‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 186 sur 364 · Essais, I, p · texte numérisé non relu

Essais, I, p

Itosin-e de Salency d' « insigne van .Swieten. Monsigny et Plii- {Corr. lut.. Vin, p. 406, 407.)

coulisses, enveloppent la scène d'une sonorité doucement mystérieuse.

En résumé, Grétry, qui, de très bonne heure, a subi l'influence de l'opéra buffa, influence que les huit années de son séjour à Rome et en Italie ne firent que confirmer, incarne, dans la musique de demi-genre, la simplicité, le naturel, la force et la justesse d'expression". Bien qu'assez médiocre musicien, il fut, avant tout, homme de théâtre, subordonnant toujours le chant et l'orchestre aux exigences de la situation dramatique, montrant une entente parfaite des proportions, connaissant l'art d'enchaîner et de développer les scènes. De ses mélodies naïves ou spirituelles, de l'agencement de ses pièces, se dégage un charme inexprimable, et on l'a justement appelé le Pergolèse français. Plus espiègle que son modèle italien, Grétry nous appartient vraiment par son esprit et par son entrain. Sa musique, disait-on, était à tourner la tête, et elle la tournait en effet; du Di^serleur h Richard Cœur de lion, on peut mesurer le chemin parcouru.

Essais, I, p. 340-341.

Colinette à la cour, acte I, s

amposition que pour le chant.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

XVII» ET XVIII» SIÈCLES. — FRANCE l'.87

les progrés réalisés. Avec Grétry, la musique possède son Grouze'.

A côté de lui, le mystérieux Desaides ou Dezèdeoccupe une place très distinguée. Son origine est fort obscure. Quelques biographes le tiennent pour Allemand, tandis que d'autres le disent Lyoïmais, et que Koichardt le fait naître à Turin en 1744.

Quoi qu'il en soit, il serait venu de bonne heure à l'aris, après avoir appris d'un abbé les principes de la musique et le maniement de la harpe ; puis, s'étant perfectionne dans la composition, il débuta aux Italiens avec l'opéra de .fw/if le 22 septembre 1772. Kétis raconte qu'il no connut jamais sa famille, et qu'un personnage mytérieux lui servait une pension de 2,1.000 livres, qui fut doublée à sa majorité; Dezède s'étant livré à des démarches pour découvrir le nom de son protecteur, la pension cessa de lui être versée, et il dut se mettre à composer pour vivre.

Il signait ses premières œuvres M. D. Z. ou D. Z., d'où le nom de Dezède qui n'est probablement que l'énoncé des lettres D. Z. En 1785, le duc Maximilien de Deux-Ponts le manda à sa cour et le pensionna. Dezède était de caractère fantasque; il mourut en 1792, d'après VAImanach des Spectacles de 1793.

Il a travaillé pour l'Opéra-Comique et pour l'Opéra.

Aux Italiens, il a donné Julie (22 septembre 1772), en trois actes; l'Erreur d'un moment ou la Suite de Julie (1773'); le Stratagème dicouvert (1773); les Trois Fermiers (24 mai 1777); Zulima (1778); le Porteur de eliaise (1778); A trompeur trompeur et demi et Cécile (1780), Biaise et Babel ou la Suite des Trois Fermiers (30 juin 1783); Alexis et Justine, deux actes (17 janvier 1785); les Deux Pages et Ferdinand ou la Suite des Deux Pages (1790); la Cinquantaine (179«). A l'Opéra, il fit représenter : Fatmé ou le Langage des fleurs (15 mai 1777); Péronne sauvée (27 mai 1783) et Aleindor (17 avril 1787). Si les pièces que Dezède destina à notre première scène lyrique passèrent à peu piès inaperçues, les succès qu'il remporta aux Italiens le mirent très favorablement en lumière^. C'est un musicien personnel, intéressant, qui n'imile personne Grétry le déclarait unique dans le style champêtre, et son orchestration fouillée fait, par instants, songer à Philidor. Les Trois Fermiers sont précédés d'une ouverture très développée, composée d'un allegro en ut majeur et d'un rondeau à la sous-dominanle, qui démontre l'habileté de Dezède dans le genre symphonique; l'écriture en est éléganle, jamais massive, et instruments à cordes et à vent dialoguent très finement. Dezède, du reste, se distingue par ses ouvertures, d'un cachet toujours très personnel. Dans celle (le Biaise et lUibet. il pratique un style menu et haché

1. Voir C. licUai^uc, Un Siècle de musique française [Revue des Deux Mondes du 1" février 188C).

2. Sur Dczcdc, consulter Félis, Biographie Univ., III, p. 13. — Magasin pittoresque, XXII, 18S4, p. 353. — Eilner, Quellen Lixilcon. III, p. 193.— Chouquct. loco cit., p. 179.I8U. — A. Pougin, Musiciens français du, dix-huitième siècle, Dezèdes (1862). — Il est fn-qucmnient «luestion de Dezède dans les Mémoires de Bacliauniont. Voir n<tt:imii.cnt tomes VI, VII, X, XV, XVII, XVIII, XX, XXI, XXII, XXIII, XXVIII, XXXI et XXXIV. On consultera encore la Correspondance lill.raire de Grimra, tomes X, XI, XU, XIII, XIV, XV, XVI.

3. Grinim juge Dezùde sévèreraenl, et sou parti pris éclate dès la représentation de Julie : « Si la musique de Julie, écrit-il, avait été faite par Philidor ou Grétry, ou quelque autre bon faiseur, c'était une piirce à faire rester au théâtre malgré sa faiblesse. Mais M. Monvcl (l'auteur du livret) a jugé à propos de la donner à un M. Dezède, Allemand, amateur à ce que l'on prétend; et si cet amateur a assez de facilité dans le style, il n'a point d'idées ; il ne sait pas donner d'étendue il ses chants; tous ses airs sont découpés sur le môme carton écourlé, cl. tout considéré, RI. l'amuteur mériterait d'être inscrit dans la liste des musiciens de France avoués par l'Académie royale de musique, entre II. Dauvcrgno, surnommé l'ennui/eux et le plal, et M. de La

qu'illuminent les trilles scintillants dos petites tlùtes, et qui suggère immédiatement une atmosphère de paysannerie narquoise. S'agit-il de l'accompagnement des mélddies qui, chez lui, revêtent un tour naïf et gracieux, il excellera à provoquer des échanges entre les cordes et les bois, comme dans la romance en rondeau de Louis, des Trois Fermiers : « Dr'ès l'inslant que je vis le jour, » ou bien, il se servira du quatuor seul, qu'il traite avec une sobre élégance (couplets de Babet, scène ii).

Plus loin, il imagine de curieux effets de carillon. Les cors sonnent le sol à deux octaves, pendant que les basses tiennent ff une pédale de tonique {fa majeur), et que violons et hautbois dessinent des figures ingénieusement imitatives.

Quoi de plus gracieux que le duetto de Biaise et de Babet, avec ses interruptions si « nature u et son amusante strette finale !

Les chiTRurs de Dezède sont traités dans un style vif, piquanl, très dynamique. Le chœur de Biaise et Babet : « Que chacun de nous s'empresse, » comprend neuf parties vocales; divisé en trois reprises, ce chœur, dont le syllabisme s'accentue à la deuxième reprise, respire un entrain d'une vie incroyable, et le triolet en doubles croches, que toutes les voix reprennent par six fois, donne comme un coup de fouet à l'ensemble.

Sa musique vit, s'agite, se trémousse, ou bien s'alanguit contemplative et pastorale, comme dans le petit entracte qui précède le deuxième acte de Biaise et Babet. Dezède est un charmant musicien dopéracomique, qui sut exploiter fort habilement le côté comique du syllabisme.

Nicolas Dalayrac*^ continue la série des mélodistes gracieux de la fin du xvm'= siècle. Il était Languedocien et natif de Muret (13 juin 1753). Son père, Jean Ualayrac, conseiller du roi en l'élection de Comminges, le destinait au barreau et l'envoya au collège de i'oulouse, où il fit d'excellentes études, tout en manifestant de bonne heure de très vives dispositions pour le violon. On a raconté, à ce propos, une anecdote de pure invention sur laquelle Adolphe Adam a consciencieusement brodé =. Dalayrac travaillait le droit très assidûment, se fit recevoir avocat et plaida avec quelque succès; mais on décida de lui donner une antre carrière; quittant la robe pour l'épée, il reçut, en 1774, un brevet de garde du comte d'Artois, dans la compagnie de Crussol.

Il s'occupe alors passionnément de musique; protégé à Paris par M. de Bezenval, par Savalette de Lange, garde du trésor royal, et par le chevalier de Saint-Georges, il se lie avec Langlé, élève de CatTaro,

Borde, prsmier valet de chambre ordinaire dudit roi, le baroque; mais, entre Grétry et Philidor, M. l'amateur ne fera jamais rien. » [Currrsp. litt., oct. 1772, X, p. 70.)

Grimm n'est pas moins sévère pour l'Erreur d'un moment, à l'occasion de laquelle il accuse Dezède de plagiat. Toutefois, il enregistre le très grand succès des Trois Fermiers [Corresp. litt., juin 1777, XI, p. 482).

4. Sur Dalayrac, voir Vie de Dalayrac, par R. C. G. P. (Pixérccourt), 1810. — La Ghesniye, Eloge funèbre du T .-. Il .-. J'' .: Dalayrac, 1810. — Biedenfeld, Vie kamische Oper, 1848. — L. Escudier, Mes Souvenirs, 1863. — A. Fourgeaud, les Violons de Dalayrac, 1856. — Adolphe Adam, Souvenirs d'un musicien, 1857. — Amédée de Bast, journal la Guienne (n«* 2 ^ 'J du mois de mai 1863), Nicolas Dalayrac. — Auguste Laget, le Monde artiste, 1883, II, p. 131. — Eitner, I,p. 7(i. — A, ,/';■ ■^''•''"".V. '2, p. 889; 13, p.7J9. — Lei Mémoires Aa BachaiiniMut p, t Irni m.uvi ni dii Dalayrac; voir tomes .XX, XXII, XXV, XXIX, XWli w \ni, aussi les tomes XIII. XIV, XV, XVI de la C»,;- ■ r de Grimm, et le Supplément d'A. Pougin à la /;/.. 7 '^. /. deFétis. I,p. 223, 224.

5. C'est cette anecdote qui a scrw .i .M. lourgcaud pour écrire le roman qu'il a iutitulc les Violons de Dalayrac.

et prend de lui des leçons d'harmonie. Bientôt, ses progrès lui permettent de publier sa première œuvre, des Duos de violon. Membre de la fameuse Loge des Neuf Sœurs, il compose la musique de la fête qui fut donnée en l'iionneur de Franklin, le 27févrierl778'. En 1781, le lliéiàtre de la cour représente, avec succès, deux opéras-comiques de lui : le Poli/. Souper et le CluTiilicr à la mode. IJès lors, son parti est pris ; il quitte l'armée pour s'adonner entièrement à la musique, et débute à l'Opéra-Comique, le 7 mars 1782, avec VEclipse totale, dont le livret lui avait été fourni par un de ses anciens camarades, M. de la Chabeaussière. Le succès répondit à son attente, et Dalayrac ne cessa de produire jusqu'en 1809'-.

Dalayrac était bon, généreux et de commerce agréable^. Pendant la Terreur, il lit rayer des listes de proscription un de ses anciens camarades aux gardes du comte d'Artois. En 1790, il renonra à l'héritage paternel en faveur de sa mère et de son frère puiné, et montra un grand stoïcisme à la suite de la faillite de Savalette de Lange qui engloutissait la plus grande partie de son avoir. 11 mourut le 27 novembre 1809, et fut enterré à Fontenay-sous-Bois.

Nous ne nous occuperons ici que des œuvres de Dalayrac qui parurent avant la Hévolution, les autres sortant de notre cadre. Auteur excellemment fécond, Dalayrac a donné près de soixante pièces à la Comédie italienne et à l'Opéra-Comique. De 1783 à 1790, paraissent de lui : le Corsaire, opéra-comique en trois actes (1783), les Deux Tuteurs, deux actes (178i-), rAmanl-Slatite, un acte (1783), la Dot, trois actes \[~H'.i), Nina ou la Folle par amour, un acte (1780), Azriiiiii. trois actes (1787), Renaud d'Asl, deux actes (1787), les Deux Sérénades, deux actes (1788), Saryirtes, quatre actes (1788), Fanchette, trois actes (1788), les Deux Petits Savoyards, un acte (1789), Raoul, sire de Créifui (1789), puis les œuvres de la période révolutionnaire, commençant par le Chêne patriotique, un acte (1790), Vert-Vert, un acte (1790), Camille ou le Souterrain (17911, etc. Nous parlons ailleurs de sa musique instrumentale. D'après le catalogue de La Chevardière, sa première œuvre consisterait en six Duos pour deux violons, dédiés au comte d'Artois (s. d.) et sur lesquels il s'intitule : M. d'Alayrac, Amateure

La caractéristique de l'œuvre de Dalayrac est son extrême facilité. « Sa facilité banale, écrit M. Lavoix, son aisance à tourner le couplet, sa sentimentalité fade et sans sincérité, la mollesse et le lâche de son style, tout fait de Dalayrac un musicien médiocre". » Encore que ce jugement nous paraisse exact sur quelques points, nous croyons cependant qu'il est possible d'en appeler de sa sévérité. Dalayrac est bien un homme de son temps; il cultive la « sensibilité >i, ou plutôt, cette sensiblerie affectée et artificielle dont tant d'ouvrages des dernières années du svni= siècle portent la trace. Cependant, ses contemporains lui reconnaissaient de l'émotion vraie, de la grâce et de l'esprit, et on trouvait que sa musique s'accordait toujours avec la situation. Pour nous, il

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