Alceste. Acte V, se. v
HISTOIRE DE LA MUSIQU
que Saiiit-Kvremond pensait à cet égard, et on peut trouver parmi les contemporains de Lulli des adversaires d'une des parties les plus essentielles de l'opéra, à savoir, le récitatif. Voici, sous la plume d'un diplomate, homme de lettres, François de Callières, la condamnation fort explicite de cet ennuyeux et monotone récitatif : ■< Peu de pens en sortent (de l'opéra), après une représentation de trois heures, sans avoir mal à la leste, et sans y avoir bâillé fort fréquemment... Si vous entendiezies longset ennuyeux récitatifs de ces opéras, qui occupent la plus grande partie de ce spectacle, vous seriez surpris de la facilité <"t de la patience de cette bonne nation (française). » 11 y a bien, de loin en loin, quelques airs agréables, . el c'est grâce à eux qu'on peut entendre « des chanteurs et des chanteuses qui viennent raconter en chantant de sottes aventures.... des discours froids et des entretiens fort ordinaires qui n'intéressent point l'auditeur et qui ne sont nullement propres àilre chantés. » Callières expose en très bons termes les rôles respectifs du poète et du musicien'. Toute la pièce ne doit pas èlre mise en musique. Ce qui " n'est pas naturellement susceptible des ornements de la musique, doit (Ure simplenient rccité par de bons coméiliens qui nous représentent beaucoup plus agréablement les discours et les actions ordinaires que des acteurs qui ne s'entretiennent jamais qu'en chantant^ ».
Les déclarations de Callières sont très importantes. r.Iles apportent, en effet, dès 1688, un exposé aussi précis que possible de l'esthétique de l'opéra-comique. Klles défendent le système qui consiste à alterner, dans le drame lyrique, le parlé et le chanté. On voit lionc que l'opéra classique suscite, chez certains critiques, l'idée d'un autre théâtre musical plus rapproché de la vérité et du naturel.
On trouve, enfin, des germes de l'opéra-comique dans les spectacles forains, et c'est à la Foire que devait se former la comédie musicale.
Deux foires fort importantes se tenaient à Paris au xvii« siècle, la foire Saint-Germain et la foire Sainl- Laurent. La foire Saint-Germain, établie sur l'emplacement actuel du marché Saint-Germain et des rues adjacentes, coraporlait neuf rues qui la partageaient en vingt-quatre ilots, dont chacun servait de siège à une exposition particulière ou à un spectacle; cette foire appartenait à l'abbé et aux prêtres de Saint- Germain des Prés. Du 3 février au dimanche de la Passion, elle attirait une foule joyeuse et bigarrée, friande de curiosités et de tours de gobelets, alléchée par les acrobates, les théâtres de marionnettes et les montreurs de bêtes savantes.
Durant l'été, une autre foire faisait les délices des badauds. Sise entre le faubourg Saint-Denis el le faubourg Saint-Martin, la foire Saint-Laurent ouvrait ses portes d'août à la fin de septembre. Quatre halles spacieuses couvraient ses larges rues tirées au cordeau et bordées de loges et de boutiques qui, assure Sauvai, «formaient un quartier propre et galant' ». Elle appartenait aux religieux de Saint-Lazare et aux prêtres de la Mission.
1. François de Callières, Histoire poctiqiie de la rjuerre nouvellement déclarée entre les Anciens et les Modernes, 1 688. p. 268, 269. D'après Callières, > le musicien devroit suivre les idées du poète et n'eslPc employé qu'à augmenter la force de ses expressions, et à animer, par lies sons approprias au sujet, les grands traits de passion que le poète doit jeter dans ces sortes d'ouvrages destinés à être clianlés ».