‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 147 sur 364 · Ginguené, loco cit., p. lOS · texte numérisé non relu

Ginguené, loco cit., p. lOS

8. Cf. Castil-Blaze, l'Académie impériale de musigue, I, p. 443.

La lettre de M"« Saint-Huberly est du 18 novembre 1783; elle est adressée à Louis Grégoire. Voir plus haut la réilcxion de Grimm sur le style de Didon.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSEUVATOIIiE

C'était là, on le voit, un véritable aveu de gluckisme, et, de fait, l'opéra de Piccinni se rapproche par nombre de points de ceux du Chevalier. De plus, il affirme de merveilleuses qualités de charme, de souplesse, d'aisance mélodique; l'orchestre s'y montre clair et coloré, et les instruments à vent sont traités avec une grande habileté. L'ouverture, dont Validante sostenuto est confié au hautbois, se raccorde logiquement à l'ouvrage, et les scènes

lyriques adoptent une construction solide, à la Gluck'.

Au !*'■ acte, Didon chante : « Vaines frayeurs, sombres présages, » sur des battements du ipiatuor d'un bel effet dramatique, et la déclamation, correctement observée, fait honneur aux leçons de Marmontel et à l'application de son élève. Au 11" acte, le cantabile de Didon : « Ah! que je fus bien inspirée, » s'écoule dans un style à la fois simple et pathétique.

Ah! Que je fus b:

Point de fioritures, de passages, nul étalage de virtuosité. On remarquera seulement que le musicien fait usage de deux notes par syllabe, procédé fort employé par l'école italienne. La façon dont Piccinni associe les chœurs à l'action manifeste bien aussi l'influence que Gluck avait exercée sur lui. Le chœur funéraire du 11^ acte (scène x) : « Apaisez-vous, mânes terribles, " débute par une symphonie en forme de marche funèbre, dont le chœur reprend le thème; il y a donc ici continuité, soudure parfaite entre les divers éléments musicaux, et l'expression résultante en devient très grande et très noble^. Piccinni avait voulu montrer qu'il pouvait, lui aussi, respecter la vérité dramatique. Aussi, Grimm écrivait-il : « Ses airs, toujours aussi mélodieux, toujours aussi arrondis que ceux de Roland, d'^4(i/,s etc., ont encore, de plus, une vérité et une énergie d'expression dont ses détracteurs ne le croyaient pas capable'. »

A côté de Piccinni, Sacchini mena contre Gluck le combat de la musique italienne, et on peut dire que Salieri et lui prolongèrent la querelle des Gluckistes et des Piccinnistes, après que les deux principaux champions se furent retirés de la lice.

Né à Pouzzoles, le 23 juillet 1734, Antonio-Maria- Gasparo Sacchini passa en France les cinq années les plus glorieuses de sa carrière, et c'est à ce titre qu'il en est question ici*. Distingué par Durante, et élevé au Conservatoire de Santa-Maria di Loreto, Sacchini représentait donc, comme Piccinni, la brillante école napolitaine. Lorsque, après des voyages en Allemagne et un long séjour à Londres, il arriva en 1781 à Paris, l'italianisation musicale de la capitale avait fait beaucoup de progrès. On sait qu'elle s'était accentuée à partir du moment (1777) où Legros prenait la direction du Concert spirituel; non seulement Legros appelait alors la fleur des chanteurs et des solistes tiansalpins à participer aux concerts, mais encore il remplissait les programmes d'un nombre toujours croissant d'œuvres italiennes'^. Sacchini, en mettant le pied dans la capitale, n'y était d'ailleurs pas inconnu. Sa Colonie, traduction par Framery de Vhola d'Amore (1766), fournissait aux comédiens italiens l'occasion d'un vif succès

1. Grimm, cependant, blâme le duo pastoral du hautbois et de la ilûte de l'ouverture, qui, assure-t-il, « est loin du caractère propre à une tragédie de ce genre ... {Corr. lilt.. XIII, p. 415.)

2. Cf. la préface de M. Gustave Lcfèvre pour la Didnn de Piccinni, dans l'éilition Michaëlis. cUiarue intimât, de musique, 1903, |t. 285.

3. Giinim, Corresp. titt., .\I, p. 406. Piccinni avait encore composé l'opéra lie Phnon, qui ne fut pas givivé (Ginguené, loco cit., p. 81).

4. Sur Sacchini, consulter Framery, Notice nécrologique, dans le Journal encyclopédique du 1.1 décembre 1786. — Mémoires secrets. — Almanaeh des spectacles (1787). — Neues deutsches Merkur (1797). — G. Chouquet, Histoire de la musique dramatique en France (1873). — A. Jullien, la Cour et l'Opéra sous Louis X VI : Marie-Antoinette et Sacchini (1878). — F. Florimo, loco cit., 11. - Art. de M. C. Caputo

(16 août 177o), à la grande joie de La Harpe et du parti piccinniste, et deux ans plus tard (2 octobre 1777), la représentation de VOlimpiade révélait aux amis de Gluck qu'ils devaient compter avec un nouvel adversaire.

L'établissement de Sacchini à Paris, négocié à Londres par Framery et très désiré par Piccinni, se signala de suite par les difficultés de toute nature que le comité de l'Opéra suscita au musicien, quand il s'agit de la représentation de son Renaud. Il faut lire, dans l'ouvrage de M. Jullien", les singulières intrigues qui se nouèrent alors pour étouffer l'œuvre nouvelle, intrigues dont le clan gluckiste tenait tous les fils. L'intervention directe de la reine parvint à y mettre fin, et Renaud passa le 28 février 1783, devant une salle comble, surexcitée par tant d'orageux préliminaires. L'accueil fut froid; il ne se réchauffa guère lors de Chimène, représentée d'abord, à l'automne de 1783, k Fontainebleau, où elle s'était trouvée en concurrence avec la Didon de Piccinni, puis à l'Académie royale, le 9 février 1784. Dardanus (30 novembre 1784) échoua, et les Gluckistes s'accordèrent avec les Piccinnistes pour en reconnaître la grande médiocrité, en dépit des efforts auxquels se livrait la reine Marie-Antoinette pour soutenir le musicien. Le succès du chef-d'œuvre de Sacchini, (Edipe à Colone, écrit sur un poème de Guillard, d'abord confié à Grétry, devait être posthume. La pièce ne réussit qu'à moitié le 4 janvier 1786, à Versailles, et Sacchini, désespéré de ce que la reine avait fait représenter à Fontainebleau la Phèdre de Lemoyne avant son Œdipe, mourut de chagrin le 8 octobre 1786, à l'âge de 52 ans''. Moins de quatre mois après, le l^' février 1787, (Edipe à Colone recevait à l'Opéra un accueil triomphal. Sacchini laissait, en outre, un ouvrage inachevé, Arvire et Evelina, que Hey termina et qui vit sans succès le feu de la rampe, le 29 avril 1788.

En débutant sur la scène française, Sacchini, comme Gluck, se servit d'une de ses anciennes compositions, qu'il remania en collaboration avec Lebœuf pour le poème. C'est ainsi que Renaud présente une deuxième version de r.lnn/tia exécutée en 1772, à Milan.

dans la Gazetta musicale di Milano, 17 octobre 1886. — Préfaces de Renaud et Chimène, dans la collection Michaclîs. — Grove, Fétis et Eilner, VIII, p. 378, 382. — Consulter aussi les Mémoires de Bachaumont, tomes VIII, X, XIV, XVIIl, XXI, XXII, XXIII, XXV, XXVII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII, XXXIU, XXXIV et XXXVI, et Grimm, Corresp. titl., tomes XI, Xlll, XIV, XV.

3. M. Brenet, ies Concerts en France sous l'ancien régime, p. 317

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