âge.

Evidemment, il ne peut s’agir dans ces conditions d’une éducation purement théorique ; c’est donc par les choses et particulièrement par les jouets qu’on arrivera d’abord, ainsi que je l’ai dit plus haut, à fixer son attention, à développer sa faculté d’observation et sa mémoire; il parviendra assez vite à comprendre les jeux, soit de mouvement, soit de repos, et en ce qui concerne ces derniers, qui consistent surtout en jouets, le choix de ces jouets n’est pas indifférent au point de vue spécial de l’hygiène ; ainsi, il n’est pas prudent de laisser entre les mains des enfants des objets de petite dimension qu’ils peuvent avaler ou introduire, soit dans les narines, soit dans l’oreille, et qui peuvent donner lieu à des accidents graves et, en tous cas, causer de vives inquiétudes aux mères. Je ne parle pas des objets pointus ou tranchants que la mère la plus négligente ne laisserait pas à leur portée ; mais il faut avoir soin de de jamais leur donner des jouets peints de couleurs toxiques, c’est-à-dire renfermant du plomb, du cuivre, du mercure ou de l’arsenic, car leur premier mouvement est toujours de les porter à la bouche. Les jouets en bois blanc ou en caoutchouc, sans couleurs, qui sont absolument inoffensifs, devraient être seuls livrés aux enfants. Mais en leur donnant des leçons de choses, à l’aide des jouets, qu’ils apprennent à reconnaître et à comparer entre eux, sous le rapport du plus ou moins de plaisir qu’ils éprouvent à les manier, il importe aussi de préparer leur moral en les amenant à discerner le bien du mal, par les récompenses d’une part, par

les punitions d’autre part, pour tel ou tel acte déterminé, et avec quel tact il est nécessaire de mesurer les uns et les autres, de manière à ne point exalter par trop d’éloges ou une récompense trop belle la tendance naturelle de l’enfant à s’exagérer l’importance du moi, ni à impressionner douloureusement, par une punition trop forte, la sensibilité extrême que l’enfant doit à sa constitution physique.

Sans doute, il est des natures rebelles qui lassent la patience des parents les plus tendres et ne cèdent Qu'aux corrections corporelles, mais elles sont beaucoup plus rares qu’on ne le pense généralement et l’impatience, la brusquerie des parents amènent les scènes de violence bien plus souvent que la désobéissance et l’entêtement de l’enfant lui-même ; si bien que, battu à tout propos et souvent hors de propos, il finit par s’habituer à être maltraité, devient indifférent aux coups, et ne fait aucun effort pour se corriger, d’autant moins qu’il arrive à ne plus discerner une faute grave d’une simple étourderie qui lui valent toutes deux la même correction. On peut dire, d’une manière générale, que pour tous les méfaits de la première enfance, certaines privations de plaisir ou de friandises sont une punition suffisante qui a cet avantage de ne pas laisser dans l’esprit de l’enfant une trace durable et, par conséquent, de ne pas altérer la bonne humeur qui est le privilège de l’enfance et le témoignage le plus certain chez lui d’un bon état de santé.

C’est assurément travailler au bonheur à venir de l’enfant que de lui faire comprendre par un emploi judicieux et mesuré des récompenses et des punitions, la différence du bien et du mal ; puis peu à peu de lui inspirer l’amour du bien pour lui-même, en éveillant chez lui par des récits appropriés à son âge le sentiment de ce qui est moralement beau, grand et noble. Mais il faut aussi faire naître et développer ses sentiments affectifs et lui faire aimer d’autres que lui-même. L’enfant est naturellement égoïste, et les soins dont il a été entouré depuis qu’il existe et dont il arrive bientôt à avoir conscience, n’ont pas peu contribué à développer ce sentiment, surtout s’il reste longtemps sans frères ni sœurs. Mais c’est dans les classes aisées que l’égoïsme de l’enfant a pris des proportions déplorables, en même temps d’ailleurs que la tendresse et la sollicitude des mères devenaient véritablement maladives.

Ce sont là des faits que ne connaissent que trop les médecins qui s'occupent spécialement des maladies de l’enfance et dont, à ce titre, j’ai eu maintes fois l’occasion de constater et de déplorer les funestes effets pour l’avenir aussi bien que pour le présent ; et comment ne pas voir dans un état de choses aussi lamentable un inévitable résultat des mœurs contemporaines dans lesquelles, grâce au surmenage de la vie, la névropathie et plus encore la neurasthénie jouent un rôle si désastreux.

Chez les ouvriers des villes et les campagnards, l’enfant a été aussi l’objet de la sollicitude de sa mère pendant la première et la seconde année; mais cette mère qui, depuis son enfance, a été elle-même aux Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 8

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prises avec les difficultés de la vie, difficultés que le mariage et la maternité n’ont souvent fait que rendre encore plus lourdes ; cette mère dont l'imagination très simple et très calme ne l’entretient pas, comme celle de nos citadines, dans un perpétuel souci des maux qui pourraient atteindre son enfant, cette mère, dis-je, ne se préoccupe du mal que lorsqu’il est là, et le voyant bien portant jouit sans trouble de sa belle santé.

Mais, tandis que la mère qui a des loisirs, peut diriger elle-même, jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans l’éducation de son enfant et commencer même son instruction, l’ouvrière, la paysanne, qui sont presque toujours obligées de travailler pour vivre et de travailler hors de chez elles, ne peuvent se consacrer longtemps aux soins que réclame l’enfant: et comme elles ne peuvent l’emmener avec elles, soit à l’atelier, soit aux champs, elles le mettent à la crèche tant qu’il tête encore, ou le confient à une voisine, ou enfin le placent à X asile, en attendant qu’il ait atteint l’âge où il pourra entrer à Yécole.

En principe, ces deux institutions sont admirables, mais on est bien obligé de reconnaître qu’en fait, dans un grand nombre de localités, elles laissent beaucoup à désirer au point de vue de l’hygiène. En France, les prescriptions relatives à la salubrité des locaux, à l’aération, à l’éclairage, au cubage d’air, ont été parfaitement conçues : tout a été prévu pour assurer le bien-être et la santé des enfants, mais presque partout, ces sages prescriptions n’ont été qu’incomplètement suivies, quand elles n’ont pas été complètement méconnues.

L’inspection de ces utiles établissements est confiée dans les villes, dans les chefs-lieux de canton, et dans certaines communes importantes, à des médecins dont les rapports provoquent, peu à peu, d’heureuses modifications dans les conditions d’hygiène des crèches et des asiles, mais on ne pourra compter sur une transformation complète des établissements que lorsque la loi sanitaire aura été votée et définitivement appliquée sur tout le territoire de la République.

B. Crèches. — La crèche, a écrit J. Rochard, est la première phase de la vie en commun, elle est la première école ; là, l’enfant acquiert ses premières connaissances, il apprend à marcher, à accomplir d’une manière décente les actes les plus élémentaires. L’institution des crèches est donc un des moyens prophylactiques les plus efficaces et les plus sûrs pour diminuer la mortalité infantile. C’est à un Français, à un homme de bien, M. Marbeau, que revient l’honneur d’avoir eu la première idée de fonder les crèches, c’est-à-dire des établissements dans lesquels les mères qui, tout en travaillant au dehors, tiennent à allaiter leur enfant, peuvent le laisser en garde dans la journée et cela moyennant une modique redevance qui ne couvre pas à beaucoup près les frais généraux de la crèche, mais qui a ce mérite d’imposer à la mère, pour

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le plus grand bien de son enfant, un effort salutaire et un léger sacrifice.

En France, les crèches reçoivent les enfants naturels, au même titre que les enfants légitimes; au moins pendant les six premiers mois.

Si la crèche n'est pas éloignée de l’atelier où elle travaille, l’ouvrière peut facilement donner le sein à l’ënfant une fois au moins par jour ; dans l’intervalle, la crèche pourvoit à l’alimentation du nourrisson, avec du lait ou des soupes, suivant son âge. La crèche vient donc à l’aide de l’ouvrière sans aumône, elle est une forme de l’assistance par le travail, c’est-à-dire la meilleure forme de l’assistance, celle qui aide l’ouvrière à s’aider elle-même (V. pour l’organisation et l’installation des crèches t. Y, pages 238 et suivantes).

La première crèche a été fondée à Paris, en 1844, par M. Marbeau, et peu à peu, on a si bien apprécié les bienfaits de cette institution, qu’ici d’abord, puis dans toutes les grandes villes de France et enfin dans tous les pays civilisés, des crèches ont été fondées, de plus en plus nombreuses, tantôt par de généreux particuliers, tantôt, et plus souvent, par des sociétés charitables.

Le nombre des enfants reçus à la crèche devrait toujours être proportionné aux dimensions du local qu’ils occupent et il est certain que bon nombre de crèches en France, surtout de celles dont la création est récente, les sages prescriptions formulées en 1853 par un décret impérial, ont été fidèlement suivies, mais bien plus nombreuses sont celles dont l’organisation laisse beaucoup à désirer.

En principe, le local de la crèche devrait se composer d’un dortoir assez vaste pour que chaque enfant pût disposer de 10 ou 12 mètres cubes d’air, renouvelé autant que possible, toutes les heures ; près du dortoir doit être disposée une chambre dans laquelle la mère et les gardiennes puissent changer les vêtements et le linge de l’enfant ; il faut aussi que les enfants qui commencent à marcher aient une petite salle à leur disposition ; il serait fort utile que dans cette salle il y eut un certain nombre de petits lits de camp sur lesquels les enfants pourraient s’étendre dans le courant de la journée, et prendre quelques heures de repos. Ces lits de camp doivent se composer d’un matelas ou paillasson recouvert d une enveloppe facile à laver, d’un oreiller et d’une couverture.

Une cuisine, ou au moins une office avec fourneau est indispensable, ainsi qu’un logement pour les gardiennes ; il serait aussi bien désirable que toutes les crèches fussent pourvues d’un jardinet où les enfants pourraient prendre l’air et se livrer à des jeux variés suivant leur âge. Je ne crois pas qu’en France, ou tout au moins à Paris, beaucoup de crèches soient aussi complètement installées, et puissent disposer d’un jardin, mais cet annexe a une telle importance au point de vue de l’hygiène que, dans l’avenir, on devra s’efforcer d’obtenir pour la crèche ce précieux complément.

Le personnel appointé de la crèche se compose d’une directrice et d’un

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nombre de filles de service en rapport avec celui des enfants, dans la proportion d’une gardienne pour six enfants au maillot.

En France, chaque crèche est placée sous la surveillance d’un comité de dames qui viennent à tour de rôle passer une inspection et s’assurer qu’au point de vue de l’hygiène, de la propreté et de la nourriture, le règlement est fidèlement exécuté; enfin, plusieurs médecins, qui ont chacun une semaine de service, sont chargés de venir, une fois par jour, visiter les enfants, se rendre compte de leur état de santé, et signaler à la Directrice tout cas de contagiosité, afin que l’enfant soit rendu à la mère le jour même, et consigné à la porte de la crèche, si le diagnostic a été exact, jusqu’à la limite de temps spécifiée par les règlements pour l’isolement des contagieux pour chaque maladie transmissible. Tout enfant, avant d’être admis à la crèche, doit être examiné par le médecin et refusé s’il est atteint de syphilis.

Il n’y a pas encore, pas plus à l’étranger qu’en France, de statistique assez étendue, ni assez complète pour qu’on puisse établir par des chiffres les bienfaits de 1 institution des crèches, d’autant moins qu’on est mal renseigné sur la morbidité de la première enfance, mais, à défaut de chiffres, tout médecin qui a été appelé à faire le service d’inspection des crèches, peut en attester les heureux résultats, parce qu’il n’a pas pu ne pas être frappé, comme je l’ai été moi-même, lorsqu’au début de l’institution, j’ai eu à remplir cette tâche, de l’augmentation rapide de poids, de l’aspect vivace, en un mot de la reprise de vie des nourrissons qui avaient passé une ou deux semaines à la crèche, grâce à la régularité des repas, à la qualité des aliments et aux soins de propreté auxquels ils avaient été soumis. Ces derniers soins sont en effet un des grands bienfaits de la crèche, non pas seulement pour ce qui concerne la propreté corporelle de l’enfant, mais aussi pour ce qui regarde le milieu, grâce aux lavages dont les salles, les planchers, les vases, les cuvettes et les éponges sont l’objet, chaque soir, après le départ des enfants, avec une solution antiseptique au chlorure de zinc, au sulfate de cuivre ou au sublimé.

Une précaution bien importante et jusqu’ici bien rarement prise serait de placer à la tête de chaque berceau une petite ardoise sur laquelle seraient inscrits des renseignements très précieux pour le médecin, pour les inspectrices et pour toute personne désireuse de constater l’état physique d’un pensionnaire de la crèche. Ces renseignements auraient pour objet le nom, l’âge, le sexe, l’état de la dentition, la nature de l’alimentation et enfin le poids pris tous les huit jours.

B. Asiles. — La crèche ne reçoit les enfants qu’à partir du 15e jour de la naissance jusqu’à 2 ans et alors la mère n’a pas d’autre moyen de faire surveiller son enfant que de le placer à V asile, jusqu’à ce qu’il ait atteint l'âge d’aller à l’école. Un certain nombre de crèches en province et plus encore à l’étranger conservent les enfants jusqu’à l’âge de 3 ans ;

mais c’est là une exception et c’est à l'asile qu'à la fin de la seconde année les ouvrières ont l'habitude de placer leur enfant.

Par malheur, Y asile, en tant qu’institution communale, n’existe pas partout, et faute de mieux, la mère est obligée de confier la garde de son enfant à des femmes généralement trop âgées pour gagner leur vie en travaillant aux rudes ouvrages de la ville ou de la campagne, et qui, moyennant un prix de journée variable suivant les localités, se chargent de veiller sur les enfants, de leur donner des habitudes de propreté et de leur faire prendre à des heures régulières, soit le petit repas que les enfants ont apporté le matin, soit celui que les gardiennes se chargent de leur fournir pour un prix convenu.

!■> Garderies. — En théorie, les garderies — tel est le nom que l’on donne à ces réunions d’enfants — seraient pour les ouvrières des champs et des villes une ressource bien précieuse, mais elles sont, en général, si mal tenues, les salles ou plus exactement, la salle où sont maintenus les enfants est si mal aérée qu’il y règne un méphitisme nauséeux dans lequel s’étiolent ces organismes délicats. A la campagne, il est vrai, les jeux dans un jardin ou les promenades au champ voisin, diminuent les inconvénients de l’encombrement du logis, mais dans les villes, dans leurs faubourgs surtout, ce palliatif manque et en résumé, on peut dire que pour la généralité des garderies, tout est à refaire, et tout indique la nécessité urgente de les soumettre à une surveillance régulière et fréquente, de les faire fermer, au besoin, si le local où elles sont installées rend impossible toute amélioration et enfin de n’accorder l’autorisation d’ouvrir une nouvelle garderie qu’ après examen et rapport favorable d’un médecin.

Cette question a paru si importante à l’Académie de médecine que, sur la proposition de l’un de ses membres, M. le D1' Th. Roussel, sénateur, elle a renvoyé à l’examen de la Commission permanente d’hygiène de l’enfance, une intéressante communication du Dr Guyot (de Lille) sur les déplorables conditions d’hygiène de la plupart des garderies; M. le Dr Charpentier a été chargé du rapport dont les conclusions, lues à la séance du 7 janvier 1894, ont été adoptées par l’Académie, à l’unanimité, et adressées sous forme de vœu à M. le Ministre de l’intérieur.

« Considérant, disent ces conclusions, 1° qu’il existe en France un très grand nombre d'établissements dits garderies, où sont soignés pendant la journée des enfants âgés de 2 à (5 ans ; 2° que, sauf quelques exceptions, ces garderies ne sont soumises à aucune surveillance et que là où existent des règlements, ceux-ci sont insuffisants ; 3° que cette situation crée un danger permanent pour les enfants admis dans ces établissements ; l’Académie appelle l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de réglementer les garderies, en établissant d’une manière précise les conditions et garanties à exiger pour en assurer le bon fonctionnement ».

2° Salles d’asiles. — « L’institution des salles d’asiles, écrivait il y a près de soixante ans le Dr Cerise, doit être considérée comme une œuvre de

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bienfaisance et comme une œuvre de prévoyance sociale ; à ce double titre, elle ne doit pas seulement attirer l’attention des personnes charitables, mais encore celle des législateurs et des publicistes ».

On ne pouvait mieux dire, mais pour cette œuvre, comme pour bien d’autres de même nature, la charité privée a devancé l’intervention des pouvoirs publics, et à ses débuts, on trouve, parmi ses fondateurs, un membre de cette famille Cochin, dont la population pauvre de Paris, enfants ou adultes, ne peut plus compter les bienfaits. La création des salles d’asile a été en effet, dans le principe, une œuvre de charité, ayant pour but de réunir dans des salles communes les enfants du peuple qui croissaient abandonnés et exposés à tous les dangers, et d’amener chez eux une amélioration morale, physique et intellectuelle ; elle était donc aussi une œuvre de prévoyance sociale et le «aractère de l’institution était trop évident pour que le Gouvernement n’en comprît pas la portée et ne crût pas de son devoir et de son intérêt d’intervenir, en soumettant l’institution à une réglementation sérieuse, et toujours utile.

« Les salles d’asile, a dit encore excellemment Cerise, sont à la fois des institutions de charité et d’éducation commune, elles ne sont destinées, ni à l’instruction primaire, ni au traitement des enfants malades, elles ne sont ni des écoles, ni des hôpitaux ».

Par conséquent le médecin des salles d’asile ne doit y soigner que des indispositions passagères et assez légères pour que l’enfant puisse continuer à prendre part aux exercices ou aux jeux de ses camarades ou de ses compagnes.

Le devoir du médecin est avant tout de veiller à ce que les conditions d’hygiène de l’asile soient établies et maintenues dans un état aussi parfait que possible ; il doit visiter les enfants tous les jours et examiner particulièrement les nouveaux venus pour s’assurer qu’ils n’apportent à l’asile aucun germe de maladie contagieuse, aiguë ou chronique (fièvres éruptives, teignes, impétigo). Il doit aussi s’assurer que tous les soins de propreté ont été pris à des heures régulières, et que les exercices cor porels sont dirigés avec méthode et régularité. Il serait donc à désirer qu’il fit souvent coïncider son inspection avec les heures de récréation, afin d’assister aux exercices et d’en régler la nature et la durée, suivant l’àge et la force des enfants qui doivent tous y prendre part, car il est évident qu’à l’asile, les enfants doivent être en perpétuel mouvement plutôt qu’en perpétuelle étude, ainsi que l’a justement fait remarquer Cochin dans son manuel des fondateurs et instituteurs d’asiles.

Un décret impérial du 21 mars 1855 a résumé (art. 4) les prescriptions relatives à la disposition des locaux destinés aux salles d’asile : « Ces salles sont situées au rez-de-chaussée : elles sont planchéiées et éclairées autant que possible des deux côtés avec des châssis mobiles ; les dimensions de la salle d’asile doivent être calculées de manière qu’il y ait au moins deux mètres cubes d’air pour chaque enfant »,

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Ces prescriptions sont excellentes, sauf en ce qui concerne le cubage d’air; les enfants ont besoin d’air plus que les adultes et c’est le leur mesurer à trop faible dose que d’en réduire le cubage à 2 mètres ; il faudrait au moins 6 mètres, avec facilité de renouveler l’air en ouvrant la partie supérieure des fenêtres. Il faut d’ailleurs que les enfants vivent le plus possible au grand air, tête nue sauf empêchement sérieux dont le médecin est seul juge ; casquettes et bonnets ne doivent servir qu’en temps de pluie. Il serait donc à désirer qu’à chaque salle d’asile fût annexé un jardin, où les enfants, pendant toute la belle saison, pourraient passer une partie du jour en plein air, et trouver même des facilités pour jeux et distractions variés. A défaut de jardin, il faut au moins qu’il y ait à côté de la salle un préau sablé destiné aux récréations, car la même salle ne saurait servir, même en hiver, aux exercices et aux récréations. Les plus jeunes enfants de l’asile éprouvent le besoin de se reposer au milieu du jour, et il est bon qu’ils puissent trouver dans le préau ou dans le jardin, des lits de camp ou au moins des matelas sur lesquels ils puissent s’étendre.

L’emploi du temps ne peut pas être le même pour tous les enfants de 2 à 5 ou 6 ans. Pour ceux de 2, 3 et 4 ans même, la plus grande partie du temps doit être consacrée aux exercices du corps, tels que marche, évolutions par groupes, course, sauts, bref une gymnastique élémentaire accompagnée de chants, et sans appareils ; pour ceux qui sont plus âgés, aux exercices purement corporels, succède une leçon de choses dont la durée ne doit pas dépasser une demi-heure : le budget des asiles ne permet pas de montrer aux enfants des choses en nature ; mais leur reproduction, partie en noir, partie en couleur, sur de larges cartons, doit tapisser les murs de la salle ; ces dessins, qui reproduisent généralement, des objets usuels, des lettres, des chiffres, les poids et mesures, les instruments de divers métiers, les produits de la terre, les animaux, sont une ressource précieuse pour les personnes qui ont mission de commencer l’instruction de l’asile.

Cette leçon terminée, les enfants se livrent de nouveau à des exercices faits en commun, puis ils reprennent leurs places sur les bancs ou sur les gradins, et là ils s’exercent à imiter une série de mouvements que le directeur de l’asile exécute devant eux et qui consistent à lever alterna tivement les deux bras, et à indiquer le nez, les yeux, la bouche, le menton ; de petites histoires très courtes sont très propres à fixer l’attention des enfants sur les fonctions de ces divers organes.

L’heure du déjeuner est arrivée et en général il se compose d’un menu très sommaire, c’est-à-dire, bien souvent de pain sec ; bon nombre de parents cependant ajoutent au pain, fromage, beurre, confitures ou fruits, quelquefois un peu de viande froide.

La boisson la plus habituelle est l’eau pure ou du moins réputée telle, car il y a encore bien des communes qui ne sont alimentées en eau que

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par des puits dans lesquels pénètrent des impuretés provenant soit des trous à fumier, soit de fosses non étanches : depuis plusieurs années, beaucoup de municipalités s’imposent des dépenses relativement considérables pour doter la population et particulièrement les écoles, d’une eau potable de bonne qualité et autant que possible d’eau de source, et il est à désirer que cet exemple soit suivi partout, le plus tôt possible.

Dans bon nombre d’asiles, en tout temps, mais surtout pendant la saison chaude, on diminue un peu la crudité de l’eau mise à la disposition des enfants, dans l’intervalle des repas ou même pendant .le repas, en l’édulcorant avec une certaine quantité de bois de réglisse. Mais il est d’ailleurs bon nombre d’enfants qui apportent avec leurs aliments de l’eau rougie, du cidre ou de la bière, suivant la région à laquelle appartient l’asile.

Pendant le repas il importe d’habituer les enfants à une grande propreté ; il faut aussi tenir à ce que, à la fin du repas de midi, il rangent et enveloppent avec soin les restes de ce repas, restes qu'ils doivent finir à celui de 4 heures.

Après le premier repas, les enfants ont une récréation pendant laquelle ils jouent, courent, sautent à la corde en liberté ; puis la récréation finie les exercices sont repris jusqu’à l’heure du départ, mais non pas d’une manière continue, et avec quelques nouveaux intervalles de récréation.

Dans une autre partie de cette étude, j'ai déjà donné quelques indications sur la marche à suivre pour développer graduellement le système musculaire, l’intelligence et les sens dé l’enfant de 1 à 2 ans : et bien que, à mesure qu’il grandit, de nouveaux exercices musculaires lui soient nécessaires et que l’hygiène, le développement de son intelligence et de ses sens exigent d’autres soins, je n’entrerai pas ici dans de longs détails, pour les enfants de l’asile, parce que, d’une part, ce que j’ai dit sur les enfants de 1 an à 2, peut s’appliquer, en grande partie, aux plus jeunes enfants de l’asile et que, d’autre part, les exercices corporels et intellectuels qui conviennent aux plus âgés, ne diffèrent que bien peu de ceux qui seront indiqués dans un chapitre suivant pour les enfants de l’école.

Ainsi, au point de vue des exercices propres à développer le svstèpie musculaire, il est évident que ceux qui sont pratiqués à l’asile ne diffèrent, pour les plus jeunes enfants, de ceux que dans la famille on obtenait des babies, qu’en ce qu’ils sont plus variés, mieux réglés et, cette fois, accompagnés de chant.

D’un autre côté, les asiles n’étant pourvus jusqu’à présent d’aucun appareil gymnastique proprement dit, force est bien de s’en tenir encore, pour les plus âgés, aux mêmes exercices, mais demandant des efforts musculaires plus énergiques et plus soutenus, tels que la course, le saut à la corde et le saut à distance.

En ce qui concerne le développement intellectuel et l’éduoation des

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sens, il est évident qu'aux distractions qui suffisent pour les enfants de 2 à 4 ans, il est indispensable d'ajouter, pour les plus grands, des notions plus variées d'une nature moins primitive.

C’est ainsi que pour perfectionner le toucher, on peut habituer les enfants à comparer la pesanteur des divers corps, à distinguer par le toucher, les yeux fermés, la résistance de ces corps, leur forme et leur nature : le tricot, le crochet, la couture- pour les filles, la fabrication du filet pour les garçons, sont des travaux délicats, très propres à perfectionner le sens du toucher.

Depuis quelques années, on a multiplié à l’infini, en Suisse d’abord, puis en Allemagne et en France, de petits jeux très variés de forme, et qui ont toujours eu pour objet d’arriver à fixer sur un carton, en des points déterminés par un dessin, de petites boules, dont l’extrême mobilité exerce la patience et l’adresse des enfants ; on pourrait, à peu de frais, en mettre plusieurs à la disposition des enfants dans chaque salle d’asile; des morceaux de bois régulièrement taillés, et particulièrement des cubes sont aussi des jouets excellents que les enfants savent parfaitement utiliser pour des constructions qu’ils imaginent ou qu’ils essaient de dresser d’après des modèles simplement linéaires.

De tous les moyens propres à développer le sens de l’ouïe, le plus efficace et le plus agréable est le chant à défaut d’instrument de musique, et il est juste de reconnaître que, depuis longtemps, cet utile exercice a été introduit dans les écoles et les asiles.

11 va de soi que les airs et les paroles qu’on fait entendre aux enfants doivent produire chez eux des impressions variées, tantôt calmes, tantôt vives, joyeuses ou entraînantes, mais jamais tristes, car il faut tout faire pour ne pas altérer la gaîté de l’enfance qui est son plus beau don.

Lorsque la myopie n’est pas héréditaire, il y a de grandes chances pour qu’elle ne se développe pas à l’asile, car les lettres, les dessins que doivent regarder les enfants, tapissent les murs et sont par conséquent placés à une assez grande distance ; j’ai déjà rappelé, à propos de l’éducation de la vue chez le baby, que l’habitude de regarder les objets de très près peut suffire pour engendrer la myopie ; il est donc du devoir de la directrice de l’asile, qui a remarqué chez un enfant une disposition à la myopie, de lutter contre sa tendance à regarder de près, en fixant particulièrement son attention sur des objets éloignés, après en avoir référé au médecin.

Les sens du goût et de l’odorat sont ceux dont le développement a le moins d’importance pour les enfants et particulièrement pour ceux qui fréquentent l’asile et je terminerai ici la partie de ce travail consacré à l’hygiène de la première enfance, s’il n’était encore deux points sur lesquels je tiens à dire au moins quelques mots, je veux parler de l’éducation morale et des limites dans lesquelles doit être maintenue l’instruction pour les enfants de l’asile.

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Ce n’est pas ici le lieu d’aborder la question si difficile à résoudre, des avantages ou des inconvénients de l’instruction hâtive, car les enfants de l’asile ne sont qu’exceptionnellement destinés à pousser leur instruction au-delà de l’école primaire. Mais, pour ma part, j’estime qu’après avoir étudié les aptitudes d’un enfant et s’être rendu compte de l’état de ses forces physiques, si on constate que ses dispositions pour l’étude sont manifestes, et en outre aidées par une organisation bien équilibrée, j’estime, dis-je, que par ce temps de lutte si âpre pour la vie, il faut profiter de ces heureux concours de conditions favorables, pour faire marcher hardiment l’enfant en avant.

Mais quels que soient les aptitudes et l’état des forces, je crois qu’il est deux instruments de travail, la lecture et l’écriture qu’on ne saurait mettre trop tôt entre les mains des enfants.

Or, c’est en se jouant qu’à l’asile l’enfant bien dirigé peut dès l’âge de 5 ans, arriver à connaître ses lettres, à assembler des syllables et finalement à lire. L’écriture est plus difficile parce que les mouvements de la main et des doigts ne prennent que lentement la souplesse et la dextérité nécessaires pour tracer des caractères réguliers, mais en donnant à l’enfant, non pas encre et papier, mais simplement une ardoise et un crayon de même nature, il s’essaie à copier les modèles qui sont spus ses yeux, et il n’est pas extrêmement rare qu’on voie sortir de l’asile et entrer à l’école, garçon ou fillette lisant presque couramment et en état de se servir de la plume et de l’encre.

Tout cela ne demande de la part du directeur qu’une grande patience ; mais pour l’éducation morale la tâche est plus délicate, il y faut encore beaucoup de patience, il y faut aussi beaucoup de tact, il y faut surtout un grand amour de l’enfance.

C’est surtout dans la famille que peuvent se développer les sentiments affectifs et c’est là aussi que l’enfant doit naturellement recevoir les premiers préceptes de l’enseignement moral ; mais c’est à l’asile qu’il commencera à apprendre sérieusement ce que c’est que le devoir parce que la discipline le lui fera comprendre en le lui imposant ; là, les caprices, les fantaisies que la faiblesse ou l’indifférence des parents tolère, lui seront interdits et il supportera plus facilement que dans la famille la contrainte qui lui sera imposée parce qu’elle le sera également à tous les enfants qui l’entourent. Il faut qu’il apprenne de bonne heure à se soumettre, à obéir, parce que, dans la vie, il se heurtera sans cesse à cette nécessité, et, en définive, l’habitude de l’obéissance constitue le plus grand profit qu’il puisse emporter de l’asile, au point de vue de l’enseignement moral.

Quant aux sentiments qui sont, à proprement parler, la base de la morale, tout directeur intelligent trouvera, dans les mille menus faits de chaque jour, en s’aidant des punitions et des récompenses judicieusement données, le moyen d’en faire pénétrer le germe dans les jeunes âmes qui lui sont confiées.

HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE

Ici se terminent les notions relatives à l’hygiène de la première enfance, et en quelque condition que le hasard ait fait naître l’enfant, la phase nouvelle dans laquelle il entre, si elle est à coup sûr la plus heureuse, au point de vue de la santé, constitue pour lui, riche ou pauvre et surtout pour le riche, une étape sérieuse, celle où le travail devient une loi absolue, de sorte que toute son hygiène se résume, pour ainsi dire, dans l’hygiène scolaire.-.-' ~

Vers sept ans, l’enlant entre dans une phase nouvelle de son existence ; il a échappé 'aux causes nombreuses de mortalité qui entouraient son berceau et qui rendent la mortalité du début de la vie considérable à ce point qu’elle peut dépasser 90 p. 100 ; de sorte que l’on peut dire qu’un enfant qui naît a moins de chances de vivre une semaine qu’un homme de 90 ans et moins de chances qu’un octogénaire de vivre un an ; il a évité les écueils de l’allaitement naturel ou artificiel, du sevrage prématuré, de l’alimentation défectueuse ou mal appropriée à son âge, et avec eux toutes les affections intestinales qui en sont la conséquence ; il a franchi la période de la dentition, crise importante par ses résultats et surtout par les dangers auxquels elle expose le jeune âge. Sa constitution, graduellement modifiée et affermie, devient plus apte à lutter contre les influences nuisibles du milieu qui l’entoure. La réceptivité morbide si accusée dans les premières années et qui l’expose à contracter la plupart des maladies contagieuses, s’atténue à mesure qu’il avance en âge, et il acquiert d’ailleurs l’immunité définitive ou temporaire pour celles auxquelles il n’a pu échapper, la rougeole, la scarlatine, la variole, la coqueluche, etc.

Une cause bien fréquente de maladies chez l’enfant, est l’action du froid, la perte de chaleur par la surface cutanée est chez lui très prononcée et très complète et la réaction de l’économie pour faire de la

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