‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 149 sur 364 · Cf. Grimm, Corr. litt., XIV, p · texte numérisé non relu

Cf. Grimm, Corr. litt., XIV, p

6. Beauraarcliais avait terminé Turare en mai 1784. Tarare comprend un prologue et cinq actes. Cf. Jullicu, loco cit., p. 215, 216.

réformatrices dans la préface de Tarare, qu'il dédie « Aux abonnés de l'Opéra qui voudraient aimer l'Opéra ». En voici les points principaux : il faut réaliser l'alliance intime des divers éléments de l'opéra. La musique doit renforcer l'expression, sans s'isoler et sans se séparer du drame. Il convient d'introduire le merveilleux sous forme mythique, et aussi d'imposer au drame une idée philosophique qui le domine. Les voix et l'orchestre doivent fusionner complètement '.

Beaumarchais donne à sa composition le titre de Mélodrame, et il n'est pas sans intérêt de constater l'analogie qui existe entre sa conception du drame lyrique et celle que Richard Wagner devait exposer plus lard. Seulement, ainsi que nous le verrons ciaprès, la réalisation des innovations préconisées par l'auteur du Mariage de Figaro resta bien au-dessous de l'audace qui régnait dans sa profession de foi, et Tarare n'apporta, somme toute, qu'une Itrès timide exécution de projets trop retentissants.

Autour de sa pièce, savamment et patiemment, Beaumarchais commença à organiser une vaste réclame. Bientôt, il parvint à tourner toutes les lètes^; on ne parlait que de Tarare, et l'appaiilion de cet opéra prenait les proportions d'un événement extraordinaire; mais, en dépit des prévisions qui laissaient croire à une séance orageuse, la représentation s'écoula le plus tranquillemeni du monde (8 juin 1787). Le succès de Tarare fut vif et mérité, bien que la pièce ne présentât pas l'allure révolutionnaire qu'on avait annoncée si bruyamment. Peu lyrique, elle absorbait toute l'action dans le récit; mais Salieri avait donné aux récitatifs une intensité pathétique incomparable. Conformément aux doctrines émises par Beaumarchais, et qui prescrivaient d'asservir la musique aux paroles « avec une telle sévérité qu'elle semblait à l'auditeur n'en pouvoir être séparée », le

musicien avait rapproché ses scènes de la déclamation parlée, « en distinguant sur sa partition tous les morceaux de chant obligé par le mot chanté, de ceux qu'il croyait susceptibles d'une simple déclamation, et qu'il désignait par celui Ae parlé^ ».

Les scènes lyriques de Tarare sont extrêmement mouvementées. Salieri y adopte tout à fait la manière de Gluck, mais il la perfectionne encore dans le sens d'une plus grande exactitude de la déclamation; le récit se déploie avec une souplesse parfaite, en changeant constamment de mouvement, s'accélérant ou se ralentissant selon les exigences du texte littéraire; les indications anrfan/t-, allegro, presto, qui le ponctuent à chaque instant, ne portent souvent que sur une seule mesure, tant le musicien se montre attentif à respecter la déclamation*^.

L'orchestre est plus neuf, plus accidenté, plus original que celui de Gluck; Salieri emploie fréquemment, dans les secondes parties des violons, le système de brisement des accords connu sous le nom de basse d'Alberli.

A côté de ce récitatif fluide, tantôt âpre, tantôt voluptueusement adouci, on est parfois surpris de rencontrer des piécettes sans grand intérêt, telle la barcaroUe de Calpigi, au IH» acte : « Je suis né natif de Ferrare, » qui bénéficia, cependant, d'une vogue considérable, et aussi, des épisodes qui, conformément à la théorie de Beaumarchais sur le mélange du tragique et du comique, relèvent bien plus de la comédie lyrique que de l'opéra.

Les airs de Tarare se recommandent par leur sobriété et leur caractère expressif; la romance de Tarare au 1°'' acte : " Aslasie est une déesse, » l'air d'Astasie, au début du 1V= acte : « 0 mort, termine mes douleurs : ■>

qui constitue la page capitale de la partition, et l'air d'Atar au V« acte : « 'l'arare, enfln tu mourras cette fois, » peuvent se placer à côté des plus belles inspirations de Gluck. En outre, certains chœurs, ceux des Ombres, du prologue, par exemple, sont d'une harmonie grandiose et pleine, d'un caractère noble et majestueux. Salieri possède le sens exact des proportions, de la mesure. A la suite de son maître, il ajuste l'elfort au résultat à obtenir, et ne vagabonde jamais en dehors des voies que lui trace un instinct dramatique aussi sobre que juste'*.

L'opéra de Salieri et de Beaumarchais provoqua l'éclosion d'une foule d'épigrammes et de chansons;

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