‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 176 sur 364 · Ibid., 18 juillet · texte numérisé non relu

Ibid., 18 juillet

4. On lira dans les articles publiés par M. Pougin dans le ilinestrel (18 et 25 mai 1907) le récit des intrigues qui se produisirent ace propos.

5. Cl Un des moindres mérites de M. Duni, lit-on dans la Corretpondance littéraire d'aoiit 1761, c'est que,'quoique étranger et parlant fort mal le français, il ne lui arrive jamais de violer dans sa musique la

Pendant deux ans, et jusqu'aux Deu.v Chasseurs et la Laitière (21 juillet 176:1), dont le succès fut uiomphal, Duni semble expier sa défection par des lîcliecs persistants. Mais la chance tourne à nouveau, iH YEcole de la jeunesse (24 janvier 176o), la Fi'e Uri/èle (4 décembre 176o) et les Moissonneurs (27 janvier 1768) mettent le sceau à la réputation du musicien.

Lorsque Duni composa ses premiers opéras-comiques, aucun modèle ne s'olfrait à lui, puisque ni l'hilidor ni Monsigny n'avaient encore pris la plume. Son mérite de créateur parait donc incontestable. Dans la ft7/e mal (jardée, dans Nina et Lindor, il remplace les vaudevilles d'antan par des ariettes peut-être un peu terre à terre et bourgeoises, mais, néanmoins, d'une grâce aimable. Cet Italien possède à merveille les régies de notre prosodie, et sa verve mélodique semble inépuisable^. De plus, sous la main de Favart, l'opéra-comique se resserre dans son action, tout en s'élevant dans sa condition. Il s'établit définitivement, sous des couleurs franchement bourgeoises, répudiant la mythologie et le personnage « anlique » qui végétait à l'Opéra, pour exprimer la vie réelle et un pathétique moius pompeux. Mais, de ce côté, Favart réalise des progrès considérables, par rapport au théâtre de Lesage et J'Orneval. VEcole de la jeunesse, la Fée Urgùle, les .Moissonneurs, s'animent d'un véritable sentiment dramatique et ne ressemblent point aux pièces de l'ancien répertoire de la Foire. Favart se montre vraiment maître de son art dans la Fée Urgéle; il est presque poète dans les Moissonneurs'', et s'occupe à fortifier l'intrigue, à éliminer les personnages inutiles et à concentrer l'attention. Son musicien le seconde excellemment, car Duni triomphe dans le pathétique tendre, et sa mélodie a de petites inllexions naïves qui charment; l'ariette de Marton dans la Fée Urgèle : « Non, non, je ne puis me défendre, » est d'un sentiment parlait. En outre, le comique musical commence à se dessiner. Voyez, dans cette même pièce, le rôle plein de drôlerie de Lahire. Etroite adaptation de la musique aux paroles, bariolage des timbres instrumentaux , Duni connaît tout cela, encore que son orchestration s'avère assez pauvre, en dépit de l'influence que Philidor, déjà célèbre, exerce sur lui à partir de l'Ecole de la jeunesse'.

Les deux dernières pièces de Duni furent les Sabots, pastorale en un acte dont Sedaine avait fourni le livret, et Thémire, représentées, la première le 26 oc-

prosodie française, que tous nos musiciens du pays, depuis le grand Hameau jusqu'au petit Boismorlier, ont si impitoyablement estropiée dans leurs ouvrages, i» {Corr. litt., IV, p. 456, 457.}

G. Sur le grand succès remporté par 1rs Moissonneurs, au Théâtre italien, voir : A. Marandet, Manuscrits inédits de la famille Favori (Bulletin de la. Société de l'Histoire du Théâtre, avril-juin 1913.1

7. Quoique Grimm trouve la musique de la Fée Urgèle « d'un style un peu ïieui et faible », il lui reconnaît néanmoins de la finesse, du charme, de la grâce et de la vérité, et la propose comme eiemple à nos compositeurs nationaux. (Loco cit., VI, p. 401.)

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOmE

tobre 1768, la seconde le 26 novembre 1770. A l'occasion des Sabots, Grimm disait, : « Il y a longtemps que je crie à mon pauvre ami Duni : Solve senesce7item. 11 devrait se reposer et renoncer au métier, et céder la carrière à Philidor et h Grétry'. » Duni mourut le 11 juin 1775, âgé de 66 ans, et fut enterré dans le cimetière de l'église Saint-Laurent.

Avec François-André Danican Philidor^, nous touchons à un art beaucoup plus ferme, beaucoup plus solide que celui de Duni. ^é à Dreux le 7 septembre 1726, André Philidor descendait d'une véritable dynastie de musiciens, dont le chef, Michel Danican, d'origine dauphinoise, fut hautboïste de Louis XIIP. André, admis tout enfant à la chapelle royale, fit ses études musicales sous la direction de Campra, et montra de très bonne heure aussi les étonnantes dispositions pour le jeu d'échecs qui allaient ajouter à son renom de musicien une célébrité nouvelle. Toute sa jeunesse est consacrée à des voyages en Hollande, en Angleterre, à Aix-la-Chapelle, où, en 1748, il rédige la fameuse Analyse du jeu d'échecs, et à Berlin, où l'appelle le grand Frédéric, intrigué par sa réputation de virtuose de l'échiquier.

En Angleterre, Philidor avait entendu les Ora^orws d'Haendel et s'était familiarisé avec le style et l'instrumentation de ce maître. A peine de retour en France (novembre 1754), il compose des Motets à grand chœur, redets des puissantes compositions de l'auteur du iMessie. Philidor ne se contentait pas de faire de la musique et de jouer aux échecs; il tenait encore un fonds de mercerie rue du Four-Sainl-Germain; car il s'intitule « marchand mercier » sur son acte de mariage, le 13 février 1760*.

On lui avait demandé quelques airs pour les Pèlerins de la Mecque à l'Opéra-Comique. Il donne successivement Biaise le Savetier (9 mars 1759), le Jardinier et son Seigneur (1761), le Maréchal ferrant (22 août 176i), Sancho Pança dans son isle (2 juillet 1762), le Bûcheron ou les trois souhaits (28 février 1763), le Sorcier (2 janvier 1764), Tom Jones (27 février 1763), puis, il se lance à l'Opéra avec son Ernelinde (29 novembre 1767), et revient à la Comédie italienne avec le Jardinier de Sidon (18 juillet 1768), le Jardinier supposé (2 septembre 1769), la Nouvelle Ecole des femmes (22 janvier 1770), le Bon Fils (11 janvier 1773), Zémire et Mélide (30 octobre 17731, les Femmes vengées (20 mars 1775). De 1775 à 1779, Philidor voyage derechef en Angleterre, et publie à Londres, en 1777, une nouvelle Analyse du jeu des échecs. Diderot, dans le Neveu de Rameau, l'appelle Philidor le subtil, et le fameux joueur d'échecs gagna, bien malgré lui, une partie contre l'automate du baron de Kempelen.

Après la représentation à Londres de son Carmen sxculaie (1779), Philidor revient faire entendre cet ouvrage aux Parisiens (concert spirituel du 19 janvier 1780), puis, il donne au petit théâtre du Bois de Boulogne le Puits d'amour ou les Amours de Pierre le

i. Corr. lin., VIII, p. 200.

2. Consulter sur Pliilidor : La Borde, Essai sur la Musiçue. — Les Echecs, poème par l'abbé Roman (1807). — Pbilidor (1756-17951 {Biillelin de la Sociélé polymatiçue de Bordeaux (iSW). — Philidor peint par lui-même dRns le Palamède {Hevue des Echecs de janvier 1847. — Biedenfeld, Die komische Oper (1848|. - Comte de Basterot, Traité élémentaire du Jeu d'échecs (1853). — E. Thoinan, les Philidor, généalogie biographique des musiciiris de ce nom [France musicale, décembre 1867-janvier 1868|. — Jal, Uirtmnuaire critique, p. 963. — A. Pougin, André Philidor, Ams ]si Chrunigue musicale, Paris (1874, 1875), t. IV à Vin. — G. Chouquet, Histoire de la musique dramatique en France (1873), p. 147. — P. Fromagcol, les Compositeurs de musique versaillnis (1906), p. 23. — Voir aussi les tomes IV, V, VI, VIII, IX, X, XI, XII, XIV de la Correspondance lUtéraire de Grimm.

Long et de Blanche Bazu, joué par des enfants, refait le Persée de Lulli, écrit V Amitié au village (31 août 17851 pour la Comédie italienne, puis Thémistocle (23 mai 1780). A partir de 1788, Philidor, selon M. Pougin, aurait passé la plus grande partie de son temps à Londres; en 1789, il compose, dans cette ville, un Canon à la quinte que M. Pougin a publié, et meurt de la goutte le 31 août 1795, âgé de 69 ans. Le club des échecs de Londres le comptait parmi ses pensionnaires. Il laissait une œuvre posthume : Brlisaire. Signalons encore, parmi les œuvres de Philidor, deux bluettes qui furent interprétées par des enfants au théâtre des Petits Comédiens du comte de Beaujolais en 1787 et en 1788, la Belle Esclave et le Mari comme il les faudrait tous.

Au moment où Philidor prend possession de la scène de l'Opéra-comique, c'est-à-dire aux environs de 1760, la comédie musicale subit des modifications importantes. On s'est engoué de la campagne que représentent les décors de Watteau et de Boucher; de toutes parts, les fêtes champêtres sont à la mode, et les poètes pastoraux sont légion. De plus en plus, sous la poussée des philosophes, on aime la nature, et avec elle une simplicité un peu apprêtée.

Aussi, les héroïnes de Favart, depuis l'Annette d'Annette et Lubin jusqu'à la Vieille de la Fée Urgèle, la Rosine des Moissonneurs et la Lucile du Jardinier supposé, se présentenl-elles toutes en ingénues sensibles, vertueuses et raisonneuses, « qui aiment à parler de l'amour et ne l'ont jamais ressenti ° » . Le cadre où elles évoluent est un cadre bourgeois, bon enfant, naturel; il donne asile aux ordinaires personnages d'opéra-comique, et exige le pittoresque en même temps que le souci de la couleur locale.

De semblables caractères devaient influencer la musique. Celle de Pbilidor répond à un grand nombre d'entre eux. Lorsqu'on joua Biaise le Savetier, la sensation fut grande, avec un peu d'étonnement. Framery, en 1770, disait de Pbilidor que son premier ouvrage sembla phis extraordinaire qu'agréable'^. Ce qui distinguait, par-dessus tout, la musique de Biaise le Savetier de celle qu'on avait entendue à l'Opéracomique jusque-là, c'était la force, la qualité scénique, la vigueur et le coloris de l'instrumentation. Le musicien ne s'assujettissait point à donner à ses ariettes la carrure et la physionomie des brunettes à la mode; il leur imprimait de la personnalité, de la variété. En outre, il maniait aisément les ensembles; à côté de la jolie romance de Blaisine, « Lorsque tu me faisais l'amour, » un beau quintette manifeste de solides qualités d'écriture \

Le trio de la dispute du Maréchal ferrant (premier acte), avec son rythme décidé etsa facture serrée, celui du deuxième acte : « Fripon, réponds, » sont de bons exemples de la manière dont Philidor traite les voix. Nous sommes ici très loin de Duni, qui, tout élève de Durante qu'il était, se montrait peu capable d'échafauder un quatuor vocal. Comparez à ses maigres

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