A. Wolquenne, loco ■;. Cf. A. Mari
lenne, loco cit., p 215.
Les chœurs présentent des caractères très marqués, grâce auxquels Gluck fise la physionomie des Grecs et des Barbares. Avec ceux que chantent les prêtresses de Diane, s'imposent le calme, l'eurylhmie, l'obéissance aux Dieux. Ecrits pour deux voix de
femmes seulement, ces chœurs respirent le repos le plus absolu et une sorte de passivité religieuse et imposante; l'iime de Sophocle a passé ici dans la musique du Chevalier' :
0 songe af freux
Chez les Scythes, au contraire, résonne une joie grossière qui se traduit par la brutalité des rythmes, par la répétition des mêmes formules. Le chœur des Scythes entraîne le seul ballet qui trouve place dans l'ouvrage : c'est une danse de sauvages, pendant laquelle le tambour (la caisse roulante) bat un rythme continu de croches 2.
Dans le monde infernal, les Euménides parlent en vengeresses acharnées : « Vengeons et la nature et les Dieux en courroux," et, lorsqu'elles annoncent l'horrible forfait perpétré par Oreste : « Il a tué sa mère, » soudain leur chant s'élargit, amplifié par tout l'orchestre, et comme elfrayé devant une telle monstruosité.
Le langage de la symphonie, mên'.e en l'absence de tout texte, est aussi pénétrant que celui que profère la voix humaine. Parfois, un simple accord, une simple note, suffisent à provoquer l'émotion, à souligner un instant dramatique, tel le fa # qui prépare, de façon si saisissante, le récit du songe d'Iphigénie'; ou bien encore, ce sont des battements, des rythmes obstinés qui décrivent, pour ainsi dire, le faciès physiologique du sentiment. Nous citerons, à ce sujet, deux exemples : d'abord, les sanglots des violons au moment où Oreste se désespère d'avoir entraîné Pylade dans son malheur* :
puis, les soubresauts si suggestifs de l'orchestre durant la scène célèbre où Oreste chante : » Le calme renaît dans mon cœur. » « Après un terrible accès de fureur, écrivait le Mercure'-, Oi-esle tombe anéanti et dans un calme apparent. .Mais écoutez l'orchestre, il vous dira que c'est là de l'accablement, et non du repos... Son chant (celui d'Oreste), qui n'a
rien de périodique et reste confiné dans un petit nombre de sons, est accompagné par les altos-violes, qui peignent la voix sombre et menaçante des remords, pendant que les violons expriment une agitation profonde mêlée de soupirs et de sanglots. » Voici le début de ce surprenant passage^ :
Au point de vue des timbres, le hautbois conserve, dans Iphigénie en Tauride, le caractère de tristesse que Gluck lui alfecte d'ordinaire, et, dans la scène du \\' acte, entre Iphigénie et les Prêtresses, sa lamentation désolée alterne avec les plaintes de la fille d'Agamemnon. Le trombone mugit durant le cauchemar internai où s'agitent les Euménides; eiilin, les instruments à percussion caractérisent nettement la sauvagerie des Scythes, dont les danses et les chœurs sont brutalement scandés par les tambours, les cymbales et le triangle, pendant que les petites flûtes crient et que les clarinettes gémissent'.
Le dernier opéra de Gluck, Echo et Narcisse, drame lyrique en trois actes avec un prologue, musique de Gluck, poème du baron de Tschudi^, dont l'insuccès dépita tant son auteur, ne méritait pas la sévérité
Voir Tiersot, Gtuc/l, p. 2C Acte I, scène i.