MALADES
Nombres absolus.
Proportion p. 100. |
Mmc Z. Eltzima, docteur-médecin, à qui est due cette statistique dressée sur les lieux chaque année, tire de ses constatations les conclusions suivantes :
A. — Toute créature humaine (que l’on suppose mener une vie normale sous tous les rapports) a un droit absolu de liberté.
B. — Un être qui s'éloigne de la vie normale et commence à nuire, avec ou sans intention, à la santé d’autrui, doit être soumis à la surveillance de la partie la plus raisonnable de la société, qui est obligée de veiller sur lui comme sur un être faible et insensé.
G. — D’où la nécessité d’organiser la surveillance sanitaire des prostituées et de leurs visiteurs, ayant en vue leur santé commune, d’un côté, et de l’autre la préservation de la société contre la contagion de la syphilis (exemple : contagion des membres de la famille tout à fait innocents)
Pour les « visiteurs » des prostituées, i\lme Eltzima formule ce conseil : « N’oubliez pas de réclamer la carte de visite des prostituées />, carte qui contient, d’un côté, la photographie de la personne et de l’autre l’état de santé (1).
(1) La prostitution à la foire de Nijni-Novogorod et sa réglementation , par Mme Z. Eltzima. ( Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , 1894, p. 421).
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En Italie, sous le ministère Crispi, en mars 1888, la réglementation de la prostitution fut supprimée, d’abord dans neuf provinces, puis dans toute l’Italie. Cette situation dura trois années; après quoi on revint à la réglementation.
M. le professeur Tarnowski, de Saint-Pétersbourg, a fait une enquête sur les résultats de ces trois années d’expérience et en a communiqué les conclusions à la Société russe de dermatologie et de syphiligraphie (1).
De mars 1887 à 1888, dernière année de la réglementation en Italie, le nombre des soldats atteints de maladies vénériennes était de 4.25 p. 100. Dès la première année de la liberté de la prostitution, cette proportion s’est élevée à 10 p. 100 et est restée la même jusqu’au rétablissement de la réglementation.
Dans la population civile, du 1er octobre 1887 au 1er octobre 1888, sous le régime de la réglementation, on soigna dans les hôpitaux de Milan 5.916 malades vénériens, dont 816 syphilitiques.
Du 1er octobre 1888 au 1er octobre 1889, sous le régime de la liberté, on soigna dans les hôpitaux de Milan 7.570 malades vénériens, dont 1.323 syphylitiques.
L’année suivante ces chiffres s’élevèrent à 7.764 vénériens, dont 1.555 syphilitiques.
Ainsi, en deux ans, le nombre des syphilitiques avait augmenté de 96 p. 100.
11 faut remarquer que cette augmentation portait uniquement sur les hommes. En effet, tandis que le nombre des hommes hospitalisés pour maladies vénériennes augmentait, celui des femmes, au contraire, diminuait. Celles-ci, afin de pouvoir continuer leur métier, se soignaient chez elles ou ne se soignaient pas du tout.
Dans les maisons publiques, où des visites facultatives avaient encore lieu, on constatait que le nombre des malades avait passé de 30 p. 100 à 75 p. 100.
L’expérience était suffisante. Aussi, dès la chute du ministère Crispi, des voix s’élevèrent pour réclamer le rétablissement de la réglementation, qui fut en effet rétablie le 27 octobre 1891.
Le Dr Sormani, professeur à l’Université de Pavie, a publié, sur la réglementation de la prostitution, une étude qui se rapporte à divers pays et qui contient des faits intéressants notamment sur l’expérience faite en Bavière (2).
En 1861, le parlement bavarois vota une loi qui infligeait des peines sévères (d’un mois à deux ans de prison) à toutes les femmes qui se livraient à la prostitution. On ferma immédiatement toutes les maisons de tolérance; on cessa toute visite médicale. Qu’arriva-t-il ?
(1) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , 11 octobre 1892 et 24 Octobre
(2) Revue d'hygiène , 1881-1882.
HYGIÈNE ADMINISTRATIVE
Dans les deux années précédentes les vénériens, hommes et femmes, admis dans les hôpitaux de la ville avaient été de 1.006, en moyenne, par année ; dans les cinq années suivantes, leur nombre s’éleva jusqu’à 1.500 en moyenne, et en 1866 il atteignit le chiffre de 1.835, presque le double de malades, et cependant les maisons de tolérance étaient fermées et les visites suspendues !
Ces faits nous offrent un autre enseignement qui se rapporte à la proportion des vénériens des deux sexes. Pendant la période de tolérance et la surveillance de la prostitution, 203 hommes ont été reçus dans les hôpitaux comme vénériens pour 100 femmes, tandis que pendant la période de l'absence de toute visite on nota 335 hommes pour 100 femmes. Ce qui veut dire que les femmes malades ne se rendent pas à l’hôpital, mais restent au dehors et répandent la contagion, sans se soucier le moins du monde des tristes conséquences qui en résultent.
Nous avons vu que le même fait s’est produit en Italie.
Pour répondre à ceux qui prétendent que la syphilis est une maladie dont l’Etat n’a pas à s’occuper, parce que c’est un danger qui ne vient pas à vous, comme le choléra, mais un danger auquel on s’expose, le sachant et le voulant, le Dr Sormani raconte ce qui suit :
Ricordi a rapporté l’histoire de l’épidémie de syphilis propagée à Casorezzo, en 1863, par un enfant trouvé qu’on y avait mis en nourrice, et qui était affecté de syphilis héréditaire. Cet enfant communiqua l’infection à 23 personnes. Dans la même année, à Uholdo, un autre enfant trouvé transmit la maladie à sa nourrice, et successivement à 18 autres individus. En 1864, une troisième endémie, qui fit 16 victimes, a été observée dans la commune de Marcallo.
Qui ne connaît l’histoire de l’épidémie de Capistrello, dans les Abruzzes ? La syphilis y fut propagée par un enfant à la mamelle. Elle fut méconnue pendant huit années, par suite de l’inexpérience des médecins de cette localité, et lorsque, en 1867, on en constata l’existence, elle avait déjà infecté plus de 300 personnes.
Depuis de nombreuses années, la question de la prophylaxie des maladies vénériennes par la surveillance de la prostitution, est l’objet de polémiques ardentes en Angleterre. Les deux doctrines, celle de la liberté absolue et celle de la surveillance, y comptent des partisans déterminés. La Chambre des communes a prescrit à cet égard une enquête qui a porté sur 23 années, de 1870 à 1892, et a été faite exclusivement dans l’armée, où les statistiques offrent des garanties d’exactitude absolue.
On a divisé ces 23 années en quatre périodes représentant des réglementations diverses.
Première période : 1870 à 1873. — Les lois de surveillance ( contagious diseases Acts) sont appliquées dans toute leur rigueur. Il y a tous les jours, sur 1.000 hommes, 12.3 malades de maladies vénériennes.
Deuxième période ; 1874 à 1879. — Les opposants aux Acts obtiennent
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que des mesures disciplinaires soient prises contre tout homme atteint de maladie vénérienne. La dissimulation de ces maladies devient de règle. La morbidité journalière constatée descend à 9.53 p. 1.000.
Troisième période : 1880 à 1882. — Le mouvement contre les Acts redouble d’intensité. Grâce à la connivence des fonctionnaires, toute surveillance est supprimée. Le nombre des malades s’élève à 17.4 p. 1.000.
Quatrième période : depuis 1883. — Les Acts sont formellement abrogés : liberté absolue.
M. le Dr Commenge, dans une communication faite à l’Académie de médecine de Paris, a présenté la statistique des cas de maladies vénériennes dans l’armée anglaise, de 1879 à 1892, c’est-à-dire pendant les quatre dernières années du régime des Acts et depuis leur suppression. En voici le tableau (voir à la page 521).
Les chiffres de 1892 sont instructifs : sur 196.000 hommes, effectif total de l’armée anglaise, plus de 52.000, c’est-à-dire plus du quart, sont atteints de maladies vénériennes.
Voici, maintenant, d’après le Dr Commenge, la comparaison de la proportion des malades vénériens, pour 1.000 hommes, dans les armées anglaise, française et russe :
Angleterre. France. Russie.
C’est la Russie qui présente la proportion la plus faible ; mais cette proportion est presque la même que celle relevée dans l’armée française, et ce qui saute aux yeux, c’est l’écart énorme qui sépare la France et la Russie de l’Angleterre. Au point de vue de la syphilis, la comparaison est tout aussi frappante, tout aussi fâcheuse pour l’armée anglaise :
Angleterre. France. Russie.
Il est difficile d’échapper à la conclusion du Dr Commenge, et de ne pas voir avec lui dans ces statistiques « la preuve indéniable que la liberté de la prostitution amène un développement considérable des maladies vénériennes ».
Est-ce à dire que tout soit pour le mieux dans les pays les plus réglementés ? Evidemment non. La réglementation laisse beaucoup à désirer au point de vue des résultats sanitaires qu’elle devrait donner ; et, telle qu’on la pratique, elle constitue un régime d’arbitraire auquel il serait peut-être possible de porter remède.
ARMÉE ANGLAISE (Métropole et Colonies).
Résumé montrant l’effectif annuel des troupes de l’armée anglaise ( métropole etcoloniesj, les admissions dans les hôpitaux des soldats atteints de maladies vénériennes, avec la proportion par mille de l’effectif, de 1879 à 1892.
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