‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 59 sur 176 · SG · texte numérisé non relu

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HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE

dès l’origine employé en médecine sous le nom de sel sédatif de Hombert. On le considérait comme un calmant et un antispasmodique des plus efficaces ; cetait là une réputation surfaite, car il ne tarda pas à tomber dans l’oubli.

Il reparut en médecine à la suite des expériences de Dumas, qui signala le premier les propriétés antiseptiques du borax.

En 1875, Herzen le préconisa comme un excellent conservateur de la viande ; mais il l’additionnait de borax, de sel marin et de salpêtre, ce qui ôtait toute rigueur à ses allégations. M. Schiff nous apprend qu’on a mis à profit cette propriété de l’acide borique, mais pendant quelques années seulement, dans l’Amérique du Sud et dans la Russie méridionale. Ayant eu l’occasion d’examiner des viandes ainsi conservées, Péligot a fait quelques recherches exactes sur l’acide borique, le borax et le borate de potassium. Il conclut de ses essais, peu nombreux du reste, que ces corps ralentissent, puis anéantissent la nutrition chez les végétaux.

Vers la même époque, le professeur Polii a vanté les propriétés antifermentescibles de l’acide borique, et en même temps l’innocuité de ce corps dans l'organisme, puisqu’il prétend qu’on peut en absorber plusieurs grammes dans une journée, sans qu’il en résulte le moindre trouble dans l’économie. Pour Molodenkow, de Moscou, au contraire, c’est un poison cardiaque.

Quelques auteurs ont signalé ses propriétés toxiques. Récemment, Lemoine a fait la même remarque dans son administration à haute dose, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.

Carré le vante comme un antiseptique qui hâte la cicatrisation des plaies. Pour Leboviez, c’est un excellent médicament antiseptique.

Les expériences qui ont été faites sur la combinaison sodique sont également contradictoires. De Cyon conclut de ses recherches que ce sel peut être administré à la dose de 12 à 15 grammes sans aucun inconvénient. Le Ron, au contraire, affirme que son ingestion, à doses même faibles et répétées, est un véritable toxique qui doit être proscrit de l’alimentation.

En m’appuyant sur les expériences électrolytiques que j'ai faites il y a une vingtaine d’années, je suis porté à croire que l’acide borique est un corps à peu près inerte et dépourvu de propriétés médicamenteuses. En effet, une solution saturée, franchement acide au papier de tournesol, n’est pas décomposée par une vingtaine d’éléments de Dunsen, même en rapprochant les électrodes à une faible distance. C’est donc un corps extrêmement stable, qui doit passer debout dans l’économie, et dont l’action thérapeutique doit être sensiblement nulle.

Qu’il soit cependant diurétique, comme le veut Johnson, c’est vraisemblable ; car il passe rapidement dans l’urine, où on le retrouve un quart d’heure après son administration par la bouche. Il joue évidemment dans ce cas le rôle d’un corps étranger que l’économie élimine comme impropre à la nutrition, et par conséquent nuisible.

Qu’il se transforme partiellement en borax au contact du sang alcalin, c’est encore possible, mais cette transformation, si elle a lieu, doit être extrêmement limitée, puisque la réaction acide est si faible qu’une solution étendue ou concentrée reste sans action sur une dissolution de carbonate sodique.

A mon avis on doit considérer l’acide borique comme un corps inutile,

HYGIÈNE ADMINISTRATIVE

sinon dangereux, et son introduction dans les substances alimentaires doit être défendue.

D’ailleurs, son emploi a été interdit dans les vins depuis 1891, et le conseil d’hygiène publique et de salubrité a donné un avis défavorable pour la conservation des matières alimentaires. Nous n’hésitons pas à étendre cette interdiction au lait et à la viande.

Règle générale, le lait ne doit être additionné d’aucune substance étrangère, de nature minérale ou organique. Il ne peut être conservé sans inconvénient que par la méthode d’Appert, ou par tout autre procédé analogue s'appuyant sur le même principe.

En résumé, l’acide borique, au siècle dernier, a été considéré comme un médicament important ; il est ensuite complètement tombé dans l’oubli, et son sel sodique n’a reparu en thérapeutique qu’à l’époque où Dumas attira l’attention sur ses propriétés antiseptiques. C’est sans doute à cette circonstance qu’il faut attribuer la vogue dont jouit actuellement l’acide borique, qui est très employé, surtout pour l'usage externe ; sa consommation atteint actuellement dans les hôpitaux de Paris 12 à 13 mille kilos par an.

Dépense de l'acide borique dans les hôpitaux et hospices civils de Paris :

Année 1891

— 1895 (1er semestre)

C’est un médicament à la mode qui ne paraît guère mériter la faveur dont il jouit auprès des médecins et des chirurgiens.

Les conclusions de ce rapport ont été approuvées par le conseil d’hygiène, c’est-à-dire que le mélange de l’acide borique au lait et à la viande a été interdit. Pour l’usage externe, l’acide borique, s’il ne fait pas de bien, ne fait pas de mal ; mais, pour l’usage interne, c’est un toxique, et dans aucun cas on ne doit le mêler aux aliments.

Les deux affaires que je viens de citer indiquent suffisamment la variété des travaux du conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine. L’institution a largement répondu aux vues de sa fondation ; elle a droit à la reconnaissance de la population parisienne.

2. Conseils d'hygiène publique et de salubrité des départements. Conseils d' arrondissement . Commissions cantonales. — L’évidence des services que rendait le conseil d’hygiène publique du département de la Seine donna l’idée au gouvernement républicain de 1848 de doter tous les départements d’institutions semblables. Le 18 décembre 1848 le chef du pouvoir exécutif promulgua l’arrêté suivant :

Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,

Le Président du Conseil des ministres, chargé du pouvoir exécutif,

Sur le rapport du ministre de l’agriculture et du commerce ;

Le Conseil d’État entendu,

ARRÊTE

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