DES
TOTAL
PRIX MOYEN de l’hectolitre d'alcool pur.
Substances \ farineuses.
Mélasses.
Betteraves.
Cidres, i
Marcs, 1 lies, etc. |
Fruits.
Substances
diverses.
Les chiffres de ce tableau prouvent, comme je le disais tout à l’heure, que la fabrication des alcools de betteraves et de pommes de terre (substances farineuses) a pris un développement considérable, tandis que la distillation du vin, réduite presque à rien pendant une période de quatorze années, reste très faible ; ils prouvent encore que la fabrication générale de l’alcool a triplé dans un intervalle de o4 ans, tandis que le prix moyen passait de 141 fr. à 31 fr. l’hectolitre. Voilà bien les causes des développements de l’alcoolisme : la matière s’est multipliée, le prix en est devenu infime, et grâce à la liberté de création des débits de vins et liqueurs, la multiplicité et le bas prix de l’offre ont provoqué la demande. C’est le marchand de vin qui, en s’établissant au coin de toutes les rues, dans tous les endroits fréquentés, a créé le consommateur, c’està-dire l’alcoolique.
Nous allons voir, en effet, que la consommation a suivi une marche ascendante parallèle à la marche de la production. Je donne ici les chiffres de l’année 1847, de l’année 1885 et de l’année 1894. Dans ces chiffres est compris l’alcool contenu dans le vin, dans la bière et dans le
HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE
cidre, sauf pour l’année 1847 qui ne comprend pas les quantités d’alcool bues avec le cidre et la bière. Mais, en 1847 la consommation de ces deux boissons était peu considérable ; elle n’intéressait que cinq ou six départements. Les calculs ont été faits, pour le vin à 10 degrés d’alcool, pour le cidre à 5 degrés, pour la bière à 3 degrés, proportions légèrement inférieures à la réalité.
tableau B
Consommation totale de l’alcool par tête d’habitant.
DEPARTEMENTS
En 1811
En 1885
En 1891
DÉPARTEMENTS
En 1847
En 1885
En 1894
lit. cent.
lit. cent.
lit. cent.
lit. cent.
lit. cent.
lit. cent.
Ain
Lot
Aisne
Lot-et-Garonne
Allier
Lozère
Alpes (Basses-)
Maine-et-Loire
Alpes (Hautes-)
Manche
Alpes-Maritimes
Marne
Ardèche
Ardennes
Mayenne
Anège
Meurthe-et-Moselle. .
Aube
Aude
Morbihan
Aveyron
Bouches-du-Rhône..
Nord
Calvados
Cantal
Charente
Charente-Inférieure..
Puy-de Dôme
Cher
Pyrénées (Basses-)...
Pyrénées (Hautes-)..
Corrèze
Corse
Côte-d’Or
Pyrénées-Orientales. .
Rhin (Haut-) (partie
Côtes-du-Nord
française)
Creuse
Rhône
Dordogne
Saône (Haute-)
Doubs
Saône-et-Loire
Drôme
Sarthe
Eure
Savoie
Eure-et-Loir
Savoie (Haute )
Finistère
Seine
Gard
Seine-Inférieure
Garonne (Haute-). ..
Seine-et-Marne
Gers
Seine-e!-Oise
Gironde
Sèvres Deux-) (1)...
Hérault
Somme
1 Ile-et-Vilaine
Tarn
Indre
Tarn-et-Garonne ....
Indre-et-Loire
Var
Isère
Vaucluse
Jura
Vendée
Landes
Vienne
Loir-et-Cher
Vienne (Haute-)
Loire
Loire (Haute-)
Loire-Inférieure. .
Yonne
Loiret
Moyennes
(f) En 1847, la consommation du vin était de 105 lit. 28 cent, par habitant. En 1894, elle n'était plus que de 62 lit.
HYGIÈNE ADMINISTRATIVE
Ainsi, en 47 ans, la consommation de l’alcool par tête d’habitant a passé de f>ut 15cent à 14lU 15cent, c’est-à-dire qu’elle a presque triplé.
Ces chiffres ne représentent même pas toute la réalité. Les quantités visées dans ce tableau sont celles que le fisc a connues, sur lesquelles l’impôt a été prélevé. Mais bien d’autres quantités ont échappé à l’impôt, par exemple la production des bouilleurs de crû, qui, en 1894, était estimée à 214,000 hectolitres d’alcool pur. D’ailleurs, dans le calcul par tête d’habitant sont compris les femmes et les enfants, qui, à l’exception de quelques régions privilégiées, ne boivent pas ou boivent peu d’alcool. En réalité on peut estimer à plus de 20 litres d’alcool pur par tête d’adulte la consommation de l’alcool en France. Aucune autre nation n’approche de ce chiffre. Partout du reste la consommation de l’alcool suit un mouvement rétrograde, sauf en France.
En France même, la consommation varie beaucoup, suivant les régions. En voici le classement par départements, dans l’ordre croissant, pour l’année 1894.
tableau C
Consommation totale de l’alcool, en 1894, par tête d’habitant
Au-dessous de 5 litres :
Côte-d'Or
Basses-Alpes.
Corrèze
Lot
Gers
Lozère
Haute-Savoie
Vendée
Ardèche
Creuse
Dordogne . . .
Deux-Sèvres.
Ariège
Cantal
Cher
Yonne
Tarn-et-Garonne Haute-Vienne . .
Finistère
Maine-et-Loire. .
Haute-Loire
Charente
Isère
Saône-et-Loire . ,
Tarn
Loir-et-Cher
Haute-Saône
Basses-Pyrénées. .
Côtes-du-Nord Somme. . . , . .
De 5 à 10 litres :
Indre
Savoie
Hautes-Alpes
Nièvre
Drôme
Lot-et-Garonne Hautes-Pyrénées .
Ain
Vaucluse
Landes
Vienne
Puy-de-Dôme
Charente-Inférieure Aveyron
De 10 à 15 litres :
Allier
Indre-et-Loire.. ,
Orne
Jura
Doubs
Loiret
Mayenne
Loire-Inférieure.
Haute-Marne . . .
Var
Sarthe
Haute-Garonne .
Vosges
De 15 à 20 litres :
15,06 1 Eure.,..
15,19 | Morbihan
Eure-et-Loir 15,31
Meuse 15,36
Pas-de-Calais 15,84
Haut-Rhin 15,95
Alpes-Maritimes 16,03
Ardennes 16,47
Aube 16,71
Meurthe-et-Moselle 16,85
Oise 16,86
De 20 à
Seine-et-Oise 20,42
Rhône 20,94
Ille-et-Vilaine 22,27
Pyrénées-Orientales 17,10
Manche 17’si
Loire 18,’26
Nord 18,40
Aisne 18,69
Seine-et-Marne 18,89
Calvados 18,98
Marne 19,06
25 litres :
Bouches-du-Rhône 23,71
Seine-Inférieure 24,01
Gironde 24,20
De 25 à 30 litres :
Gard Aude
Plus de 30 litres :
25,26 I Seine 28,51
Hérault
Le département de l’Hérault, qui est le département où l’on consomme le plus d’alcool, boit la plus grande partie de cet alcool dans son vin (291 60 sur 321 44). On pourrait croire que les habitants de l’Hérault boivent beaucoup de vin parce qu’ils en produisent beaucoup et n’ont pas d’autre boisson, sans que les progrès de l’alcoolisme y aient rien à voir. Ce n’est pas complètement exact. En 1847, le département de l’Hérault était déjà le département produisant le plus de vin et il ne consommait que 6‘ 13cent d’alcool total, y compris celui du vin ; en 1885, il buvait déjà 201 75cent d’alcool total, dont 181 40cent d’alcool dans le vin. La progression est manifeste.
Du reste, cette progression est générale dans la plupart des départements du Midi. Autrefois, ces départements vendaient presque tout leur vin ; aujourd’hui ils en boivent une bonne part. Aussi, ceux de ces départements qui sont grands producteurs de vin, l’Aude, le Gard, la Gironde, les Bouches-du-Rhône figurent-ils parmi les plus forts consommateurs d’alcool total.
Quels sont les produits alcooliques dont la consommation a augmenté ?
Par suite des ravages du phylloxéra, la récolte des vins a fortement diminué depuis une quinzaine d’années, et par conséquent l’alcool provenant de la fermentation du vin existe en quantité moins considérable qu’autrefois. Quant à l’alcool provenant de la distillation du vin, les chiffres du tableau A ci-dessus prouvent que sa production est devenue presque nulle. C’est l’alcool provenant de la distillation des mélasses, des betteraves, des pommes de terre qui s’est substitué à tous les autres alcools, et dont la fabrication a pris d’énormes proportions. Nous verrons tout à l’heure quelles sont les conséquences de la plus grande consommation de l’alcool pur.
Sous quelle forme se consomme l’alcool provenant de la distillation
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des grains, des betteraves et des mélasses ? La plus grosse part est bue sous forme d’eaux-de-vie. Une autre part, de plus en plus considérable, est employée à la fabrication de l’absinthe et de ses similaires. Voici le tableau de cette répartition :