Desnoiresterres, loco cit., p
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
diverses, paraissaient A(ys (22 février 1780), Ipkiijénle en Tauride (23 janvier 1781|, Adèle de Ponlhieu (27 octobre 1781), et Didon (16 septembre 178.') à Koiilaiiiebleaii, et ['" décembre de la môme année à l'Opéra), où l'influence de Gluck se faisait fortement sentir'. Lorsque le baron de Breteuil imafjina d'organiser une école de musique destinée à recruter des sujets pour l'Opéra, il sonjjea à en confier la direction à l'iccinni; après quelques tergiversalions, celui-ci finit par accepter les propositions de Hreteuil, et en 178i il recevait une pension de 6.000 livres, en qualité de directeur de l'iscole de musique de l'Académie royale^. Celte année-là, le 7 septembre, il donnait, sans grand succrs, Diane et Endijmion, bien que le piccinnisme régnât en haut lieu, et notamment à l'Académie française. Pénélope, jouée d'abord à Fontainebleau, puis à l'Opéra (9 décembre 178o), recevait un accueil assez froid, et, en dépit des remaniements que son auteur lui faisait subir, ne parvenait pas à garder l'afticbe de l'Académie royale de musique. Poursuivi par la malchance, Piccinni ne pouvait pas davantage décider le comité de l'Opéra, animé à son égard d'une sourde hostilité, à lui délivrer la pension de 3.000 livres à laquelle, croyait-il, ses services lui donnaient droit. L)"un autre côté, Sacchiiii, dont il s'était complu à protéger les débuts, se transformait en adversaire, et la Chjlemnestre de l'infortuné maestro lui restait pour compte'.
L'auteur de Didon recevait bien 4.000 livres comme compositeur des spectacles de la reine, et, au moment de la lîévohilion, l'Académie de musique lui servait une pension de 3.000 livres; mais elle se déchargeait sur le Trésor du soin de la verser à Piccinni, et celui-ci, malgré ses réclamations, se voyait dans l'impossibilité de toucher l'argent qui lui étail dil. La rente que M. de La Borde lui avait promise demeurait également impayée; aussi, la situation du pauvre musicien allait-elle sans cesse en s'aggravant. Le 13 juillet 1791, il se décide, enfin, à quitter Paris pour Naples, et son passage à Lyon apporte quelque dédommagement à ses déboires, car il a la joie d'y assister à l'éclatant triomphe de Didon. Ses idées libérales lui valurent toutes sortes d'ennuis, au pays natal, où Acton l'entoura de la surveillance la plus désobligeante*. Le 13 frimaire an Vil, Piccinni rentrait à Paris; là, on s'etforçait vainement de procurer quelque soulagement à la misère qui l'accablait. Sa pension de l'Opéra, rétablie, était réduite à 1.000 livres; le premier consul lui commandait une marche pour la garde nationale et le faisait nommer inspecteur de l'enseignement au Conservatoire"; mais les payements s'etfectuaient irrégulièrement. Piccinni mourut à Passy, le 7 mai 1800, entouré des siens, à l'âge de 72 ans^.
Sans être un novateur de l'envergure de Gluck, Piccinni s'appliqua cependant à modifier quelques détails de la constitution intime des opéras. Nous savons, par son biographe Ginguené, qu'il préférait de beaucoup Vopera buffa à Vopera serin. « Là, du moins [dans l'npcra buffa], écrit Ginguené, il pouvait ne s'occuper que d'exprimer les passions et d'imiter
1. Grinim faisait un éloge enthousiaste de la partition après la prelièrc à rOp6ra; il disait de la scène l du III» acte quelle avait été
sublimement rendue par le musicien ». Il ajoul.-iit : « Les zélateurs e (iluck, ces ennemis si injust<^s et si décourageants du talent de son ival, sont les plus grands partisans de Didon, et prétendent que Picinni s'est fait gluckisle. » (T. .\I1I, p. 412, 414.)