CLINIQUE
A déduire le montant de la subvention de l'État
Payé avec les ressources propres de l’établissement
TOTAL
Institution nationale des Jeunes- Aveugles. — Cette Institution, fondée en 1784 par Valentin Haüy, a été la première école d’aveugles qui ait été fondée dans le monde entier. Elle était d’abord située rue Coquillière, mais dès 1886 elle abandonnait son premier local pour aller rue Notre-Dame-des-Victoires. En 1791 un décret de l’Assemblée nationale décidait que le couvent des Célestins, situé près de l’Arsenal, serait affecté à l’établissement d’écoles pour les sourds-muets et les aveugles. Quatre ans plus tard nouveau déménagement des pauvres aveugles qui sont transférés rue des Lombards dans la maison des Filles de Sainte-Catherine : ce fut vers cette époque que par une loi du
28 juillet 1795 la Convention réorganisa l’Institution et lui donna le caractère d’une école professionnelle.
Depuis l’an IY les jeunes aveugles sont placés dans les attributions du Ministère de l’Intérieur ; depuis 1845 ils occupent leur local actuel, 51, boulevard des Invalides après avoir passé par deux autres locaux, celui des Quinze-Vingts à partir du 4 nivôse an IX et celui de l’ancien collège des Bons-Enfants, rue Saint-Victor, à partir de 1816.
L’établissement actuel, bâti par l’architecte Philippon, occupe un rectangle d’une superficie de 11,800 mètres, dont 3,500 occupés par des constructions. Il est serti dans un cadre formé par le boulevard des Invalides, la rue de Sèvres, la rue Duroc et la rue Masseran. Au milieu de la cour d’entrée s’élève un groupe, œuvre de Badiou, qui représente le fondateur de l’Ecole expérimentant ses procédés sur le jeune Le Sueur. Le fronton de l’édifice, dû au ciseau de Jouffroy, figure Haüy, inspiré par la Charité, présidant aux travaux d’enfants aveugles. Les constructions se composent d’un bâtiment central réservé aux services généraux et de deux ailes latérales symétriquement opposées : celle de droite attribuée aux garçons, celle de gauche occupée par les filles.
Deux pavillons distincts, qui occupent ensemble une superficie de 640 mètres, sont affectés au logement des professeurs. Le rez-de-chaussée de ces pavillons forme, dans chaque quartier, un vaste préau couvert dans lequel les élèves prennent leurs récréations en cas' de mauvais temps.
La chapelle et la salle des exercices publics embrassent le premier et le deuxième étage du corps central de l'édifice et peuvent être réunies ou séparées au moyen de grandes portières. Le chœur et la coupole de la chapelle ont été peints par Lehmann.
Les locaux sont distribués avec entente et largement aérés ; les classes, études, ateliers, réfectoires, dortoirs et infirmeries sont bien emménagés et chauffés par des calorifères à eau et à air.
Un vaste préau découvert, planté en quinconce, est attenant à chaque quartier.
Une salle de bains contenant trente baignoires et des appareils à douches permet de faire baigner les élèves au moins une fois tous les quinze jours.
Indépendamment de l’orgue d’étude à deux claviers manuels, un clavier pédestre et un système à pédales, qui se trouve dans chacun des quartiers, un grand orgue construit par la maison Cavaillé-Coll et qui comprend trente-six jeux, trois claviers à mains et un système à pédale est placé dans la salle des exercices publies. Il sert pour les études supérieures, pour le culte et pour les auditions.
Il y a dans le quartier des garçons, un atelier de tournage sur bois, un atelier de fileterie, un atelier de cannage et d’empaillage de sièges et un atelier d’accordage et entretien des pianos.
ASSISTANCES DIVERSES
Dans le quartier des jeunes filles, il existe un atelier de fileterie et de travaux de fantaisie (tricot, crochet, etc.).
L’Institutio^ possède aussi une imprimerie spéciale dans laquelle on édite un très grand nombre d’ouvrages (littérature ou musique) à l’usage des aveugles.
La bibliothèque de l’Institution se compose de 250 volumes en relief et de 1,600 volumes à l’usage des voyants.
L’Institution reçoit 150 garçons et 80 jeunes filles ; elle relève directement du Ministère de l’Intérieur.
Le directeur a sous son autorité, pour la surveillance de l’éducation et de l’enseignement, dans le quartier des garçons, un censeur ; et, dans le quartier des jeunes filles, une institutrice.
Il y a pour le service de santé un médecin et un dentiste ordinaires ; des médecins, un oculiste et un chirurgien consultants.
Les élèves sont admis de 10 à 13 ans.
La durée du cours d’études est de huit années pour les élèves musiciens et de cinq années po,ur les élèves qui ne peuvent apprendre qu’une profession manuelle.
Le prix de la pension est de 1,200 fr.
Des bourses sont entretenues dans l’établissement sur les fonds de l’État et sur ceux des départements. Ces bourses sont divisibles.
Une somme de 320 fr. doit être versée, à l’entrée de l’élève, pour la fourniture de son trousseau et son entretien pendant toute la durée de ses études.
L’Institution, à la fois école secondaire et école professionnelle, donne à ses élèves, avec les soins spéciaux d’éducation que nécessite leur état, les connaissances qui élèvent la pensée et mûrissent la raison, et un métier ou une profession qui doit les rendre indépendants. Elle est encore école normale pour la formation de ses professeurs, à qui elle confère les grades.
Outre Le Sueur, qui fut le premier élève d’Haiiy, Fournier, qui fut son collaborateur le plus distingué, Braille, qui compléta son œuvre en inventant l’écriture en points saillants, d’autres aveugles élevés à l’Institution ont acquis une honorable notoriété : Rodenbach exerça en Belgique, de 1832 à 1869, année de sa mort, le double mandat de bourgmestre et de député ; Pcnjon, lauréat du grand concours, chevalier de la Légion d’honneur, fut professeur de mathématiques au lycée d’Angers ; Montai se distingua comme facteur de pianos, et les perfectionnements qu’il apporta dans son industrie lui valurent la décoration de la Légion d’honneur; Foucaud, mécanicien habile, inventa divers appareils pour faciliter la correspondance épistolaire entre les aveugles et les voyants ; Gauthier, Roussel et Lebel, professeurs à l’Institution, ont laissé des compositions musicales sacrées et profanes , d’une grande valeur.
Dans un ordre moins élevé, mais qui témoigne aussi hautement du bienfait de l'instruction donnée aux aveugles, se trouvent les nombreux ouvriers et artistes sortis de l’Institution et rendus par elie à la vie utile et indépendante. Les élèves qui n’ont pu que faire l’apprentissage d’un métier vont généralement l’exercer dans leur famille ; ceux qui, plus heureusement doués, ont pu apprendre l’accord des pianos ou faire leurs études musicales, sont placés comme accordeurs, professeurs de musique ou organistes. On obtient pour les jeunes filles aveugles musiciennes des places dans les communautés religieuses, dans les ouvroirs et dans les pensionnats et écoles laïques.
L’accord des pianos fait actuellement vivre fort honorablement plus de deux cents anciens élèves ; quelques-uns même dirigent une maison de vente ou de facture de pianos.
Dix-sept églises importantes de Paris ont eu, ou ont encore des organistes formés à l’Institution. Un nombre considérable d’églises cathédrales ou paroissiales des départements ou de l’étranger ont pour organistes d’anciens élèves de l’Institution qui sont très estimés comme professeurs de musique. Deux élèves de l’Institution ont obtenu en 1886 et en 1888 les premiers prix de la classe d’orgue au Conservatoire de musique.
Une statistique que nous avions fait dresser au moment de l’Exposition de 1889, et qui ne comprenait malheureusement que 10 ans (1er janvier 1877-31 décembre 1886), donnait les résultats suivants. Sur 370 élèves ayant passé par l’Institution, mais parmi lesquels 188 seulement avaient été jusqu’au terme de leurs études, on comptait :
Organistes ou professeurs de musique 87
Professeurs et institutrices d’aveugles 7
Accordeurs de pianos . 53
Filetiers et filetières “. 18
Canneurs et empailleurs de chaises 12
Métiers divers 4
De plus, 17 aveugles n’exerçaient aucune profession, à cause de leur situation de fortune.
Dépenses. — Nous terminons ce qui est relatif à cet établissement national, en donnant le tableau de ses dépenses annuelles (1885).
Dépenses ordinaires :
Personnel
Administratif et médical
Enseignant
Servant
Pensions et secours de retraite
A reporter
ASSISTANCES DIVERSES
Matériel
Report
Chauffage et éclairage. .
Blanchissage
Couchage, habillement.
Mobilier
Entretien des bâtiments Dépenses diverses
Alimentation. . .
Pain
Vin
Viande. . .
Comestibles
Frais d’infirmerie et de pharmacie
Dépenses diverses
Dépenses extraordinaires
Total
A déduire : 1° la subvention de l’État
— 2° les subventions des départements.. .
Payé avec les ressources propres de l’établissement,
OO
CO
Ateliers d’aveugles de Marseille. — H y a douze ans que cette utile institution a été créée et que quelques philanthropes éclairés fondèrent à Marseille des ateliers où les aveugles viennent chaque jour travailler à quelques ouvrages de chaiserie, de vannerie, de brosserie, de menuiserie, de sparterie, pour lesquels ils reçoivent un salaire proportionnel. Si ce salaire n’est pas, en général, assez rémunérateur pour permettre à l’aveugle de vivre tout à fait de son travail, il permet à ceux qui l’assistent de ne fournir qu’un faible appoint. Ces aveugles sont libres, ils logent en ville, souvent dans des ménages d’ouvriers qui les prennent en pension. Quelques-uns sont mariés. Le salaire insuffisant qui correspond à leur travail réel est augmenté par les ressources de l’Assistance, ressources fournies par les contributions volontaires, par les dons et par les bourses fondées par divers départements.
Ces ateliers d’aveugles, dont le promoteur a été le docteur Nicati, sont installés depuis cinq ans dans un local très convenablement disposé qui a été construit aux frais de M. Gairard, alors membre du conseil municipal et juge au tribunal de commerce, sur un terrain également donné par lui. La construction est simple, mais non sans élégance. A l’entrée, se trouvent les magasins pour entreposer les produits fabriqués et pour la vente ; au-delà, les bâtiments se développent à droite et à gauche d’une cour. Un côté sert à emmagasiner les matières premières, qui ont une entrée spéciale: les ateliers sont de l’autre côté.
La société occupe une trentaine d’ouvriers aveugles. Le directeur est un aveugle, le placier-encaisseur, les contre-maîtres sont des aveugles.
Il y a des maîtres d'apprentissage et des professeurs les uns aveugles et les autres voyants. Les ressources annuelles de la société s’élèvent à 40,000 fr. environ.
C’est là un mode d’assistance par le travail qui est tout à fait digne d’intérêt ; c’est la substitution heureuse à la charité ancienne de l’assistance moderne qui, dans la main tendue pour l’aumône, a su mettre l’outil qui affranchit en partie l’aveugle, le relève dans sa propre estime, et lui fait comprendre l’utilité du travail et la dignité de la vie.
École Braille. — Cette école qui est aujourd’hui un établissement départemental, a été fondée en 1883 par la Société d' Assistance pour les aveugles dont le siège est aux Quinze- Vingts. Ouverte le 1er janvier 1883, à Maisons-Alfort, avec deux élèves seulement elle était bientôt transportée à Paris, 152; rue de Bagnolet, dans un local qui lui permit d’abriter les pupilles que lui confiaient la ville de Paris et le département de la Seine. Cet établissement fut à son tour reconnu insuffisant. D’ailleurs le Conseil général de la Seine prenait cette école à sa charge le 1er mai 1887 et décidait en 1888 de louer un local à Saint-Mandé. C’est là qu’est actuellement l’Ecole Braille, 7, rue Mongenot.
Située à l’entrée du bois de Vincennes, elle réunit à peu près toutes les conditions que les fondateurs de l’École Braille peuvent désirer pour un établissement naissant.
La superficie est de cinq mille mètres environ.
Elle a quatre cours, dont trois sont affectées au service des élèves et ouvriers divisés en grands, moyens et petits.
Les dortoirs spacieux et bien aérés ont à chaque extrémité un surveillant.
Deux infirmeries et une pharmacie y sont installées.
En fondant l’École Braille, la « Société d’assistance pour les aveugles et le Conseil général, en l’adoptant, se sont proposé de combler une lacune et d’offrir à l’aveugle le moyen de suffire à peu près seul à son existence, sans recourir à la mendicité.
La Société et le Conseil général de la Seine n’ont pas voulu imiter leurs devanciers et se contenter de créer un asile, une école, une institution qui serait pour l’aveugle un aide et un secours temporaires. Ils ont cherché à devenir pour toujours les tuteurs de ces déshérités.
Après avoir reçu l’enseignement primaire, l’enfant aveugle passe à l’atelier où il exerce le métier dont il a fait l’apprentissage pendant les sept années précédentes.
A l’atelier, il est considéré comme un ouvrier, et il doit, par son travail solder toutes ses dépenses. — Toutefois, le Conseil général consent à venir à son aide, parce qu’il l’oblige, jusqu’à sa majorité, à passer deux heures par jour à l’école d’adultes, et il alloue au jeune ouvrier, encore inhabile, une petite subvention calculée d’après ses mérites.
ASSISTANCES DIVERSES
Pour établir ses calculs, l'Ecole fait tenir des feuilles de travail dont les résultats mensuels sont portés sur le livret de l’ouvrier.
Ces feuilles quotidiennes indiquent, avec les heures de présence passées à l'atelier, la nature du travail exécuté, sa valeur et, en regard, présentent le prix de la matière première employée.
Elles permettent à la Direction de contrôler exactement la comptabilité en matières et de guider sûrement le jeune aveugle en ne lui adressant que les éloges ou les reproches qu’il aura mérités.
Les matières premières sont livrées à titre d’avance à V ouvrier par V Administration de V Ecole, qui se charge d' écouler les produits fabriqués par l’aveugle.
L’instruction primaire et professionnelle est donnée aux enfants âgés de six à treize ans.
Le programme d’études comporte :
La lecture et l’écriture en points saillants d’après le système Braille, l’orthographe, le calcul, l’étude des objets usuels par la manipulation et les leçons de choses, la géographie d’après des cartes spéciales créées à l’Ecole, les récits les plus saillants de notre histoire nationale, la biographie des grands hommes, les exercices de récitation, les explications des mots, la musique.
A treize ans, après examen, l’atelier leur est ouvert. Jusqu’à leur majorité, ils doivent chaque jour, à l’Ecole, suivre les cours d’adultes. — A la majorité, ils donnent tout leur temps à l’atelier.
Des dortoirs spéciaux reçoivent les enfants et les adultes.
Pour l’avenir, la Maison se propose de mettre des logements pour célibataires, mariés ou sans famille, à la disposition des ouvriers majeurs qui n’acceptent pas la vie en commun. Le mobilier des logements est la propriété de l’aveugle.
Les ouvriers majeurs ne seront pas tenus de prendre leurs repas aux réfectoires. Ils pourront, à leur gré, faire leur cuisine chez eux ou prendre leurs aliments à la cantine de l’établissement.
L’ouvrier ne quitte la maison que lorsqu’il est devenu incapable de travailler. Il est alors placé dans un établissement spécial, s’il n’a pu amasser un pécule pour protéger sa vieillesse. L’établissement peut recevoir 150 élèves ou ouvriers des deux sexes.