‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 48 sur 176 · moyenne · texte numérisé non relu

moyenne

Soit une différence en moins de 1,29 p. 1 .000 hommes, dans la seconde période. Sur une moyenne de 450.000 hommes, présents sous les drapeaux, dans les garnisons de l’intérieur, cette différence représente une épargne annuelle, moyenne, de 580 vies humaines, épargne d’autant plus précieuse qu’elle se produit sur de jeunes hommes. C’est plus qu’un demi bataillon de combattants éventuels, sauvé chaque année.

La mortalité par fièvre typhoïde a donc diminué, en France, depuis quelques années, et il semble naturel d’attribuer cette diminution à la meilleure qualité de l’eau de boisson distribuée dans les agglomérations urbaines.

C. Evacuation des matières usées. — La distribution d’une eau potable saine est l’un des deux principaux éléments de la salubrité ; l’autre est un bon système d’évacuation des matières usées. L’eau et les aliments solides, après avoir servi à l’alimentation, deviennent un très grand embarras ; il faut les rejeter loin de l’agglomération sous peine de les voir devenir des agents d’empoisonnement, par suite de leur décomposition. Comment les écouler? Où les envoyer ? Ce sont les questions qu’on ne cesse de discuter depuis qu’on se préoccupe de l’hygiène publique et qui deviennent tous les jours plus urgentes, à mesure que les agglomérations augmentent d’importance, et que l’opinion, mieux éclairée, devient plus exigeante. Je n’ai pas à faire ici l’exposé technique de la question ; il l’a été par M. Jules Rochard (1). Je ne veux que constater l’état de choses existant!

Cet état est des plus fâcheux. Comme je l'ai montré au commencement de ce travail, les Romains avaient compris l’importance de l’évacuation rapide des matières usées puisqu’ils avaient entrepris la construction des égouts avant même d’avoir amené dans leurs murs l’eau de source des montagnes prochaines. Mais depuis l’écroulement de l’empire romain, des siècles ont passé sans que de nouveaux travaux d’agsainisse-

(1) Encyclopédie, t. III p. 211 et suiv.

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ment fussent entrepris, ni-en Occident, ni en Orient. Pendant près de deux mille années les cités, même les plus riches, même réputées les plus luxueuses, ont recélé des tas d’immondices, ont vu couler au milieu de leurs rues des flots de liquides impurs, sans que l’on s’en inquiétât, sauf en temps d’épidémies. A Paris, par exemple, le premier égoût construit remonte à 1663. Les eaux souillées, roulant toutes sortes de détritus en décomposition, s’acheminaient avec lenteur vers la rivière, 'et les immondices les plus encombrants s’entassaient dans les terrains vagues entourant les habitations. Les porter hors des murs, où l’on n’empoisonnait que la campagne, semblait un effort suffisant.

Aujourd’hui encore Bordeaux n’a que 70 kilomètres d’égoùts pour 270 kilomètres de rues. Marseille n’en avait, il y a quelques années, que 63 kilomètres : on en a construit depuis 189 kilomètres, mais ils ne sont pas encore utilisés pour l’évacuation des détritus des maisons ; Toulon nepossède qu’un égoût, qui est une sentine infecte: son sol est à ce point saturé d’immondices que ceux qui s’opposent à l’assainissement font valoir cet argument pour empêcher qu’on y remue la terre. Toulouse n’a que 22 kilomètres d’égoûts mal construits ; Lyon, il y a quelques années encore, n’en avait que pour un tiers de ses rues. En France, on ne peut citer que Paris, qui, depuis 1856, s’est mis hardiment à l’œuvre et .a construit un réseau qui sera complet dans quelques années et égale les plus beaux travaux des Romains. Certes, les grandes villes comprennent aujourd'hui l’importance de cette question et on peut espérer qu’après avoir vaincu des résistances dues à l’esprit de routine et à des intérêts locaux, elles résoudront le problème. Combien d’annéçs faudra-t-il pour cela ?

Voilà pour les grandes villes. Mais les agglomérations de quelques milliers d’habitants ont le même intérêt que celles d’une ou plusieurs centaines de mille à se débarrasser de leurs matières usées. Quelle est leur situation ?

D’une enquête statistique récemment faite sur l’hygiène dans les villes françaises (1) il résulte qu’il existe des égouts dans 448 villes comprenant 10 622.292 habitants. Quelle est l’importance de ces égouts ?

Dans quelle mesure répondent-ils aux besoins hygiéniques de l’évacuation ? Il n’a pas été possible d’obtenir sur ces points de réponses précises. Ce que l’on sait, c’est que ces égouts ont les débouchés suivants :

Pour 27 villes comptant 301,086 habitants, il se fait clans des prairies.

dans des ruisseaux

en rivière.

ta

à la mer.

1) Bechmann, Enquête statistique sur l’hygiène urbaine dans les villes françaises. (Revue d'hygiène , 1892, p. 1062 et suiv.).

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Les débouchés des égouts de 27 villes ne sont pas indiqués dans l’enquête.

Deux cent cinquante quatre villes comptant ensemble 5.030.920 habitants, sont encore desservies par des puisards.

Ainsi, la majorité des villes envoient leurs matières usées dans des ruisseaux ou à la rivière. C’est dire que, comme une ville est toujours en amont d’une ou plusieurs autres, les villes s’empoisonnent les unes les autres, car c’est, à la rivière que puisent la grande majorité des villes pour leur alimentation.

Comment s’étonner, après ces constatations, que la moyenne du taux de la mortalité, pour les 58 villes principales de France et pendant une période de 10 années, de 1882 à 1891, soit de 25,5 pour 1.000 habitants, alors que la moyenne du taux de la mortalité pour la France entière, pendant la même période, a été de 22,15 pour 1.000 habitants !

J’insiste sur ce point qu’il reste en France 254 villes où l’évacuation des matières usées se fait, sinon en totalité, du moins en partie, au moyen de puisards. Ce système, qui doit remonter aux temps préhistoriques, est évidemment des plus malsains. Aussi, ne saurions-nous être surpris de trouver parmi les villes qui ont un taux de mortalité très élevé celles qui se servènt encore de puisards, notamment 32 villes, où le taux de la mortalité est supérieur à 30 p. 1.000. Citons dans le nombre Menton 32,3, Brest 33, Pontoise 33,1, Saint-Germain-en-Laye 35, Chinon 36,4, Saint-Maurice 36,9, Bergerac 38,4, Morlaix 40,6, Garches 46,1, Clermont 54,1, Maubeuge 57,3 (!), etc. Pour la France, nous rappelons que la moyenne est de 22,15.

En résumé, la question de l’évacuation des matières usées, bien qu’ayant une grande influence sur la santé publique, a été fort négligée jusqu’à présent par les municipalités. Elle est moins avancée que celle de l’alimentation en eau potable.

Il faut excepter de cette appréciation générale la ville de Paris. Déjà, comme nous l’avons dit, son système d’égouts était fort avancé. Il vient de faire un grand pas vers l’achèvement complet.

Une loi, portant la date du 10 juillet 1894, a autorisé la ville de Paris à emprunter une somme de 117.500.000 francs destinée aux dépenses suivantes, savoir :

1“ Travaux d’adduction et d’élévation des eaux d’égout jusqu’aux terrains à affecter à l'épuration agricole, acquisition de terrains, aménagement des terrains acquis ou adduction des eaux jusqu’aux terrains affectés à cet

usage, après accord avec les propriétaires, ci 30.800.000 fr.

2“ Achèvement du réseau d’égouts de Paris, amélioration des égouts existants et construction de nouveaux collecteurs, ci 35.200.000

3° Achèvement de la distribution d'eau, construction de A reporter

66,000.000 fr,

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Report 66.000.000 fr.

réservoirs, améliorations diverses des conduites, des bassins de filtrage, des aqueducs, des canaux, etc., dérivation du

Loing et du Dunain, ci 30.000.000

4° Frais de l’emprunt 1.500.000

Total. 117.500.000 fr.

L’article 2 de cette loi est conçu en ces termes :

Art. 2. — Les propriétaires des immeubles situés dans les rues pourvues d’un égout public seront tenus d’écouler souterrainement et directement à l’égout les matières solides et liquides des cabinets d’aisance de ces immeubles.

Il est accordé un délai de trois ans pour les transformations à opérer à cet effet dans les maisons anciennes.

L’article 6 attribue un délai de cinq ans, à la ville de Paris, à partir de la promulgation de ladite loi, pour terminer les travaux nécessaires à l’épandage de la totalité de ses eaux d’égout.

L’emprunt autorisé par la loi du 10 juillet 1894 a été réalisé, les travaux prescrits sont en voie d’achèvement et le préfet de la Seine a fixé les conditions d’évacuation des matières usées à l’égout. Un premier arrêté ayant été annulé par le Conseil d’Etat, un nouvel arrêté a été pris qui porte la date du 9 mai 1896. En voici les parties essentielles :

Article premier. — L’évacuation des matières solides et liquides des cabinets d’aisances sera faite directement à l’égout public dans les voies désignées par arrêtés préfectoraux. ,

Le délai de trois ans, accordé par l’article 2 de la loi du 10 juillet 1894 pour les transformations à effectuer, à cet effet, dans les maisons existantes, court à partir de la date de ces arrêtés.

Art. 2. — Les cabinets d’aisances, établis en nombre suffisant dans chaque immeuble, devront être disposés de telle sorte que la cuvette reçoive à chaque évacuation la quantité d’eau nécessaire pour produire une chasse qui assure le lavage complet des appareils et l’entrainement rapide des matières jusqu’à l’égout public.

Art. 3. — Les tuyaux de chute desservant les cabinets d’aisances et les tuyaux de descente des eaux ménagères et pluviales aboutiront à un conduit commun qui se prolongera dans le branchement particulier jusqu’à l’aplomb de l’égout public.

Art. 4. — Ces canalisations seront disposées dans toutes leurs parties de manière à réaliser un écoulement rapide sans formation de dépôt et sans émanation d’aucune sorte.

Elles seront de force à résister à toutes les pressions intérieures et elles devront être aérées d’une manière continue.

Art. 5. — Des fermetures hermétiques permanentes intercepteront toute communication entre l’air des habitations et Tatmosphère de l’égout et des chutes, descentes et conduits d’évacuation à l’égout.

Art. 6. — Les dispositions qui précèdent sont intégralement applicables aqx maisons à construire,

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Dans les maisons existantes, pourront être conservés :

1“ Les tuyaux de chute et de descente même ne satisfaisant que partiellement aux prescriptions de l’article 4 ci-dessus ;

2° Les anciens appareils de cabinets d’aisances munis d’effets d’eau suffisants, mais à la condition qu’il soit établi une chasse d’eau à la base du tuyau de chute et une occlusion hermétique permanente avant le débouché dans l’égout.

Le tout sans préjudice de l’exécution des lois et règlements sur les logements insalubres.

Art. 7. — Conformément à l’article 4 du décret-loi du 26 mars 1852, tout projet d’établissement ou de transformation de canalisation devra, avant exécution, être soumis avec plans et coupes cotés à l’administration ; et, vingt jours après le dépôt constaté par récépissé, les travaux pourront être commencés d’après le projet, s’il n’a été notifié aucune injonction.

L’entrepreneur restera d’ailleurs soumis à la déclaration préalable prescrite par l’ordonnance du 20 juillet 1838, article 1", et les travaux seront vérifiés par les agents de l’administration, qui s’assureront que les prescriptions faites dans l’intérêt de la salubrité ont été observées.

Art. 8. — Les fosses, caveaux, etc., rendus inutiles par suite de l’application de l’écoulement direct à l’égout, seront vidangés et désinfectés.

Art. 9. — La projection de corps étrangers, tels que débris de cuisine, de vaisselle, etc., dans les conduites d’eaux ménagères et pluviales ainsi que dans les cuvettes des cabinets d’aisances, est formellement interdite.

Art. 10. — Les contraventions aux prescriptions qui précèdent seront poursuivies par toutes voies de droit.

Il y a tout lieu d’espérer que cet arrêté, qui a tenu compte des objections du Conseil d’Etat, pourra recevoir son entière exécution.

Quant à l’épandage des matières usées dans les champs d’épuration, voici quel est son état d’avancement, d’après une communication de M. Bechmann, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à la « Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle », en date du 18 décembre 1895 :

Les travaux, terminés à l'heure annoncée d’avance, ont permis d’amener l'eau d’égout dès le moins de juin dernier sur les terrains domaniaux concédés à cet effet ; et, le 7 juillet, avait lieu l’inauguration solennelle des ouvrages qui sont entrés immédiatement en exploitation.

Depuis lors, non seulement ces ouvrages se sont parfaitement comportés, réalisant avec une aisance absolue et sans le moindre inconvénient le transport des eaux des collecteurs parisiens sur un parcours de plus de quatorze kilomètres, qui comprend deux élévations par machines et trois traversées de la Seine ; mais les prévisions les plus optimistes ont été dépassées en ce qui concerne l’absorption de ces eaux, à la dose autorisée de 40.000 mètres cubes par an à l’hectare, par les terres sablonneuses du nouveau champ d’épandage ; leur épuration, parfaite dès le début, est attestée par l’analyse, et la réussite des premières cultures, dans des circonstances assurément défavorables, est le gage d’un succès persistant pour l’avenir.

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L’avancement des travaux de canalisation n’a permis d’irriguer cette année qu’un peu moins de la moitié de la surface totale du champ d’épuration, mais les travaux vont être poursuivis avec activité, et l’été prochain les 800 hectares de terrains domaniaux seront entièrement irrigués, ainsi que les 200 hectares contigus achetés par la ville pour l’extension du champ d’épandage qui présentera de la sorte une superficie utilisée de 1.000 hectares d’un seul tenant.

Sous l’impulsion particulièrement autorisée de M. Poubelle, préfet de la Seine et avec les encouragements du conseil municipal, l’aménagement de ce beau domaine est dirigé de manière à lui donner un aspect riant et digne de la dénomination de parc agricole qui lui a été assignée par avance afin d’en bien marquer le caractère. La ville de Paris entend mettre quelque coquetterie à décorer son œuvre, à la présenter sous une forme agréable aux yeux des visiteurs. 11 faut lui faire pour cela crédit de quelque temps et ce ne sera pas trop de l’intervalle qui nous sépare de l’Exposition de 1900 pour réaliser la mise au point de cette transformation. Mais dès cette année, la tendance était franchement accusée, si bien quelle a frappé les populations du voisinage ; et, chaque dimanche les promeneurs étonnés ne manquaient pas d’exprimer hautement la surprise que leur causait la création de ce jardin verdoyant, là où ils s’attendaient — tant on le leur avait dit et répété — à trouver un immense « dépotoir ».

Rien ne vaut l’éloquence des faits. .. La conversion a été prompte dans cette partie du département de Seine-et-Oise, et, n’était la folie persévérante qui entraîne sans motifs la commune d’Herblay dans une voie sans issue, on pourrait dire qu’il y souille partout comme un vent favorable, et que les esprits, revenus de leurs vaines terreurs, s’apprêtent à faire Je meilleur accueil aux extensions que l’accomplissement des formalités préliminaires va permettre d'entreprendre en 1896 pour diriger le surplus des eaux usées de Paris, vers les champs de Méry, Pierrelaye, Carrières-sous-Poissy, etc., et tenir l'engagement pris de cesser tout déversement en Seine avant la "fin de 1899. Les offres de location des terres irriguées ne manquent pas ; de toutes parts les cultivateurs se préparent à solliciter la répartition de céttc masse d’engrais liquides dont ils apprécient et savenL utiliser la richesse ; et les agents de la ville, qu'on menaçait naguère de traiter en ennemis, sont déjà reçus sans méfiance et ne tarderont pas à être accueillis avec une réelle faveur.

Dès la fin de l’année prochaine, quand les 1.000 hectares d’Achères seront aménagés, la moitié de l’efïlux parisien sera épuré par l’épandage agricole, débarrassant la Seine de plus de 70.000.000 de mètres cubes par an... Ce premier résultat est assez important déjà pour faire supporter sans peine l'attente de trois ans qui précédera la cessation définitive du déversement des collecteurs dans le fleuve (1).

L’achèvement de ces travaux marquera certainement l’inauguration d’une phase nouvelle dans l’assainissement de Paris et des communes des départements de la Seine et de Seine-et-Oise qui boivent l’eau mal filtrée de la Seine.

(I) Revue d’hygiène , 1895, p. 1061.

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Il y a des cas où l’épuration par le sol est impossible. Ce n’est pas une raison pour contaminer les rivières en faisant perdre des engrais à l’agriculture. Il existe un procédé d’épuration, connu sous le nom de procédé Howaston. Le but de ce procédé consiste à clarifier l’eau d’égout, à la désodoriser, à diminuer dans une proportion considérable les germes vivants et les matières organiques et fermentescibles qu’elle contient, de manière qu’il ne s’écoule des appareils que des liquides limpides, inodores et suffisamment épurés pour que l’on puisse sans inconvénient les rejeter dans les cours d’eau.

Sur le rapport de M. le professeur Pouchet, le Comité consultatif d’hygiène publique, dans sa séance du 29 juillet 1895, a constaté que ce procédé réalise un progrès évident sur les procédés chimiques d’épuration qui lui ont été antérieurement soumis et que dans le cas particulier de la ville de Rouen il lui paraissait qu’il n'y avait pas inconvénient à rejeter à la rivière les eaux d’égout épurées par ce procédé.

D. Voirie urbaine. — Cimetières. — Lorsque nous avons retracé l’histoire de l’hygiène publique dans les sociétés antiques, nous avons dit quelle importance les gouvernements de l’Egypte, de la Judée, de la Grèce et de Rome ont attachée aux questions concernant la sépulture des morts ; nous avons montré l’incinération succédant presque partout à l’inhumation, les Romains interdisant la sépulture dans les villes, des corps, et même des cendres, résidu de la combustion des corps. L’avènement du christianisme avait fait disparaître partout ces sages prescriptions. Non seulement l’incinération n’était plus pratiquée, mais l’inhumation des corps avait lieu dans l’intérieur des villes, dans un cimetière presque toujours attenant à l’église, lieu de rendez-vous des populations, et pour les prêtres, les seigneurs et certains privilégiés dans l’église même.

La coutume, parmi les premiers chrétiens, de refuser l’incinération, a été dictée par des considérations religieuses. Ils espéraient ressusciter comme Jésus et étaient convaincus que leurs corps pourraient se conserver jusqu’au jour du jugement dernier, qu’ils croyaient très proche. Le concile de Nicée a placé la déclaration : « Je crois à la résurrection de la chair » dans le symbole des apôtres. Aujourd’hui encore c’est au nom de ce dogme que l’Eglise combat la crémation (1). 11 est permis de se demander en quoi l’inhumation, plus que la crémation, préserve les corps. Inhumés, ils se transforment en poussière au bout de quelques années; brûlés, ils

(1) « Le traditionnel culte des corps saints, remontant aux origines du christianisme, constamment en grand honneur dans l’Eglise, disparaîtrait par les horribles pratiques delà crémation. Disparaîtrait également à tout jamais le symbolisme chrétien exprimant, sur les cimetières, le grand et consolant dogme de la résurrection des corps. Ce dogme fait envisager au chrétien la mort comme un sommeil passager ». Edouard de Hornstein Revue du monde catholique , 15 juin 1886, p. 698).

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se transforment en cendres au bout d’une ou deux heures. Cendres ou poussières, le résultat est-il bien différent ?

Quoi qu’il en soit, les premiers chrétiens voulurent être inhumés. L’histoire de leurs martyres relate avec soin les offres faites aux bourreaux, les supplications aux amis pour que les corps des suppliciés ne fussent pas soumis à l’incinération. Aussi, à mesure que le christianisme se répandait, l’usage de l’inhumation devint-il plus général. Toutefois, il n’était pas exclusif, et jusqu’à la fin du vme siècle il dut souffrir des exceptions. C’est pour les faire disparaître que Charlemagne fit de l’inhumation une obligation légale. Dans son second capitulaire, daté de 789. il est dit :

VII. Si quis corpus defuncti hominis secundum ritum paganorum flammâ consumi fecerit et ossa ejus ad cinerem redegerit, capite punietur.

Ainsi, il y allait de la peine de mort pour ceux qui feraient brûler h; cadavre. On conçoit que depuis lors l’inhumation soit devenue d’un usage exclusif.

Il faut arriver aux temps modernes pour voir l’incinération remise en honneur sous le nom de crémation. Un projet fut présenté aux Cinq- Cents, sous le Directoire, pour autoriser la crémation, mais par suite des évènements politiques, il n’y fut pas donné suite. En 1875, le conseil municipal de Paris votait la création d’un four crématoire au Père- Lachaise, et le gouvernement permit que les débris anatomiques y fussent brûlés. La loi qui a autorisé définitivement la crémation en France est du 15 novembre 1889. Les municipalités sont libres de créer des fours crématoires. Jusqu’à présent, en France, la ville de Paris a seule profité de cette autorisation. En Angleterre, en Allemagne et surtout en Italie il existe de nombreux établissements de ce genre (1).

Si l’on s’était borné à interdire l’incinération, l’hygiène publique n’eût peut-être pas été sensiblement affectée ; mais Dagobert fit également prévaloir l’établissement de cimetières dans l’intérieur des villes, au voisinage des églises et même l’inhumation dans les églises, pour certaines personnes privilégiées. Le Capitulaire aux Saxons dit :

XXII. Jubemus ut corpora christianorum saxonum ad cœmeteria ecclesiœ deferantur et non ad tumulos paganorum.

Cette fâcheuse coutume devait fatalement amener l'encombrement, la saturation des cimetières, trop resserrés entre les rues des villes et rendre nécessaire la création de ces « charniers » qu’on a soupçonnés d’avoir occasionné tant d’épidémies. Cette situation, quelque déplorable quelle fût, de l’aveu universel, a duré des siècles et n’a pris fin que grâce au décret de prairial an xn.

(1) Voir pour la crémation Encyclopédie , t. IV, p. 60 et suiv.

510 HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE

Décret du 23 -prairial an XII. — L’étude de tout ce qui concerne les sépultures et l’incinération moderne a été déjà faite par MM. Jules Rochard et Vallin, dans l’Encyclopédie (1). J’y renvoie mes lecteurs. Toutefois depuis que cette étude a paru des modifications ont été proposées par le Comité consultatif d’hygiène publique au décret de prairial an XII. Voici le texte des résolutions votées par le Comité consultatif: elles serviront sans doute de base à la rédaction du projet destiné à remplacer le décret de prairial.

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