NOMBRE DES DÉCÈS
PROPORTION pour 1000 habitants.
Moyennes annuelles
En 1895, le nombre des décès a été de 431 et la proportion de 0,17 p. 1.000 habitants, soit une diminution sur la moyenne des sept années précédentes de 0,43 p. 1.000 habitants.
Si l’on suppose, d’une part, que la diphtérie fait le même nombre de victimes dans les petites villes et dans les communes rurales que dans les villes de plus de 20.000 habitants; d’autre part, que l’emploi du sérum antidiphtérique est mis à la portée de tous les malades, sur tous les points du territoire, l’on obtient, sur la population totale de la France, une diminution moyenne annuelle de plus de 14.000 décès diphtériques.
C’est donc avec raison que dans son rapport sur la sérothérapie au congrès français de médecine, tenu à Nancy en 1896, M. le Dr Roger concluait :
« Les résultats obtenus dans les divers pays sont trop concordants pour qu’on puisse invoquer de simples coïncidences ; il faut considérer la sérothérapie antidiphtérique comme une des plus grandes conquêtes de la thérapeutique moderne » (1).
Par les soins qu’elle mettra à veiller à ce que les hôpitaux, les dispensaires et toutes les institutions qui donnent des secours aux malades soient pourvus de sérum antidiphtérique, par la surveillance qu’elle maintiendra sur les établissements autorisés à préparer ce médicament, l’administration peut exercer une influence considérable sur les résultats de cette précieuse conquête. Il n’est pas de matière où il soit plus nécessaire que la science et l’hygiène publique marchent d’accord.
(I) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 13 août 1896, p. 111. Eucyclopédie d'hygiène. — VIII. 43
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6° La suette miliaire. — La suette, qui a été autrefois très meurtrière en France, était considérée il y a quelques années encore comme une maladie disparue. Son existence fut constatée en 1874, au bourg d’Aubière, près de Clermont-Ferrand, où elle atteignit 243 personnes dont 19 succombèrent. La proportion des malades fut de 1 sur 16 habitants. A cette occasion les médecins de la localité déclarèrent qu’il se produisait chaque année quelques cas de cette maladie.
En 1880, la suette miliaire éclata à l’ile d’Oléron (Charente-Inférieure) ; sur 18,000 habitants elle en atteignit de 1.000 à 1.200 et occasionna 148 décès.
Les causes et la nature de la maladie sont restées obscures. Dans les rapports particuliers des médecins des localités envahies, rapports qu’il a utilisés pour donner une excellente relation de l’épidémie, M. le Dr Drouineau, de La Rochelle, relève bien la malpropreté et l’insalubrité de la plupart des maisons et des villages atteints ; mais il est difficile de trouver une cause spéciale ou spécifique. Toutefois la maladie aurait déjà fait antérieurement quelques apparitions en certains points de l’ile, et chaque année, au mois d’août, on observerait quelques cas sporadiques de suette miliaire ; mais ne s'agit-il pas d’exanthèmes sudoraux symptomatiques de maladies aiguës banales ?
La plus grande obscurité règne sur la nature et aussi sur la symptomatologie de cette affection. Beaucoup d’auteurs n’y voient que les manifestations de l’impaludisme et en font des fièvres pernicieuses diaphoniques. Dans l’île d’Oléron, on sait que les salines, mal entretenues et transformées en marais gàts, sont communes ; un des villages où la suette a particulièrement sévi, Arceau, est au milieu même des salines. Il y a deux ans on fit le curage d’un chenal qui n’avait pas été nettoyé depuis trente-huit ans et qui nécessita le remuement d’une grande quantité de vase. Dans beaucoup d’autres localités, l’industrie du sel, qui avait perdu de son importance depuis dix ans, est redevenue avantageuse, et les propriétaires remirent en activité beaucoup de marais salins dont l’insalubrité est proverbiale.
Le village des Allards, où la maladie a débuté, paraît être un véritable cloaque. . . (1).
En 1887, une épidémie grave de suette se déclara dans la Vienne, la Haute-Vienne et l’Indre. Dans toutes les communes atteintes par l’épidémie le nombre des malades était considérable : il variait du dixième au quart du nombre des habitants ; sauf dans quatre ou cinq communes, où le chiffre des décès a atteint jusqu’à 33 p. 100, la proportion des décès a été de 2 à 9 p. 100 des malades.
Les autorités locales paraissant impuissantes à enrayer cette épidémie, le gouvernement envoya en mission sur les lieux MM. les Drs Brouardel et Thoinot.
(1) Dr Vallin. Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique , t. XII,
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L’organisation adoptée fut la suivante. Le service sanitaire fut confié à M. Thoinot, sous la direction générale de M. Brouardel, et des internes des hôpitaux furent mandés de Paris pour venir, soit appliquer eux-mêmes les prescriptions sanitaires, soit en surveiller l’exécution. Les internes des hôpitaux s’empressèrent de répondre à l’appel que leur adressa M. le Directeur de l’assistance publique: MM. Domelin, Louis, Parmentier, Pozzi furent d’abord désignés, et plus tard MM. Houtang et Wallich.
Dès leur arrivée, ces messieurs furent affectés chacun à une des régions où sévissait l’épidémie : M. Demelin fut chargé du service dans l’arrondissement de Bellac ; plus tard il partagea ce service trop chargé avec M. Houtang ; M. Demelin établit sa résidence à Bellac ; M. Houtang fixa la sienne au Dorât; M. Wallich s’établit au Blanc et eut la charge du service sanitaire dans la région contaminée de cet arrondissement. M. Pozzi fut chargé du canton de l’Isle-Jourdain et plus tard de celui de la Trimouille ; M. Parmentier s’établit à Lussac-les-Chàteaux ; M. Louis prit le service des cantons de Chauvigny et de Saint-Savin...
M. Thoinot établit sa résidence à Montmorillon, point central d’où la surveillance générale était plus aisée et où il pouvait le mieux rester en relations journalières avec MM. les internes disséminés ainsi dans toute la région envahie.
II importait au plus haut degré d’avoir chaque jour des renseignements exacts sur l’état sanitaire de toutes les régions déjà prises ou menacées ; c’était le seul moyen d’arrêter le mal dès sa naissance dans une commune jusque-là indemne. Voici comment le service des renseignements fut organisé. Dans chaque canton de l’arrondissement de Montmorillon, de l’arrondissement du Blanc et de l’arrondissement de Bellac, le chef de la brigade de gendarmerie reçut l’ordre de faire parcourir chaque jour toutes les communes de son canton par les gendarmes sous ses ordres. Ceux-ci devaient chaque jour, dans chaque commune, interroger le maire, le médecin s’il en existait un, l’instituteur sur l’état sanitaire, s’informer du nombre de cas de suette ou de rougeole existants, demander s’il s’était produit des décès ou des cas nouveaux depuis la veille et l’endroit où ils avaient eu lieu, etc. A leur retour ils rendaient compte au brigadier qui dressait chaque soir l’état sanitaire exact de son canton, l’adressait au sous-préfet de l’arrondissement et en même temps informait directement notre délégué en résidence dans son canton.
MM. les sous-préfets des arrondissements du Blanc et de Bellac mettaient directement chaque jour M. Wallich (au Blanc) et MM. Demelin et Houtang (Bellac-le-Dorat), au courant de la situation sanitaire de la région dont ceux-ci avaient la direction ; ils envoyaient aussi chaque jour un bulletin détaillé à M. Thoinot, qui, tenu directement au courant de la situation de l’arrondissement de Montmorillon par M. le sous-préfet, centralisait ainsi tous les renseignements sanitaires ...
Les mesures de désinfection consistaient : l°en désinfection des chambres, des vêtements, des objets de literie des malades par l’acide sulfureux; 2° en désinfection des linges par une lessive au sulfate de cuivre; 3° en blanchiment des murs à la chaux (1).
(1) Rapport de MM. Brouardel et Thoinot ( Recueil des travaux du Comité consultatif d' hygiène publique, t. XVIII, pp. 383 et s.).
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Toutefois, MM. Brouardel et Thoinot considéraient la désinfection à l’acide sulfureux comme insuffisante, et c’est faute de mieux qu’ils s’y résignaient. Mais, sur leurs instances, l’on construisit à Paris des étuves mobiles à désiufection, et deux de ces étuves furent envoyées au Poitou et mises à la disposition de MM. Brouardel et Thoinot. Ce fut la première expérience des étuves mobiles.
La première étuve fonctionna au Dorât dès le 29 juin, la deuxième à Mauvières le lrr juillet. Un gen larme accompagnait l’étuve dans tous ses déplacements et restait en permanence auprès d’elle pendant les séances de désinfection.
L étuve du Dorât a fonctionné au Dorât le 29 juin, les 1", 2 et 3 juillet; le 30 juillet elle a été désinfecter la commune de Darnac.
L’étuve de Mauvières a désinfecté d’abord le chef-lieu de cette commune (1" juillet) ; le lendemain, 2 juillet, on la conduisait dans un petit hameau de quelques feux, dépendant de la commune de Mauvières, le hameau des Poulets : toutes les pièces de literie, tous les vêtements des malades de cette petite localité, qui avait été un foyer de suette surtout infantile, furent sans exception désinfectés.
Le 4 juillet l’étuve alla à Coucremiers, commune distante de 4 à 5 kilomètres, et y acheva la désinfection qui avait été jusque là faite par les moyens ordinaires . .
Nous pouvons hardiment avancer ceci : pour l’application des désinfections dans les campagnes, l’étuve mobile est ce que nous connaissons de plus pratique. Facilement maniable, elle peut se rendre dans les plus petits hameaux et par les routes les plus difficiles. Elle n’inspire aucune défiance aux paysans. Les premières répugnances sont facilement vaincues et chacun, voyant que les objets sortent sans aucune détérioration de l’étuve, se hâte bientôt d’y porter tout ce qu’il possède de linge et d’objets souillés à la maison Ajoutons encore que la désinfection se fait en un quart d’heure, quelle prive donc fort peu de temps le paysan de ses affaires, avantage très apprécié, et qu’enfin une journée bien employée suffit pour désinfecter entièrement une petite agglomération (1).
L’épidémie fut réduite à de faibles proportions. Elle se prolongea pourtant, quoique très atténuée, et ce fut seulement en 1892 que M. le D1 2' Jablouski, médecin des épidémies de l’arrondissement de Poitiers, écrivit à la direction de l’assistance et de l’hygiène publiques :
J’ai l’honneur de vous informer de la disparition presque complète de la suette miliaire qui a régné dans plusieurs communes des arrondissements de Poitiers et de Loudun. J’ai été heureux de constater que cet arrêt de l’épidémie est dû à l’application rigoureuse desinstructions du Comité consultatif d’hygiène publique de France et à l’emploi de l’étuve à vapeur sous pression dont notre département a fait l’acquisition il y a deux ans (2)
(1) Rapport de MM. Brouardel et Thoinot ( Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique, t. XVIII, pp. 387 et s.).
(2) Recueil des travaux du Comité consulatif d'hygiène publique , t. XXII, p. 669.
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Les instructions du Comité consultatif relatives à cette maladie constatent que « la suette est contagieuse » ; il y a lieu, par conséquent, d’isoler le malade, de tenir le local dans lequel il est soigné constamment propre, de désinfecter tous les objets de lingerie et de literie à son usage, de désinfecter également ses déjections.
7°, 8° et 9°. — Le choléra, la peste, la fièvre jaune. — Bien que le choléra, la peste et la fièvre jaune soient des maladies exotiques qui ne peuvent guère éclater sur le sol de la France sans qu’on ait prévu la possibilité de leur introduction et sans que la loi du 3 mars 1822 ait été mise en jeu, cependant le Comité consultatif d’hygiène publique et l’Académie de médecine ont cru devoir les inscrire sur la liste des maladies contagieuses dont la dénonciation est obligatoire pour les médecins en vertu de la loi du 30 novembre 1892. L’Académie de médecine a pensé que les peines édictées par l’article 10 de la loi de 1822 sont trop sévères pour être appliquées et qu’il valait mieux leur substituer, pour ce cas spécial, l’amende modérée édictée par l’article 21 de la loi de 1892. C’est sans doute pour ce motif que le choléra, la peste et la fièvre jaune, quoique maladies exotiques, figurent dans la liste des maladies dont les médecins sont tenus de révéler les cas parvenus à leur connaissance.
10° La dysenterie. — La dysenterie est une des maladies contagieuses qui font le plus grand nombre de victimes. De 1889 à 1893, dans les villes de plus de 5,000 habitants, elle a occasionné annuellement 23,147 décès, en moyenne, soit une proportion de 1.84 décès pour 1,000 habitants. Mais ce n’est là qu’une faible partie du tribut que la maladie prélève sur la population française. Nous allons voir, en effet, que c’est surtout parmi les habitants des campagnes qu’elle exerce ses ravages.
La mortalité par dysenterie est très inégalement répandue sur le territoire français. Comme pour le typhus il y a des régions privilégiées, et ce sont à peu près les mêmes pour la dysenterie que pour le typhus. La dysenterie règne surtout en Bretagne, et plus particulièrement dans le Morbihan.
Dans le Morbihan, en 1856 et 1857, la maladie atteignit 25,000 personnes et en fit périr 4,640. Après cette hécatombe, elle perdit de sa virulence.jusqu’en 1868. Cette année-là marque une ère de recrudescence. On y compta 22 communes atteintes et 90 décès ; en 1869, 30 communes atteintes et 206 décès ; en 1870, 40 communes et 342 décès ; en 1871, 52 communes et 536 décès, le maximum se rencontrant toujours dans l’arrondissement de Ploërmel. En 1872, le nombre des décès fut de 453, mais cette fois c’est l’arrondissement de Pontivy qui tenait la tête. En 1876, on ne compte plus qu’une centaine de décès; en 1887, 161 ; en 1889, 182 ; en 1890, 429. Dans cette dernière épidémie, l’arrondissement de Ploërmel fut de nouveau le plus éprouvé.
Il faut chercher la principale cause de propagation de cette maladie dans l’ignorance absolue des notions d’hygiène les plus élémentaires : les
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sujets bien portants partagent le lit des malades ; ni les draps ni la paille ne sont changés ; les abords des maisons et leur sol même sont recouverts d’une couche épaisse de fumier humide.
Dans les villes, dans l’armée, où l’on observe chaque année des cas plus ou moins nombreux de dysenterie, la contagion parait intervenir si peu dans la succession des atteintes qu’il est difficile de lui attribuer un rôle étiologique et que l’on est même tenté de mettre en doute sa possibilité. Mais dans les milieux pauvres où régnent l'incurie, la malpropreté des personnes et des habitations, l’indifférence absolue aux exigences élémentaires de l’hygiène, l’encombrement, la promiscuité la plus complète avec les malades, il n’en est plus ainsi. La dysenterie se révèle alors comme une des plus contagieuses parmi les maladies : tel est bien le caractère qu’elle revêt en Bretagne, soit que le germe y garde une virulence exaltée, soit que les conditions du milieu lui créent des moyens très propres à la transmission...
« J’ai vu, dit le Dr Robert, jeter les déjections des malades dans les » écuries qui font partie intégrante de la maison d’habitation, ou les malades » se rendre dans l’écurie pour satisfaire leurs fréquents besoins.
» Dans les familles où le médecin peut exiger quelques précautions il est » impossible d’obtenir la désinfection élémentaire des linges ou des matières, » et même la propreté des mains chez les personnes qui donnent aux malades » les soins intimes ; l’isolement est impossible ».
Ainsi s’expliquent aisément les allures habituelles de la dysenterie dans les parties rurales de la Bretagne. Chaque malade devient fatalement un centre d’irradiation. Il contagionne les personnes de son entourage immédiat, occupant le même lit, habitant la même chambre, père, mère, frères, sœurs, domestiques ; puis les voisins ou parents qui viennent les secourir ; ceux-ci à leur tour disséminent l’affection dans les fermes, hameaux ou villages, et c’est ainsi que de maison en maison, de village en village, la maladie s’étend graduellement à tout un canton ou un arrondissement. Mais si la contagion est constante, obligatoire dans la classe pauvre, elle devient presque nulle, tant elle est exceptionnelle dans la classe aisée ou chez les ouvriers des villes. . .
Après avoir signalé la gravité de la situation, je ne crois pas avoir qualité pour aborder la question des remèdes à y apporter. L'effort à produire sera grand, car tout est à faire pour assainir le sol, les habitations et refréner au moins la contagion ; mais peut-être sur ce dernier point seraitil possible aux pouvoirs publics d’intervenir d’ores et déjà en écoutant cette plainte du Dr Fouquet :
« Pour parler d’isolement dans nos campagnes, pour mettre les maisons » en quarantaine, il faudrait avant tout avoir des hôpitaux, des lieux d’inter- » nement, des bureaux de bienfaisance et de distributions de secours à domi- » cile. Mais pas une de ces communes rurales ne possède une institution » d’assistance ou un fonds de secours, pas une n'a inscrit à son budget une » somme pour les pauvres, et pour faire face aux calamités publiques, aux » désastres imprévus, il n’y a pas une obole » (1).
(1) D' Vaillard. Recueil des travaux du Comité consultatif d’hygiène publique, t. XXII, pp. 300 et suiv.
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Pour cette maladie, les instructions du Comité consultatif recommandent l’isolement du malade, son maintien dans un état constant de propreté, la désinfection continue, au cours de sa maladie, de ses déjections, la désinfection du linge, des vêtements qui lui ont servi, des locaux où il a été soigné. Les cadavres doivent être le plus promptement possible placés dans un cercueil étanche et contenant une épaisseur de 5 à 6 centimètres de sciure de bois, de manière à empêcher la filtration des liquides.
11° Les infections puerpérales. — H y a vingt-cinq ans à peu près que la métropéritonite, la lymphangite, la phlébite, la septicémie et autres accidents puerpéraux ont commencé à attirer l’attention des hygiénistes, ün croyait que ces infections ne pouvaient se produire sous la forme épidémique que dans les établissements où se trouvaient réunies un nombre considérable d’accouchées et spécialement, presque exclusivement, dans les hôpitaux de Paris. On fut quelque peu surpris en 1872 et 1873 de constater qu’une épidémie de fièvre puerpérale avait régné à l’hôpital Saint-Sauveur, à Lille, où, sur 30 femmes atteintes de métropéritonite, 25 avaient succombé. On apprit avec plus de surprise encore qu’au moment même où cette épidémie régnait à l’hôpital Saint- Sauveur, on observait en ville, et dans tous les quartiers indistinctement , un nombre inaccoutumé de fièvres puerpérales. Le Dr Bergeron, rapporteur en 1875 des travaux des conseils d’hygiène, disait à ce propos :
... Si, dans toutes les villes où un grand nombre de femmes sont obligées de réclamer l’assistance médicale gratuite pour leurs couches, on adoptait, à leur égard, les mesures prises depuis peu d’années par l’administration de l’assistance publique à Paris, on verrait la lièvre puerpérale devenir un fait vraiment exceptionnel. On sait qu’aujourd’hui, à Paris, une partie des femmes indigentes qui, ne pouvant recevoir à domicile les soins des sages-femmes du bureau de bienfaisance, se présentent à la porte des hôpitaux au début du travail de l’accouchement, est dirigée par les soins des directeurs sur les maisons d’accouchement du voisinage qui présentent le plus de garanties. Or, tandis que dans les services d’accouchement, la Maternité comprise, et en dehors de toute influence épidémique, la mortalité par la fièvre puerpérale oscille entre 2 et 4 pour 100, elle n’atteint pas l’unité chez les sages-femmes ; ainsi, pendant le second semestre de 1873, elle a été de 0,50 pour 100 et de 0,55 dans les deux premiers mois de 1874 (1).
L’encombrement était-il la seule cause des épidémies de fièvres puerpérales ? En 1878, le Comité consultatif d’hygiène publique dut reconnaître qu’il en existait une autre. Les grands centres n’avaient pas le privilège de ces épidémies ; on venait d’en constater dans de petites villes et même dans des communes rurales.
Ainsi M. le Dr Durand, médecin des épidémies de l’arrondissement de
(1) Dr Bergeron, Recueil des travaux du Comité consultatif d’hijgiène publique , t. IV,
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Saint-Nazaire, nous apprend qu'un premier fait s’est produit au mois de mai 1875, dans la ville même, puisque, successivement, jusqu’au commencement de juillet, quatre autres cas se sont montrés et tous suivis de mort. A cette époque, la maladie semble définitivement éteinte à Saint-Nazaire. Mais alors on la voit paraître à Méans, faubourg de la ville, et dans la commune de Moutoiz, où elle fait de nombreuses victimes. Puis, au milieu de septembre, elle se montre de nouveau à Saint-Nazaire pour s’y maintenir jusqu’au mois d’août 1876. M. Durand fait remarquer que la maladie a sévi presque exclusivement sur des femmes appartenant à la classe aisée et il n’hésite pas à attribuer la multiplicité, si insolite de ces cas, à la contagion par l’intermédiaire des sages-femmes et du médecin. De pareils faits sont graves et appellent toute la sollicitude des médecins des épidémies dont le devoir est d’avertir les sages-femmes et leurs confrères de la terrible responsabilité qu’ils encourent, et d’indiquer aux unes comme aux autres l’extrême importance des soins de propreté les plus minutieux, non seulement chez leurs malades, mais encore sur eux-mêmes. Il est bien probable, en effet, que le premier cas de ces épidémies est dû le plus souvent à des négligences, soit dans la délivrance, soit dans les soins consécutifs à l’accouchement (1).
L’encombrement n’est donc pas la seule cause des épidémies de fièvres puerpérales, puisqu’on en voit ravager des populations disséminées. Si l’épidémie naît par le fait d’une malade mal soignée, elle a pour agents de propagation les sages-femmes et les médecins qui ne prennent pas sur eux-mêmes des soins de désinfection suffisants.
M. le Dr Budin, dans un rapport à l’Académie de médecine, a rassemblé des faits qui ne laissent aucun doute sur ce point :
Le plus habituellement la maladie est propagée par la sage-femme. Siredey en cite une qui, du 21 mars au 25 mai 1879, assista quarante-quatre parturientes; vingt furent malades à différents degrés et cinq succombèrent pendant cette période.
« Chez une sage-femme agréée par l’administration, dit Siredey, plusieurs cas d’accidents puerpéraux s’étaient succédé presque sans relâche depuis douze ou quinze mois. Un jour, il entra à l’hôpital Lariboisière deux de ses pensionnaires, si gravement atteintes qu’elles succombèrent quelques heures après leur admission. Je me rendis aussitôt chez cette sage-femme pour examiner son installation, et tâcher de découvrir la cause du mauvais état sanitaire de ses accouchées. Je constatai d’abord que les différentes pièces de l’appartement, à l’exception d’une seule, étaient très étroites et mal tenues... Enfin, j'ai appris qu’au milieu des accouchées vivait la mère de cette sage-femme atteinte d’un cancer de l’utérus. Sa fille lui administrait des injections vaginales et lui donnait les soins qu’exigeait son état, tout en faisant des accouchements ».
Semelweiss a publié un cas semblable resté célèbre : une femme atteinte d’un cancer utérin très avancé, fut conduite à la clinique; le travail se prolongeant, un certain nombre d’élèves l’examinèrent, et on négligea de prendre
(1) Recueil ries travaux du Comité consultatif d'hygiène publique , t. VII, p. 106.
HYGIÈNE ADMINISTRATIVE. 681
des précautions; quatorze femmes accouchées à ce moment par les élèves moururent.
A côté de ces causes multiples, il faut citer les infections qui sont propagées par les bassins, les cathéters ou les canules. Herpain rapporte une épidémie survenue dans la clientèle d’une sage-femme belge. « Ce qui constitue l’intérêt de cette relation, dit-il, c’est que l’on a découvert que la sagefemme refusait obstinément de se servir, pour ses accouchées, des canules vaginales neuves que les médecins lui remettaient, prétextant que celle dont elle faisait usage habituellement était mieux appropriée et partant plus utile. La sage-femme inoculait, avec sa canule, la septicémie d’une femme à une autre ».
Les vêtements eux-mêmes peuvent être incriminés. Il y a une dizaine d’années je reçus la visite d'un médecin des hôpitaux, absolument navré de ce qu’il venait de voir : une de ses parentes, atteinte d’accidents puerpéraux, se trouvait dans un état très grave. Cherchant partout la cause de l’infection, il interrogea la sage-femme qui restait près de l’accouchée comme garde, et lui dit : « Depuis quand portez-vous cette robe? — Cette robe, lui réponditelle, c’est ma robe de bataille, je la mets uniquement pour faire des accouchements ». Et elle sortait de soigner une femme qui venait de succomber à l’infection puerpérale ! (1).
Quels soins peuvent faire disparaître ou tout au moins diminuer les chances de propager l’infection ? 11 a fallu les pratiques de l’antisepsie, la connaissance de la faculté qu’ont certaines substances de tuer les germes infectieux, pour que la désinfection des malades et des sagesfemmes entrât dans une voie décisive. Plusieurs substances ont cette propriété, à un degré plus ou moins énergique ; l’acide phénique, l’acide borique, la créoline, le sublimé corrosif. L’acide phénique est très usité; il a l’inconvénient d’avoir une odeur désagréable, que certaines personnes ne peuvent pas supporter ; l’acide borique n’est pas suffisamment actif ; la créoline et ses effets sont mal connus. Le plus pratique des désinfectants connus est le sublimé corrosif, malgré les dangers d’intoxication que son usage présente. L’Académie de médecine, invitée par le ministre de l’intérieur à indiquer l’antiseptique dont l’achat et l’usage pourraient être permis aux sages-femmes, a désigné le sublimé corrosif, exclusivement. Le Comité consultatif d’hygiène publique a fait la même désignation.
En conformité de ces avis, un décret en date du 9 juillet 1890 a autorisé les pharmaciens à délivrer du sublimé corrosif sur la prescription d’une sage-femme pourvue d’un diplôme, suivant deux formules indiquées par le décret et qui mettent les sages-femmes à l’abri d’une erreur de dosage.
Quelle est la mortalité par infections puerpérales? Pour l’ensemble de la France, il est impossible de le savoir, l’obligation de déclarer les causes de décès n’existant pas. Toutefois, la statistique sanitaire des
(3) Bulletin de l’Académie de médecine , t, XXIII, p. 149,
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villes de France nous permet de donner quelques chiffres approximatifs.
Dans les villes de plus de 20.000 habitants, où le nombre des accouchements a été, en 1893, de 208.276, le nombre des décès par infections puerpérales s’est élevé à 1.192, soit une proportion de 0.57 décès pour 100 accouchements. Les chiffres ci-dessus comprennent les décès dans les hôpitaux.
A Paris, nous pouvons faire la distinction entre les décès des hôpitaux et ceux de la ville. En voici le tableau pour les 10 dernières années.
Paris. — Décès par infections puerpérales.
ANNÉES