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ARTICLE II. - TECHNIQUE DE LA DÉSINFECTION

§ I. — Le Personnel

Il nous parait logique, ayant étudié les agents de la désinfection, le matériel sanitaire, au moment d’aborder la technique même de l'opération, de nous occuper du personnel qui est appelé à pratiquer la désinfection et à manipuler les substances désinfectantes, les appareils stérilisateurs.

11 ne faut pas se dissimuler, en effet, que la désinfection ne peut avoir qu’une efficacité relative si le personnel agissant remplit mal ou incomplètement son office. Seuls, les appareils peuvent avoir une précision quasi absolue, mais en dehors d’eux, pour tout ce qui se pratique dans l’habitation, l’intervention du désinfecteur peut être sujette à caution et

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à incertitude. La responsabilité qui incombe à ce personnel est donc en vérité considérable et il n’est pas nécessaire d’insister pour justifier avec quel soin il doit être choisi, au point de vue physique, intellectuel et moral.

L’épreuve en a été faite en Allemagne où la désinfection fut organisée de bonne heure. Les opérations furent d’abord confiées à des infirmiers éprouvés, nous dit M. Merke, directeur de l’hôpital Moabit ; mais l’on ne tarda pas .à s’apercevoir qu’il fallait s’assurer un personnel spécial comprenant un élément actif et en outre une réserve à laquelle il pourrait être fait appel dans les grandes épidémies. L’un des pharmaciens de l’hôpital Moabit fut chargé de donner aux désinfecteurs municipaux l’éducation technique après quoi un examen était passé par eux devant le médecin sanitaire de la ville. On trouve le personnel de réserve pour une part à l’Institut international d’assainissement, pour une autre, la plus importante parmi des ouvriers du nettoyage public de Berlin, dont l’administration envoie, chaque année, un certain nombre recevoir l’instruction de désinfecteurs.

Cette question du personnel est, en plus d’un endroit, une difficulté sérieuse pour l’organisation d’un service régulier et permanent de désinfection. Nous ne saurions énumérer ici les façons diverses dont on l’a tournée ; cela n’a pas d’intérêt, car ces solutions improvisées sont mauvaises et ne doivent pas être imitées. Il faut en cette circonstance s’inspirer des organisations sérieuses et se persuader que la désinfection n’est pas une opération manuelle, banale et facile à réclamer de n’importe quelle manœuvre, aidé d’une instruction soigneusement rédigée. Celle-ci ne peut contenir que des faits généraux et ne peut jamais prévoir les particularités qui se présentent à chaque instant dans l’application. Le désinfecteur doit faire, dans bien des cas, acte d’une certaine initiative, prendre une résolution dont l’importance peut être grave selon la valeur ou la nature des objets mobiliers dont il devra pratiquer la désinfection. Il faut donc autre chose qu’une instruction , qu’une théorie insuffisante, mais une éducation préalable.

Le besoin de cette éducation n’a pas été inconnu à Paris et des cours spéciaux ont été faits non seulement dans les établissements de désinfection, mais aussi dans certains hôpitaux. M. Thoinot(l)a fait connaître le programme de cet enseignement particulier. Ces cours ont été faits surtout de démonstrations pratiques : les auditeurs ont du rédiger des compositions sur la technique de la désinfection.

En dehors de cette éducation spéciale , les désinfecteurs doivent s’astreindre à des pratiques non-seulement préservatrices pour euxmêmes, mais aussi pour autrui, afin de n’être pas les agents de transmission des germes morbides.

(1) Gazette des hôpitaux, 4 décembre 1890.

Les personnes chargées de la manutention des objets infectés doivent être revêtus d’enveloppes isolantes, offrant peu de prise aux germes et faciles à désinfecter. La laine ne convient nullement, parce qu’elle est spongieuse; la toile, la toile cirée, le caoutchouc, sont ce qu’il y a de préférable.

A Paris, le costume adopté est pour les hommes : la casquette en toile cirée ou en toile, la blouse et le pantalon de toile ; la blouse est bien ajustée au cou et aux poignets ; pour les femmes, la capeline de toile qui recouvre bien les cheveux, une longue blouse de toile se boutonnant très bas et bien ajustée au cou et aux poignets. On ne se sert pas des chaussures ordinaires.

A Berlin, les désinfecteurs sont revêtus de manteaux en caoutchouc, humectés d’une solution au sublimé. Ils ont aussi des sarreaux et des pantalons de toile, et des bottines en toile à voile munies de semelles en feutre et en bois. Ils sont en outre pourvus d’un respirateur fait d’un morceau d’éponge fixe de 15 centim.de long sur 6 centim.de large et de 5 à 8 millim. d’épaisseur, aux extrémités duquel se fixe une bande de caoutchouc. On le mouille avant de s’en servir et pendant le travail; après qu’il a servi, on le lave à l’eau de savon qu’on porte à l’ébullition. Cet appareil, d’un prix insignifiant, n’incommode nullement l’ouvrier et ne gène même pas la parole.

§ II. — Objets mobiliers et effets s« usage personnel.

Pour saisir dans ses détails l’opération de la désinfection, il faut suivre le personnel des désinfecteurs dans tous leurs actes, depuis le moment de leur arrivée dans l’habitation à désinfecter jusqu’au moment de leur sortie.

Et tout d'abord, il importe de considérer la désinfection comme une opération grave, attentive, et qui doit se faire sans fracas, sans tapage, sans bruit ni poussière. Richard a grandement raison de dire que la première règle dans la technique de la désinfection est de limiter, autant que possible, le champ de l’infection. Nous verrons ce que cette règle, sagement appliquée pour les malades et par leur entourage, aurait d’avantageux pour la pratique de la désinfection, mais il en est de même pour l’opération elle-même. Tout doit être manié doucement, avec précaution; il faut éviter toute effusion de poussières et de germes ; humecter sans cesse ce qu’on remue ou déplace.

Le premier soin des désinfecteurs, une fois revêtus de leurs blouses et vêtements de travail, est de mouiller légèrement le plancher, de façon à ne pas provoquer les soulèvements de poussière dans les diverses opérations qui se succéderont.

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Puis, sur ce plancher, on étend une grande pièce de linge, un drap de toile forte, légèrement imbibée de la solution désinfectante. On y amasse, sans précipitation et avec soin, les vêtements, les objets de literie, matelas, draps, couvertures, les linges ou pièces diverses souillées ou suspectes, en un mot tout ce qui est susceptible de passer à l’étuve. Il faut aussi y comprendre les rideaux et tentures faciles à enlever sans inconvénient. Il faut bien prendre garde de ne mettre dans ce paquet destiné à l’étuvage que les objets capables de supporter la désinfection par la chaleur, sans inconvénient, et d’en écarter les vêtements avec fourrures, les fourrures, les objets en peaux, le caoutchouc; les linges tachés de sang, de graisse, de vin, doivent être, au préalable, trempés dans une solution désinfectante ; pour ceux qui ne pourraient être ainsi immergés, il faut se contenter de mouiller les taches avec la solution de sublimé, additionnée de sel marin, ou encore avec, la lessive de soude.

On se servira du spray au sublimé, pour les objets ne supportant ni l’étuvage, ni l’immersion ; on peut aussi les laver et les essuyer avec un linge imbibé d’une solution désinfectante. Ces linges sont ensuite brûlés.

Les meubles seront traités directement selon leur nature. Les meubles en bois simple ou vernis seront essuyés avec des linges imbibés de la solution désinfectante ; ceux recouverts d’étoffes ou rembourrés doivent être imprégnés à fond de la solution à l’aide du spray ; là, le pulvérisateur à main est d’un grand secours. Dans certains cas, pour les coussins, les oreillers avec plume ou crin, l’enveloppe peut être défaite, trempée dans une solution désinfectante ou portée à l’étuve, tandis que le crin, la laine ou la plume seront immergés dans un liquide désinfectant, puis lavés et séchés. Ces soins sont inutiles pour le varech ou le crin végétal qu’il vaut mieux brûler.

Les lits seront débarrassés de toute literie, y compris le sommier et lavés dans toutes leurs parties avec la solution de sublimé, dans les joints ou moulures, tout comme s’il s’agissait de la destruction des punaises. Après ce lavage, les parties cirées ou vernies extérieures, seront frottées au tampon humide.

On fera de même pour les sommiers.

Les tables de nuit seront soigneusement lavées à l’intérieur et à l’extérieur avec la solution de sublimé.

Les objets d’art, tableaux, cadres, glaces, qui peuvent être déplacés sans inconvénient, seront enlevés et lavés avec la solution de sublimé ; ceux qui ne peuvent être déplacés seront lavés sur place. Quant aux meubles précieux ou objets d’art de valeur, l’intervention est difficile à préciser, et il faut écarter toute opération sans utilité bien démontrée et susceptible d’amener une détérioration ou un dommage.

Les objets ménagers, vaisselle, couverts, d’usage courant, seront plongés dans l’eau bouillante sur place.

Tous les objets sans valeur, détritus de papier, chiffons, paille, pièces de pansement, objets de literie trop vieux, infects, pourris, seront brûlés dans un foyer ordinaire par petite quantité à la fois. Si le volume en est trop grand ou le foyer insuffisant, ils seront emportés à l’extérieur et brûlés dans les conditions de sécurité convenable.

§ III. — Los locaux

I. Habitations. — Lorsque l’habitation a été débarrassée de tout ce qui devait être enlevé, chaque pièce doit être méthodiquement désinfectée, en commençant par la partie supérieure.

On se sert pour cela de la solution désinfectante que l’on projette successivement sur le plafond, les murs, les boiseries, les portes, les fenêtres, les parquets. Le pulvérisateur Geneste et Herscher ou même une pompe à main, peuvent être employés pour cette opération qui est très rapide. On peut aussi, dit Richard, se servir de lavettes, de brosses à mains, de pinceaux, d’éponges tenus à la main ou fixées au bout d’un manche en bois ; il faut dans ces cas, avant de retremper l’outil dans la solution désinfectante, le laver dans l’eau pure ; autrement, la solution serait vite salie par les poussières et pourrait se décomposer ; de plus, il faut avoir deux vases pour la solution, un grand pour la réserve et un petit pour tremper les éponges, et, de cette façon, on sera toujours sûr d’avoir un liquide propre.

Ces lavages ne sont possibles que sur les murs revêtus d’enduits imperméables, peintures ou vernis non susceptibles d’être endommagés, papiers de très peu de valeur ; lorsqu’il s’agit de revêtements d’autre sorte, perméables, ou de papier de teinture à surface mate et absorbante, il faut de toute nécessité substituer aux lavages la projection désinfectante avec le pulvérisateur.

Il faut aussi dans certains cas, murs dégradés, dénudés, et en présence de contagions graves, pousser les précautions plus loin, gratter les murs, les plâtres dénudés avant tout lavage et toute imprégnation désinfectante.

La toxicité de l’agent désinfectant, surtout à celle du sublimé, a poussé les Allemands, Esmarch surtout, à rechercher un autre procédé de désinfection, la friction des parois avec la mie de pain. M. Cronberg estime, nous dit Arnould (1), que le procédé est assez coûteux, délicat en ce que le pain ne doit être ni trop frais ni trop sec, et d’exécution assez difficile, à moins d’avoir sous la main des ouvriers intelligents et consciencieux.

L’auteur a donc cherché à substituer au pain l’éponge, l’amadou, la peau, le caoutchouc.

(1) Revue d’Hygiène, 1892.

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On a opéré sur des papiers de tenture et sur des murailles peintes à l’huile ou à la colle, après les avoir infectés de Staphylococcus pyogènes aureus, soit directement avec des cultures sur gélatine, soit à l’aide d'une dilution de ces cultures dans l’eau de distribution, appliquée au pinceau. On se servit aussi de vieux crachats tuberculeux.

On laissait sécher les surfaces infectées : puis, on les frottait soigneusement avec l’éponge, l’amadou, la peau, le caoutchouc. D’ordinaire, on humectait légèrement ces substances pour éviter que les poussières, soulevées à sec, ne vinssent s’abattre ensuite sur les points désinfectés. Il ne faut pas que cette humectation aille jusqu’à compromettre les papiers peints.

Par comparaison, on infecta encore, à deux reprises, de staphylocoques, un mur à la chaux que l’on badigeonna, avec dessication, d’un lait de chaux à 20 %•

Après que les surfaces infectées eurent été essuyées ainsi qu’il vient d’être dit, — ou badigeonnées, — on les gratta avec un couteau stérilisé et l’on porta dans la gélatine stérilisée les particules enlevées par l’instrument. On jugea de l’efficacité des divers moyens par l’absence ou la présence et le nombre des germes qui se montrèrent sur cette gélatine, au bout de cinq à six jours à la température de la chambre.

Le résultat final est que l’éponge mérite de prendre place à côté du pain et qu’elle a même, sur celui-ci, l’avantage de ne pas laisser de grumeaux sur les parois. Après l’opération, on la plonge dans l’eau bouillante. Elle réussit particulièrement bien sur les papiers de tenture, assez bien encore sur la peinture à l’huile, moins bien sur les murs peints en détrempe. Le mieux est, pour ceux-ci, de les désinfecter par le badigeonnage au lait de chaux, sous lequel les parois se montrent tout à fait stériles, après vingt-quatre heures d’application.

L’amadou, la peau, le caoutchouc, ont paru moins sûrs ou moins avantageux que l’éponge.

Mais ce procédé ne parait pas expéditif, si l’on en croit le professeur Ziemssens qui vit, dans un essai, des ouvriers mettre 15 jours à désinfecter une salle par la friction au pain. Il a, en outre, l’inconvénient du prix, car, pour une pièce cubant 60 mètres cubes et en se servant de pain de seigle, on dépenserait 3 fr., tandis qu’avec la solution de sublimé, la dépense serait à peine de 0 fr. 05.

Les badigeonnages au lait de chaux pour certaines surfaces, murs ou plâtres, peuvent être avantageusement employés : M. le docteur Lapasset(l) a fait, à ce sujet, sous la direction de Vallin, des expériences fort intéressantes. On peut employer, suivant les cas, soit des pulvérisations d’eau de chaux, soit des badigeons ; l’eau de chaux pour pulvérisation se prépare avec 2 kilogrammes de chaux, fraîchement éteinte, bien délayée dans 10 litres d’eau, décantée seulement un quart d’heure après, lorsque toutes les parcelles solides, grossières, se sont déposées dans le fond du Encyclopédie d’hygiène. — V. 50

vase, de telle sorte que le lait de chaux ne contient en suspension que des particules extrêmement fines. Pour les badigeons, il faut les préparer ainsi : eau simple, froide 5 litres, chaux fraîchement éteinte 2 kilogram. On délaie, on agite, puis on décante après un quart d’heure de repos. On y ajoute une dissolution de colle préparée d’avance, avec 250 à 300 gr. de colle pour 5 litres d’eau bouillante.

Les résultats obtenus dans les deux cas ont été très satisfaisants pour les pulvérisations et pour les badigeons, etM. Lapasset conclut ainsi son travail :

« Les couches anciennes de badigeon ne contiennent qu'une quantité insignifiante de germes, inoffensifs dans les conditions ordinaires.

Les germes contenus dans les poussières adhérentes à la surface sont détruits par l’application d’un nouveau badigeon bien préparé.

L’opération coûteuse, malpropre, du grattage de l’ancien badigeon est donc inutile.

La désinfection préalable des murailles blanchies n’est obtenue qu’à l’aide d’une solution de sublimé, égale au moins à 4 ou 5 pour 1,000. Dans la plupart des cas, le badigeonnage d’emblée est suffisant.

Le mode actuel de préparation 'du badigeon est irrationnel. De légères modifications rendraient son emploi plus efficace au point de vue de la désinfection, plus simple et moins coûteux ».

Ce procédé de désinfection des parois murales nous parait utile à mettre en relief, surtout pour tous les grands casernements et dans les habitations rurales, là où le défaut des appareils rend difficile l’emploi des pulvérisateurs de liquides désinfectants.

En ce qui concerne les parois, ce sont surtout les parties inférieures qui doivent appeler l’attention, ce sont d’habitude les plus souillées, soit que les déjections, crachats, y soient directement ou indirectement projetés, soit que les poussières, cédant à la pesanteur, s’y accumulent en plus grande quantité. Les panneaux inférieurs, les plinthes, doivent donc être soigneusement examinés, lavés à la brosse humide ou autrement, si la pulvérisation n’a pas paru suffisante. Les coins, les angles, les dessous des meubles, étant les réceptacles les plus ordinaires des poussières et des germes, doivent être scrupuleusement désinfectés.

Après la désinfection des plafonds et des parois, on procède à celle du parquet qui se pratique de la même façon à l’aide de linges humides imbibés de solution désinfectante ou de pulvérisations. Il faut, au préalable, ramasser tous les détritus provenant de l’opération antérieure et comme ils sont humides et non en poussière, on peut les balayer aisément et les ramasser à la pelle, on les brûle.

Le parquet désinfecté, on laisse la pièce ouverte de façon à ce que l’air allèche les parties encore humides et que l’habitation puisse être aussitôt réoccupée.

(1) Revue d’Hygiène, 1892.

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Dans l’appartement, on procède de même pour chaque pièce suspecte ; dans les affections de quelque gravité, il faut pratiquer une désinfection générale, quelque rigoureux qu’ait pu être l’isolement du malade. Pour les cas bénins, la désinfection peut être restreinte aux pièces occupées par le malade.

Cependant, dans tous les cas, il faut désinfecter tous les réceptacles ayant pu recevoir les résidus contaminés, éviers, vidoirs, cabinets et fosses d’aisances.

Les éviers doivent être lavés à la lessive de soude et à la brosse, puis à la solution désinfectante ; si la couche superficielle malpropre est trop considérable, l’eau de chlore peut être utilement choisie. Si les systèmes employés comportent des chasses d’eau, après les lavages désinfectants, les chasses compléteront l’opération.

Les cabinets d’aisances ne nécessitent pas en tant que local d’autres soins que ceux apportés à la désinfection ordinaire des locaux. Il faut seulement comme pour les éviers et les vidoirs terminer l’opération en jetant dans la cuvette une solution désinfectante forte destinée à en laver le fond et aussi les tuyaux de descente. Suivant les installations des cabinets, les projections d’eau ou les chasses seront plus ou moins renouvelées pour assurer une désinfection complète.

IL Fosses d'aisances. — La désinfection des fosses d’aisances peut comporter des pratiques différentes suivant qu’elle est opérée concurremment avec la désinfection d’un appartement, d’une maison, ou qu’elle a lieu journellement par la désinfection même des matières.

Nous n’avons pas à énumérer ici en ce moment les moyens employés pour la désinfection ordinaire des fosses d’aisances, la question a été résolue à l’hygiène urbaine ; nous ne parlerons que de la désinfection exceptionnelle, si l’on veut, en cas d’affection contagieuse ou d’épidémie.

Après les expériences de Liborius, de Pfuhl, de Kitasato, de Richard, de Chantemesse, c’est au lait de chaux qu’il faut donner la préférence en fait de désinfectant efficace et d’un usage économique et facile.

« Lorsqu’on aura à désinfecter une fosse dans laquelle auront été vidées des selles typhiques, cholériques et dysentériques, on n’aura qu’à verser, par le haut, le lait de chaux dans la proportion indiquée (20 %). Si les matières sont en putréfaction, il faut s’attendre à ce qu’il se dégage des torrents d’ammoniaque que la chaux déplace de ses combinaisons salines et ensuite à ce qu’une partie de la chaux soit ainsi perdue pour la désinfection. On brassera le liquide avec une perche pour faciliter le départ de l’ammoniaque et pour rendre le mélange homogène. On versera du lait de chaux jusqu’à ce qu’on obtienne une réaction nettement alcaline avec le papier de Tournesol (1) ».

(1) Richard et Ghantemesse. Revue d’Hygiène, 1889.

On peut encore se servir de sulfate de cuivre à 20 p. 100, à raison de 4 kilos de sulfate de cuivre solide pour 1,000 kil. de matières, soit environ 20 grammes de solution par litre de matières.

Nous verrons plus loin que les mêmes mesures sont applicables aux déjections et selles fraîches.

III. Ecuries et Etables. — On peut être appelé, soit dans les écuries attenant à l’habitation, soit isolées, à pratiquer des désinfections à la suite d’affections propres aux animaux ou contagieuses de l’animal à l’homme. Autrement dit, dans les cas d’affections transmissibles soit seulement aux animaux, soit à l’homme, l’habitation de l’animal nécessite le même soin de la désinfection que le logement de l’homme. La grossièreté de l’habitation la rend seulement plus difficile et nécessite de grands soins; elle permet en revanche, de procéder plus largement à l’emploi de solution désinfectante forte (sublimé 1, S pour 1,000), additionnée de 5 pour 1,000 d’acide chlorhydrique. Il est préférable aussi de se servir de la solution désinfectante chaude. Les solutions phéniquées seront employées fortes à 5 pour 100.

Les parois pourront dans la plupart des cas être également blanchies à l’eau de chaux ou enduits de badigeons à la chaux. Le sol, suivant sa nature, sera ou rebattu après enlèvement de la couche superficielle ou largement arrosé de la solution désinfectante.

Les objets métalliques seront flambés, les harnais et objets en cuir lavés au sublimé. Les vieilles planches hors de service, la paille, la literie seront brûlées.

Les pulvérisations douces sont ici insuffisantes, et MM. Geneste et Herscher ont construit un appareil locomobile qui peut dans ces cas être avantageusement employé.

Il comprend une chaudière fixée sur un train de voiture qui supporte également un réservoir pour l’eau d’alimentation et un récipient contenant la solution antiseptique (fig. 105).

L’eau de la chaudière est lancée par un tuyau dans un injecteur qui aspire la solution désinfectante ; le mélange d’eau chaude et de liquide antiseptique est projeté avec violence contre les objets à désinfecter au moyen d’un long tuyau flexible.

Le liquide lancé agit donc à la fois par sa température élevée, son action chimique et sa force de projection.

La chaudière est à vaporisation rapide, elle est munie de tous ses accessoires ainsi que de deux appareils d'alimentation.

L’injecteur est composé d’un tube recourbé et d’un tube conique rectiligne qui pénètre dans l’intérieur du premier ; ce tube conique se raccorde avec un tuyau qui plonge dans le récipient contenant le liquide antiseptique.

L’eau de la chaudière arrive dans le tube recourbé et entraîne par

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aspiration le liquide désinfectant ; on règle cet entrainement au moyen d’un robinet.

Cet appareil est léger et facilement transportable, il est disposé pour être traîné par trois hommes. Le développement du tuyau flexible donne toute commodité pour atteindre facilement toutes les parties à désinfecter sans déplacer la voiture.

La force du jet à l’extrémité de la lance permet au liquide de pénétrer dans toutes les fissures

L’appareil est disposé de façon à permettre de chauffer le liquide antiseptique avant le mélange.

Fig. 105. — Appareil à désinfecter les écuries, les étables, les wagons à bestiaux, etc.

IV. Déjections. — Nous envisageons ici les matières excrémentielles provenant des malades et qui peuvent contaminer soit les linges, soit les parois, les meubles, soit des vases spéciaux destinés à les recevoir.

En ce qui concerne les linges, les meubles, les locaux, nous avons dit les précautions à prendre toutes les fois que le maniement des objets à emporter à l’étuve ou l’opération même de la désinfection appellent l’attention des désinfecteurs.

Il ne peut donc plus être question que des matières fraîches recueillies dans des vases; elles peuvent se restreindre aux selles ou urines fraîches, aux matières vomies ou expectorées.

Les meilleurs procédés de désinfection à conseiller pour les selles fraîches sont les solutions acides et le lait de chaux. Les premières sont

surtout proposées par les expérimentateurs allemands. Uffelmann (1) a fait ses recherches sur des selles liquides de tvphisant, de dysentérique, et sur des mélanges d’urines et de matières fécales auxquelles on ajoutait le bacille d’Eberth et celui du choléra. Les acides minéraux se sont montrés les plus actifs : après une action de deux heures tous les microbes sont tués. Après eux viennent par ordre d’activité : la solution de sublimé acidifiée par l'acide chlorhydrique, la lessive de potasse, l’acide phénique à S % après 24 heures, la solution de créoline à 12 1/2 °/0 après 24 heures, la chaux vive à 0,25 par 10cc après 24 heures. La solution simple de sublimé ne donne pas d’effets après 24 heures.

Les expériences de Richard et Chantemesse sur le lait de chaux bien préparé prouvent l’efficacité de ce désinfectant sur les agents pathogènes de la fièvre typhoïde et de la dysenterie et le maniement de ce liquide est si facile qu’il peut être généralisé avec grand avantage s'il s’agit par exemple de services hospitaliers.

Dans la désinfection d’un appartement, il faudrait donc soit avec une solution acide, soit avec du lait de chaux préparé d’avance et dont on peut être muni, verser dans les vases contenant des matières la solution désinfectante, prenant soin d’incliner les vases de façon à ce que le mélange se fasse bien et partout, puis jeter les matières ainsi préparées dans les latrines.

Les matières expectorées méritent aussi l’attention, et surtout en ce qui concerne les crachats de tuberculeux. M. le professeur Grancher a fait à ce sujet des expériences d’un grand intérêt. A froid, les résultats ont été médiocres ou nuis pour la solution d’acide phénique, de potasse, de sulfate de cuivre, de chlorure de zinc, de sublimé ; cette dernière solution seule à 1 % a paru donner quelques bons effets. L’eau chaude à 90 et 100° a toujours réussi. De ces expériences, il faut conclure que c’est au lavage à l’eau bouillante que les désinfecteurs devraient avoir recours de préférence pour désinfecter les vases contenant des matières expectorées suspectes, ou à défaut à une très forte solution de sublimé.

Mais cette désinfection a surtout un intérêt en hygiène hospitalière où les tuberculeux sont nombreux et où il importe d’assurer efficacement la stérisalisation de toutes ces déjections. La conclusion de M. le professeur Grancher amenait à chercher un procédé pratique et commode d’appliquer la chaleur à cette désinfection spéciale. Plusieurs industriels ont cherché à y réussir.

L’un des appareils expérimentés se compose de trois parties : 1° une chambre en métal munie, d’une large porte et d'un toit portant une cheminée d’évacuation, dans le toit sè trouve un robinet d’amenée d’eau. Le fond de la chambre est formé par un vidoir duquel part un tuyau de

1) Uffelmann, Zur desinfection infectioser Darmentlurcengen (1889),

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vidange avec siphon. A la moitié de la hauteur de la chambre se trouvent deux rails, sur lesquels glisse un récipient, et au-dessous des rails est une rampe à gaz avec robinet de réglage ; 2° Un récipient carré avec rebord supérieur saillant en dedans. Ce récipient, monté sur roues, lui permettant de glisser sur les rails, est divisé en quatre alvéoles par deux cloisons verticales ; dans chaque alvéole on peut placer cinq crachoirs. A la partie inférieure se trouve un robinet d’écoulement ; 3° Un chariot, sorte de petite voiture à roues, munie de caoutchouc et pourvue de rails qui viennent s’adapter aux rails de la chambre de métal. Voici comment fonctionne l’appareil. L’infirmier approche le chariot de façon à adapter ses rails aux rails de la chambre de métal, dont il a ouvert la porte : il saisit l’anse du récipient, le tire au dehors et le fait glisser sur les rails du chariot. Il promène ensuite ce dernier dans la salle des malades, recueillant les crachats à chaque lit, en les plaçant immédiatement dans les alvéoles du récipient, puis il revient à la chambre de métal et y fait rentrer le récipient chargé des crachoirs. Il ouvre alors le robinet d’amenée d’eau et remplit le récipient. Puis il allume la rampe à gaz, après avoir eu soin d’ajouter 15 à 20 grammes de carbonate de soude par litre d’eau dans le récipient. Ce liquide mélangé aux crachats forme une lessive qui bout à 103° en 20 ou 25 minutes. Cette lessive laisse déposer sur les parois du récipient une poussière grisâtre due à des résidus organiques et renfermant des bacilles morts.

Nous avons donné la description faite à la Société de Médecine publique par M. le professeur Grancher, parce que les premiers essais faits dans dans ce sens avaient été insuffisants et discutés surtout par le docteur Laillier.

A l’hôpital Lariboisière on se sert d’une sorte d’autoclave, où les crachats sont noyés dans de l’eau ordinaire qui est soumis à l’action de la vapeur d’eau à une pression de trois atmosphères, pendant 20 minutes. Les crachoirs eux-mêmes sont nettoyés par un jet de vapeur, puis rincés et lavés à la brosse. M. le docteur Challan de Belval a par un procédé analogue utilisé la vapeur des calorifères de l’hôpital de Versailles.

Ces procédés ont le désavantage du transport des crachoirs que l’on avait cherché à éviter, mais en somme ils ne sont pas à dédaigner dans la pratique de l’hygiène hospitalière.

Le mélange à des matières sèches et l’incinération n’est pas sans inconvénient ; ce procédé facilite le dessèchement des crachats et leur dissémination dans l’air à l’état pulvérulent.

V. Voitures, Wagons. — Les voitures, les wagons sont, en définitive, des habitations temporaires qui peuvent être infectées par l’homme ou les animaux. Elles doivent être désinfectées. Les procédés propres à l’habitation y sont applicables. Certaines parties peuvent être envoyées à l’étuve ; les autres sont lavées à la brosse, à l’éponge avec la solution

au sublimé, et le spray désinfectant suffit pour les parties capitonnées, coussins, etc.

Pour les wagons on a imaginé divers procédés. M. A. Koch, de Strasbourg s’est servi d’un mélange de vapeur et d’eau bouillante emprunté aux locomotives ; le docteur Redard a utilisé la vapeur surchauffée à l’aide d’un serpentin placé dans la chaudière des locomotives.

M. Canalis (1) a fait des expériences pour comparer la valeur de ces divers procédés et il s’arrête de préférence sur celui-ci : « Ce qui importe avant tout, c’est le nettoyage mécanique à grande eau, avec une brosse rude ou un balai et de l’eau pure de préférence bouillie pour qu’elle soit stérilisée, chaude encore à 70°. Cette première opération suffit à elle seule pour faire tomber le nombre des germes de plusieurs milliers à 15 ou 20 par carré de 16 centimètres ; le résultat n’est pas meilleur quand le premier lavage est fait avec une solution de sublimé ou d’acide phénique. Pour détruire les derniers germes, il suffit d’un lavage terminal à l’aide d’une seringue en caoutchouc durci avec une solution de sublimé à 15 pour 1,000 avec addition de 5 gr. d’acide chlorhydrique par litre. Il faut deux heures au plus pour nettoyer ainsi un wagon, beaucoup moins quand le wagon a été antérieurement désinfecté par ce procédé. La dépense n’est que de 0,25 par wagon.

On pourrait également se servir avec avantage de l’appareil Gcneste et Herscher dont nous avons précédemment parlé.

Nous n’avons pas à intervenir ici pour tout ce qui concerne l'application des règlements concernant la désinfection du matériel de transport des animaux pour lesquels nous renvoyons à ce que ditM. Nocard au chapitre des Epizooties.

YI. Navires. — Nous serons réservés en ce qui concerne la désinfection des navires qui occupera certainement une place importante dans la police sanitaire maritime. Nous voulons seulement rappeler ici que cette désinfection s’opère comme pour les locaux ; l'opération plus importante et plus difficile est l’épuration de la cale et de l’eau qu’elle renferme.il faut faire circuler à l’aide de pompes de grandes quantités de solution au sublimé, agiter le mélange de telle manière que le désinfectant se répande partout ; on ajoute successivement la solution et on prélève de temps à autre des échantillons jusqu’à ce que le liquide stagnant soit saturé ; la preuve en est faite quand une lame de cuivre bien décapée, trempée dans un échantillon se recouvre d’un dépôt grisâtre. On laisse alors séjourner le liquide 24 heures, puis l’on épuise la cale et on y substitue de l’eau de mer qui sert à laver le fond et qu’on renouvelle par puisages successifs.

Nous verrons plus loin comment à la Louisiane on pousse plus loin

(1) Journal de la Société italienne d'hygiène, 1889.

DE LA DÉSINFECTION

encore la désinfection même du navire et quels soins méthodiques on prend. Cela peut être imité.

VII. Chiffons. — Nous mentionnerons aussi très brièvement ce qui concerne les chiffons, bien que la question offre un grand intérêt au point de vue de la transmission des germes pathogènes, à ce point même qu’à chaque menace épidémique, les chiffons sont l’objet de mesures spéciales et très justifiées. Le commerce des chiffons ne présente en effet que des incertitudes et des dangers pour la santé publique. Recueillis sur la voie publique, ils entrent dans la circulation sans avoir reçu quelquefois aucun lavage, sûrement aucune désinfection.

Aux désinfecteurs professionnels nous conseillons dans les habitations où ils opèrent de les détruire par incinération ; si on exigeait cependant leur conservation, il faudrait les faire bouillir dans des trempeurs ou dans des solutions désinfectantes.

Si l’on a affaire non plus à des simples particuliers, mais à des commerçants, la désinfection des ballots de chiffons devient une opération plus difficile. L’étuve à vapeur sous pression est le seul procédé à employer et il faut encore y apporter un soin spécial. Les expériences faites en Angleterre par lllingwath et dont les détails ont été consignés dans le rapport de M. Parsons au Local Government Board ne laissent aucun doute sur les insuccès obtenus. L’un de nous (1) a fait des recherches avec les étuves sous pression pour des balles de chiffons de dimensions moyennes et modérément pressées. Le résultat fut mauvais ; tandis que la température maxima de l’étuve était 121°, à l’intérieur de la balle de chiffons elle n’atteignait que 29°. En décerclant au contraire les balles et écartant les chiffons à l’aide de morceaux de bois de façon à former des tranches de 10 à 12 centimètres d’épaisseur et après des essais multipliés les résultats furent excellents et reproduits constamment dans une quarantaine d’expériences. La température étant de 119° au bout de 20 minutes, les thermomètres marquaient dans l’épaisseur des tranches 114,- 115, 116°. Le poids avant traitement était de 150 kilog. et de 156,5 après traitement et avant séchage. L’écart de 6 kilog. disparaissait avec le séchage. Il n’y avait point de détériorations des tissus, la décoloration n’était un peu accusée que pour la flanelle, ce qui se produit même au lavage.

La désinfection industrielle est donc possible et c’est là un fait important en ce qui concerne ce genre ce commerce et la prophylaxie épidémique.

(1) Docteur A. -J. Martin, Désinfection des chiffons , congrès international d’hygiène de Vienne, 1887).

§ IV. — Des personnes.

La désinfection des personnes doit s’entendre de plusieurs manières.

Il peut être question d’abord de malades auxquels, aux soins médicaux, il est bon d’ajouter des mesures que le genre de leur maladie rend particulièrement indispensable. C’est pour eux plus que la propreté essentielle à tout malade, mais une désinfection véritable qu’il faut pratiquer méthodiquement à l’aide de lavages répétés et minutieux avec la solution de sublimé faible ou avec une solution boriquée à 4 pour 100. Ces lavages doivent s’appliquer surtout aux parties du corps où les replis cutanés, la présence des poils , rendent plus facile l'amoncellement des germes morbides ou seulement des saletés.

Après la période de la maladie, la convalescence rend nécessaires d’autres soins plus faciles évidemment, car alors le convalescent luimême peut y aider. Les savonnages antiseptiques, les bains désinfectants, sont rigoureusement nécessaires pour toutes les affections exanthématiques , et doivent être pratiqués jusqu’à la fin de la période de la desquamation.

Suivant aussi le genre d’affections, il faut, outre ces mesures générales s’appliquant à la surface cutanée, des pratiques journalières et plus ou moins répétées de désinfection locale. Nous côtoyons là un terrain qui doit être réservé à l’antisepsie médicale et qu’il ne convient de traiter ici qu’avec une extrême prudence , parce que les moyens à conseiller peuvent être variables avec les médecins et selon le degré de confiance qu’ils attachent à telle ou telle substance antiseptique. Nous ne pouvons qu’insister sur leur importance au point de vue de la transmission des affections et comme moyen prophylactique de premier ordre. L’antisepsie buccale, pharyngienne et nasale, dans les affections exanthématiques, dans la diphtérie , est à pratiquer non-seulement pendant la période aiguë ou la convalescence, mais même, pour la diphtérie, longtemps encore, et, pour être exact, il faudrait dire jusqu’à certitude que la salive soit absolument débarrassée de tout germe virulent.

Mais, ce que nous devons rappeler surtout, c’est qu’il ne faut pas ajouter foi aux substances réputées antiseptiques et qui, comme les eaux ou pâtes dentifrices communément employées , ne contiennent aucun agent efficace : il faut se servir de solutions boriquées à 4 pour 100 ou même de solution mercurielle faible, qu’on recrache aussitôt avec soin. On peut aussi, suivant la pratique de Renaut (de Lyon), user de pulvérisations de liquides boriqués ou de liqueur de Yan Swieten dédoublée.

Il faut pousser plus loin la désinfection des personnes, et l’appliquer à celles qui approchent les malades par devoir, parents ou garde-malades.

DE LA DÉSINFECTION

Si, dans tous les cas, il n’est pas possible de pratiquer, comme dans l’antisepsie hospitalière, une épuration complète dès qu’on s’éloigne du malade, il faut au moins se rapprocher, autant que possible de l’idéal ; il faut avoir des vêtements spéciaux, dont on se recouvre près du malade, et qu’on quitte quand on s’en éloigne; il faut aussi multiplier les lavages des mains et du visage avant de rentrer, d’une manière quelconque, dans la vie commune de la maison et près des personnes saines.

Il va de soi que les visites inutiles sont défendues et que les contacts entre malades et bien portants sont restreints à la plus étroite limite.

L’initiation du public et aussi des gardes-malades n’est pas assez faite sur l’utilité de toutes ces pratiques, et il est encore un nombre trop considérable de personnes les jugeant superflues ou ennuyeuses, et prêtes à les enfreindre. C’est une grave faute.

Les personnes saines et valides ne doivent pas se considérer comme étant exemptes, dans la vie ordinaire, de certains soins qui appartiennent à la désinfection. L’hygiène privée pour les uns, les exigences nées de la vie collective pour d’autres , rendent quelques pratiques absolument nécessaires.

Les soins de propreté ont pour conséquence immédiate de salir les objets qui servent à la toilette; parmi ceux-là, les. éponges, les brosses, les peignes, servent de réceptacles à des germes qui s’y peuvent développer, et, à l’occasion, devenir la cause d’accidents.

La première règle à imposer est qu'il n’y ait jamais d’objets de toilette communs à plusieurs personnes; que ce soit dans la maison, que ce soit au pensionnat ou à la caserne , chacun doit être possesseur de son outillage de toilette.

En outre ils doivent être, suivant les circonstances, lavés et désinfectés.

Les peignes et brosses seront d’abord dégraissés à l’aide de solution de soude ou de potasse, ou seulement de savon ; puis ils seront plongés dans une solution de sublimé forte, tiède et pendant deux heures.

L’eau bouillante suffit pour les ciseaux ou les rasoirs.

Les éponges et les brosses à dents doivent être également, après lavage à l’eau chaude (45°), trempées pendant assez longtemps dans une solution de sublimé forte, au moins 24 heures. Il est certaines pratiques qui sont favorables au développement des germes qui s’amassent dans les objets de toilette et qu’il faut éviter. Renfermer les éponges, les brosses, dans des tiroirs, dans des boîtes, des sacs hermétiques, est mauvais. Il faut, au contraire, après rinçage à l’eau pure et après les avoir expurgés, le mieux possible, de toute l’eau qu’ils renferment, les laisser exposés à l’air libre. La dessiccation s’opère ainsi plus vite et rend plus difficiles les fermentations.

§ V. — Antisepsie professionnelle et chirurgicale.

Nous rappellerons ici, sans développement, l’importance de la désinfection pour les personnes qui, par profession, se trouvent en contact avec les malades atteints d’affections contagieuses. Le docteur Letulle(l) a exposé, devant la Société de Médecine publique, les règles que doit s’imposer le médecin qui, sans cela, peut être accusé, avec quelque raison, d’être un agent sûr et fréquent de transmission des germes morbides. Si rigoureuses qu’elles puissent paraître , si difficiles qu’elles semblent en pratique, il faut tâcher de s’y conformer, autant que possible. Le revêtement de blouses, le lavage et le brossage des mains, des ongles, sont des mesures que l’antisepsie rend indispensables, et qui doivent devenir habituelles.

Cette antisepsie professionnelle doit s’étendre, non-seulement à la pratique chirurgicale où elle est essentielle, mais encore à tous ceux qui soignent et touchent les malades, infirmiers, gardes-malades, sagesfemmes, etc.

Nous ne reviendrons pas sur l’antisepsie chirurgicale, dont il a été question à propos des salles d’opération, et où nous avons décrit, nonseulement les conditions des locaux , mais aussi celles nécessaires à l’asepsie des instruments et de tout le matériel. Entrer dans de plus amples détails serait sortir de notre cadre , et faire , après Lucas Championnied, Terrier et bien d’autres, l’histoire de l’antisepsie et de l’asepsie : ce qui est inutile. Nous devons en dire autant de l’antisepsie obstétricale, dont nous avons montré la nécessité en faisant la description des Maternités et des conditions mêmes de leur installation, pour éviter les contagions. L’Académie de médecine, sur la proposition de MM. Tarnier et Budin (2), a demandé qu’on autorisât les pharmaciens à délivrer aux sages-femmes des paquets composés de sublimé corrosif 25centigr., acide tartrique 1 gr., rouge de Bordeaux 1 milligr., et sur lesquels seraient imprimés les mots — sublimé 25 centigr. pour un litre d’eau — poison, et, pour graisser les mains ou les instruments, la vaseline au sublimé à 1 pour 1,000.

La solution sert à toutes les lotions destinées, non-seulement, aux parturientes, mais aussi aux accoucheurs, avant comme après tous les attouchements ou opérations. Cependant, comme le fait observer Vinay (3), chez certaines femmes il faut être prudent, et si l’on utilise une solution

(1) Revue d’ Hygiène, 1890.

(2) Bulletin de l’Académie de médecine , février 1890,

(3) Manuel d’asepsie , Vinay, 1890-

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un peu plus forte, surtout dans les lavages intra-utérins, il faut toujours la faire suivre d’une injection avec de l’eau stérilisée ou de l’eau bouillie.

Enfin Vinay fait encore remarquer que si l’antisepsie est rigoureuse, et si, ponctuellement faite, elle a donné des résultats excellents; l’asepsie méthodique a fourni aux accoucheurs anglais, sans le secours de l’antisepsie, des succès qui en démontrent la valeur. On a donc raison, et les chirurgiens pensent sur ce point, comme les accoucheurs, de donner à l’asepsie une importance considérable ; d’où la nécessité d’introduire dans la pratique des opérations et des accouchements l’asepsie des mains, puis des instruments, des pièces de pansement, etc. Des appareils spéciaux ont pour but de stériliser complètement tous les instruments, les pièces de linge, etc.; ce sont les autoclaves, dont la description est faite dans les traités de l’asepsie et dont le type le plus répandu appartient à M. Chamberland, et qui, créé pour le besoin de la stérilisation des cultures microbiennes, peut absolument servir aux pratiques de l’asepsie chirurgicale.

Vinay recommande, avant de procéder au lavage des mains, avant toute opération, le procédé ingénieux dû au docteur russe Belajieffe, et qui consiste à enduire les mains avec une pommade colorée et bleue (vaseline et bleu d’outremer, 1 sur 3 à 8), jusqu’à ce que les sillons et les interstices des ongles soient remplis en totalité avec ce mélange. On pratique ensuite le lavage des mains avec le savon et la brosse, jusqu’à ce que toute trace de coloration bleue ait disparu, puis les mains sont trempées dans l’alcool et la solution au sublimé à 2 pour 1,000, et si on les veut assécher, il ne faut se servir que de compresses prises dans l’autoclave.

§ VI. — Transports mortuaires.

La désinfection des cadavres est nécessaire, non-seulement dans les affections épidémiques et contagieuses, mais en tout temps il est bon et prudent de prendre, au moment de la mise en bière, certaines précautions. Le docteur Schoenfeld (1) en explique la nécessité absolue, toutes les fois qu’il est question de transports, et insiste sur l’obligation de pratiquer la désinfection du matériel servant à ces transports. Tout cela est indiscutable et est, en fait, plus ou moins bien mis en pratique. Il faudrait exiger, pour ainsi dire en règle ordinaire, ce qui se fait seulement dans les cas graves. Les cadavres au moment de l’ensevelissement, outre les substances absorbantes au milieu desquelles on les place, devraient être, pour toutes les parties non recouvertes, arrosés de liquides désinfectants,

il) Revue d’Hygiène, 1885.

et les plus économiques et les plus sûrs seraient, pour cet usage, les émulsions de crésols. La serpillière en serait imbibée. En outre, il conviendrait que le matériel des pompes funèbres fut toujours , et après chaque cérémonie, désinfecté. Quant au personnel, il devrait être obligé à des lavages désinfectants, et les vêtements dont il font usage devraient être passés à l’étuve. Cette dernière pratique est déjà utilisée à Paris, à Laide des étuves municipales. Il y a là une série de mesures dont l’utilité n’apparaît pas encore suffisamment aux administrations chargées de ce service public, mais sur lesquelles il convient d’appeler l’attention, car il est difficile d’atténuer, même de faire disparaître, les dangers que la manipulation et le transport des cadavres peuvent toujours occasionner.

Enfin, nous rappellerons, qu’en ce qui concerne les dépôts mortuaires, on a demandé que des étuves et un matériel de désinfection fut toujours annexé à ces dépôts. C’est une mesure indispensable. Nous ajouterions qu’ils doivent être construits en vue de faciliter la désinfection du local. On en devrait dire autant des salles d’autopsies, des dépôts mortuaires hospitaliers que l’on considère, trop souvent, comme des locaux sans Importance architecturale, et pour lesquels, en général, tout est suffisant, même le mauvais.

Ce sont là de graves erreurs que l’hygiène réprouve et condamne. Le respect qui s’impose dans nos mœurs, pour tout ce qui touche à la mort, ne doit pas faire oublier les devoirs que l’hygiène prescrit en face de la nature morte et livrée, dès la première heure, à la destruction irrémédiable. La mort a sa prophylaxie indiscutable, et elle doit s’appliquer à tout ce qui recèle un cadavre.

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