‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publiqueChapitre 170 sur 177 · GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

GÉNÉRAUX

Soit 33,314 par an en moyenne. Ce chiffre témoigne d’un grand zèle et des services ainsi rendus à la population. Jusqu’au jour où les étuves municipales ont pu arriver à avoir un fonctionnement régulier, l’on pouvait presque dire qu’à Paris l’un des plus sûrs moyens de pratiquer la désinfection dans une famille dont un des membres avait été atteint

DE LA DÉSINFECTION

d’une maladie transmissible, consistait a engager au mont-de-piété les objets de literie, vêtements, linge, etc. !

Grâce à cet établissement, en tout cas, on peut éviter que les objets mis en gage deviennent des moyens de propagation des maladies infectieuses. Il n’en est malheureusement pas de même encore au Temple, malgré la demande du conseil municipal, ni à l’hôtel Drouot, pour lequel des pourparlers sont en ce moment engagés entre le Gouvernement et la Chambre des commissaires-priseurs.

§ lit. — l.u désinfection ù l’étranger.

Nous serons brefs sur ce point, l’espace nous manquant et ne pouvant donner ici place qu'à quelques renseignements sommaires sur les établissements de désinfection, et non pas sur le service de la prophylaxie épidémique à l’étranger et les règlements qui ont été édictés dans tous les pays, et dans lesquels la désinfection joue, assurément, un rôle important. Ce sera l’objet d’un travail spécial dans cette Encyclopédie.

En Angleterre, il y avait depuis longtemps et dans certains districts, d’après les prescriptions du Local government board, des étuves qui doivent être mises à la disposition du public ; mal conditionnées, détériorant les effets ou ne les désinfectant pas du tout, puisque même des punaises sortaient vivantes, elles furent délaissées. Un rapport de la Commission sanitaire sur la désinfection à Londres, en 1891 (1), nous fait connaître que même une étuve appartenant à la cité de Londres était abandonnée pour une soufrière ; il en ôtait de même dans d’autres districts. Ce document nous apprend, en outre, que l’établissement le plus recommandable, au point de vue scientifique, est celui de M. W.-G. Lacy, autrefois interne à l’hôpital des fiévreux de Londres, et qui opère pour les districts de Fulham, Saint-Martins-in-thefields, Willesden, Woodgreen, Richmond, Streatham et Saint-Pancras et pour un grand nombre de maisons particulières, écoles, etc., dans un rayon de plus de 30 kilomètres autour de Londres. L'établissement est situé au bord de l’eau, près du pont de Wandsworth. Il y a deux étuves, une pour les objets où la pénétration n’est pas nécessaire, comme les bottes, les livres, les ornements, les sommiers, etc., ou pour les vêtements qui peuvent être abîmés par une exposition sur toutes leurs faces. Dans cette étuve, se produit une chaleur humide de 270° fahr. (132° C.). Cette étuve est très grande et peut recevoir le contenu de 3 chambres à la fois.

L’autre étuve est à vapeur sous pression : elle est également très

(1) Lancel du 3 janvier 1891.

Encyclopédie d’hygiène, — V.

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grande et peut contenir 5 quintaux de vêtements, de linges, etc. ; elle a désinfecté, dans le seul district de Fulham, plus de neuf tonnes d’articles pendant le trimestre de Noël 1890-1891.

Le district de Saint-Pancras a construit une étuve à vapeur sous pression, qui est une copie de celle employée par M. Lacy. Le port de Londres, Saint-Georges de l’Est, Bethmal Green, Hampstead et Saint-James, emploient des étuves à vapeur sous pression, système Lyon. Dans les autres districts de la métropole, les moyens de désinfection sont imparfaits et douteux.

Les conclusions mêmes du rapport indiquent combien la désinfection est peu organisée, et que les établissements de quelque valeur y font défaut. Elles énumèrent les conditions essentielles et prescrivent la mise en pratique de l’étuve à vapeur sous pression. Et on ajoute • « Dans le cas où les autorités sanitaires d’un district ne pourraient installer un établissement de cette sorte, administré par leurs propres représentants et sous leur contrôle direct, immédiat, il ne faut pas passer de contrat avec des particuliers se chargeant de faire la désinfection, à moins que les autorités sanitaires, représentées par une personne compétente en la matière, aient visité personnellement les bâtiments où doit se faire la désinfection, et se soient assurées que l’opération sera faite exactement d’après les principes scientifiques ».

Dans l’empire allemand , les résultats sont certainement plus satisfaisants qu’en Angleterre. Il existe un certain 'nombre d’établissements municipaux de désinfection. Le docteur Weisberger nous a fait connaître le lazaret de Strasbourg (1), mais nous ne le rappelons ici que parce qu’il présente cette particularité que, bien qu’appartenant au service des épidémies et fait en cette prévision , il a été néanmoins organisé en vue d’un service permanent et municipal de désinfection.

L’établissement municipal créé à Berlin, et peut-être le premier en date, a été décrit, avec détails, dans la Revue d’ Hygiène (2); on y emploie les étuves Schimmel ; les règles les plus sévères pour éviter les contaminations intérieures y sont observées, et cette création a beaucoup contribué à développer, dans l’empire allemand, la confiance dans la désinfection et les mesures qu’elle entraîne.

L’ordonnance de 1887, qui a fait la désinfection obligatoire pour certaines maladies, a de même contribué à l’extension des établissements hospitaliers et municipaux.

Le personnel technique et exercé, d'après les rapports de Gaffky, fait défaut dans bien des endroits.

Le service à Berlin a été réorganisé par Merke, directeur de l’hôpital

(1) Reçue cl' Hygiène, 1880.

2) La station de désinfection de Berlin, A. -J. Makttn, Revue d1 Hygiène , 1886.

DE LA DÉSINFECTION

de Moabit; un enseignement y est fait pour les désinfecteurs, et pourra suppléer à cet inconvénient en fournissant un personnel exercé qui, probablement, se répandra dans les différentes villes.

Le bureau d’hygiène de Bruxelles a donné à la désinfection, depuis sa création, toute l’importance qu’elle réclame, et beaucoup de villes ont suivi cet exemple. Cependant , une circulaire ministérielle de 1890, en invitant les municipalités dépourvues d’organisation sanitaire à envoyer un délégué près de M. Janssens (de Brunsler), afin d’y être exercé à la technique de la désinfection pour la mettre ensuite en pratique dans chaque localité, indique nettement qu’il y a encore, même dans ce pays qui fut presque le berceau de l’hygiène publique, de sérieux efforts à faire pour assurer partout le bénéfice de la désinfection.

L’Autriche s’inspire des pratiques allemandes, et, dès 1887,1e Ministère de l’Intérieur a prescrit la désinfection pour certaines affections contagieuses, mais non l’obligation, cependant, et les créations municipales y sont moins avancées qu’en Allemagne. En Italie, en Espagne, c’est aux services sanitaires que la désinfection est réservée : elle se pratique comme en France et elle y a été singulièrement développée depuis quelques années.

En Russie, certains établissements hospitaliers sont assez bien dotés pour assurer le service public.

Il faut évidemment laisser ici, de côté, tout ce qui regarde les lazarets et la police sanitaire maritime, dont il sera question dans une autre partie de X Encyclopédie.

En résumé, en France comme à l’étranger, il y existe une tendance à donner à la désinfection une grande importance parmi les moyens propres à s’opposer à la propagation des affections contagieuses, et bien qu’on manque encore dans nombre de pays et de localités d’institutions administratives suffisantes pour établir une défense sanitaire efficace. Les préoccupations deviennent plus vives au moment des épidémies, surtout lorsqu’elles ont un caractère international ou présentent quelque danger public ; c’est alors la défense des frontières qui s’impose : cela est tout naturel. Il importe cependant de donner à la désinfection locale et constamment mise en œuvre, tout le développement nécessaire.

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