CONSUL
TATIONS
Bains
sulfu-
reux.
Bains
salés.
Douches.
Gymnase
Massage.
Electri-
cité.
Alimentation et médicaments.
TOTAUX
Total général.
Quant aux dépenses, nous en donnons d’après les comptes présentés au Conseil d’ Administration du Dispensaire, le chiffre de deux années pour permettre de calculer à combien revient au Dispensaire l’entrée de chaque enfant.
En 1887 : 226,194 entrées avec une dépense de 63,414 fr., ce qui met la dépense pour chaque entrée d’enfant à 28 centimes.
En 1888 : 253,548 entrées avec une dépense de 69,218 fr., ce qui met la dépense de chaque entrée d’enfant à 27 centimes.
D’après une expérience générale, les prix de revient pour chaque entrée d’enfant doit aller en diminuant avec l’augmentation de ces entrées, une certaine partie des frais généraux restant toujours la même.
Le dispensaire Furtado-Heine est reconnu d’utilité publique. Un conseil d’administration que préside la fondatrice administre l’œuvre que Mme Furtado-Heine a largement dotée (1).
(I) Le service médical est assuré par un médecin : le L)r Ch. Leroux; un chirurgien : le Dr Redard; un oculiste: le Dr Meyer; un auriste : le Dr Menière ; un dentiste : M. Couilue.
Dispensaire Ruel. — Le dispensaire pour enfants qu’a fondé M. X. Ruel, conseiller municipal, en 1887, montre la plupart des installations et des perfectionnements qu’on trouve dans tous les dispensaires bien tenus, mais ce qui le distingue des autres c’est l’importance des distri butions en nature. Et d’abord les distributions de lait.
Les enfants âgés de plus de quinze mois ne sont pas compris dans ces distributions, à moins qu’ils ne soient atteints d’une maladie nécessitant le régime lacté.
Le Dispensaire consomme tous les jours 50 à 60 litres d’un lait de vache absolument pur et non écrémé, qui arrive tous les matins des environs de Paris. On ne le fait pas bouillir, sauf pendant les grandes chaleurs, où il serait difficile de le conserver.
Au point de vue de la quantité accordée, les enfants inscrits sont partagés en trois catégories : ceux de la première reçoivent chacun un demi-litre; ceux de la seconde trois quarts de litre , et ceux de la troisième un litre. Environ 80 enfants des diverses catégories trouvent au Dispensaire leur ration quotidienne.
Le temps pendant lequel on accorde du lait à un même enfant n’est pas limité. Généralement la distribution se prolonge autant que cela est jugé nécessaire.
Les enfants de 2 à 14 ans trouvent d’autre part dans un grand réfectoire pouvant contenir 60 couverts une alimentation convenable et solide.
Tous les jours, à midi, 50 à 60 enfants viennent prendre part à cette distribution.
Le menu, qui varie chaque jour, se compose de : un potage, un plat de viande, un plat de légumes, un dessert, vin coupé comme boisson, pain à discrétion.
Un enfant désigné par le médecin pour le régime alimentaire est gardé deux mois au moins, quelquefois cinq et six mois. La durée est d'ailleurs subordonnée aux besoins de la famille.
La mère qui conduit son enfant pour le déjeuner mange souvent avec lui. On reçoit même au régime plusieurs enfants d’une même famille.
Il est consommé en moyenne 8 kilos de viande par jour. Indépendamment de la bonne qualité des aliments, les enfants se montrent satisfaits de la préparation culinaire.
A ces distributions alimentaires viennent s’ajouter, pendant toute l’année, des distributions de vêtements. La Directrice est autorisée à faire des dons en nature aux enfants qui sont dans le besoin.
La situation matérielle des enfants est parfois facile à voir à la première inspection. C’est ainsi que la baigneuse signale ceux qui n’ont pas de linge de corps : on leur donne immédiatement une chemise sans autre enquête. Des centaines de chemises ont été employées à cet usage depuis la fondation.
Pour les dons de vêtements, on fait une enquête à domicile. Le
HOPITAUX ET HOSPICES
personnel du Dispensaire est chargé de ce soin; il s’en acquitte fort consciencieusement.
On voit par là que ce dispensaire de M. Ruel est en même temps un véritable bureau de bienfaisance et qu’il rend des services tout particuliers à ce point de vue.
Mais ce n’est pas là le but principal que doivent atteindre les dispensaires. Il convient qu’ils ne s’écartent pas trop de leur but.
C’est, du reste, ce que la plupart des dispensaires de Paris et ceux déjà très nombreux qui existent en province comprennent parfaitement.
Disons en passant que le mode d’assistance constitué par les dispensaires ne s’applique pas seulement aux enfants, mais aussi bien aux adultes.
M. le Dr Gibert a eu la curiosité d’analyser le compte moral des deux hôpitaux du Havre et de chercher à se rendre compte de la nature des maladies pour lesquelles on sollicite l’admission. Il est arrivé à cette conclusion bien significative « que pour plus de la moitié des malades l’hôpital n’est pas indispensable. » A Paris, il n’en va pas autrement. Aussi ne faut-il pas s’étonner s; on signale tous les jours l’insuffisance des hôpitaux, si des réclamations incessantes s’élèvent contre l’encombrement presque permanent de salles de malades dans lesquelles l’administration est obligée d’entretenir, au grand préjudice de l’hygiène, un nombre de lits supplémentaires variant de 400 à 1,100. On doit se demander (1) si, au lieu de construire de nouveaux édifices, coûteux d’installation et d’entretien, il ne vaudrait pas mieux organiser plus largement le traitement à domicile, dont l’économie assure le soin matériel à deux malades pour un à l’hôpital. La population parisienne, les finances municipales elle-mêmes n’y gagneraient-elles pas?
Mais nous ne pouvons, dans ce chapitre, aborder cette question.
Hôpitaux marins. — Il est devenu sans objet aujourd’hui de dire l’utilité des hôpitaux marins. Les médecins, les hygiénistes, les personnes qui s’intéressent aux choses de l’Assistance publique savent les merveilleux résultats qu’on obtient par le traitement, dans ces hôpitaux, dans les cas de scrofule, d’anémie, dans certains cas de tuberculose, et combien d’enfants peuvent être rendus à la santé qui, sans cela, étaient condamnés soit à mourir, soit à rester toute leur vie de chétives créatures estropiées et inutiles.
« Parmi tant de fléaux qui déciment l’humanité, il en est un dont le nom a quelque chose de sinistre, presque de répugnant : c’est la scrofule. Elle saisit l’homme peu de temps après sa naissance, modifie les
(1) Fleury-Ravarin, Secours à domicile à Paris (Rapport au Conseil supérieur de l’Assistance publique).
Encyclopédie d’bygiène. — V.
traits de son visage, enflamme ses paupières, arrête sa croissance, brise l’harmonie entre les différentes parties de son corps, dévie sa colonne vertébrale, déforme ou ankylosé ses membres, les couvre d’ulcérations ou de tumeurs, le rend inapte au service militaire, inapte à tout travail productif, le conduit jusqu’au seuil de la plus terrible, de la plus meurtrière des maladies, la phtisie, et le pénètre si bien que les enfants qui naîtront de lui auront des chances d’être scrofuleux comme lui. »
En rappelant le passage ci-dessus du discours prononcé à l’inauguration du sanatorium de Banuyls-sur-Mer par M. Henri Monod, le Dr Ch. Leroux (1) ajoute que la scrofule est en effet un des fléaux qui frappe le plus cruellement l’enfance, en prenant la scrofule dans son acception la plus large, en y rangeant les tuberculoses externes localisées qui sont justiciables du même traitement marin. On peut dire, d’ailleurs, que c’est surtout la maladie de l’enfance des villes industrielles et qu’elle est comme le résumé de toutes les tares héréditaires, en même temps que le résultat du travail précoce, du logement insalubre, de l’alimentation falsifiée.
« A Paris, dit M. le Dr Bergeron (2), la scrofule est la maladie qui domine chez les enfants de la classe pauvre, comme la phtisie chez les adultes. A ceux qui, sur ce point, pourraient concevoir quelques doutes, il suffirait d’assister à une seule consultation de nos hôpitaux pour être pleinement édifiés. Or, des relevés officiels de l’Enfant-Jésus et de Sainte- Eugénie, il ressort que, chaque année, plus de 1,500 enfants se présentent à ces deux hôpitaux pour y être admis au traitement interne ou externe. »
Et le savant secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine constate qu’il s’est présenté, en 1865, 1 ,065 scrofuleux à l’hôpital des Enfants- Malades pour le traitement interne ou externe, et que, la même année, 1,219 se sont présentés à l'hôpital Sainte-Eugénie (3).
« En 1889, au dispensaire Furtado-Heine, dit M. Ch. Leroux, sur 7,402 enfants que nous avons examinés dans notre service médical, 650 étaient atteints de scrofule, soit 8,7 0/0; 1,625 étaient lymphatiques, soit près de 22 0/0. En tout, sur 7,402 enfants, 2,275 étaient tuberculisables, ou déjà tuberculeux. Tous étaient au moins justiciables du traite ment marin.
» Dans le service chirurgical de notre excellent collègue et ami, le Dr Redard, sur 2,004 affections inscrites, 721 en moyenne sont d’origine tuberculeuse (coxalgie, tumeur blanche, mal de Pott, etc.), soit 35 0/0, c’est-à-dire plus de 1/3 » (4).
(1) Ch. Leroux, L’Assistance maritime des enfants et les hôpitaux marins , Société d’édition scientifiques (Paris, 1892).
(2) Dr Bergeron, Traitement et prophylaxie de la scrofule par les bains de mer (Annales d’hygiène et de médecine légale ) 1 868.
(3) Aujourd’hui Hôpital Trousseau.
(4) D Ch. Leroux, loc. cit.
HOPITAUX ET HOSPICES
Ces chiffres sont probants. Mais ils pourraient être étayés de beaucoup d’autres pour montrer que la scrofule et la tuberculose entrent pour une part considérable dans la dépopulation de la France (1). — Le traitement maritime, particulièrement dans les hôpitaux marins, peut remédier efficacement à ces maladies désastreuses.
Cette forme d’assistance est connue d’ailleurs et appliquée dans toute l’Europe. Il y a pourtant -à peine un siècle qu’elle a été imaginée.
C’est en 1796, à Margate, dans le voisinage de Londres, que fut créé le premier hôpital destiné aux enfants scrofuleux.
En 1841, en Italie, l’administration des hôpitaux de Lucques achète à Yiareggio un immeuble pour y placer pendant l’été quelques-uns des enfants assistés de la province.
En 1846 seulement, en France, l’administration de l’Assistance publique de Paris envoie à Saint-Malo 20 enfants scrofuleux. Malgré les heureux résultats, qui sont consignés dans un rapport du Dr Hérard, l’expérience ne fut pas répétée. Quelques années plus tard, en 1847, une femme généreuse donne l’exemple et fonde à Cette un sanatorium de 24 lits pour faciliter l’usage des bains de mer aux pauvres de la religion protestante. Dix ans plus tard, en 1857, le Dr Perrochaud songe aux moyens de soumettre les enfants scrofuleux de sa région à l’action du traitement marin. Les plus malades furent, à cet effet, confiés aux soins d’une femme, dont il faut conserver le nom, la veuve Duhamel. C’est d’une brouette qu’est sorti en quelque sorte l’hôpital de Berck. La veuve Duhamel habitait Grosfliers, commune assez éloignée de la mer. Deux fois par jour, elle transportait ses pensionnaires dans une brouette jusque sur la plage, à Berck, et là, après avoir baigné les enfants et lavé leurs plaies, elle refaisait un pansement complet et les ramenait chez elle. En présence des cures remarquables ainsi obtenues, les Drs Perrochaud et Frère demandèrent à l’Assistance publique de poursuivre ces heureux essais en les facilitant par l’envoi des enfants à Berck même, au bord de la mer.
Dans une installation provisoire et défectueuse comme bien l’on pense, en 1858, 1859, 1860, on compta plus de 60 guérisons, la veuve Duhamel, quoique déjà vieille, avait cependant suivi ses malades, mais elle dut partager sa noble tâche avec une voisine, la veuve Marianne Brillard. Le nombre des enfants envoyés ainsi directement à Berck put être augmenté. La maison de la brave femme était déjà comme l’embryon d’un hôpital maritime. Sous l’active impulsion du D1' Perrochaud, l’érection d’un petit hospice de 100 lits fut décidée, et, grâce à l’intelligence et à l’activité de M. Lavezzari, architecte, le bâtiment fut construit en quatrevingt-cinq jours, le 2 juillet 1861, on procéda à son inauguration solennelle.
Cet hôpital provisoire était destiné à recevoir cent enfants scrofuleux
(1) Consulter J. Rochard, Traité d' Hygiène soda/e.
des hôpitaux d’enfants de l’Assistance publique de Paris, et aussi les élèves du service des enfants assistés atteints de la même maladie (1).
Les résultats furent excellents ; si bien que l’administration mit à l’étude un nouveau projet, élaboré sur un plan plus vaste par Lavezzari, et qu’on inaugurait le 18 juillet 1864, l'hôpital de Berck actuel, édifié dans le voisinage immédiat de la mer, sur une partie de dunes battue par les vagues.
La forme générale de l’hôpital, qui est à juste titre considéré comme un modèle de construction hospitalière, consiste dans une série de bâtiments reliés entre eux par une galerie où sont réunis la plupart des services généraux. Dans les bâtiments affectés aux garçons, se trouvent l’administration, les magasins et l’infirmerie ; du côté des filles, la communauté, la lingerie et la buanderie ; au centre, faisant face à la mer, est la chapelle.
Le voisinage immédiat de la mer, sur cette plage de dunes, n’est pas sans danger pour l’hôpital de Berck ; plusieurs fois l’aile sud des bâtiments a été envahie par les lames et les fondations du mur de la terrasse, à l’angle sud-ouest, ont été mises à nu par les affouillements. L’Assistance publique a dû se défendre contre la mer, tant par des ouvrages protégeant directement et de près les parties les plus menacées, que par des épis construits à distance et ayant pour objet de repousser vers le large un courant qui, entraînant les sables, détermine l’abaissement de l’estran et augmente, par suite, la violence des lames aux abords de l’établissement. Des dépenses considérables ont été nécessitées par la construction de ces ouvrages ; leur réfection et leur entretien continuent à exiger périodiquement des crédits importants.
A côté du grand hôpital construit en 1869, l’Administration a conservé les petites constructions en bois de l’hôpital provisoire de 1861. Elles sont affectées aux jeunes malades de Paris et du département de la Seine, en état d’acquitter les frais de leur traitement.
L’hôpital maritime de Berck-sur-Mer contient 710 lits. Il occasionne une dépense annuelle de 337,560 fr. Le prix de la journée est de 1 fr. 45. Avant l’édification du premier hôpital de Berck, un certain nombre d’enfants avaient été confiés à des personnes charitables, Pierre Cornu à Berck, Marianne Brillard à Grosfliers ; les maisons furent agrandies et devinrent deux petits hôpitaux d'une soixantaine de lits chacun.
Enfin, au mois de février 1870, après la mort du baron Nathaniel de Rothschild, son fils, le baron James voulut, par une œuvre durable, honorer la mémoire de son père. En visitant un jour les écoles israélites du Marais, il avait été frappé d’y voir un grand nombre d’enfants chétifs et débiles. Ce fut à ces enfants qu’il résolut de venir en aide ; et, suivant l’exemple de l’Assistance publique, il créa à Berck, dans des pro-
(1) Consulter Rapports du Junj de la classeti i (1889).
HOPITAUX ET HOSPICES
portions réduites, un établissement du même genre. L’inauguration en eut lieu le 24 mai 1872.
Il existe aujourd’hui en France une douzaine d’hôpitaux marins, à Cette, à Cannes, à Nice, à Cap-Breton (Landes), à Arcachon, à Pen-Bron, à Banyuls, à Saint-Pol-les-Dunkerque, etc. Celui de Pen-Bron a été fondé par M. Pallu, inspecteur des Enfants assistés, dans une très belle situation, à l’embouchure de la Loire. Les constructions n’ont pas été faites tout exprès et laissent un peu à désirer. Il n’en est pas de même de celui de Cap-Breton, ni de celui d’ Arcachon. Toutefois, ce dernier, fondé par le Dr Armaingaud n’a encore qu’un seul pavillon avec le bâtiment qui servira plus tard à l’administration et aux services généraux.
Un hôpital marin, appartenant aux hospices de Lyon et dû à l’inépuisable générosité de M. Sabran, vice-président du Conseil d’administration de ces hospices, vient d’être inauguré à Hyères-Giens. Cet établissement, appelé Sanatorium Renée-Sabran, est situé au milieu de la presque-île de Giens, à 10m au-dessus de la mer, à 50m de la plage, dans une belle forêt résineuse donnée par M. et Mmé Sabran. Le Sanatorium, lorsqu’il sera tout à fait complet comprendra 6 pavillons de 50 lits, pouvant servir à l’hospitalisation de 300 enfants. 11 y aura en outre deux pavillons d’isolement. Les services généraux sont centralisés dans un bâtiment bien installé. On a prévu une piscine. Une chapelle a été construire aux frais de Mme Sabran. Le bâtiment central comprend entre autres choses de vastes salles servant de réfectoires et de préaux couverts.
Tous les bâtiments destinés au service des malades seront reliés entre eux par des galeries de construction légère qui permettront de circuler par tous les temps.
Les pavillons affectés au logement des malades se composent tous d’un rez-de-chaussée isolé du sol par une cave et d’un premier étage. Les pavillons sont construits sur un plan uniforme dont les dispositions générales ont été arrêtées d’avance et adoptées par le Conseil général sur les plans de M. Pascalon, architecte des hospices de Lyon. Il suffira d’en décrire un pour connaître les autres.
Les murailles élevées en maçonnerie pleine ont 0m50 d’épaisseur et peuvent, par conséquent, garantir tout aussi bien du froid que de la chaleur. Elles sont faites avec les excellents matériaux du pays.
Jusqu’à 1 mètre au-dessus du sol, elles ont un revêtement indestructible en moellons calcaires, disposés en assises régulières ; à partir de cette hauteur, elles sont recouvertes de mortier et de ciment. A moins d’employer de la pierre de taille, il était impossible de construire dans de meilleures conditions (1).
Gracieusement disposés en éventail sur le littoral, les pavillons ont la forme d’un rectangle de 35 mètres de longueur, de 7 mètres de profon-
(1) Ch. Leroux, loc. cit.
deur, leur hauteur <est de 10m50 au-dessous des pignons et la hauteur des salles est de 4m30; leurs grandes façades sont orientées au sud et au nord, tandis que leurs extrémités est et ouest sont plus profondes de 4m50 que la portion centrale et simulent une tour carrée aux quatre angles du bâtiment. Sur les plans de surface, ils ont la forme d’un double T.
Tous les plafonds sont lambrissés, sans corniches avec angles arrondis. Dans le but de diminuer les chances d’incendie et d’éliminer les insectes, tous les planchers sont carrelés avec des briques rouges de Salernes, suivant la mode du pays de Provence. Le rez-de-chaussée, que les malades aborderont par un plan incliné sans escalier, se compose d’une grande salle de 25 mètres de longueur, flanquée à l’est d’un grand escalier en pierre de taille conduisant au premier étage, des lavabos et des lieux d’aisance, à l’ouest d’une salle affectée aux pansements et d’une lingerie. Ce dortoir, disposé pour 24 lits, est éclairé par six fenêtres au midi et par six fenêtres au nord, il aura deux cheminées : aux quatre angles, se trouvent des ventilateurs ouverts à travers le plafond dans un tuyautage qui se termine au-dessus des toits par un petit appareil giratoire; des soupapes, placées au plafond de la salle, permettent de régler le fonctionnement de ces ventilateurs.
L’aération des salles ne laisse donc rien à désirer, chaque malade aura à sa disposition un cube d'habitation de 31m3 35, ce qui est plus que suffisant pour toutes les latitudes et constitue un vrai luxe pour le sanatorium, puisque les enfants doivent passer la plus grande partie de leur journée en plein air, sous le couvert des grands pins de la forêt, et rentrer seulement quand il fera mauvais temps.
Le sanatorium de Banyuls-sur-Mer dispose d’un nombre de lits à peu près égal. Les constructions disposées autour d’une vaste cour rectangulaire, sont élégantes et commodes. Elles doivent être successivement améliorées et complétées par l’OEuvre Nationale des Hôpitaux Marins à qui appartient cet établissement et dont nous devons ici dire quelques mots.
L’Œuvre nationale des Hôpitaux marins. — Elle a pour but
« d’assurer et de seconder la création ou le fonctionnement sur les côtes de France d’établissements destinés au traitement des enfants scrofuleux ou tuberculeux des deux sexes ». Elle est administrée par un conseil qui compte 48 membres (1).
Les ressources se composent :
1° Du prix de journée de malades;
2° Des cotisations et souscriptions;
(I) Le bureau est ainsi constitué : MM. J. Bergeron, président', J. Rociiard et IL Monod, vice-présidents; Brelet, secrétaire général; Patelle et Ch. Leroux, secrétaires', Ballimant, trésorier.
3° Des dons et legs ;
4° Des subventions qui lui sont accordées par l’Etat, les départements, les communes ou les établissements de bienfaisance ;
5° Du produit des ressources créées, à titre exceptionnel, avec l’autorisation du Gouvernement;
6° Du revenu de ses biens, meubles et immeubles ;
Cette importante société se propose de fonder un second sanatorium dont remplacement n’est pas encore fixé.
Le sanatorium de Banyuls a reçu, en 1891, 105 enfants, ce qui porte à 356 le nombre des enfants qui avaient été soignés au 31 décembre 1891. Dans ce nombre 132 appartenaient aux Pyrénées-Orientales, 75 aux départements limitrophes, 83 à des départements plus éloignés, 66 à la Seine et à la Seine-et-Oise.
73 placements ont été faits aux frais de l’œuvre nationale; 97, des départements ; 100 , des souscriptions des Pyrénées-Orientales ; 32, de l’assistance publique de Paris; 32, du ministère de l’intérieur; 21, des familles.
Les 356 enfants comprennent 162 garçons et 194 filles, 188 enfants de 2 à 7 ans, 137 de 8 à 11 ans, 101 de 12 à 16 ans. Généralement les parents tardent trop à envoyer leurs enfants alors que les manifestations scrofuleuses se sont aggravées.
Le nombre des enfants restant au sanatorium au 31 décembre 1891 étant de 141, il est sorti de l’établissement, depuis l’origine, 215 enfants, savoir : 163 guéris, 26 améliorés, 13 retirés, 13 décédés. Si l’on déduit du total de 215, 12 enfants qui ne sont restés que quelques jours, ou ont été amenés mourants, il en reste 203 ayant fourni 80.30 p. 100 de guéris, et 12.81 p. 100 d’améliorés.
La durée moyenne du traitement a été de 329 jours pour les enfants guéris et de 229 jours pour les enfants améliorés.
Les recettes de l’OEuvre ont été, en 1891, de 114,713 fr., auxquels sont venus s’ajouter les 34,994 fr. formant le reliquat de l’année précédente.
Les souscriptions et cotisations figurent dans les recettes pour 24,523 francs, les subventions pour 15,000 fr., les intérêts des fonds placés pour 4,444 et les prix de journées de malades pour 68,800 fr.
Les dépenses figurent pour 95,970 fr., dont 59,417 pour entretien d’enfants, 16,351 fr. pour achat de valeurs, 7,000 fr. pour travaux d’amélioration, 7,020 fr. pour frais généraux du secrétariat.
Il restait au 31 décembre un excédent de recettes de 53,737 fr., plus un capital de 113,869 fr., soit un actif de 167,608 fr.
L’œuvre comptait à cette même date 297 membres.
Grâce à l’active campagne conduite par l’œuvre nationale des hôpitaux marins le traitement maritime des enfants prend, d’année en année, de plus grands développements.
La plupart des assemblées et administrations départementales, comme
le fait si justement , remarquer M. de Crisenoy (1), comprennent aujourd’hui que l’envoi au bord de la mer de leurs pupilles scrofuleux est à la fois un acte d’humanité, l’accomplissement d’un devoir social et patriotique et un fructueux emploi de leurs deniers.
Un certain nombre de Conseils généraux ne se bornent pas à faire bénéficier de ce traitement les enfants placés sous leur tutelle, et dont les départements ont la responsabilité directe, ils votent aussi des crédits pour aider les communes qui veulent assurer ces soins à leurs enfants (Gironde, Nord, Rhône).
Une répartition récente de fonds provenant du pari mutuel a été très favorable au développement du traitement marin (24 départements y ont consacré ce qu’ils ont reçu dans cette répartition).
En dehors de ces allocations spéciales, le conseil général des Bouchesdu-Rhône a créé en 1891 deux bourses au sanatorium de Banyuls, celui du Rhône a voté 15,000 fr. pour aider les communes à acquitter les frais du traitement d’enfants au sanatorium de Giens.
A Bordeaux une société s’est fondée pour envoyer les enfants des écoles au bord de la mer. Le conseil général de l’Hérault, encouragé sans doute par l’exemple des Pyrénées-Orientales, a décidé la création d’un sanatorium sur la côte du département. L’œuvre nationale des hôpitaux marins étudie de son côté, comme nous l’avons dit déjà, la création d’un grand établissement national nouveau.
Il faut se louer de tous ces efforts, car nous ne disposons en France que de 1756 lits dans les hôpitaux marins, suivant la statistique suivante
donnée par le docteur Leroux :
Berck-sur-Mer : grand et petit hôpital 734 lits.
— Maison Cornu 300 —
— Hôpital Rothschild 50 —
Banyuls (Pyrénées-Orientales) 198 —
Pen-Bron (Loire-Inférieure) 160 —
Arcachon (Gironde) 47 —
Cap Breton (Landes) 47 —
Hyères-Giens (Yar) 100
Cannes (Alpes-Maritimes) 45 —
Saint-Pol-sur-Mer (Nord) 75 —
Total 1.756 lits.
On ne compte pas le sanatorium de Ver-sur-Mer (Calvados) qui contient 20 lits, mais ne doit fonctionner qu’en été, non plus qui* les maisons Bonville-Baillet et Malingre-Rivet à Berck, qui ne sont pas destinées au traitement unique des scrofuleux, ni les établissements de Cette où on ne fait que des cures d’été avec un court séjour.
(1) Questions d’assistance publique traitées dans les conseils généraux en 1891. — Paris, Berger-Levrault,’ 1 892.
HOPITAUX ET HOSPICES
Ce chiffre de 1,736 lits pourra atteindre celui de 2,500 à 3,000 lorsque les établissements d’Arcachon, de Pen-Bron, de Cap Breton, d’Hyères- Giens auront acquis le développement projeté. La durée moyenne du séjour étant de 423 jours, ce n’est pas même 1,756 scrofuleux qu’on traite efficacement par an dans les hôpitaux marins, alors que l’on compte par milliers les enfants qui auraient besoin du traitement marin et attendent leur tour pour en bénéficier.
Il s’offre deux moyens pour augmenter le nombre des traitements, la création de nouveaux hôpitaux marins et la diminution de durée du séjour des enfants (1).
La création de nouveaux hôpitaux marins dépend des ressources que l’on pourra réunir. Les départements, les communes, les libéralités privées surtout, et les prélèvements sur les fonds du pari mutuel y concourront. Mais ces ressources fourniront un nombre de lits plus ou moins grand suivant le mode de construction qui sera adopté et c’est là, on le comprend, un point très important à étudier. M. le docteur Leroux indique les prix de revient suivants pour les hôpitaux marins existants. Le lit est revenu à 1,000 fr. dans le petit hôpital de Berck-sur-Mer, à 5,500 dans le grand hôpital, à 1,666 à Banyuls, à 1,750 à Arcachon, à 2,300 à Hyères-Giens, à 4,897 au Cap Breton, à 1,770 à Cannes, à 1,222 à Pen-Bron, à 949 à Saint-Pol-sur-Mer. Il pense qu’on pourrait employer avec grand avantage des constructions en bois avec double paroi, très hygiéniques, au prix de 930 fr. par lit.
S’il en est ainsi, on doublerait ou on triplerait rutilisation des ressources.
ARTICLE V. — NOTES SUR QUELQUES HOPITAUX OU HOSPICES, EN FRANCE ET A L’ÉTRANGER.
A. — FRANGE. — Hôpital Tenon à Paris. — Cet hôpital a été inauguré en 1875. Il est situé dans le quartier de Ménilmontant, au nord-est de Paris et au-delà de la grande agglomération urbaine. Circonscrit par les larges rues de la Dhuys, Pelleport, Sorbier et de la Chine, il présente actuellement selon la remarque de Tollet (2), le meilleur emplacement de tous les hôpitaux de la capitale. Il faut peut-être excepter cependant l’hôpital Bichat, situé sur les fortifications. L’hôpital Tenon a 600 lits. Le terrain d’assiette a la forme générale d’un trapèze d’une surface de 48,000 mètres, ce qui donne une surface individuelle de 80 mètres seulement. On peut déplorer que dans les grandes villes le
(1) De Crisenoy, loc. cit.
(2) Tollet, Les Hôpitaux modernes (1892),
Fig. 81 . — Hôpital Tenon (Plan général).
prix du terrain d’une part et la rareté des grands espaces libres d’autre part ne permettent pas de s’étendre sur de plus grands espaces, mais c’est un fait contre lequel on ne peut rien et qu’il faut savoir accepter.
« Les bâtiments de malades, dit Tollet, au nombre de quatre, sont uniformément orientés et circonscrits par les galeries de communication et les bâtiments contenant les services administratifs. Tous ces bâtiments forment entre eux des cours en forme de parallélogrammes, assez spacieuses ponr permettre l’accès de l’air et de la lumière.
» On a placé très judicieusement le service mortuaire dans la partie triangulaire postérieure de droite, loin des autres services. Le plan
général est un des mieux conçus, et on ne pourrait que l’approuver entièrement, si on n’avait placé la maternité trop près du service mortuaire et laissé subsister d’autres défauts de détails secondaires. Il n’y a pas de pavillons d’isolement pour les malades contagieux : il est vrai qu’à l’époque de la construction de cet hôpital, l’emploi de ces pavillons n’était pas encore considéré comme une nécessité.
» Sauf quelques défauts de détail, les installations générales ne donnent guère lieu à d’autres critiques, et c’est le pavillon de malade, l’âme de l’hôpital, qui doit ici, comme partout ailleurs, être l’objet d’un examen approfondi. »
Pavillons de malades (1). — Ces pavillons ont deux étages de
(1) Nous avons donné (p. 427) les plans de ces pavillons. Ils sont empruntés comme ceux que nous donnons ici à l’important ouvrage de Tollet déjà cité.
salles de malades entre rez-de-chaussée et combles. Les salles principales se trouvent encastrées par les annexes des extrémités en relief de plu-
Fig. 83. — Hôpital Tenon. (Coupe d’un pavillon).
sieurs mètres sur les deux façades longitudinales, où elles interceptent la ventilation longitudinale. Ses dimensions sont :