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ARTICLE III. - PERSONNEL. — PATRONAGE

§ I. — i‘ersonnel.

Le personnel des asiles comprend soit un directeur et des médecins en chef, soit un directeur médecin et des médecins adjoints. 11 serait pourtant possible, et il nous parait désirable d’avoir partout des médecins directeurs aidés par un médecin en chef faisant fonction de sous-directeur et par des médecins adjoints. — Nous ne pouvons ici développer cette manière de voir ni exposer nos raisons. Nous nous bornons à souhaiter que la carrière des médecins d’asiles, commencée par la situation de médecin adjoint soit à la fois une carrière administrative et médicale.

Le recrutement des médecins adjoints des asiles, depuis la mise en vigueur de l’arrêté ministériel du 18 juillet 1888, se fait par le concours. C’est là une excellente innovation.

Ce concours est régional et il y a autant de régions que de facultés de médecine de l’Etat. Un tableau a été dressé qui indique la circonscription de chaque région ; on a pris comme limite la circonscription de chaque faculté, c’est-à-dire que pour la répartition des départements entre chaque région, on s’est guidé sur les dispositions de l'arrêté du Ministre de l’Instruction publique en date du 21 juillet 1878.

Cela posé, les conditions du concours sont les suivantes :

Les candidats doivent être Français et docteurs d’une des facultés de médecine de l’Etat. Ils ne peuvent prendre part au concours qu’après avoir adressé une demande au Ministre de l’Intérieur qui leur fait savoir si elle est agréée. Us ne doivent pas être âgés de plus de trente-deux ans au jour de l’ouverture du concours. Ils ont à justifier de l’accomplissement d’un stage d’une année au moins comme internes, soit dans un asile public ou privé consacré au traitement de l’aliénation mentale, soit dans un hôpital où ils auraient été appelés à ces fonctions par la voie du concours. A l’égard des anciens internes des hôpitaux, la limite d’âge maxima peut être, sur demande et par décisions individuelles, reculée

ALIÉNÉS

jusqu’à 35 ans, en faveur de ceux qui auraient plus de 32 ans à la date du concours. Toute demande doit être, en conséquence, accompagnée des pièces faisant la preuve de ce stage, de l’acte de naissance du postulant, ainsi que de ses diplômes et états de services quelconques.

Les candidats sont libres de concourir à leur choix dans l’une ou l’autre des régions.

Au fur et à mesure des vacances d’emplois qui se produisent dans les asiles privés de la région où ils auront passé le concours, les candidats déclarés admissibles seront désignés au choix des préfets suivant l’ordre de classement établi par le jury d’examen.

A titre exceptionnel et s’il y avait urgence à nommer le médecin-adjoint d’un asile dans une région où la liste des admissibles se trouverait épuisée, l’administration supérieure se réserve la faculté d’appeler à cet emploi un candidat d’une autre région, à la condition que celui-ci déclarera expressément renoncer au droit qui lui appartient d’obtenir son poste de début dans la région où il a subi le concours.

A titre exceptionnel également et lorsqu’une nécessité d’ordre supérieur le commanderait, ou encore par mesure disciplinaire, tout médecin adjoint nommé pour son début dans la région où il aura concouru, pourra être ensuite envoyé avec ses mêmes fonctions dans un asile situé hors de cette région.

Les médecins adjoints peuvent être nommés médecins en chef ou directeurs médecins dans toute la France.

Le jury chargé de juger les résultats du concours est composé dans chaque région :

1° D’un inspecteur général dés établissements de bienfaisance, docteur en médecine ;

2° De trois directeurs médecins ou médecins en chef de la région ;

3° D’un professeur désigné par la faculté de médecine de la région.

Les directeurs médecins et les médecins en chef appelés à faire partie du jury sont désignés, par voie de tirage au sort, parmi les docteurs qui remplissent l’une ou l’autre de ces fonctions dans un des asiles publics de la région.

Les médecins de la Maison nationale de Charenton, les médecins en chef des quartiers d’aliénés des hospices de Bicêtre et de la Salpétrière peuvent, pour la région de Paris, être également appelés par la voie du sort à faire partie du jury, concurremment avec les directeurs-médecins et les médecins en chef des asiles publics de cette région.

11 est procédé, en outre, au tirage au sort d’un juré suppléant pris également parmi les directeurs-médecins et médecins en chef ci-dessus désignés.

Les épreuves sont au nombre de quatre :

1° Une question écrite portant sur l’anatomie et la physiologie du système nerveux, pour laquelle il est accordé trois heures aux candidats.

Le maximum des points est de 30.

2° Une question orale portant sur la médecine et la chirurgie ordinaires, pour laquelle il est accordé 20 minutes de réflexion et 15 minutes pour la dissertation.

Le maximum des points est de 20.

3° Une épreuve clinique sur deux malades aliénés. Il est accordé 30 minutes pour l’examen de deux malades, 15 minutes de réflexion et 30 minutes d’exposition.

L’un des deux malades doit être examiné et discuté plus spécialement au point de vue médico-légal.

Le maximum des points est de 30.

4° Une épreuve sur titres. Les travaux scientifiques antérieurs des candidats sont examinés par le jury et font l’objet d’un rapport qui peut être communiqué aux candidats sur leur demande.

Le maximum des points est de 10.

Les points pour cette épreuve doivent être donnés au début de la première séance de lecture des compositions écrites.

On a fait à ce mode de concours par régions des objections de plus d’un genre. Il s’est élevé des réclamations d’un certain nombre de jeunes médecins adjoints, relativement à la circonscription de Paris, qu’ils trouvent trop étendue ; il ne semble pas cependant plus logique de rattacher l’asile de Quimper à la Faculté de Lille ou à celle de Bordeaux ! Il ne serait pas juste de créer ainsi au profit des concurrents de Paris un petit territoire réservé, d’autant plus que les places y seraient bien vite à l’état de rareté extrême et qu’il ne serait pas encourageant de se préparer à des concours qui, faute de vacances, n’auraient bientôt lieu que tous les 8 ou 10 ans. L’intérêt des asiles, c’est-à-dire l’intérêt qu’ont les aliénés à avoir des médecins instruits pour les soigner, s’accommoderait d’avantage d’un concours unique pour tous les asiles de France. Les jeunes hommes studieux arrivés les premiers au concours seraient par leur place même mis en situation de choisir les asiles qui leur conviendraient parmi les asiles vacants, puis de se rapprocher progressivement de Paris par des déplacements successifs s’ils le trouvaient à propos. L’intérêt scientifique qu’on veut mettre en jeu dans certaines réclamations ne saurait y perdre et il serait utile aux jeunes médecins de passer par plusieurs asiles, s’ils y trouvaient surtout comme nous l’avons déjà demandé, les ressources d’un laboratoire convenablement outillé.

Nous estimons même qu’il y aurait intérêt à stimuler le zèle dans les recherches, et nous avons proposé ailleurs qu’un crédit spécial, — qu’il faudrait bien petit pourtant ! et qui n’excèderait pas une vingtaine de mille francs, — permette d’envoyer chaque année dans les asiles et les cliniques de l’étranger un certain nombre de médecins adjoints qui se seraient distingués par leurs travaux personnels ou par leur activité dans les services dont ils seraient chargés.

11 semble bien en tous cas que l’avenir soit au concours unique.

« Les aliénés guéris et ceux dont l’état mental s’est suffisamment amélioré pour que leur sortie de l’asile où ils étaient en traitement puisse être autorisée, sont fréquemment exposés à se trouver dans des situations de nature à amener des rechutes. Ceux dont l’affection mentale avait eu pour cause l’abus des boissons alcooliques reprennent leurs habitudes anciennes s’ils sont livrés à eux-mêmes ; le plus grand nombre ne pouvant arriver à se procurer du travail, aussi bien à cause de leur état physique que de la méfiance dont ils sont l’objet, tombent dans une misère profonde.

» Il semble qu’un des moyens de remédier à cette situation serait de créer des établissements pour les malades des asiles reconnus guéris et pour ceux en voie d’amélioration dont la guérison complète s’obtiendrait plus rapidement, en ne se trouvant plus en contact avec d’autres aliénés. Ceux qui seraient admis dans ces établissements pourraient être autorisés à sortir pendant quelques heures par jour, et, tout en reprenant progressivement l’habitude de la liberté, ils chercheraient et arriveraient plus facilement à se procurer un travail suffisant pour vivre (1). »

Or il n’existe en France des sociétés de patronages pour les aliénés guéris que dans les départements du Finistère, de Meurthe-et-Moselle, du Nord et de la Seine. Et, d’une façon générale, on peut affirmer que les divers pays de l’étranger ne sont guère mieux pourvus.

Suivant la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette matière, l’idée du patronage des aliénés guéris daterait de 1842 et serait due à David Richard, directeur de l’asile de Stephansfeld. Bourneville a montré (2). que c’était là une erreur, puisque, dès 1841, M. Falret, médecin de la Salpêtrière et l’abbé Christophe, l’un des aumôniers de cet hôpital, avaient déjà créé une société de patronage.

Le nombre de ces sociétés est restreint en Angleterre. Dans le rapport auquel nous venons de faire allusion, le docteur Bourneville mentionne une « société de patronage pour les femmes convalescentes pauvres e' sans asile qui sortent des asiles d’aliénés (3). »

En Allemagne, certains asiles ont des fonds de secours. Il y a aussi des sociétés de patronage et de secours soit pour un asile, soit pour l’en semble des asiles d’une région.

(1) Rapport du Directeur de l’assistance et de l'hygiène publique au Ministre de l’Intérieur (in Recueil des travaux du Conseil supérieur de l’Assistance publique).

(2) Rapport au Conseil supérieur de l’Assistance publique (fascicule 35 des publications de ce Conseil).

(3) Tbe after care association for poor and friendless female convalescents on leaving Asylums for the Insane.

Encyclopédie d’hygiène. — V

En Autriche-Hongrie une société unique d’assistance existe pour les asiles de l’Empire.

En Italie vers 1875 un mouvement très vif s’est produit en faveur des sociétés de patronage pour les aliénés. Il s’est créé des sociétés à Milan, à Reggio, à Ferrare, à Yoghera (Pavie), à Imolesi, à Sienne, à Turin.

En Suisse, il y a des sociétés de patronage à Appenzel, Bâle, Lucerne, Berne, à Saint-Gall, à Thurgovie, à Zurich.

Cette question a occupé le Conseil supérieur de l’Assistance publique qui a manifesté son sentiment par le vote, après discussion, des résolutions suivantes :

Le conseil émet le vœu qu’il existe dans chaque département une ou plusieurs sociétés de patronage chargées de seconder les malades à leur sortie des établissements d’aliénés publics ou privés et que M. le Ministre de V Intérieur , dans une circulaire aux préfets, invite ceux-ci à favoriser par tous les moyens la création dé ces sociétés.

Les sociétés de patronage viendront en aide aux aliénés convalescents ou guéris, par les moyens suivants : secours en argent, en linge, en vêtements, outils ( ces secours peuvent être hebdomadaires , mensuels , trimestriels ) ; dégagement des objets mis au mont-de-piété ; paiement du loyer ; placement des malades dans des asiles de convalescence, dans des cottages intermédiaires entre l’internement et la vie libre, ou encore, s'il y a lieu, dans les hospices ; placement définitif dans les ateliers et les maisons de commerce , d'agriculture, etc...; surveillance de l’aliéné guéri dans la place où il est occupé.

Il y a intérêt à établir un lien entre les différentes sociétés de patronage.

Les sociétés de patronage pourront être autorisées à toucher le pécule de sortie de l’aliéné de façon ci le lui remettre en temps utile et au besoin par fractions.

ASSISTANCES DIVERSES

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