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ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSEIiVATOIRE
point leur déception et traitèrent la pièce de « messe i d'enterrement' n. Seulement, riiostiiité dura peu, et le public, bientôt subjugué par la grandeur pathétique de l'ouvrage, voua à Alcestc le culte qu'il professait pour Orfro, dédommageant ainsi Gluck d'un instant d'indécision et d'égarement. Trois ans après l'apparition d'Alceste, le théâtre de Vienne était appelé à juger un nouvel opéra des deux collaborateurs 2. Paride ed EIrna (30 novembre 1770), œuvre sans grand relief et assez monotone, mais où Gluck s'eiïorçait d'exprimer par sa musique l'opposition des caractères des Phrygiens et des Spartiates, et à laquelle, dans ses compositions ultérieures, il emprunta de nombreux motifs.
L'année précédente (24 août 1769) et à l'occasion du mariage de l'infant don Ferdinand, Parme s'était divertie d'un spectacle coupé, dans le genre de ceux qui se produisaient avec tant de persévérance sur la scène française, et intitulé le Fcsted'Apollo. Après un Prologue, venaient trois actes écrits sur des sujets différents, dont les deux premiers, VAIto de Baiici e Filemonc et ÏAtto d'Aristco, étaient inédits, mais dont le troisième, à l'imitation des Friigments alors si goûtés à Paris, consistait en un pot pourri de morceaux d'Orfeo. Gluck avait alors quelque peu refréné son humeur voyageuse et ne quittait guère plus Vienne, où il vivait adulé et heureux, mais très sauvage et fantasque. Burney, qui lui fut présenté en 1772, grâce à l'entremise de la comtesse de Thun, a laissé d'intéressants détails sur le caractère de son intimité. Il avait écrit en 1770 un recueil de sept lieder sur les odes de Klopstock : Klopstock's Oden und Lieder beijm Clavier zù singen in Musik gcsetzt von Herrn Ritter Gluck^. Bien que la valeur artistique de ce petit recueil soit assez faible, et que Marx le qualifie de déclamatoire, l'ouvrage de Gluck présente, comme le remarque M. l\. Rolland, un grand intérêt historique, en ce qu'il apporte un des premiers exemples du lied tel que le concevront Mozart et Beethoven. De plus, le musicien utilisa à plusieurs reprises la forme lied dans les tragédies lyriques.
Arrivons maintenant à ce que nous appellerons la carrière française de Gluck, carrière qui s'élend de 1774 à 1779. '
Depuis longtemps, l'Orphée allemand ne cachait pas ses visées à l'égard de la France, dont il méditait la conquête musicale, et dont la langue réunissait les qualités qui convenaient le plus à son talent vigoureux, » l'énergie et la clarté* ». En s'emparan' de livrets d'opéras-coniiques français, il avait déjà fait un pas dans cette voie, et lorsque, en 1767, le comte d'iîscherny l'invitait à dîner avec M. de Sevelinges, il manœuvrait habilement pour s'attirer la confiance de ce Français influent, louant dans LuUi
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« une noble simplicité, un chant rapproché de la nature et des intentions dramatiques », et déclarant que « s'il était appelé à travailler pour l'Opéra de Paris, il espérait, en conservant le genre de Lulli, créer la véritable tragédie lyrique » ». M. de Sevelinges joua donc le rôle d'un des premiers annonciateurs du Chevalier, que l'étude des œuvres de Lulli et de Rameau avait convaincu de la similitude de leurs styles avec le sien propre, l'assurant ainsi par avance du succès à Paris". Gluck trouvait un autre concours encore plus précieux dans celui que lui oli'rait un attaché à l'ambassade de France à Vienne, le bailli Le Blanc du Roullet. Partisan enthousiaste de l'art gluckiste, du Roullet proposa une collaboration qui fut acceptée de suite. Il s'agissait du poème d'Iphigénic en Aulide, qu'il avait condensé en trois actes, et sur lequel Gluck se mit à l'œuvre. En 1772, du Roullet écrit à Dauvergne, directeur de l'Opéra, pour lui soumettre la nouvelle tragédie; il le fait en termes insinuants et habiles, et Dauvergne de publier dans le Mercure l'exposé des propositions qui viennent de la capitale autrichienne''. De son côté Gluck, rompu à toutes les questions de tactique, ne demeure pas inactif; lui aussi va prendre la plume, et, d'un ton modeste, il repoussera les éloges dont on l'encense; en même temps, il llatte l'amour-propre national et manœuvre autour de J.-J. Rousseau, dans l'intention bien arrêtée de s'en faire un allié.
Après avoir examiné le I" acte de la partition, Dauvergne avait rendu son verdict : « Un tel ouvrage était fait pour tuer tuus les anciens opéras français'. » Pour brusquer les négociations, Gluck implore l'appui de son ancienne élève, la dauphine Marie-Antoinette, et, fort de ce soutien, débarque à Paris en janvier 1774'.
A peine arrivé, il cherche à se concilier à la fois le parti musical vieux-français et les Eiicyclopédistes, en particulier Rousseau, qu'il savait Boutîonniste déterminé, et avec qui Corancez lui ménage une entrevue. Sans perdre de temps, il s'informe soigneusement des pei'sonnalités marquantes et s'introduit dans le cercle dont M'"" de Tessé était l'âme à Chaville. Là, il rencontrait Arnaud, h' comte de Caylus, le comte de Lauragu.ns. de Ci cul/., etc., puis il s'en allait chez l'abbé AlMi.il.i, un, le dimanche, fréquentaient Philidor, Duni, Dideiut, d'Alembert, l'abbé Delille, Suard, Van Loo, etc.'". On avait, sur ces entrefaites, mis Iplihji'nie en répétitions, et à ce propos, la plupart des auteurs, sur la foi de Mercier, de Rousseau, de Saint-Preux et de Castil-Blaze,'ont tracé de l'orchestre et des chanteurs de l'Opéra, en 1774, un tableau extièinement noir, ^'ous pensons qu'il y a là quelque exagération; la troupe des artistes ilu chant renfermait des artistes qui, comme
l tdei.la L lettieiic
e, d'histoire, de II, p. 350-358.
du l"- août 1772. Dauvergne subor- ;ement par tilufk d't^crire pour la scèac s à celle qu'on lui proposait.
0 A ait cette ^'poque, le public parisien connaissait dfjà le nom :, d Gl k, ou de G/oiic/c, comme on l'écrivait ; il avait, en effet, entendu ^ q l]u petits airs de ses opéras italiens, /)(irn(/té.s sur des paroles fran- \
t introduits par Biaise dans son opéra-comique d'/sabelle et |
( t l ■ (1705). De plus, Godard, te 2 février 1768, chantait au Con- j
l I tuid un motel à voix seule de II M. le chevalier Gluck, célèbre '}
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1 \ ir E. de tiricqueville. Un Critique musical au siècle dernier S
iiisTornr: de la musique
XVII« ET XVIIIo SIÈCLES. — FRANCE
Sophie Arnoulil et Larrivée, méritaient tous les élofjes. Quant aux chœurs, Laujon nous raconte qu'en 1166 ils étaient déjà arrivés à prendre une part active au drame et à abandonner leur attitude fiyée'. Kniin l'orchnstre, dressé et assoupli par la difficile musique de Hameau, comprenait, en 1774, des virtuoses remarquables que les accompagnements, somme toute, assez simples de Ghiclc ne pouvaient guère ell'aroucher. Nous citerons notamment Caralfc, Tarado, Dun et Sallantin-. De tels artistes sont certainement bien dilTérents do ceux dont Mercier dessine le fantaisiste portrait^. Néanmoins, il y a lieu de croire que tous ces musiciens, passablement infalués de leur valeur, péchaient beaucoup sous le rapport de l'expression, et que Gluck dut s'employer énergiquement à triompher de leur apathie.
La première d'Iphigônie en Aiclule eut lieu le ni avril 1774. Applaudie par la dauphine et parles princesses, la pièce fut assez froidement accueillie; mais, dès la deuxième représentation, la salle conquise ne cacha pas son enthousiasme. Gluck ne ménageait rien, d'ailleurs, pour « chauffer » sa cause, qu'il laissait complaisamment défendre par de zélés séides, comme l'abbé Arnauld'* et Corancez^, pendant qu'il continuait à rabattre de tous côtés des partisans susceptibles de lui faire honneur, tels que M"" de Genlis et la duchesse de Kingston^.
Le 22 aoiit 177i, l'Opéra représenlait Orphée et Eurydice, traduit par Molines, et considérablement remanié par le musicien, qui baissait d'une quarte le rôle d'Orphée, écrit pour contralto dans la pièce italienne. Le succès surpassa celui d'Iphiçjdnie, à cause du cai'actère plus simple et plus émouvant du drame''; journaux et mémoires du temps s'emplissent alors d'éloges, et Coraucez, Rousseau, Voltaire et M"" de Lespinasse font montre d'un bruyant enthousiasme; Housseau, en particulier, s'était attaché passionnément à la nouvelle œuvre du Chevalier, devenu l'homme à la mode*. On s'arrachait les places pour les représentations de ses opéras, et les répétitions elles-mêmes avaient attiré une foule inouïe, avide de contempler de prés et en plein travail l'homme extraordinaire qui commençait à diviser la capitale en deux camps également surexcités, et que l'on accueillait avec ferveur à Versailles, où une deuxième version de V Arbre enchanté était représentée devant la cour le 27 février 177b'.
Gluck n'assista point à la chute de Cylhère assiégée (1" août 1775); vers la fm de février 1773, il avait quitté Paris pour Vienne, « son cabinet de travail », afin d'y préparer une adaptation française de VAlcfSte italienne et d'y écrii'e deux nouvelles tragédies lyriques : Roland et Armide.
AkcMe ne parut sur la scène de l'Académie royale de musique que le 23 avril 1776, et faillit sombrer à