‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 100 sur 364 · Nouvelle Héloise, 2' partie, lettre XXIII · texte numérisé non relu

Nouvelle Héloise, 2' partie, lettre XXIII

HisrorrtE de la mvsiqi^e

l'exécution ne trouvaient pas grâce davantage aux yeux de Uousseau, et sa Lettre d'un symphoniste de l'Acadi'iiiie royale de miiuque à ses camarades de l'orchestre (1753) soulifinait cruellement quelques-uns des travers les plus évidents de cet établissement officiel. D'un autre côté, sa collaboration à VEncyclopédie lui attirait les critiques de Rameau, auxquelles il répondait par VE.ramen de deux principes ai'onci's par M. Rameau dans sa brochure intituli'e « Erreurs sur la musique », dans l'Encyelopihlie {lla'oj.

La plupart des ouvrages de Jean-Jacques touchent de près ou de loin à la musique. Son Essai sur l'origine des lanijues, qui, originairement, duvait porter le titre d'Essai SH)- Voriijine de la mélodie, contient d'intéressantes observations sur la mélodie et sur l'imitation musicale, et lors de la querelle des Gluckistes et desPicciiinistes, le philosophe, toujours aussi combatif, embrassait ouvertement le parti de Gluck.

Le Dictionnaire de Musique, publié à Genève en 1767, remporta un succès justifié; c'était, en effet, vraiment, le premier dictionnaire de musique que l'on vît en France, et, bien que déparé par de nombreuses erreurs, ce livre marque une date dans notre histoire musicale. On peut y suivre les étapes de l'évolution musicale de l'esprit de Rousseau, qui, d'abord enthousiaste de la musique française, était devenu grand partisan de la musique italienne et, enfin, défenseur d'une sorte de musique internationale. En outre, cet ouvrage est précieux pour la connaissance de l'esthétique de Rousseau'. Une édition parisienne en parut en 1768.

Les ouvrages musicaux laissés par Rousseau sont : les Muses galantes, le Devin du village, intermède en un acte (1" mars 17o3); Pi/gma/ioii, scène lyrique; des fragments de Daphnis et Chloé (1779), et le recueil publié en 1781, après .sa mort, sous le titre: les Con-

solations des misères de ma vie, dans lequel on a rassemblé 95 morceaux de chant^.

Au cours (le ses Confessions, Rousseau a exposé la genèse du Devin, dont la première esquisse remonte ù 17SI. Joué d'abord à Fontainebleau, le 18 octobre 17:')2, le Devin parut à l'Opéra, avec un succès complet, le 1°' mars 175:). Les légères mélodies de cet acte, écrites, soit dans le goiH des pièces italiennes du temps, soit dans le plus pur goût français, eurent un succès énorme. Le roi chantait lui-même : « J'ai perdu tout mon bonheur, » et la pièce se maintint 76 ans au répertoir'e'.

On a insinué que le Devin du village n'était pas de Rousseau, et d'Holbach fut le premier à colporter ce bruit malveillant, que les remaniennents subis par l'ouvrage* et les propres déclaralionsde Rousseau luimême, relatives à trois des morceaux de la partition, pouvaient jusqu'à un ceitain point excuser. Fanton, Francœur et un certain Granier ou Grenet auraient collaboré à la partition de Rousseau. M. ïiersot ne croit pas possible de soutenir que le philosophe ait volé la musique du Devin à quelque compositeur obscur.

On sait, en elTet, que si le Journal encyclopédique d'octobre 1780 attribuait cette musique à un Lyonnais nommé Granier ou Grenet, un démenti formel lui fut donné par Marignan, l'année suivante. De son côté, Grétry.dans ses iUf'moires, reconnaît à Rousseau l'entière paternité du Dcvin^.

Cette petite partition met en scène deux enfants amoureux, Colin et Colette; il s'en dégage, en dépit de quelque inexpérience, une sorte de charme naïf et mystique qui sent l'art populaire*^. La romance de Colette : « J'ai perdu tout mon bonheur, » est assez caractéristique à cet égard; M. Tiersol a pu la rapprocher du « Robin m'aime » dnjeu de liobin et Marion d'Adam de la Halle :

Co.lin

lais se

Co.lin

dé. lais-se

On peut en dire autant de la ronde finale : « Allons danser sous les ormeaux,» d'allure très peuple, dans sa gaieté fruste et franche. Dans l'ensemble rien n'est plus français que cette musique d'un ennemi de la musique française. Mais une des conceptions musicales les plus originales de Rousseau est sans contredit celle de son Pyijmalion. Pygmalion est, en quelque sorte, un ouvrage synthétique, dans lequel Rousseau se propose d'appliquer toutes ses idées sur la déclamation, le récitatif, le rôle de l'orchestre, la mimique. Il imagine de faire entendre successivement le drame et la musique, de préparer la phrase parlée au moyen de la phrase musicale, et d'interpréter

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