‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 187 sur 364 · Il prit · texte numérisé non relu

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est éminemment représentatif de son époque, dont il synthétise très exactement les qualités et les défauts. Sans doute, ce n'est point un savant harmoniste; mais Duni, Monsigny et Grétry ne l'étaient pas davantage. Il se contente de produire sans eflbrt des mélodies dans la note « touchante », mélodies qu'il accompagne légèrement, selon les règles de la vieille harmonie; point de recherches originales, aucune innovation un peu audacieuse; « des accords simples, plaqués ou arpégés, soutenant des phrases sévèrement carrées, allant de la tonique à la dominante ou à la sous-dominante et revenant naturellement à la tonique". » Il excelle surtout dans la romance, et a fouini à la sentimentalité éplorée de ses contemporains une ample pâture; nul mieux que lui ne connaît les pleurnicheries du chromatisme et les effusions ramassées sur les sensibles. Ses duos, écrits pour Elleviou et Marlin, faisaient fureur. Dalayrac fut le musicien de salon pendant la Hévolution, le Consulat et l'Empire. Le duo de la leçon de lecture de Saryines, le duo du souterrain de Camille, le << (Juaud le bien-aimé reviendra » de Nina, et tant d'autres romances d'Azémia et de flaoî^/ jouirent d'une étonnante popularité.

A dire vrai, ses ouvrages s'esquissent plus qu'ils ne se dessinent. Non seulement Dalayrac n'insiste pas, mais encore sa plume semble prendre à peine le temps de se poser sur le papier. Il saisit son bien partout où il le trouve, utilisant dans l'ouverture d'Azémia le fameux « Air des sauvages >> de Hameau, mêlant, dans Fer/- Fer/, la prose de Pâques « 0 filii n avec une chanson à boire, histoire de symboliser à sa façon le poème de Cresset, mélange de sacré et de profane. 11 aime lieaucoup, du reste, cette sorte de plaisanterie musicale, et, dans Renaud d'Asl, l'entrée du principal personnage s'effectue, pendant une nuit d'orage, sur l'air : k II pleut, il pleut, bergère''. »

Notons ici que la romance de Renaud d'Ast : « Vous qui d'amoureuse aventure, » est devenue le chant patriotique : n Veillons au salut de l'Empire, » et que l'air de Céphise dans la même pièce : « Comment goûter quelque repos, » s'est transformé en cantique.

Si les ensembles de Dalayrac laissent un peu à désirer, son orchestre n'est point écrit sans habileté et surpasse souvent celui de Grétry. Enfin, l'auteur de Camille possède à un haut degré le sentiment dramatique et l'instinct du théâtre*.

Une vue d'ensemble sur l'opéra-comique à la (in du xviii« siècle nécessiterait l'étude des productions des nombreux auteuis étrangers, et en particulier des Italiens, qui s'abattirent sur notre seconde scène lyrique. Le développement du Concert spirituel, la fondation du Concert des Amateurs, avaient provoqué la création à Paris d'une véritable colonie musicale; de toutes parts, les artistes étrangers affluaient dans la capitale, et un grand nombre d'entre eux cultivèrent l'opéra-comique. Ces musiciens ne rentrent pas dans notre cadre, car leur musique n'est ni de la musique française, ni de la musique francisée ou

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HISTOIRE DE LA MUSIQI'E

XVII^ ET XVIIIo SIÈCLES. — FRANCE

ayanl subi riiifliieiice française; ce soi.t, pour la plupart, (les improvisateurs aussi habiles que liàtifs, désireux de capter le succès coule (|ue coûte. Nous citerons seulement les noms de Blanchi, Fridzeri, dont les Souliers monlorés {n76) eurent quelque réputation; de Cambiiii, un des fournisseurs les plus féconds du Concert des Amateurs, auteur des oratorios du Sacrifice d'Abraham et de Joad (177:)), chef d'orchestre du tliéàtre des Beaujolais et du théâtre Louvois; lîojiesi, Antoine Bruni, Prati et Mengozzl. ISous nous arrêterons un peu plus sur Martini, Rigel et Clianipein. Martini (de son vrai nom Jeanl'aul-Ef,'ide Scliwartzendorf) était un nuisiclen gracieux et expressif. Né en 1741, à Freesladl, dans le Uaut-Palatinat, il donna, de 1771 à 1800, l'Amoureux de quinze ana (1771), Henri JV (1774), le Droit du Sciijneur (1783), Annettc et Luhin (1800). C'est à lui qu'on doit la célèbre romance : « Plaisir d'amour ne dure qu'un moment. » Martini s'était essayé dans la symphonie descriptive et Imltative, dont l'ouvertuie du Droit du Seigneur fournit un bon exemple.

Henri-Joseph Bigel, né à Wertbeim (Kranconie), le 'J février 1741, arriva à Paris en 1708, après avoir travaillé avec nichter et Jomelli. Excellent maître de clavecin, il se lit connaître par ses symphonies exécutées au Concert des Amateurs, par ses oratorios joués au Concert spirituel, et donna à l'Opéra- Comique /-; Savetier et le Financier (1778), Rosunie [IISÙ] et lilanche et Vermeille (1781).

Quant au Marseillais Stanislas Champein (175,3- 1800), 11 exagère, si possible, au détriment de leur qualité, la fécondité et la facilité de Dalayrac. Son Nouveau Don Quichotte, composé à la manière Italienne (179.ÏI, parut sous le pseudonyme de Zucarelli. Champein restera l'auteur de la Mélomanie (1781), c'est-à-dire un mélodiste aisé, sans grande distinction, mais aussi sans prétentions'.

Arrivé à ce point de son histoire, l'opéra-comique est délinitivement établi dans sa forme classique, forme en laquelle Monsigny et Grétry ont coulé de véritables chefs-d'œuvre susceptibles de rivaliser avec les meilleurs opéras. Ce n'est pas à dire, toutefois, qu'il ne subsiste rien de l'ancienne comédie mêlée de vaudevilles et d'ariettes. Le genre a persisté, parallèlement à la vigoureuse floraison de l'opéra-comique, modeste satellite d'un astre resplendissant, et, après Biaise, de petits maîtres tels que Deshayes, Solié, Devienne, Gaveaux et Délia Maria, produisent d'aimables partitions saupoudrées de légères mélodies et de menues romances sentimentales. On a, notamment, conservé le souvenir des Visitandines de Devienne (1792).

La popularité attachée à l'opéra-comique donne lieu, enfin, à un fait assez curieux; après avoir puisé, à l'origine, dans le répertoire des airs populaires et des vaudevilles, voici que l'opéra-comique alimente à son tour ce répertoire au moyen de mélodies tirées de lui-même. Ses airs les plus goiUés se transforment en fredons, et il paye ainsi la dette qu'il avait contractée vis-à-vis de l'art populaire.

En résumé, nous constatons que les libres ouvrages des comédies-ballets, de la Comédie italienne et

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