îbid., scène x, p
li. Loeo cif., scène ni, p. 80.
13. Tome VII (foire Saint-Laurent, 1728), scène xin, p. 41. Tous les , irs sont de Gillier.
HISTOIHE DE LA MlISlulE
elle donnait des représentations en français'. Par là, elle liait sa canse à celle de la Comédie française contre la Foire. On s'en aperçoit bien dans la Querelle des Tki'iitres, où les deux Comédies, la française et l'italienne, attaquent les Forains que défend l'Opéra, sous les traits " d'un grand monsieur de bonne mine qui chante à tort et à travers tout ce qui lui vient à l'esprit ». Supprimé en 1719, TOpéra-comiquc renaissait en 1722, toujours aussi vivace, toujours aussi mordant, évoluant sans cesse en perfectionnant ses moyens d'action^.
Ce serait ici l'occasion de dire quelques mots des parodies d'oprras, car ces parodies rentrent tout à fait dans le cadre et dans l'esthétique de l'Opéracomique.
L'Opéra apporte, en effet, un sérieux appoint au répertoire de l'Opéra-comique, en lui fournissant une inépuisable moisson de parodies^. Nous trouvons la parodie d'opéra bien et dûment instituée dès la fin du xvii» siècle, et elle se prolonge à travers le théâtre de Favart, où elle occupe une place prépondérante.
Il y avait, comme on l'a vu, deux manières de parodier un opéra. La première, la plus répandue, consistait à utiliser un certain nombre d'airs de cet opéra, en leur ajustant des paroles nouvelles'. L'autre manière, beaucoup moins usitée, consistait à garder les paroles et à changer la musique; elle ne fut pratiquée que plus tard, et correspond un peu à la signilication moderne. C'est alors à la musique et non aux paroles, qu'incombe le rôle de déformer, de caricaturer l'ouvrage primitif.
La plupai t des opéras furent parodiés. Dans ces parodies, on introduisait des allusions aux événements contemporains, et l'actualité s'y taillait une large place. iNous avons constaté que, dès 1692, Dufresny parodie VArnùde de Lulli. On jugera du nombre de ces parodies d'après la liste suivante, relative aux seuls ouvrages de Lulli : Alceile a été parodiée trois fois; Tlirsce, deux fois; A()/s, sept fois; 7s(s, deux fois; Dellérnphon et l'roserpine, chacun une fois; Persce, quatre io\s;Phacton, quatre fois ; .l?nadw et Roland, chacun cinq fois.
L'Hésionc de Campra fut parodiée, et aussi VOmphale de Destouches". Les EU-menU de Destouches et iLalande devinrent, en n2a, sous la plume de Fuze- •lier, Mmnm exilr ou les Terreurs paniques, puis le Chaos, musique de Mouret.
A partir de la deuxième moitié du xviii" siècle, lorsque Favart s'occupe activement de l'Opéra-comique, les parodies se multiplient^. Le Pygmallon de Hameau devient Brioché ou l'Origine des marionnettes {17o3); Castor et Pollux se transforment en les Jumeaux. Dardanus fut parodié à la Comédie italienne (14 janvier 1740); les Indes (/aliailes dev'mreni les Amours des Indes à. l'Opéra-Comique, et les Indes
1. Voir E. Solié, Histoire du thédtre royal de VOpèra-comique, et Albert, loco cit., p. 98, 9!) i-l suiv.
2. Les Forains, en 1719, étaient rcdevcnus danseurs de eordes; ils se mirent â montrer des marionnettes. Lesage, dans une comédie en vaudevilles intitulée Histoire de l'Opéra-Comique, ou les Métamorphoses de ta Foire (17361, avait retracé le tableau dee transformations de la Foire, depuis la parade orisrinaire jusqu'à la pièce mixte en prose et vaudeville Cf Fnnt. ,', .o .-■! . p. |o5.
3. Onlromi ' ' ■ ' ; I m- sur la parodie d'opéra dans les Parodies du f: : " ".2' éiiMon.flîe. a. Recueil de la
.Société i),l'r,'i:: wyii^, août 1907, compte rendu d'une
communit^altuii Uile .. l.i s..;( Liun de Berlin par M"* Amélie Arnheim, p. 300-301.
4. Le mot u parodier » veut dire « mettre sur d'autres paroles, changer de p.irolcs ».
5. L'OmpItale de Dcslouchcs devint, successivement, //erciife ;!/«il(,
chaiitanirx à la Comédie italieime. Kn 17t:i, on en lit le liidli-t des Dindons, et Favart les transforma eu Indes dansantes (1731). Les Fétes d'Iléhé donnent lieu aussi à un grand nombre de parodies, d'abord en 1739, aux Talens comhiues à la foire Saint-Laureni, ^aiibiV .\mour impromptu de Favart (1747), etc. Tous les auteurs à succès y passent, et Mondonvillo, Cluck, Sacchini et Salieri virent leurs ouvrages ainsi caricaturés.
En 1732, l'Opéra-comique a la bonne fortune de s'attacher Favart, qui vient compléter et consolider l'œuvre entreprise par les artistes dont nous avons examiné sommairement les productions scéniques. Mais, à vrai dire, « la situation ne change pour ainsi dire pas; l'opéra-comiquo est toujours composé d'une majorité d'airs connus auxquels s'adjoignent peu à peu quelques pages musicales de compositeurs contemporains' ». Favart porte au directeur Pontau ses premières œuvres* : les .hnnelles [iTi't), VEnlèvcment précipité (1735), la Pièce sans titre (1737), etc., dont la représentation précède aux foires celle de son chef-d'oeuvre la Chercheuse d'esprit (20 février 1741). Le succès de la Chercheuse d'esprit fut triomphal, et se traduisit par une série ininterrompue de deux cents représentations. Cette pièce faisait largement appel au système des timbres et des vaudevilles et n'accueillait qu'un foit petit nombre d'airs originaux. Elle empruntait à l'Opéra l'air « Quel désespoir! » (Musette de Rameau) et un air de VAmadis de Lulli; au vaudeville, « Quand la bergère vient des champs, » « Rossignolet du vert bocage; » à l'art populaire, des onomatopées telles que « 0 riguingué, o Ion la, » i< Tarare ponpon, » etc.'.
Lorsque Jean Monnet remplaça Pontau, en 1743, Il engagea Favart à faire offlce de régisseur, moyennant 2.000 livres par an. Monnet avait monté son théâtre sur un pied luxueux, demandant des peintures à Boucher et enrôlant un orchestre de dix-huit musiciens dirigés par Biaise et Boismortier, dont six violons, deux cors, quatre basses, deux bassons, un hautbois et une flûte '". Ajoutez à cela que les parodies écrites par Favart remportaient un succès étonnant; aussi, le public désertait-il les Comédies pour courir à l'Opéra-comique, plus florissant et plus achalandé que jamais. Jugeant cette concurrence par trop redoutable, les Italiens et les Comédiens français obtinrent encore une fois la suppression des spectacles forains. Ce fut chose faite en juin 1745, à la fin de la foire Saint-Germain".
Six ans plus tard, en 1751, la ville rétablissait l'Opéra-comique et en vendait le privilège à Monnet pou r une durée de six ans''^ Monnet rouvrait ce théâtre, le 3 février 1752.
Il nous faut nous arrêter un peu sur le talent de Favart, qui, de 1732 à 1752, porta à la perfection la
de Kuzclier (17il), ta Pileuse, de Vadé, et Fanfale, de Favart et ïlarcouville.
6. La Correspondance littéraire de Grimm fournit d'abondants renseignements sur les parodies de la seconde moitié du xvni» siècle.