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Ainsi, il n’est rien consacré au service des conseils d’hygiène dans 18 départements. Dans 33 départements, la dépense des conseils d’hygiène est inférieure à 500 francs (dans l’Aude 50 f r. , en Corse 25 fr.), c’est-àdire qu'elle est purement nominale. Soit 51 départements où les conseils d’hygiène, démunis du « nerf de la guerre », sont dans l’impossibilité d’entreprendre contre les maladies transmissibles et les causes d’insalubrité une lutte efficace.
Dans 7 départements, le service des épidémies et les dépenses de désinfection ne figurent pas au budget. Dans 24 départements, le crédit affecté à ces objets est inférieur à 500 francs. Soit 31 départements où les médecins des épidémies ne peuvent pas être payés lorsqu’ils se transportent dans des communes atteintes, où il y a donc grande chance qu'ils se dispenseront de tout déplacement, puisqu’ils ne seraient pas même
HYGIÈNE ADMINISTRATIVE
remboursés de leurs frais. Dans certains départements qui, depuis quelques années, ont été dotés d’une étuve à désinfection, c’est le crédit du service des épidémies qui pourvoit à l’entretien et au fonctionnement de l’étuve.
Dans 21 départements, aucun crédit n’est inscrit pour le service de la vaccination, et dans 7 départements, le crédit est inférieur à 500 francs. Pour l’ensemble des départements, la dépense de ce service, en 1800, est de 235.285 francs. En 1888, elle était de 238.625 francs. Au lieu d’augmenter, elle diminue. En 1896, on compte un département de plus qu’en 1888 ne disposant d’aucun crédit pour ce service. Si l’on ajoute aux 235.285 francs votés en 1896 par les conseils généraux pour la vaccination les 20.000 francs alloués par le gouvernement à l’Académie de médecine pour distribution du vaccin animal, la dépense totale, en France, de ce service s’élève à 255.285 francs. En Angleterre (. England and Wales), le service de la vaccination coûte 87.981 livres sterling (2.199.525 fr.) prélevés sur la taxe pour les pauvres (1).
11 est donc établi que les conseils généraux, dans la presque totalité des départements, votent des crédits insuffisants pour les services sanitaires. Partout, sauf peut-être dans le département de la Seine, les besoins de la salubrité publique exigeraient des sacrifices plus considérables. Le département des Bouches-du-Rhône est, comme je l’ai montré, un de ceux qui sont le plus frappés par la variole ; le crédit pour la vaccination y est de 300 francs ! 11 faut, rechercher la cause de cette insuffisance des ressources destinées à l’hygiène publique.
Presque tous, les départements supportent le maximum de centimes ordinaires et extraordinaires autorisés par la loi de finances, et la plupart se font autoriser, par des lois spéciales, à percevoir des centimes extraordinaires pour faire face à des besoins exceptionnels et temporaires : en 1891 , soixante-neuf départements y ont eu recours. La dette de l’ensemble des départements était, en 1891, de plus de 535 millions.
Nulle part donc, les dépenses ne pourraient être augmentées sans recourir à de nouveaux impôts.
Ce côté du problème doit être envisagé. Il est facile à l’hygiéniste, entraîné par sa préoccupation trop exclusive , d’accuser d’ignorance , d’insouciance ou de parcimonie les assemblées départementales. Les budgets départementaux sont chargés d’une manière excessive et il ne faut pas condamner sans restriction le soin que prennent les conseils généraux de ne pas abuser du contribuable, même alors que leurs économies nous semblent mal entendues. Les conseils généraux seraient mieux à l’aise pour apprécier sainement les besoins locaux, si la question d'argent ne pesait pas sur leurs décisions, et ce poids serait moins lourd
(1) The annual Local taxation returns, Ycar 1893-94. Part. I, p. XIX, col. 8.
HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE
s’ils n’avaient à faire face qu'aux dépenses d’un caractère local. Quelles sont celles qui ont vraiment ce caractère? Ce sont les dépenses de voirie, les dépenses d'instruction primaire, les dépenses d’assistance, les dépenses d’hygiène publique. Mais combien d’autres, qui sont d’intérêt général et non départemental , et que la loi impose aux budgets départemen taux ! Déchargez ces budgets de celles qui se rapportent à la gendarmerie, à la justice, aux prisons, aux élections, à l’installation des représentants du gouvernement central, toutes dépenses qui sont essentiellement des dépenses d’État; alors les assemblées départementales disposeront de ressources suffisantes pour faire face aux besoins départementaux ; alors elles se préoccuperont de soulager la misère, de protéger les enfants, de rendre, par l’assainissement, le sol du département réfractaire aux maladies transmissibles ; alors, peut-être, mettront-elles, l’émulation s’en mêlant, autant de passion au service de l’assistance et de l’hygiène publiques qu’elles en ont mis à créer et améliorer sans cesse notre admirable réseau de^ voies de communication.
On peut, on doit blâmer l’insuffisance des ressources affectées aux services sanitaires, mais sous les réserves ci-dessus. Là où le contribuable supporte tout ce qu’il peut supporter, l’hygiène publique, trop tard admise au budget, perd ses droits.