FF
^iL
r-^-ir-
■IS-M-f-f— p 1
J Jbjlj
J. hJ)JJ^ =
H:, g TA :
lU—
h-* tf-j"
K ^ r fJ
LLLXino
L'emploi des instruments par famille, dans la première moitié du xvii= siècle, n'est pas encore exclusivement limité aux instruments à archet. Sans doute, les concerts de violes, tels que nous venons de les voir, sont extrêmement fréquents et constituent un des éléments les plus ordinaires des concerts. Sans doute encore, la réunion des violons aigus et graves (nous le verrons tout k l'heure) représente déjà l'élément fondamental des grandes musiques d'ensemble et, sous forme d'airs de danse et de symphonies diverses, suffisait à la réalisation sonore des ballets, des bals ou des divertissements de cour. Mais les familles d'instruments à vent sont aussi complètes
généralement, du haut au bas de l'échelle. Les facteurs n'ont pas encore cessé de fabriquer ces flûtes graves et aiguës, ces hautbois de diapasons divers, ces séries de cromornes, de cornets ou de trombones dont la tradition remontait au siècle précédent. Bien plus, en Allemagne surtout, ils s'efforcent même d'étendre à l'aigu et surtout au grave la portée de chacun des engins sonores que leur fantaisie, sur des données à la vérité assez peu variées, invente tous les jours.
Cependant de moins en moins, il faut le reconnaître, les musiciens sont portés à utiliser pratiquement leurs inventions. Ils commencent même à abandon-
ENCYCLOPÉDIE DE LA MCSIQUE ET DlCTIOSXAlliE DU CONSERVATOIRE
lier l'antique usage d'employorensemble une famille complète. Dans chacune, ils font choix d"un ou deux instruments et délaissent volontiers les autres, au point qu'en beaucoup de cas on peut se demander si certains de ces spécimens désuets ont jamais eu une existence musicale bien réelle. Nous avons déjà dit quelques mots, incidemment, des imperfections considérables que, dans l'état de la facture d'alors, présenlaient certainement la plupart des instruments à vent sous la forme d'instruments graves. Il est permis de penser que ces imperfections, sans parler de l'incommodité de leur maniement, ont grandement contribué à leur abandon. A quoi se résignèrent d'autant plus aisément les artistes qu'ils n'étaient point, comme les maîtres modernes, enclins à chercher dans la variété des timbres un élément d'expression ou de pittoresque.
Ce n'est guère que vers 1650 que le départ sera fait, déPinitivemenl ou à peu près, entre ce qui doit être conservé et ce qui va disparaître, en France du moins. Même, il est fort vraisemblable que, chez nous, cette délimitation des moyens eût été faite longtemps auparavant sans l'intluence conservalrice des organismes musicaux officiels. Le service musical des rois de France, très anciennement constitué, avait acquis dès le début du xvii= siècle sa forme définitive. Divisé suivant une hiérarchie savante en plusieurs départements, selon qu'il s'agissait de la chapelle, de la chambre, de la musique des fêles de plein air ou de ce que nous appellerions la musique militaire, il compi'enait un grand nombre d'artistes avec une infinité de catégories. Et tel qu'il était, il devait durer
presque sans changements jusqu'à la fin de l'ancien régime, alors mémo que la signincation des termes qui en désignaient les oITiciers était complètement oubliée. Les cromornes de la grande écurie, par exemple, figurent encore dans les états de la maison du lîoi en plein xviii" siècle, quand aucun artiste n'en jouait et que plus d'un n'eût pas su certainement ce qu'était l'antique instrument qu'il était censé faire résonner pour le service du monarque.
iNous n'avons à parler ici ni de la chapelle ni de la chambre. A la chapelle, la musique instrumentale ne jouait pour ainsi dire aucun rôle, et la musique de la chambre, avec un certain nombre de chanteurs, ne comptait que des clavecinistes, des luthistes, des joueurs de viole ou de flûte douce, solistes virtuoses peu nombreux, n'ayant pas à réaliser d'ensembles symphoniques proprement dits. Aux vingt-quatre violons du roi, organisme alors relativement récent, revenait le soin des exécutions orchestrales d'instruments à cordes. Tout ce qui regarde les instruments à vent appartenait à un autre service, celui de la musique de la Grande Ecurie. C'est aux artistes qui en faisaient partie que revenait la charge d'exécuter la musique des cérémonies d'apparat, comme généralement de figurer partout où leur présence était requise. On les voit sonner dans les carrousels, dans les cortèges, dans les entrées royales, mais aussi souvent dans les fêtes, les divertissemenls, les grands bals ou les ballets. Au commencement du siècle ils sont déjà divisés en cinq classes : 1° les trompettes, 2° les fifres et tambours, 3° les grands hautbois, 4° les ci'oinornes, o" leshaulbois et musettes du Poitou.
Fie. 320. — Sacre de Lmiix MV. Les douze grands hautbois
inSTOinE DE LA MVSIQVE
M les douze tronipetles, ni les liuit fifres et tambours ne doivent nous retenir longtemps. Instruments de guerre, leur rôle est d'importance musicale assez secondaire et retenu, par leur nature même, en d'é- Iroites limites. Au contraire, le corps de douze grands hautbois fait une figure intéressante. Outre ses fonctions de parade, il figurera à chaque instant dans les grands ballets de cour qui réunissent toutes les ressources musicales de l'époque.
Ces douze musiciens ne jouent pas tous du hautbois. Conformément à la pratique alors couranle, ils excellent indiirérerament sur des instruments divers. Le titre e.xact de leur fonction l'indique : joueurs de violons, hautbois, sacquehoules et cornets. Il parait probable qu'avant la création îles vingt-quatre violons, ils se faisaient entendre bien comme orchestre d'instruments à cordes et que le service musical du roi ne comptait pas, pour les fêtes et les ballets, d'aulres exécutants qu'eux. A l'époque où nous sommes arrivés, ils se sont limités, semble-t-il, à la pratique des instruments à vent. Leur petite compagnie comprend normalement deux dessus de hautbois, deux hautescontre et deux tailles de hautbois, deux cornets, deux sacquehoules ou trombones, deux basses de hautbois. Des basses de hautbois, remarquons-le : point encore de bassons. Car au temps de leur constitution en groupe, cet instrument était inconnu ou du moins inusité. Et ilaus les planches du Sacre de Loiiix XIV{i(ji\i), où figurent les grands hautbois, on voit encore les exécutants de la partie de basse souffler dans un de ces longs instruments incommodes, dépassant presque la taille de celui qui enjoué.
Il est assez fréquent de rencontrer, dans les livrets des ballets, mention d' « airs » exécutés par les haut-
bois. C'est aux grands hautbois qu'il appartenait alors de les faire entendre. Les morceaux composés pour eux sont toujours à cinq ou môme à six parties. Les cornets, très probablement, doublaient la partie supérieure; ou bien, dans le cas oii (comme à six parties), il y a deux voix aiguës croisant très fréquemment et d'intérêt mélodique lour à tour égal, ils en assumaient l'une, laissant l'autre aux hautbois. Quant aux trombones, nous savons par Mersenne qu'ils prenaient seuls la partie de basse-taille (la première au-dessus de la basse), ou bien encore la basse elle-même, quelquefois à l'exclusion des hautbois graves.
Quant à la forme de ces pièces, elle ne diffère guère de celles que nous avons rencontrées déjà. Ce sont des airs à forme fixe, airs de danse, le plus souvent danses graves et solennelles comme pavanes ou gaillardes, d'une écriture résolument harmonique, sans moindre figure de contrepoint même très simple. Le premier volume de la collection Philidor, à la bibliothèque du Conservatoire, nous en a conservé un assez grand nombre : airs de danse (beaucoup de bals de cour du temps de Henri IV durent être dansés au son des hautbois), airs composés pour des carrousels (ceux, par exemple, du Ballet à cheval pour le grand carrousel à la place Hoyale lors du mariage de Louis XIII) ou pour des cérémonies (sacre de Louis XIII, par exemple. Ces compositions sont généralement, dans ce recueil, anonymes. A litre d'exemple, voici un « Charivary » tiré d'un « concert donné au Roy en 1627 par les 24 violons et les 12 hautbois ». Ce sont des airs de différents ballets exécutés tour à tour par l'un ou par l'autre des deux groupes de musiciens'.
Charivary pour les Hautbois
paru pK'U'raljle de roiluiro de moitié les ^
CopyrifjlU h}/ Cli. DeUujrave, /5/
Les six cromornes de la Grande Ecurie ne paraissent pas, au moins au temps où nous sommes arrivés, jouer un rôle musical bien important. Il n'est même pas sûr que l'antique instrument dont ils portaient le nom ait été encore effeclivement en usage. Plus tard nous avons la preuve que, dans les rares cérémonies où ils avaient officiellement à paraître, ils l'avaient remplacé par des hautbois et des bassons'. Et ce changement peut bien avoir été eiïectué d'assez bonne heure, puisque Mersenne, dans le chapitre où il parle des instruments, cita à peine les cromornes (ou Townebouts), qu'il n'a guère l'air d'avoir jamais rencontrés. Instrument à lube cylindrique, monlé d'une anche double enfermée dans une capsule percée d'une fente par où passait le souffle du musisien, le cromorne ne pouvait ni octavier ni faire entendre plus de sons que ne le comportait le nombre des
trous dont il était percé. Son étendue était donc très, limitée : une dixième tout au plus. Et cette indigence explique suffisamment sa disparition assez rapide-. Quant aux hautbois de Poitou et aux musettes (quatre ou six exécutants), ils représentent aussi une antique tradition. Ces instruments à prétentions pittoresquement pastorales, assez volontiers usités au XVI" siècle et antérieurement, paraissent souvent dans les ballets, les musettes surtput. Les hautbois de Poitou (hautbois dont l'anche enfermée dans une capsule ne touchait pas les lèvres de l'exécutant) égayaient de leurs sonorités criardes et rustiques certaines danses d'origine villageoise que la mode avait mises en faveur. Voici, tirée de Merseime, une citanson pour les hautbois de Poitou. Elle est de la composition de Henry le Jeune, musicien du roi Louis XIII, auteur de nombreuses compositions pour les insti'uments à vent.
Chanson à 3 parties