DE\LA DÉS
ARTICLE I. - DES DÉSINFECTANTS.
Nous ne saurions entrer dans de longs détails sur les nombreux désinfectants qui, à toute époque et dans tous les pays, ont été vantés comme infaillibles, puis combattus et déchus de leur réputation. Cette étude serait fort instructive assurément et pleine- d’intérêt, mais elle est trop vaste pour être faite ici avec son complet développement.
11 est cependant nécessaire, pour avoir confiance dans la désinfection, d’avoir une idée nette de la valeur des moyens qu’on emploie, des avantages et des inconvénients qu’ils offrent. La désinfection ne peut pas être à l’heure présente une opération empirique, telle qu’elle le fut jadis ; elle est scientifique, il ne faut pas l’oublier et doit dès lors être connue dans tous ses éléments.
Mais, précisément parce qu’elle est et doit être scientifique, la désinfection procède par tâtonnements , par recherches successives , par contradictions même et la discussion en ces derniers temps a été, il faut le reconnaître, particulièrement ardente et soutenue. Non seulement elle s’est faite sur tous les agents liquides ou gazeux déjà usités, mais aussi sur des corps nouvellement découverts et dont les propriétés antiseptiques ou désinfectantes étaient révélées par les recherches de laboratoire et les études bactériologiques ; elle a pris un développement considérable dans tous les pays et il est difficile de condenser en quelques lignes cette œuvre énorme, ce labeur de tant de savants.
Nous ferons deux parts à l’étude des désinfectants : dans la première, que nous appelons période expérimentale, nous voulons rapidement passer en revue les désinfectants, les procédés de désinfection ou les appareils qui ont été mis en œuvre dans les pays où la prophylaxie morbide a eu quelque intérêt sérieux ; dans la seconde, période actuelle, nous établirons lesquels, parmi ces désinfectants et ces appareils, ont survécu à ce labeur expérimental, à la critique scientifique et raisonnée et peuvent être acceptés comme efficaces et concourir à constituer le matériel sanitaire indispensable à la technique de la désinfection.
§ I. Période expérimentale. — Dans l’étude des désinfectants, il serait assez juste de reconnaitre que la période expérimentale est la plus vaste, puisqu’elle n’est pas close pour un grand nombre d’agents journellement employés. Nous ne pouvons même pas ici les passer tous en revue et nous nous restreindrons aux plus usuels, aux plus connus : pour ceuxlà, nous nous ferons un devoir de tenir compte des travaux passés et sur ce point, l’ouvrage très remarquable de Yallin (1) nous viendra en aide
(1) Vallin. — Traité des désinfectants et de la désinfection , 1882.
en nous permettant de réduire notre examen aux expérimentations faites postérieurement à la publication de son livre.
I. Agents gazeux. — Acide sulfureux. — Parmi les désinfectants usuels, l’acide sulfureux tient assurément un des premiers rangs. Vallin, après avoir relaté avec beaucoup de soin les expériences de Jalan de la Croix, de Dougall, de Bacter, de Sternberg, de Gartner et de Schotte, de Wernich, de Melhausen, de Petenkofer, de Czernicki, de Wolffliügel et aussi les siennes propres, disait dans son livre (1882) « M. Wolffliügel conclut de ses expériences que l’acide sulfureux, même à la dose de 10 volumes par 100, dose qu’il est déjà très difficile d’atteindre dans la pratique est un désinfectant qui ne donne pas de sécurité surtout quand les objets suspects ne sont pas complètement humectés d’eau.
» Contre des expériences bien faites, on ne peut rien objecter. Toutefois nous ferons remarquer que la résistance extraordinaire que l’on constate aux doses très élevées d’acide sulfureux est surtout le fait de spores qui ne sont nullement pathogéniques : spores de bacillus sublilis du foin, de la terre de jardin, etc. ; au contraire, les spores charbonneuses sont généralement détruits beaucoup plus facilement. Ce sont ces derniers éléments qui nous intéressent le plus et il n’est pas prouvé que les proto-organismes, pathogéniques aient la mêmerésistence extraordinaire à l’action de l’acide sulfureux. D’autres expériences démontrent heureusement que l’acide sulfureux, à doses moyennes, détruit Pinoculabilité de beaucoup de virus. C’est là un fait à retenir; il ne faut pas, en raison de certaines exceptions que nous ne contestons pas trop, rabaisser la valeur désinfectante de l’acide sulfureux qui est en réalité l’un des agents les plus efficaces, les plus économiques, les plus facilement applicables que nous connaissions».
En 1884, M. Dujardin-Beaumetz, chargé par la préfecture de police d’organiser à Paris le service de désinfection applicable aux cholériques dans l’épidémie qui venait de se déclarer en France, reprend la question de l’acide sulfureux et étudie avec MM. Pasteur et Roux, à l’hospice Cochin, la valeur désinfectante de cet agent. Il communique à l’Académie de médecine (1) le résultat de ses recherches : « Ces recherches, dit-il, nous parurent plutôt favorables que défavorables. Nous vîmes les tubes contenant des cultures de micro-organismes ou de la lymphe vaccinale, stérilisés par la combustion de 20 grammes par mètre cube et que la combustion de 40 grammes détruisait la virulence du vaccin desséché. Cependant, même à la dose de 20 grammes par mètre cube, les bactéries charbonneuses dans un bouillon de culture n’étaient point stérilisées. Les tubes étaient introduits dans l’intérieur même d’un matelas placé dans la chambre où nous faisions nos expériences et nous pûmes ainsi juger de l’extrême force de pénétration de l’acide sulfureux (2) ».
(1) Bulletin de l’Académie de Médecine , 9 septembre 1884.
(2) Conférence faite à l’hôpital Cochin.
DE LA DÉSINFECTION
En 1885, Sternberg, de Baltimore, dont les intéressants travaux avaient été toujours suivis, fait de nouvelles expériences (1) à l’occasion de la désinfection des balles de chiffons et semble assez disposé à renoncer à l’acide sulfureux quand les objets souillés contiennent des corpuscules, germes ou spores parce qu’on n’a jamais la certitude de les avoir détruits ; il pense que c’est moins l’abondance du gaz qui fait son succès que la réunion de certaines conditions indispensables telles que la minceur de la couche superficielle à désinfecter, l’humidité du local, etc.
Richard, avant de présenter un rapport sur la désinfection, au Congrès de Vienne, consulte la Société de médecine publique, qui se dérobe un peu, il faut l’avouer* et ne veut pas prendre parti. Cependant, de la discussion et après l’intervention de MM. Ollivier, Richard, et surtout Vallin, il semble que l’acide sulfureux ne doive pas être abandonné, comme l’ont fait l’Office sanitaire de Berlin et même la Conférence sanitaire internationale de Rome (1885) et qu’il peut être efficacement utilisé dans la désinfection de grands locaux habités, les casernes, par exemple, quand il s’agit d’arrêter le développement d’affections bénignes. « Gardons-nous donc de nous laisser aller à la réaction exagérée qui se produit en ce moment en Allemagne contre l'acide sulfureux ; il ne détruit pas les spores, il ne désinfecte que les surfaces exposées : dans ces conditions restreintes, il peut rendre encore de grands services ; on aurait tort de s’en priver. Vallin ».
Vint le Congrès de Vienne; MM. Richard, Lôffler et Dobroslavine, rapporteurs, conclurent au rejet des fumigations en général, et en particulier des fumigations sulfureuses. M. Janssens (de Bruxelles) s’en fit le défenseur, mais sans succès, et les conclusions des rapporteurs furent adoptées. M. le docteur Dujardin-Beaumetz n’en continue pas moins sa campagne en faveur de l’acide sulfureux. Il présente, en 1889, à M. le Préfet de la Seine, au nom du Conseil de salubrité de la Seine, un rapport où il réunit les expériences faites sous sa direction, par MM. Dubief et Brühl. M. le docteur Gaillard s’associe également à leurs travaux, qui sont purement expérimentaux et destinés à mettre en relief les avantages ou les défauts de l’acide sulfureux comme microbicide. M. le docteur Thoinot présente au Comité consultatif d’hygiène publique, en 1891, une étude sur l’acide sulfureux. Au point de vue expérimental, M. Thoinot s’est placé dans des conditions différentes des autres expérimentateurs et se rapprochant de la pratique usuelle. Les microbes étudiés furent : — Vibrion septique; charbon symptomatique; charbon bactéridien; morve; tuberculose ; fièvre typhoïde ; choléra asiatique ; diphtérie ; farcin du bœuf de la Guadeloupe, — se classant en deux groupes.
L’un de ces groupes — VS. Ch. S. Ch. B. — résiste absolument à l’acide sulfureux, et même à l’acide sulfureux dégagé à dose très haute
(I) Medical news of Philadelphie, 28 mars 1885.
avec longue prolongation d’action. Les microbes de l’autre groupe peuvent, d’une façon générale, être tués par l’acide sulfureux ; ils le sont à des doses variables — variables avec l’espèce microbienne et avec la nature de la matière virulente ; — mais la dose de 60 gr. de soufre par m3, avec exposition de 24 heures, donne une certitude absolue pour ces microbes : morve, tuberculose, fièvre typhoïde, diphtérie, choléra asiatique , farcin du bœuf de la Guadeloupe.
Et il conclut ainsi son travail : « La désinfection par l’acide sulfureux ne sera à rejeter que lorsque partout on disposera d’appareils plus perfectionnés, tels que les étuves à vapeur humide sous pression. En attendant, il ne faut contester ni la valeur scientifique de cette pratique pour certains cas déterminés , ni les services signalés qu’elle est à même de rendre en temps de grande épidémie, telle qu’une épidémie cholérique, soit à la ville, soit surtout à la campagne, où, facilement, promptement organisée, peu coûteuse, elle pourra être un moyen prophylactique de premier ordre. La formule à retenir est, à mon avis, la suivante : « la désinfection par l’acide sulfureux n’est qu’une pratique d’attente, mais c’est une bonne pratique d’attente, et c’est une faute de la méconnaître ».
M. le docteur Gassedebat travaillait, de son côté, au laboratoire du professeur Rietsch, à l’École de médecine de Marseille, et faisait des recherches sur l’action de l’acide sulfureux sur les microbes pathogènes ; il a publié dans la Revue d’ Hygiène (1891), un intéressant travail dont la conclusion est encore moins favorable à l’acide sulfureux que celle du docteur Thoinot : « L’acide sulfureux, dit-il, aux plus hautes doses qu’il soit possible d’atteindre dans la pratique, même en saturant l’air d’humidité , est un antiseptique trop inconstant pour le préconiser dans la désinfection des virus étudiés ». Savarelli, à la suite d’expériences très précises, publiées dans le Journal de la Société italienne d’hygiène, déclare aussi que ce procédé n’empêche pas d’ordinaire le développement ultérieur des cultures.
C’en est assez au point de vue expérimental, pour montrer que l’acide sulfureux a une efficacité contestable, sans compter les ennuis que la désinfection par ee procédé occasionne au public, et que l’un de nous a exposés (1) à propos des services de désinfection à Paris.
b. Chlore. Brome. — Le chloré et le brome ont été, depuis longtemps, expérimentés comme agents désinfectants gazeux. Vallin, après l’examen des faits connus, n’accorde qu’une confiance médiocre à leur action, et cependant regrette que les expériences ne soient pas plus nombreuses, qu’elles n’aient pas été contrôlées par d’autres observateurs, et qu’elles ne fassent pas connaître à quel degré de dilution s’arrête le pouvoir neutralisant du chlore. Il s’effrayait, avec juste raison, des doses expérimentales employées pour détruire la virulence de certains liquides , et auxquelles la matière organique ne pouvait résister.
(1) DrA.-J. Martin, Seciété de Médecine publique (18921.
DE LA DÉSINFECTION
Fischer et Proskauer (1) ont entrepris de nouvelles expériences , et leurs conclusions ne sont pas faites pour inspirer une grande confiance :
« 1° L’action est très superficielle ; elle ne se produit que sur les objets bien découverts et bien exposés, et encore souvent est-elle limitée dans la couche la plus superficielle. C’est là un caractère général qui résulte de toutes les expériences, soit en flacons, soit dans l’espace plus vaste dont il a été question.
» 2° L’action est incertaine ; elle exige une saturation complète de l’atmosphère et une humidité marquée des objets à désinfecter. Ces deux caractères sont en rapport avec la théorie qui attribue l’effet désinfectant du chlore à ses propriétés oxydantes.
» 3° La désinfection par le chlore est extrêmement difficile à mettre en pratique, à cause de la difficulté de l’occlusion hermétique des locaux, de l’inégale répartition des gaz, etc.
» 4° Elle est dangereuse porir le personnel et nécessite les plus grandes précautions pour éviter des accidents du côté des voies respiratoires.
» 5° Elle est inapplicable à une foule d’objets : par exemple, à tous les vêtements, les objets métalliques, les tapis, les tentures, etc.
» 6° Elle est coûteuse; la quantité nécessaire peut être évaluée par mètre cube à 0 k". 23 de chlorure de chaux et à 0 kB. 33 d’acide chlorhydrique, ce qui représente environ 0 fr. 20 et ne laisse pas de représenter une somme considérable pour les locaux ordinaires. »
Le docteur Avtandiloff fait dans le laboratoire du professeur Dobroslavine (Moscou), des expériences sur la vapeur comparative du gaz à l’état sec ou humide, et conclut en faveur de ce dernier.
Enfin Geppert étudie le chlore sous différentes formes (2). (Arnould résume cette étude dans la Revue d'hygiène (1889), et il faut reconnaître que ces expériences sont bien dignes d’attirer l’attention). C’est d’abord à l’état d’eau de chlore, puis à l’état naissant même, à l’état gazeux. Geppert fait une remarque pratique de la plus haute importance ; c’est que les corps solides qui peuvent réclamer la désinfection se partagent en deux classes : les uns capables d’absorber, les autres à surface imperméable. Ces derniers ne sont pas si faciles à désinfecter qu’on le croirait dès que la matière infectieuse les revêt d’une couche, si mince soit-elle. Le meilleur désinfectant est celui qui résoudra cette couche. Or, le chlore est employé dans l’industrie pour dissoudre les impuretés dont l’eau et le savon ne viennent pas à bout. Et, en résumé, c’est presque une réhabilitation du chlore que le savant expérimentateur de l’Institut pharmacologique de Bonn tente ; mais comme le fait judicieusement observer Arnould il manque encore le moyen de rendre maniable, en pratique, ce parasiticide
(1) Office sanitaire allemand (1884), Revue dUggiène.
(2) Recherches expérimentales sur les agents et les procédés de désinfection, par le docteur Geppert. Berliner klin. Wochenschrift, 1889, n° 36 et 1890, n° 11.
merveilleux, mais dangereux et horriblement incommode, le chlore. Geppert ne l’a pas donné. Le trouvera-t-on ? Le dernier mot n’est peutêtre pas dit dans ce sens.
II. Agents liquides. — Après les corps gazeux, nous devons étudier les substances qui, sous forme de solution, ont été expérimentées comme désinfectants. Nous retrouverons là des corps de composition très variable, acides ou sels, dont l’énonciation est longue. Nous ne nous arrêterons qu’aux plus importants.
A. Acide phénique. — Les résultats obtenus dès le début de l’antisepsie chirurgicale, particulièrement les travaux de Lister appellent l’attention sur l’acide phénique comme désinfectant.
Dougall, Parkes avaient, nous le savons, montré que l’acide phénique était un antiseptique sûr, mais un désinfectant incertain puisqu’il ne détruisait pas la matière organique. Koch, pour l’Office sanitaire allemand, concluait de ses expériences que la solution à 5 0/0 ne produit d’effet que lentement, au bout du deuxièmejour, mais que l’action est rapide et sûre pour les microbes dépourvus de spores. M. Miquel ne lui assigne qu’un rang moyen dans la classification qu’il établit parmi les antiseptiques (1). Cependant, d’après MM. Gartner et Kuemell (2) l’action destructive des microbes serait incontestable puisque parmi tous les organismes pathogènes observés : coccus du pus, micrococcus prudigiosus et tétragenus, bacilles de l’érysipèle, du sang de rate, de la fièvre typhoïde, de la morve, de la diphtérie, tous sont détruits au bout de 1 à 5 minutes de contact avec une solution aqueuse d’acide phénique à 1 pour 100 ; seuls, les microorganismes de la fièvre typhoïde manifestèrent la plus grande résistance. Enfin, plus près de nous en 1891, MM. Remouchamps et Sugg de Gand, dans leurs recherches comparatives entre l’acide phénique, la créoline et le lysol, trouvaient que ces produits avaient des propriétés désinfectantes peu différentes et que leur action était généralement lente sur les spores libres, le lysol et la créoline étaient même un peu supérieurs à l’acide phénique sur les bouillons de culture. Mais en revanche celui-ci, est bien plus toxique puisque, d’après les mêmes expérimentateurs, il tue un lapin à la dose de 0,30 par kilog., tandis qu’il en faut 1,10 de créoline et 2,20 de lysol pour la même quantité.
L’expérimentation, d’une manière générale, est donc favorable à l’acide phénique et de fait, les Allemands lui donnent assez volontiers la préférence comme solution désinfectante ; mais sa toxicité n’est pas sans inconvénients, les empoisonnements involontaires ont été, par lui, assez nombreux ; sa causticité est en outre bien connue en antisepsie chirurgicale. Son odeur pénétrante est incommode et fait obstacle souvent à son application dans la désinfection des locaux habités.
(1) Annuaire Montsouris, 1884.
(2) Semaine médicale , 1885.
DE LA DÉSINFECTION
B). Sels de mercure, sublimé. — D’après les expériences de M. Miquel les sels de mercure — bi-iodure et bi-chlorure de mercure — seraient les plus actifs des antiseptiques, le premier même étant de beaucoup supérieur au second ; tandis, en effet, que le sublimé rend la vie des microbes impossible dans le bouillon de bœuf à la dose de 1 gramme pour 14 litres; le bi-iodure produit le même effet à une dose trois fois moindre. Ces propriétés désinfectantes remarquables n’étaient point ignorées des expérimentateurs. Wernitz (1) sur les ferments non figurés, Da vaine (2) pour la maladie charbonneuse avaient obtenu des résultats très probants et à des doses tellement diluées que la toxicité n’était plus même en cause. Yallin considérerait le sublimé comme l’antisepti que par excellence (3), si sa toxicité ne limitait pas singulièrement ses applications pratiques. Dans les très remarquables études du laboratoire de l’Office sanitaire allemand, Koch range le sublimé dans les substances actives et il constate qu’il détruit les spores non seulement dans l’eau, mais aussi dans le sang et les solutions de peptones, ce que ne font pas pour ces derniers milieux des agents énergiques tels que le chlore, le brome, l’iode. Ces quatre substances, chlore, brome, iode, sublimé étaient à ce moment (1882) déclarées par l’Office sanitaire allemand les seuls désinfectants réels pouvant détruire les spores ; l’emportant sur les autres par sa facilité d’administration , le sublimé pouvait déjà être considéré comme le désinfectant le plus satisfaisant. Les solutions à 1/5000 et a fortiori à 1/1000 étaient démontrées capables de détruire en quelques minutes simplement par le spray ou le lavage les microbes les plus résistants. Mais l’expérimentation montrait aussi un des inconvénients du sublimé qui, coagulant l’albumine dans les substances organiques et les déjections albumineuses, le rendaient impuissant ou incertain dans tous ces cas comme désinfectant. Le docteur Laplace de la Nouvelle-Orléans entreprit à l’Institut d’hygiène de Berlin, sur les indications de Koch, une série de recherches et démontra que l’addition d’acide chlorhydrique aux solutions de sublimé faisait disparaître cet inconvénient; à l’acide chlorhydrique on peut substituer l’acide tartrique, plus cher, mais moins dangereux pour les tissus.
La même constatation était faite au sujet de l’acide phénique impur du commerce. Fait très remarquable, tandis qu’en faisant agir séparément l’acide phénique impur du commerce et l’acide chlorhydrique sur des spores charbonneuses obtenues par cultures sur des pommes de terre, on ne détruisait pas leur virulence même au bout de 30 jours, une solution aqueuse renfermant 2 0/0 d’acide phénique impur et 1 0/0 d’acide chlorhydrique anéantissait la virulence des mêmes spores au bout de 7 jours.
(1) Ywan Wernitz, Ueber die Wirkung der antiseptie auf ungefomrte fermente. — Dorpat,
(2) . Davaine, Bulletin de l’Académie de Médecine , 1880.
(3) Traité de la désinfection (p. 115).
Ces résultats rendront désormais l’application facile des solutions phéniquées et mercurielles et en assureront le succès. L’antisepsie médicale et chirurgicale en tire également profit en associant l’acide tartrique aux solutions de sublimé pour les usages journaliers et le pansement des plaies.
Le sublimé semblait donc inattaquable en ses positions expérimentalement acquises et même sa toxicité avait été, elle aussi, déclarée illusoire par les épreuves faites un peu partout et particulièrement dans les grands établissements de la Louisiane lorsque assez récemment en 1890 le docteur Geppert de Bonn a fait de nouvelles recherches dont les résultats assez inattendus nous ont été appris par Arnould (1) et dont l’importance serait considérable si les procédés d’expérimentation du chimiste allemand sont irréprochables. La question est trop grave pour que nous ne citions pas quelques-uns des résultats constatés.
« Des spores charbonneuses, soumises à l’action de la solution de sublimé au 1/1000, ne donnèrent plus de culture au bout de 3 à 7 minutes, en opérant selon les procédés connus. En ajoutant du sulfliydrate d’ammoniaque à l’eau de lavage, on eut toujours de riches cultures après une désinfection de 15 minutes de durée. Au bout d’une demiheure seulement, le nombre des colonies obtenues diminua, mais s’élevait encore à quelques douzaines. Même quand l’action du sublimé a duré une heure, il est rare qu’on ne puisse obtenir deux ou trois colonies et une fois sur cinq expériences, l’auteur en fit apparaître une après une désinfection de 24 heures.
« Avec la solution à 2/1000, on a encore de très riches cultures au bout d’une heure. Les colonies se forment jusqu’après une désinfection de 6 à 12 minutes par la solution au 1/1000. L’addition au bichlorure d’acide tartrique, phénique, salicylique, etc., diminue assez peu le nombre des colonies.
« Mais le chiffre de celles qu’on obtient dans les cultures successives diminue comme la durée de la désinfection se prolonge. Il y a donc parmi les bactéries, des individus plus résistants que d’autres ; ainsi que le prouvait déjà l’épreuve de Koch par l’eau bouillante sur les spores charbonneuses. Il y en a de tuées après quinze secondes d’ébullition ; d’autres ne le sont qu’après trente secondes. Quelques-unes résistent jusqu’à deux minutes.
« Toutes les expériences ont montré que, dès que les spores ont passé quelque temps dans le sublimé, elles ne croissent plus sur un milieu nourricier très légèrement additionné de bichlorure mercurique. En revanche, des cultures normales de charbon se développent parfaitement dans ce milieu, même quand elles ne renferment que des spores
(1) Arnould, Revue d’hygiène, 1890. Recherches expérimentales sur les agents et les procédés de désinfection par Geppert de Bonn.
DE LA DÉSINFECTION
et joints de bacilles. Les spores qui ont passé quelque temps dans le sublimé ne germent plus sur une matière nourricière et sur laquelle des spores normales se développent encore très bien. »
Lorsque des expérimentateurs sont arrivés à des résultats contraires, par exemple en inoculant des fragments de fils, primitivement imprégnés d’une culture charbonneuse, puis passés au bichlorure, mais non lavés au sulfure d’ammonium, Geppert est persuadé qu’on a introduit chez l’animal le désinfectant avec la matière virulente. Dans un cas, le sublimé est retenu sur son support ; dans l’autre il en est absolument écarté.
Il faudrait donc tenir compte non seulement de la résistance des spores, résistance évidemment variable, mais encore de la puissance d’absorption des corps. Lorsque celle-ci est nulle, comme dans les expériences de Geppert où il s’agit d’aiguilles d’acier ou de supports de verre, le résultat est absolument négatif.
Il fallait signaler ces faits qui tendent peut-être moins à faire déchoir le sublimé du rang où il était placé qu’à expliquer en définitive son mode d’action. Peut-être des études nouvelles sont-elles nécessaires ? Mais cet exemple prouve combien la question est difficile et à quel point il faut être prudent pour déclarer close la période expérimentale en ce qui concerne les désinfectants.
G. Sels de cuivre , de fer, de zinc. — Après les solutions phéniquées et mercurielles, nous trouvons des désinfectants sur lesquels l’opinion est encore moins faite ou bien moins favorable. Les sels métalliques ont joui autrefois d’une certaine réputation que leur propriété de désodorants leur fit accorder, mais comme désinfectants, l’expérimentation ne leur a pas été très favorable. Cependant M. Miquel fait ùne exception pour le cuivre. Le chlorure de cuivre arrête la putréfaction du bouillon à la dose de 1 pour 4000, le sulfate, à 1 pour 1000. Malheureusement les solutions saturées de sulfate de cuivre sont impuissantes à détruire les spores des bacilles communs. M. Miquel conseille d’ajouter à la solution de sulfate de cuivre 2 pour 100 d’acide sulfurique ou azotique.
M. Rohart (1) a fait quelques recherches sur le sulfate de sesquioxyde de fer et aurait obtenu de bons résultats avec une solution à 1 pour 100 et môme 200 ; d’une part il ne s’agit pas là du sulfate de fer ordinaire, protosulfate, qui est rejeté assez loin par M. Miquel, comme valeur antiseptique, de l’autre les recherches ne portent que sur la conservation en vase ouvert de matières organiques et non sur la destruction de virus.
Parmi les sels de zinc, le chlorure de zinc a été recommandé comme antiseptique puissant ; M. Miquel le range parmi les substances fortement antiseptiques ; le docteur Kocher de Berne le conseille de préférence à l’acide phénique en solution étendue, 2 pour 1,000. Mais Koch
(1) Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 1883.
752 HYGIÈNE ÏIO&PITALIÈRE ET ASSISTANCE PUBLIQUE.
démontre que les solutions au millième n’impressionnent même pas le micrococcus prodigiosus ; des solutions beaucoup plus fortes à 5 pour 100 n’ont nullement retardé le développement des spores charbonneuses au bout d’un mois de contact. On n’en peut donc tirer comme désinfectant le même parti que comme antiseptique chirurgical. C’est le moins qu’on puisse penser.
D. Acides. — Les acides fournissent à coup sûr des désinfectants puisqu’ils sont essentiellement destructeurs de la matière organique, mais il s’en faut de beaucoup qu'ils jouissent d’une action sûre et égale sur les bacilles et les spores. Pour Koch les acides chromique, picrique, cyanhydrique auraient une action efficace, tandis qu’il faudrait ranger à côté de l’acide phénique et même après lui les acides borique, salycilique, benzoïque, chlorhydrique. Les expériences de M. Miquel ne s’éloignent pas beaucoup de celles faites à l’Office sanitaire allemand, puisqu’elles font ranger dans les très fortement antiseptiques les solutions d’acide osmique, d’acide chromique, d’acide cyanhydrique, seulement dans les fortement antiseptiques , celles d’acides salicylique , benzoïque , picrique, thymique, sulfurique, azotique, chlorhydrique, phénique, oxalique, tartrique, citrique ; l’acide borique ne serait que dans les modérément antiseptiques. M. Miquel a constaté que l’acide sulfurique à 1 pour 50 et l’acide azotique à 1 pour 100 tuent dans l’espace de quelques jours les spores des bacilles réputés les plus réfractaires à la chaleur et aux substances corrosives.
E. Désinfectants divers. — Enfin et sans qu’il nous soit possible d’énumérer la longue liste des substances qui ont été expérimentées comme antiseptiques ou comme désinfectants, citons les recherches faites sur quelques-unes d’entre elles. Klein expérimente certains acides et sels dérivés du phénol. C’est le phénol sulfonaté des Anglais et l’acide orthoxyphenilsulfureux de Vigier, Aseptol de Gautrelet et les résultats sont assez peu avantageux. Il obtient de meilleurs effets non pas sur les spores charbonneuses, mais sur les bacilles charbonneux du sang ; de beaucoup moins bons sur le virus du rouget du porc, de nuis sur le bacille tuberculeux.
Le salol (salicylate de phényl), vanté par le docteur Sahli, a été expérimenté par M. Périer à Lariboisière, et doit être considéré comme un bon antiseptique, préférable dans la pratique chirurgicale à l’iodoforme, en raison de l’odeur persistante de ce dernier.
Yan Ermenghem a particulièrement étudié la créoline, dont Esmarck et Gruber prônèrent les mérites désinfectants. La créoline est un produit complexe, industriel, dont la composition n’est pas même nettement déterminée, et qui deviendrait très variable suivant les procédés de fabrication ou les maisons commerciales le fournissant. C’est un liquide épais, sirupeux, gras au toucher, brun-noirâtre, de réaction faiblement alcaline, ayant une odeur de goudron de houille ; il forme avec l’eau une
DE LA DÉSINFECTION
émulsion très homogène ayant l’aspect du lait, quand la solution est à 2 ou 3 °/0, et de café plus ou moins foncé, quand il est en solution concentrée. Les chimistes allemands Neudorfer, Esmarck, Max Kordirin, en vantent les avantages dans la pratique hospitalière. Les expériences de M. Yan Ermenghem tendent à prouver que la crêoline est un antiseptique de premier ordre, manifestement supérieur à l’acide pliénique, et comparable seulement au sublimé.
De la crêoline, il faut rapprocher le lysol, particulièrement étudié par Gerlach, Schottelius et MM. Remoulenq et Sugg, et aussi le cresyl, étudié par M. Nocard (1).
Le lysol est un phénol supérieur, rendu soluble par les alcalis, mais au lieu de former, comme la crêoline, une émulsion opaque, il est parfaitement soluble dans l’eau. C’est un liquide épais, brun-clair, dont le poids spécifique est de 1,0’42. Sa réaction est alcaline; il renferme 4,5 % de bases ; il ne contient que des traces d’acide pliénique ; les phénols supérieurs s’y trouvent dans la proportion de 47,7 °/0, et sont constitués presque exclusivement par des crésols. Il mousse à la façon des lessives, et participe à la fois des propriétés d’un antiseptique et de celles de savon. Il a donc l’avantage d’imprégner facilement et rapidement les tissus mis en contact avec lui.
Le crésyl est extrait de la créosote de houille ; c’est un produit très complexe, mais surtout riche en acide crésylique (50 %) et en naphtaline (20 %)■ H est, dit M Nocard, éminemment antiseptique, et comme il est miscible en toutes proportions à l’eau, comme il coûte moins cher que l’acide pliénique, comme surtout il n’est pas toxique, il semble destiné à remplacer la plupart des antiseptiques utilisés jusqu’ici en médecine et en chirurgie. Frohner (de Berlin), Esmarck et Eisemberg, Lichtwitz, Delplanque, etc., ont également reconnu ses propriétés antiseptiques puissantes. Au marché aux bestiaux de la Villette, on l’emploie à la dose de 1/2 % pour les voies de circulation, et de 1 % pour la porcherie et les parquets de vente.
Crésols. — Hans Haunner (2) a fait des recherches intéressantes sur les crésols, leurs propriétés antiseptiques. L’importance que prennent depuis ces dernières années ces produits, dont l’usage tend même à se généraliser, appelle l’attention sur ces solutions savonneuses, complexes, d’un maniement facile. Le docteur Heyden a montré que par l’addition du crésol à une solution aqueuse, concentrée de salicylate de soude, on obtenait des mélanges solubles dans l’eau en toutes proportions. Dans cette combinaison, les deux corps principaux peuvent être remplacés par des corps analogues, sans changer le résultat. L’ortho, le para, le métacrésol peuvent être employés indifféremment, soit séparément, soit
(1) Recueil de Médecine vétérinaire , 1888.
(2) Arch. fur Hygiene, 1891 ; Revue d’Hygiène, 1892.
Encyclopédie d'Hygiène. — V. 48
mélangés à des phénols à point d’ébullition élevé ; de même le salicylate de soude peut être remplacé par le salicylate de potasse, de chaux, d’ammoniaque, et les sels de tous les orthobenzolcarboniques. Haunner a voulu établir le degré d’efficacité de ces différents crésols. Les résultats de ses recherches faites avec les spores charbonneuses, montrent que le mélange d’ortho-para-métacrésol l’emporte sur toutes les autres combinaisons par ses propriétés désinfectantes. L’action antiseptique de ces solutions était beaucoup plus énergique à une température élevée (33°centig.), qu’à une température basse (8 à 10). Le pouvoir antiseptique et désinfectant de ces solutions est très considérable, elles ne sont ni caustiques, ni toxiques; elles coûtent peu cher; elles répondent donc à tous les desiderata des désinfectants pratiques. Il y a là une source d'indications pour l’avenir.
III. Chaleur. — Les remarquables et célèbres études de Pasteur sur les infiniment petits et, leur résistance à l’action de la chaleur furent la source de démonstrations qui devaient plus tard conduire à d’importantes applications pratiques. L’influence de la chaleur sèche ou humide, du milieu acide ou alcalin, de la chaleur continue ou discontinue, du courant de vapeur ou de la vapeur sous pression, tout cela fut, dans le principe, du domaine du laboratoire et à toutes ces études il faudrait associer les noms de tous les bactériologistes français et étrangers. M. le professeur Strauss, dans une remarquable étude (1) a résumé cette période scientifique si pleine d’intérêt et si féconde en résultats; nous ne pouvons qu’y renvoyer le lecteur, car il est difficile de condenser en quelques lignes cet historique si plein de faits. Mais il nous montre qu’entre les mains des bactériologistes et pour leurs travaux, le procédé de stérilisation par excellence était la chaleur ; deux appareils se disputaient le mérite de remplir toutes les conditions d’une stérilisation parfaite ; la marmite de Papin ou l’autoclave Chamberland et le poêle à vapeur de Koch. M. Hueppe cependant en établissait nettement la différence : « L’appareil de M. Koch, disait-il, donnant de la vapeur à 100° en mouvement n’est pas le meilleur appareil de stérilisation et de désinfection : il est simplement le meilleur appareil pour l’emploi de la chaleur ne dépassant pas 100°. La marmite de Papin qui fournit de la vapeur sous pression est le meilleur appareil de stérilisation pour toutes les substances qui supportent plus de 100°. On peut dès maintenant considérer la marmite de Papin comme l’appareil de stérilisation de l’avenir et qui est destiné à bref délai à prendre dans les laboratoires la place qu’occupe encore en Allemagne le poêle à vapeur fluente de Koch. »
La question était ainsi résolue en ce qui concerne le laboratoire, mais
(I) Strauss, De la stérilisation et de la désinfection par ta chaleur ( Archives de ■médecine expérimentale ), 1890.
DE LA DÉSINFECTION
en matière de désinfection pratique, elle l’était moins et les difficultés de destruction des germes pathogènes, bactéries ou spores n’étaient pas les seules à vaincre.
Le fait évident était que la chaleur était un procédé sûr, mais il fallait créer des appareils susceptibles de l’appliquer : aux poêles à vapeur, aux autoclaves, il fallait substituer des appareils appropriés à d’autres besoins. Les étuves furent l’objet des recherches et en faisant leur histoire, nous retrouverons cette même dualité d’action de la chaleur sèche, de la chaleur humide, de la vapeur courante ou de la vapeur sous pression. Quelque soit cependant l’intérêt de cette étude, nous ne saurions entrer dans de longs détails sur les constructions imaginées dans tous les pays.
Nous ne nous arrêterons qu’aux principaux appareils, à ceux surtout qui correspondent bien aux différences d’action signalées par M. le professeur Strauss.
Le traité de Vallin peut servir de repère pour apprécier le chemin parcouru dans les dernières années. Il donne en 1882 l’état actuel de la science sanitaire en fait d’appareils à désinfection par la chaleur. Les premières tentatives faites en Angleterre à l’aide de l’air chaud ne comportaient guère que des chambres voûtées de 2 mètres de haut, chauffées par le bas à l’aide de gaz ou de charbon ; outre la température incertaine et inégale, on avait le risque des incendies, cela arriva dans la cité mortuaire de Goldenlane à Londres. Il fallait obvier à ces deux inconvénients el on se préoccupa, pour obtenir des températures fixes, de thermorégulateurs automatiques ; on fit usage des appareils usités dans les laboratoires et perfectionnés par Schlœsing, d’Arsonval, Wesnegg. En 1871, le docteur Ramsom, médecin en chef de l’hôpital de Nottingham, faisait construire par MM. Goddart et Massey une étuve à air chauffé par le gaz. Cet appareil, décrit par Vallin (1), parut fonctionner avec avantage, malgré certains accidents. A Bruxelles on essayait le four Léoni de Londres et en 1878 le docteur Janssens se montrait satisfait des résultats obtenus ; l’opération durait 2 à 3 heures, la dépense était minime. Un autre appareil anglais eut aussi du succès, ce fut celui de Scott de Dalkey ; il était muni d’un thermo-régulateur, la température était maintenue à 120° pendant une demi-heure ou une heure suivant qu’il s’agissait de vêtements ou de matelas à désinfecter. Dans plusieurs hôpitaux anglais on adoptait aussi un appareil dû à MM. Nelson et Somer basé sur les mêmes principes. Les Nurses Institutes se servaient de la chambre fixe de Fraser avec son caisson mobile sur chariot.
L’Angleterre avait donc, depuis assez longtemps, ouvert la voie et expérimenté l’étuve à air chaud ; l’expérience n’avait point été faite en France, et le docteur Vidal, avec le concours de l’ingénieur Lelaurin, obtint, le premier, de l’Assistance publique, l’installation d’une étuve à
(1) Revue d’hygiène , 1879. — Traité de La désinfection, Vallin.
gaz à l’hôpital Saint-Louis. Enfin, sur la proposition de M. Yallin, la Société de médecine publique, en 1881, décidait la formation d’une commission chargée d’étudier un modèle réunissant les conditions désirables d’une bonne installation, et M. Herscber présentait un modèle d’étuve à gaz qui fut adopté dans la séance du 22 juin 1881.
Du côté de l’Allemagne, c’est à la vapeur d’eau qu’on demandait le chauffage de l’étuve; le docteur Esse, de Berlin, fit connaître ses modèles, et à l’hôpital de Moabit , on édifia une étuve qui parut excellente de fonctionnement. Deux heures suffisaient pour le chargement, le déchargement et l’opération complète de désinfection. On y pouvait porter à la fois 120 couvertures de laine ou les vêtements de 60 personnes. Même les expériences pratiquées par le docteur Werner sur des boules de ouate, souillées de liquides putrides, furent jugées concluantes.
C’est là un fait important, dans cette succession d’études entreprises dans différents pays ; la bactériologie va dès maintenant apporter le secours de la précision expérimentale et décider des avantages réels des appareils jusqu’ici reconnus d’une façon arbitraire suffisants comme fonctionnement.
Après le docteur Werner, Robert Koch et Wolffhiigel faisaient des recherches sur la désinfection par l’air chaud, et arrivaient aux conclusions suivantes ;
1° Les bactéries dépourvues de spores ne peuvent supporter, pendant une heure et demie, l’exposition à un air chaud de plus de 100° centig.
2° Les spores de moisissures (Schimmelpilzen) ne sont tuées que par l’exposition, pendant une heure et demie, à de l’air chauffé à + 110° ou -f- 115° centig.
3° Les spores de bacilles ne sont détruites que par un séjour de trois heures dans une atmosphère de -j- 140°.
4° Dans l’air chaud, la température pénètre si lentement au centre des objets à désinfecter , qu’après trois ou quatre heures d’exposition à -j- 140° centig., les objets de dimension relativement faible (oreillers, petits paquets de linge), ne sont pas encore désinfectés.
5° La chaleur portée à+ 146° pendant trois heures endommage, d’une façon manifeste, les étoffes exposées.
Leurs expériences, minutieusement décrites, montraient que la désinfection par l’air chaud ne pouvait, au point de vue pratique, donner une confiance absolue dans tous les cas.
D’un autre côté, les docteurs Koch, Gaffky et Lôffler faisaient des recherches sur l’action directe de la vapeur d’eau bouillante, et publiaient un intéressant travail sur ce sujet.
Les résultats obtenus étaient excellents, et les auteurs concluaient que la vapeur produite par l’ébullition de l’eau réunit les avantages de la simplicité, de l’économie, de la certitude d’action ; il suffit que la température de la vapeur ne puisse descendre au-dessous de 100°, ce qu’on
DE LA DÉSINFECTION
obtient, disaient-ils, facilement par l’addition, à l’eau, de substances salines élevant son point d’ébullition.
L’altération des tissus n’est pas plus grande qu’avec le procédé de l’air chaud et sec. La chaleur pénètre facilement au centre des plus gros paquets; on trouva, au bout de trois heures, une température constante de 101° centig., au centre de paquets de 40 centim. d’épaisseur sur 50 de longueur. D’autre part, l’action d’une température de 105° centig., continuée pendant cinq minutes, suffisait pour stériliser complètement, et sans retour, les spores contenues dans de la terre de jardin et les spores charbonneuses.
Ce travail venait prouver que la vapeur était presque le seul désinfectant n’exposant pas à des déceptions.
Vallin avait déjà, en 1877, appelé l’attention sur cette découverte, et . établissait que la chaleur humide devait être préférée à la chaleur sèche, dans la construction des étuves.
Il constatait dans son livre que l’appareil expérimental de MM. Koch, Gaffky et Lôffler composé d’une caisse métallique en communication avec l’alambic avait l’inconvénient de laisser les objets complètement humides ou mouillés au sortir de l’appareil dans un état où il est impossible de les rendre à leurs possesseurs et il lui paraissait nécessaire, en pratique, de terminer l’opération par le passage d’un courant rapide d’air très chaud et très sec.
Le premier appareil à désinfection par la vapeur fut construit par Washington Lyon de (Cornhill). « C’est, dit Vallin, un vaste tonneau en fer forgé, suspendu suivant son diamètre horizontal entre deux roues ou sur deux supports fixés dans le sol de telle sort® que le bord inférieur n’est distant du sol que de quelques centimètres. D’après le dessin que nous avons sous les yeux, ce tonneau doit avoir environ 2m25 de profondeur et lm20 de diamètre. Il est intérieurement revêtu d’un véritable tonneau en bois, de dimension un peu plus petite, de manière à laisser entre les deux enveloppes un intervalle de quelques centimètres. Ces enceintes se ferment toutes deux en même temps d’une façon très hermétique au moyen d’une porte représentée par la partie postérieure du tonneau. Une chaudière à haute pression, tout à fait indépendante de la chambre de désinfection, envoie à l’aide de tuyaux de raccord de la vapeur surchauffée, à une pression de 28 livres anglaises par pouce carré, dans l’enceinte où l’on a disposé les vêtements, la literie, etc. On commence par dégager la vapeur dans l’intervalle qui sépare la chambre en bois du tonneau métallique, afin d’échauffer les parois de l’étuve et de diminuer la condensation de la vapeur refroidie. Cet inconvénient ne doit pas être complètement évité, car des tuyaux de dégorgement existent dans l’étuve même et dans l’espaco intermédiaire, pour laisser écouler les eaux de condensation ».
Le docteur Bâte constatait les bons résultats de l’appareil. Un matelas
au milieu duquel avait été placé un thermomètre à maxima et à minima fut porté dans l’étuve à vapeur de M. Lyon. Au bout de quelques minutes, la température de l’intérieur de l’étuve était de + 127° c. Le matelas y séjourne pendant une heure et demie et quand on le retire le thermomètre placé tout à fait au centre marquait -{- 126° c.
Yallin ajoutait : « Pour dessécher rapidement les objets que la vapeur en se condensant vient d’humecter, il serait sans doute possible de faire alterner dans l’enceinte, avec le jet de vapeur, un jet d’air brûlé et sec à 110° ou 115° qui, en se renouvelant, absorberait et entraînerait toute l’eau condensée ».
Merke mettait ces observations en pratique à la chambre de désinfection installée au lazaret de Moabit. Il faisait dégager de l’air chaud et sec et chassait par une énergique ventilation la vapeur à la fin de l’opération. L’expérience démontra que les deux actions combinées produisaient des températures supérieures à celle de la vapeur seule, sans que les objets fussent mouillés.
Et il posait dans son travail (1) les conditions que doit remplir un bon appareil :
1° Un cube de 10 mètres environ ;
2° Disposition permettant de paqueter les objets à désinfecter, en dehors de l’appareil (au moyen d’un chariot par exemple) ;
3° Isolement complet des parois ;
4° Chauffage à la vapeur provenant d’une chaudière spéciale située ni au-dessous ni en dedans de la chambre de désinfection ;
5° Ventilation facile et complète de l’intérieur ;
6° Disposition permettant l’emploi simultané de la vapeur directe et de l’air chaud.
Un appareil était construit sur ces indications à Berlin.
En terminant son important ouvrage Yallin posait la question de la désinfection par la chaleur sur un terrain nouveau, indiquant la solution à chercher et à laquelle les ingénieurs et les hygiénistes allaient travailler. Cette date (1882) n’est, pas inutile à rapporter dans cette histoire de la désinfection ; en même temps il est juste de montrer à côté des efforts faits à l’étranger, l’influence des travaux français et en particulier de ceux de Yallin.
Nous allons voir en effet, à partir de ce moment les -progrès se faire rapidement dans tous les pays.
Dès 1883, à l’exposition d’hygiène de Berlin, on trouve l’appareil à désinfection de Schimmel (de Cliemnitz) construit sur les indications de Merke. Vallin en donne une description complète dans la Revue d'hygiène (1).
(1) Appareils et expériences sur la désinfection Merke. Eulenberg’s Viert. für gericht und off. med,, t. 37,
DE LA DÉSINFECTION
En France à cette même époque, M. Leblanc construisait pour les hôpitaux de la marine et en particulier pour l’hôpital de Saint-Louis, du Sénégal, une étuve cylindrique de lm60 de diamètre, de 2m70 de longueur utile, d’une capacité de 5mc100 ; c’est une véritable chaudière en tôle, garnie d’une armature intérieure en bois pour empêcher la déperdition de calorique et qu’une prise de vapeur reliait avec un générateur timbré à 6 kilogrammes ou à 6 atmosphères. On chargeait les objets ou la literie à désinfecter dans un cadre mobile, sur rails fixés à la paroi inférieure du cylindre, et l’on dégageait directement la vapeur dans l’enceinte hermétiquement fermée. Le docteur Rochefort en exposait à la Société de Médecine Publique (décembre 1883) les avantages et les inconvénients.
M. Herscher peu après et après avoir pris connaissance de tout ce qui avait été fait en Allemagne, en Hollande, posait nettement devant la Société de médecine publique les conditions du problème tel qu’il était scientifiquement présenté : Il n’y avait que des difficultés techniques à vaincre ; mais l’élan était donné. Tandis que la question s’étudiait en Angleterre et que Lyon et Parsons multipliaient leurs expériences que ce dernier résumait dans une véritable monographie (1), en France les perfectionnements et les appareils se multipliaient grâce aux efforts simultanés faits de tous côtés à Nantes par M. Leduc, à Toulon par M. Sambuc, à Paris par M. E. Henry et enfin par M. Herscher.
Ce dernier apporta de nouvelles améliorations à l’étuve à vapeur sous pression et MM. Grancher et Gariel firent après de nombreuses expériences un rapport au comité consultatif d’hygiène publique. L’épreuve portait sur trois appareils différents : l’étuve à vapeur sous pression de MM. Geneste et Herscher, l’étuve à air sec et vapeur sous pression des mêmes ingénieurs et l’étuve à air sec (à gaz) de l’hôpital des enfants malades.
Les conclusions des rapporteurs furent les suivantes :
« 1° L’étuve à vapeur humide sous pression de MM. Geneste et Herscher est un instrument de désinfection excellent puisqu’il suffit d’élever dans cette étuve la pression à 106° c., ce qui est facile, pour tuer sûrement, même au sein d’un matelas, tous les microbes pathogènes éprouvés.
2° L’étuve à air sec et à vapeur sans pression des mêmes constructeurs n’a pas un pouvoir désinfectant égal à celui de l’étuve à vapeur sous pression puisque la bactéridie charbonneuse, les spores de cette bactéridie, le tyrothrix scaber et le bacillus subtilis n’y sont pas détruits.
3° L’étuve à air sec de l’hôpital des enfants malades est un instrument de désinfection encore plus imparfait.
L’exposition d’hygiène urbaine à Paris en 1886 met en évidence tous ces modèles ; les ^expériences s’y multiplient et deviennent de plus en affirmatives en faveur des étuves à vapeur sous pression.
(t) Les nouvelles étuves ù désinfection , Vallin (Revue d’ Hygiène, 1883, 974).
L’année suivante, l’Administration des hôpitaux et hospices de la ville de Lyon désira s’éclairer sur la valeur comparative des diverses étuves; elle fit procéder à diverses expériences dans deux de ses établissements, à la buanderie centrale et à l’hôpital de la Charité. Une commission fut instituée, par cette administration, à la demande de M. Vinay; elle fut composée de MM. Arloing, Aubert, Clément, Colrat, Gayot, IPoncet, J. Teissier, Weill et Vinay, rapporteur. Au bout de dix-huit mois d’études à la fois physiologiques, physiques et économiques, elle présenta un volumineux rapport intitulé : De la valeur pratique des étuves à désinfection , dont les conclusions sont les suivantes :
« Si l’on veut résumer les résultats qu’ont donnés les expériences instituées dans les hôpitaux lyonnais, relativement à l’action des températures élevées sur les germes et les tissus, on voit que :
» 1° L’action de la vapeur, sous pression, est d’une efficacité absolue entre 112 et 115° c.: elle détruit alors les germes les plus résistants, après une durée d’application de quinze minutes ;
» 2° L’air chaud et la vapeur surchauffée sont d’une valeur moindre ; même à 130° c., certains germes échappent à leur influence, et lorsque l’application de la chaleur est prolongée pendant trente minutes;
» 3° Les différents tissus de lin, de chanvre, de coton, de laine, exposés pendant des épreuves répétées de désinfection à des températures élevées, présentent des pertes de poids graduelles et sensiblement égales par les deux formes de chaleur. L’usure qui résulte du fait seul de la désinfection est cependant minime, et ne s’élève qu’à 2 °/0 après six passages consécutifs dans l’étuve ;
» 4° Le seul inconvénient sérieux est l’imprégnation du linge, lorsqu’il est souillé par des matières colorées, comme le sang et les matières fécales ; cet inconvénient existe constamment, quelle que soit la forme de chaleur employée; il apparaît dès qu’on dépasse 100° c., c’est-à-dire dès qu’on approche du degré nécessaire pour la destruction des formes résistantes des micro-organismes.
Mais il est très facile, d’ailleurs, de remédier à cet inconvénient : il suffit de tremper tout d’abord le linge maculé de sang et de pus infectieux dans un baquet contenant une solution de permanganate de potasse. Cette substance a pour propriété de se réduire facilement en présence des substances organiques et de déterminer une décoloration rapide des taches, sans modifier la résistance des tissus. Comme c’est, d’autre part, une substance désinfectante, on n’aurait pas à redouter la contamination possible des ouvriers chargés de ce travail.
» Le permanganate de potasse, il est vrai, est lui-même un sel coloré, et on pourrait craindre que, malgré sa grande dilution, il ne déterminât une teinte spéciale des linges, sur lesquels son action s’est manifestée ; mais il serait facile de reprendre l’excès de colorant par une solution très
DE LA DÉSINFECTION
étendue d’acide sulfureux, si bien que les linges entreraient dans l’étuve débarrassés de toute imprégnation de matières colorantes ».
Ces conclusions ont été adoptées à l’unanimité par la Société médicochirurgicale de Lyon, dans sa séance du 29 avril 1887.
Depuis cette époque, ces expériences ont été reprises par l’un de nous , pour ce qui concerne la désinfection des balles de chiffons (1). Nous avons montré qu’il suffit de séparer, par tranches de 10 à 12 centim. d’épaisseur, les balles de chiffons pour qu’en vingt à vingt-cinq minutes la température de 110° c., soit obtenue dans toutes les parties sans exception et sans détérioration sensible des divers tissus contenus dans ces balles.
Des expériences comparatives ont été également pratiquées en Danemark, par M. le professeur Salomonsen et M. le docteur Levison. Dans ces expériences, cinq appareils à désinfection ont été essayés, dont l’un à air chaud, deux à air chaud et vapeur d’eau, un à courant de vapeur, ces quatre appareils construits par des fabricants étrangers, et enfin, appareil à vapeur directe sous pression. Il résulte de ces recherches poursuivies pendant quatre mois, et qui ont donné lieu à sept rapports distincts embrassant toute l’étude physique, bactériologique et sanitaire de la question, « qu’il y a lieu d’employer de préférence l’appareil à désinfection de MM. Geneste et Herscher (2) ».
La presque unanimité des auteurs qui se sont occupés de cette question sont d’accord pour reconnaître que la désinfection par l’action directe de la vapeur humide sous pression l’emporte sur tout autre procédé. L’air chaud, mélangé ou non de vapeur, la vapeur seule, jetée abondamment dans une étuve sans pression, ou même à l’état de courant ne donnent pas non plus des résultats satisfaisants. Il peut être d’ailleurs utile de signaler ici une confusion susceptible de se produire au sujet d’étuves dans lesquelles les objets traités sont placés dans une atmosphère chauffée par des batteries à vapeur et non pas exposés directement à l’action même de la vapeur sous pression ; ces étuves, de l’avis général, ne remplissent pas les conditions réclamées et qui ont été rappelées plus haut.
Ces diverses considérations ont été confirmées par les auteurs qui ont étudié des appareils à déski fection : elles ont été très nettement indiquées au Congrès international d’hygiène de Vienne en 1887. D’après le compterendu de ce Congrès, il convient en effet de faire, à l’égard des appareils à désinfection, les observations comparatives suivantes :
« Au point de vue physique, les étuves à désinfection se divisent actuellement en trois classes, et, si l’on veut se rendre compte de leurs effets, il faut surtout étudier les résultats de la désinfection des matelas,
(1) Dr A-J. Martin, llevue cl'hygiène, p. 806.
(2) Voir Zeitschrift fier Hygiène, p. 94, 4e vol., 1er fasc., 1888
ceux-ci étant les objets les plus difficiles à désinfecter, en raison de leur épaisseur et de leur consistance. Ces trois classes sont les suivantes : 1° étuves à air chaud et vapeur sans pression ; 2° étuves à vapeur surchauffée ; 3° étuves à vapeur sous pression (i).
» Les premiers de ces appareils nécessitent, en réalité, une durée de quatre heures pour la désinfection des matelas. On dit, il est vrai, que ces appareils peuvent supporter la pression de 1 /10e, laquelle ne correspond d’ailleurs qu’à 103° c. de vapeur normale. En réalité, leur forme carrée permet difficilement la plus faible pression ; car, même à la pression de 1/10% il faudrait que les parois pussent résister à un effort de 1,000 kilogrammes par mètre carré de surface, ce qui est très difficile, étant donnés leurs surfaces planes et les joints de leurs portes. Il va de soi, enfin, que la durée si longue de l’opération n’est pas faite pour maintenir intacte la contexture des fibres des tissus.
» Pour les étuves à vapeur surchauffée, il faut remarquer que la vapeur au-dessus de son point de saturation normale devient un gaz sec qui suit la loi de Mariotte et se comporte exactement comme de l’air chaud ; on n’y trouve pas plus d’avantages et moins de sécurité encore que dans les appareils précédents.
» Il n’en est plus de même avec les étuves à vapeur sous pression. La désinfection des matelas peut y être réellement pratiquée en tous les points, jusqu’aux parties les plus profondes, en quinze minutes, avec une température de + 110° c., déterminée par une faible pression de moins de 5/ 10e. Dans ces appareils, les dépressions que, seuls, ils permettent de réaliser, facilitent cette imprégnation profonde en un si court espace de temps, sans descendre jamais cependant au-dessous de + 106° c. Ces considérations ont reçu l’approbation de la section du Congrès international d’hygiène de Vienne devant laquelle elles ont été émises.
Quant aux étuves dans lesquelles on utilise un courant de vapeur d’eau à 100° c., il résulte des expériences faites par M. le docteur Loubimoff, au laboratoire de M. le docteur Dobroslavine, professeur d’hygiène à l’Uni-
(1) Pour éviter toute confusion, il n’est peut-être pas inutile de rappeler iri quelle différence existe entre la vapeur humide, ou plus exactement, saturée, et la vapeur surchauffée.
Une vapeur est saturée quand, en maintenant sa pression constante, on ne peut abaisser sa température, si peu que ce soit, sans provoquer sa condensation. Elle contient donc, pour la température considérée, le maximum possible de son liquide générateur ; d’où son nom « de vapeur saturée ».
La pression et la température d’une vapeur saturée sont deux quantités intimement liées, ne pouvant varier que simultanément.
Quand au contraire, la vapeur peut être refroidie sous pression constante sans se condenser, elle est dite « surchauffée ».
La vapeur surchauffée n’est autre chose que de la vapeur saturée, chauffée à l’abri de son liquide générateur, au delà de sa température normale.
Dans la pratique, dans toute chaudière ordinaire, la vapeur est saturée ; tandis que toute vapeur chauffée à l’abri de son liquide générateur est au contraire surchauffée.
DE LA. DÉSINFECTION
versité de médecine de Saint-Pétersbourg, que la désinfection y est très lente et incertaine. C’est ce que MM. les docteurs Salomonsen et Levison avaient déjà reconnu à Copenhague, au cours de leurs expériences comparatives.
L’exposition d’hygiène de 1889 fut une nouvelle occasion de mettre en présence divers types d’étuves à désinfection. Des expériences furent faites sous la surveillance d’une commission spéciale et il nous suffit d’enregistrer les résultats obtenus. (Voir le tableau p. 764).
Si l’on voulait pousser plus loin l’étude de la désinfection expérimentale, il faudrait prendre un à un les microbes pathogènes et rechercher dans les travaux des laboratoires les désinfectants qui leur sont plus spécialement appropriés. C’est ce qu’on peut appeler la désinfection spécifique et son importance est incontestable, MM. Arloing, Cornevin, Thomas, l’ont fait pour le charbon et ont tracé la voie en montrant combien l’action des agents désinfectants était variable, selon l’état du virus frais' ou desséché. On a fait depuis bien des recherches dans ce sens sur les microbes pathogènes de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, du choléra, etc., et l’antisepsie médicale n’a certes pas encore achevé cette œuvre considérable.
Mais au point de vue de la désinfection, nous n’avons pas à suivre cet ordre d’idées, les germes peuvent être associés ; puis peu importe d’employer des moyens supérieurs à l’effet absolument nécessaire, pourvu que l’efficacité soit démontrée.
D’autres recherches viendront encore dans l’avenir ajouter des clartés nouvelles aux faits déjà acquis ; ainsi les associations des désinfectants dont Laplace a montré si ingénieusement l’heureux effet pour quelquesuns, peuvent se multiplier et modifier singulièrement nos croyances actuelles; ou bien encore l’action des désinfectants chimiques à des températures variables, influence déjà mise en évidence pour quelquesunes et sur laquelle nous reviendrons tout à l’heure.
A dire vrai, nous ne devons pas considérer cette période expérimentale, comme terminée, elle se continue, nous laissant seulement après le labeur considérable des dernières années, un outillage sanitaire assez complet, assez efficace pour que nous puissions avec confiance régler la désinfection et choisir un matériel satisfaisant.
C’est ce que nous considérerons en parlant maintenant de la période actuelle de la désinfection, c’est à dire des agents qu’en différents pays on choisit pour se protéger contre les contagions et les affections épidémiques.
Étuves a désinfection. Expériences faites par le Jury de la Classe 64 à l’Exposition Universelle de Paris.