‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 84 sur 176 · MALADES · texte numérisé non relu

MALADES

traités.

JOURNÉES de présence.

Totaux

Le rôle de l’OEuvre des enfants tuberculeux ne se borne pas aux soins qu’elle donne dans ses trois établissements. Elle a créé un important mouvement d'opinion publique ; elle a contribué à démontrer la possibilité de guérir les tuberculeux. L’OEuvre est représentée dans tous les quartiers de Paris par un ou plusieurs de ses membres qui se chargent de répandre les notions d’hvgiène propres à diminuer les chances de contagion. A cet effet, des instructions spéciales, rédigées d’après celles du congrès de la tuberculose et approuvées par l’Académie de médecine, ont été imprimées et sont distribuées gratuitement. Un certain nombre de dames se sont chargées de veiller, à domicile, sur les enfants tuberculeux que soigne le dispensaire. Elles signalent les logis contaminés par la tuberculose et l’OEuvre en opère gratuitement la désinfection. Enfin, des cours et des conférences hebdomadaires de médecine et d’hygiène usuelles ont lieu régulièrement au dispensaire.

Les soins aux tuberculeux avérés ne représentent qu’un des côtés de la lutte contre la tuberculose. Il ne suffira même pas d’empêcher les personnes saines de contracter la maladie au contact des malades ; il faut, en outre, empêcher que ceux qui ont dans leur organisme des prédispositions à la tuberculose en soient atteints.

On a appelé justement les enfants lymphatiques, scrofuleux, rachitiques des « candidats à la tuberculose ». L’organisme de l’enfant se modifie sans peine, et vis-à-vis de lui, il ne s’agit pas de prolonger une vie inutile de quelques années ou de quelques semaines, il s’agit de faire de l’enfant phtisique un adulte vigoureux et sain. Cette tranformation s’opère sous l’influence du climat marin.

En inaugurant l’admirable hôpital marin que M. Sabran a fondé dans la presqu’île de Giens (Hyères, Var), j’ai essayé de montrer cette influence merveilleuse de la mer pour reconstituer le petit enfant rachitique :

C’est la règle ; vous donnez à la mer un enfant infirme ; elle vous rend un enfant valide.

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Un malheureux naît marqué d’une horrible tare ; le rachitisme déforme son corps; la scrofule y creuse des trous immondes; à l’âge delà première innocence, il est condamné aux tortures que Dante réserve à ses damnés ; le cri dont il a salué la lumière du soleil sera le cri de douleur de son existence entière; pour ceux qui l’entourent et qui se refusent à l’appeler leur semblable, il est un objet de répulsion ; pour la société dans laquelle il est appelé à vivre, il sera une charge et par conséquent un fléau ; il semble que mieux vaudrait mille fois pour lui n’être jamais né. Vous prenez ce misérable être, si frêle qu’à peine osez-vous le porter d’un point à un autre; vous le donnez à la mer, et, si vous vous y êtes pris à temps, si vous êtes patient, si vous laissez au miracle le temps de s’accomplir, la mer, la puissante mer, mare et mater, va se donner à son tour à ce tout petit enfant. Du contact de ses eaux, ou seulement peut-être des caresses tonifiantes de son souffle, elle va pénétrer ce pauvre corps débile, purifier son sang vicié, redresser ses membres tordus, éliminer les éléments mauvais qu’il doit à la naissance; à la lettre, elle le régénérera ; elle lui insufflera comme tout de nouveau la vie ; peu à peu, sans heurts, sans secousses, doucement, tendrement, elle lui donnera la stature, le poids, la vigueur ; et, quand elle le rendra à celle qui l’a mis au monde, pour laquelle il n’a été jusqu’ici qu’une cause de souffrances physiques et morales, l’amour-propre étant blessé en elle autant que l’amour maternel était meurtri, celle qui l’a mis au monde, le visage inondé des larmes de la joie, hésitera à le reconnaître : Est-ce lui ? Quoi ! ces jambes droites ! ces joues roses ! ces chairs fermes ! Est-ce bien mon enfant ? C’est lui-même. La mer, seule, a fait ce prodige.

L’œuvre des Hôpitaux marins est née de la constatation de cette influence de l’air marin. Elle administre aujourd’hui deux hôpitaux maritimes, le sanatorium de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et le sanatorium de Saint-Trojan (Ile d’Oléron, Charente-Inférieure). Ces hôpitaux sont destinés aux enfants des départements.

Pour les petits phtisiques de Paris, pupilles de l’assistance publique, a été fondé le sanatorium de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), le premier en date de ces hôpitaux. Prochainement, l’assistance publique de Paris ouvrira un second hôpital pour ses enfants à Hendaye (Basses-Pyrénées).

Les autres établissements maritimes existants sont : les sanatoria de Saint-Pol, du Cap-Breton, de Pen-Bron, de Fouras, d’Arcachon, de Hyères- Giens et l’hôpital de Cannes.

Ce n’est, il faut l’espérer, qu’un commencement. La guérison des scrofuleux, par l’air marin, est presque certaine. On ne multipliera donc jamais trop les établissements où ils ont tant de chances de recouvrer la santé.

Alcoolisme. — C’est à peine si, il y a quarante ans, le mot d’alcoolisme était connu dans le sens que tout le monde lui donne aujourd’hui. Il y avait des ivrognes, il n’y avait pas d’alcooliques. Les ivrognes étaient des gens qui buvaient trop de vin, ce qui les mettait dans un état d’ébriété facile à dissiper et n’exerçait d’influence grave sur l’organisme qu’en

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cas d’abus répétés. Levin, alors, était naturel et contenait seulement l’alcool mis par la nature. On a commencé à y ajouter de l’alcool dans les grandes villes pour masquer l’eau additionnée ; au lieu de boire des vins à 8 ou 10° d’alcool naturel, on a bu des vins à 14 et 15 degrés. Bien entendu, l’alcool ajouté au vin est un alcool de qualité inférieure, ce qui explique que môme les victimes du vin offrent aujourd’hui les symptômes de l’ivresse abrutissante de l’alcool et non l’ébriété, gaie ou triste, mais en somme assez légère, des buveurs d’autrefois.

Ce n’est pas tout. Le phylloxéra, en tuant les vignes des Charentes, a tari la source des spiritueux que l’on tirait des vins de cette région par la distillation. Pour remplacer les cognacs et eaux-de-vie provenant du vin, on a distillé toutes sortes de produits, la betterave, la pomme de terre et un grand nombre de grains (1). Aujourd’hui, l’alcool de la qualité la plus infecte se vend 25 fr. 50 l’hectolitre. Cet alcool n’est bon que pour la dénaturation et les emplois industriels ; on trouve cependant moyen d’en employer une partie à la fabrication de l’absinthe et de divers apéritifs, parce que dans ces produits l’odeur nauséabonde de l’alcool se trouve masquée par l’arôme de l’essence. La tentation est grande de donner un emploi de ce genre à cet alcool parce que, au lieu de payer 218 fr. 75 de droits, il ne paie que 37 fr. 50 par hectolitre (2).

Les alcools ouvertement destinés à la consommation coûtent 10, 15 et 20 fr. de plus par hectolitre que l’alcool industriel. Ce serait peu de chose sans la différence énorme des droits. Mais, même avec ces droits si élevés, un alcool à peu près débarrassé de toutes les impuretés ne coûte guère plus de 200 fr. l’hectolitre, soit 2 fr. le litre. C’est un prix très inférieur à celui du cognac d’avant le phylloxéra. Et c’est ce bas prix qui a été, avec la multiplication des débits, la cause déterminante des progrès de l’alcoolisme. La nature inférieure du produit a aggravé les conséquences de l’alcoolisme, mais elle n’en est pas la raison directe.

Yoici d’abord les chiffres qui prouvent que la production de l’alcool a augmenté considérablement et que le prix de l’alcool a diminué.

(1) Il existe encore bien des incertitudes sur les effets relatifs des alcools plus ou moins rectifiés. « Il faut, d’après Dujardin-Beaumetz et Audigé, six fois moins d’aldéhydre et six fois moins d’alcool amylique que d’alcool éthylique pour tuer dans les mêmes conditions les mêmes animaux ». Mais, dit M. A. Riche, «ces nombres ont beaucoup varié et ils sont fort différents suivant la méthode d’expérimentation et suivant les expérimentateurs: il ne faut les envisager que comme des renseignements ». A. Riche, La loi sur les boissons alcooliques , p. 2.

(2) Les droits sont de 37 fr. 50 par hectolitre d’alcool industriel, c’est-à-dire ne pouvant pas servir à la boisson ; de 156 fr. 25 par hectolitre d’alcool pur, pour les eaux-de-vie et esprits en cercles ; de 218 fr. 75 pour les liqueurs, fruits à l’eau-de-vie et eaux-de-vie en bouteilles par hectolitre d’alcool pur et pour l'absinthe en bouteille ou en cercles par hectolitre de liquide.

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