‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 43 sur 176 · IG · texte numérisé non relu

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Le dénombrement de 1886 avait été un peu moins avantageux que celui de 1856 pour le nombre des familles ayant des enfants ; mais celui de 1891 a largement repris le dessus, puisqu’il accuse une augmentation de 12 familles ayant des enfants sur 1.000 familles. Ces fluctuations prouvent qu’il est inexact de prétendre que la race a dégénéré ou qu'elle s’impose des restrictions dans les relations conjugales. La vérité, c’est qu’en France, à aucune époque, les familles n’ont eu beaucoup d’enfants, mais qu’aujourd’hui elles en ont au moins autant qu’elles en ont jamais eu (1).

La diminution de la natalité générale serait-elle due à la diminution de la natalité illégitime ? 11 est peu vraisemblable qu’une si petite cause puisse produire un aussi grand effet (2). Néanmoins, examinons-la. Voici

(1) M. Bertillon, qui cite les chiffres de 1856 et de 1886, en tire cette conclusion : « On voit que la proportion des familles stériles est restée très sensiblement la même qu’en 1856. Cette remarque est d’une importance capitale, car elle montre que si la natalité a baissé depuis cette époque, ce n’est pas que la proportion des familles complètement stériles ait augmenté, mais c’est que la fécondité des familles fécondes a diminué. En un mot, on peut aujourd’hui en France faire des enfants tout aussi bien qu’en 1856, seulement on en fait moins ». Les chiffres de 1891 prouvent qu’on en fait plus. Mais lorsqu’il écrivait les lignes ci-dessus, M. Bertillon ne connaissait pas les résultats du dénombrement de 1891.

(2) En 1892, par exemple, la natalité illégitime n’est que 6,2 p. 100 de la natalité générale.

Encyclopédie d’Uygiène. — VIII.

KVCIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE

le tableau du nombre des enfants naturels, par 1.000 habitants, pour chacune des années des huit derniers recensements, c’est-à-dire des années pour lesquelles le chiffre de la population est certain :

La période de 1861 à 1866 représente la période de la natalité illégitime la plus élevée ; depuis lors, cette natalité est restée à peu près stationnaire. On ne peut donc pas lui attribuer la diminution du nombre général des naissances.

Le nombre des mariages a-t-il diminué? Cette diminution serait-elle une des causes de l’abaissement de la natalité ?

Voici, pour répondre à la première question, le tableau des variations concernant le mariage, en France, de 1851 à 1890, par période de vingt ans et par 1.000 habitants :

Ainsi, il y a eu, de 1871 à 1890, une diminution de 0,25 mariages par 1.000 habitants, par rapport à la période de 1851 à 1870. Sur une population moyenne de 37.784.983 habitants, cela donne un manquement moyen annuel de 9.446 mariages.

Or, nous avons vu plus haut qu’en France, par 1.000 habitants, il existe 2.063 enfants vivants, d’après le recensement de 1886, et 2.148 d’après le recensement de 1891. La moyenne, pour les deux recensements, est 2.105 enfants vivants par 1.000 familles, et pour 9.446 familles, 19.883 enfants.

Pour avoir 19.883 enfants vivants, au bout de vingt ans, il faut qu’il en soit né 2.576 par 1.000 familles et par conséquent 24.332 pour 9.446 familles (1).

Ainsi, en 1891 par exemple, le nombre des décès a dépassé de 10.505 le nombre des naissances. Avec 24.000 enfants de plus, il y aurait eu, au contraire, un excédent sensible de natalité, si le nombre des mariages n’avait pas diminué.

Sans doute, la diminution du nombre des mariages n'explique pas

(I) En France, sur 1.000 habitants, il en meurt 224, de 0 à 20 ans. Conjronti intwnationcili, cité par M. Bertillon : Démographie , t. 1, p. 247 de T Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique.

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complètement les défaillances de la natalité, mais en elle représente, comme on le voit, un des gros contingents.

On écrit souvent que la diminution de la mortalité n'aurait pas une grande influence sur l’augmentation de la population. Si l'on n’entend parler que de la mortalité qu’on pourrait qualifier de naturelle et qu’amènent fatalement l’âge et les lésions organiques, c’est exact, parce que cette mortalité s’exerce sur des gens qui prennent peu de part à la propagation de l’espèce. Il n’en est plus de même s'il s’agit de la mortalité accidentelle, évitable. Par exemple, les évènements de 1870-71 ont occasionné unev mortalité considérable d'adultes ; aussi, en 1871, le chiffre des naissances a-t-il été inférieur de plus de 100.000 au chiffre des 10 années antérieures et même des 10 années ultérieures. Vingt ans après, en 1890-91-02, le contre-coup de ces évènements se faisait sentir encore ; les enfants qui seraient nés en 1870-71, sans ces évènements, auraient eu, à leur tour, des enfants en 1890-91-92. Ces enfants ont manqué. C’est ce qui explique les chiffres infimes de la natalité dans ces dernières années.

Il y a donc, dans la diminution de la natalité, constatée en France depuis une trentaine d’années environ, deux causes principales : une, qui est devenue chronique, permanente et qui va même en s’aggravant, c’est la diminution du nombre des mariages ; une seconde, qui a été accidentelle, mais dont les conséquences ne sont pas encore épuisées: c’est la guerre de 1870-71 et l’effroyable mortalité qu’elle a occasionnée parmi les adultes, non seulement parmi les adultes combattants, mais aussi dans la population civile, victime de la variole, de la fièvre typhoïde, des maladies de toute nature que l’état de guerre a propagées.

Pourquoi se marie-t-on moins ?

Une des principales raisons est que les habitants des campagnes, de 18 à 40 ans, émigrent vers les villes (1). Pendant plusieurs années les nouveaux venus n’ont qu’une préoccupation, se procurer des moyens d’existence ; ils n’y réussissent qu’en petit nombre, ne créent point de familles et constituent bientôt le principal contingent (jusqu’à 75 p. 100 à Paris) du personnel des prisons ou des pensionnaires de l’assistance publique. Les villes envahies contiennent ainsi une proportion considérable d’individus dans la force de l’âge qui ne produisent pas d’enfants. Leur présence est cause d’une diminution, dans les statistiques, du taux de la natalité.

D’autre part, leur absence du village natal y a fait baisser le taux de la natalité. Un peut citer des milliers de communes rurales où il ne reste que des vieillards et des infirmes.

On croit volontiers que la corruption des villes a pour conséquence

(1) Voir sur ce sujet : Henri Lannes, L’influence de l'émigration des campagnes sur la natalité française (Revue politique et parlementaire , février 1895).

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l’infécondité. Heureusement, s’écrient de bonnes âmes, il nous reste les paysans ! La vérité est que c’est dans les campagnes que la natalité est la plus faible, que c’est à la population rurale qu'est dû l’abaissement du nombre des naissances en France. En 1891, le taux de la natalité pour l'ensemble de la population était de 22,5 ; il était de 20,7 pour la population rurale (1).

Voici au surplus, de 1882 à 1890, le mouvement de la natalité dans cette population rurale :

ANNÉES

POPULATION

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