M. Albert, les Théâtres de la Foire, p
qu'à réaliser la mimique. C'est ce qu'on appelait les Picci's par ('«■(■(eaîw'", pièces qui nécessitaient un mécanisme assez délié, puisque le nombre des écriteaux dépassait souvent cinquante par acte, et que les pièces avaient trois actes'''.
« Quelques personnes, écrit Parfaict, imaginèrent de substiluer à ces écriteaux en prose des couplets sur des airs connus qu'on nomme vaudevilles, qui, en rendant la même idée, y jetaient un agrément et une gaieté dont l'autre genre n'était pas susceptible. Pour faciliter lalecture de ces couplets, l'orchestre enjouait l'air, et des gens gagés par la troupe et placés au parquet et aux amphithéâtres les chantaient et, par ce moyen, engageaient les spectateurs à les imiter''. »
Voila donc les Forains réduits, par la sévérité de l'Opéra, au système des vaudevilles en écriteaux : " L'opéra-comique, remarque M. Font, fut ainsi ajourné par les circonstances au profit de la comédie en vaudevilles, mieux accommodée aux goûts musicaux du public'. »
En quoi consistaient ces pièces par écriteaux'? Deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, qui renferment celles que l'on joua à la foire de 1711 à 1716, permettent de s'en rendre compte'.
Voici, d'abord, un divertissement de Fuzelier, Scaramouclw pédant, représenté à la foire Saint-Laurent, le 12 septembre 1711; il se compose d'un seul acte avec scène à lazzi et couplets équivoques d'une grande platitude.
Orphre au.v Enfers, de la même collection, n'offre guère d'intérêt ; en revanche, rAr/e(ifî(in àte gMinj/îieHe, de Pellegrin, s'égaye de couplets satiriques d'assez bonne venue, tout comme le Cwieiix impertinent de Fuzelier. Si quelques-unes de ces petites pièces sont agréablement tournées, dans l'ensemble, elles produisent plutôt une impression fâcheuse et tombent, pour la plupart, dans la trivialité, l'équivoque grossière, l'extravagance et le coq-à-l'àne'".
Les timbres mis à contribution étaient populaires : " Réveillez-vous, belle endormie »," Quand je tiens de ce jus d'octobre », « La faridondaine, la faridondon », i< Quand la bergère vient des champs », etc. Ce fut Lesage qui, avec Arlequinroi de Serendib (1713), dont tant de passages pétillent véritablement d'esprit, donna à la pièce en écriteaux sa forme définitive. La ilate de 1713 marque donc une étape importante dans l'évolution du théâtre forain. Transfuge de la Comédie française, Lesage avait l'étolfe d'un réformateur. Il n'entendait point se plier servilement aux genres reçus et traitait fort cavalièrement le Parnasse : « On n'y regardail, déclare-t-il, la meilleure comédie, le remanie plus ingénieux et le plus égayé, que comme une simple production qui ne méritait aucunfe louange. » C'était un indépendant, un frondeur, un esprit libre, disposé à toutes les initiatives dès qu'il s'agissait de pourfendre quelque hypocrisie. L'œuvre qu'il écrivit pour la Foire a puissamment contribué à ramener dans les mœurs le sentiment « de la nature et le goût du simple et du vrai" ». « Le mérite litté-