Archives des maîtres de l'orgue, t. IIl
1(1. Premier Livre d'orgue contenant une suite du premier Ion. Le privilè;;!! est du 10 juin 1708.
« un fameux organiste ». On :i de lui un Livre d'orgue datant de 1706'. Nous pourrions aussi citer Buterne, organiste du roi depuis 1678 et qui obtint, en 1684, l'orgue de Saint-Paul, où il remplara Henry du Mont. Selon Daquin, Buterne, capiton! de Toulouse, possédait à merveille l'art du clavecin, qu'il enseignait à la duchesse de Bourgogne. 11 mourut en 1727, et sa mort donna lieu au célèbre concours auquel Rameau participa sans succès-.
Nous avons vu, plus haut, que les organistes portaient tout particulièrement leur ell'ort sur la création de mélodies mises en valeur au moyen des divers jeux de leur instrument. Cette préoccupation mélodique se trouve affirmée, à un degré éminent, chez un compositeur qui, à vrai dire, dut surtout sa célébrité à ses charmantes cantates, mais dont le style d'orgue témoigne, à tous égards, d'excellentes qualités, à Louis Nicolas Clérambault^.
Né à Paris le 19 décembre 1676, et tils de Dominique Clérambaull, l'un des vingt-quatre violons du roi, Louis-Nicolas Clérambault reçut des leçons d'André Raison, auquel il succéda chez les Jacobins de la rue Saint-Jacques. Dès l'âge de vingt ans, il remplissait à l'église Saint-Louis de Saint-Cyr les fonctions d'organiste, et quatre ans plus tard, il donnait son Premier Lirrc de cantates françaises, dont nous parlerons ultérieurement. En 1704, paraît son Premier Livre de Pièces de clavecin, et en 1710 son Premier Livre d'orgue, dédié à Raison. Pièces de clavecin et pièces d'orgue témoignent d'une manière mélodique des plus intéressantes. Si Clérambault partage avec son maître Raison une solide et sûre instruction technique, il l'emporte sur le vieil organiste par son charme et son imagination, par la grâce, la fierté, la mélancolie de ses inspirations. Par là, Clérambault s'affirme comme un musicien bien français; mais ce n'est pas à dire qu'il ne se rencontre pas dans ses œuvres quelques traces de l'influence italienne. On trouve, notamment, chez lui la suite chromatique descendante déjà employée par Roberday, et que Couperin utilisera encore dans sa Muse plainl'ive. Nicolas Clérambault mourut à Paris, le 26 octobre 1749. Il avait eu, en plus de l'orgue des Jésuites, celui de Saint-Sulpice.
Toujours dans le même ordre d'idées, nous citerons encore un maître de clavecin fort réputé à cette époque, Gaspard Le Roux, dont le L'ivre de clavecin, publié en 170b', coni|irend plusieurs Suites en lesquelles le sentiment mélodique s'affirme très élargi et d'un beau caractère, en même temps que l'auteur se préoccupe du coloris instrumental; il y donne, en effet, — et c'est là un fait digne de remarque, — des exemples d'arrangement à deux clavecins, précédant dans cette voie le grand Couperin". Ses pièces sont écrites à trois parties, de façon à pouvoir être jouées par deux dessus de violon et la basse. Elles se composent de cinq 'et six mouvements, dont des ;U('nucls, lies Pas-iciiieds et généralement une Chaconne pour liiiii'. La Suite en fa majeur comprend, comme pièce de début, une Allemande grave d'une grande
■ i. Los Pièces d'orgue puur le MiK/ni/icat sur les liuil tons différents de VEglise (le Guilain étaient dédiées ù Marchand.
2. Cf. OiiitlarJ, ll.cue d'histoire et de critique musicales, 190», p. 213.
.3. .1.. I^irry ,/, V „i,nir,'s de l'orgue, t. III, p. 89, 01.
4. /'l'i r.. ,/r < l,ir< '■m tii'i'c la 7na7iièrp de lesjuuer.
6. \.n |,:m- ;ui;, ,1 .-.■/d de r Apothéose euriionncurde Lulli.
I». r., :, j|-t l'ouvrage déjà cité de iM. r^irro, /'£'.v//if7///îif
de Jl.n ., |, , .' , :l
7. >ii[ 1 I iiii < I- i.i.n|HM jn le Grand, voir, outre les sources indiquées plus linut pour les l.,ou|jeriti, J.-G. Prod'liomme, Ecrits de musiciens. pages 228-22'J. il naquit rue du Monceau Saint-Gorvuis et fut tenu, le
noblesse. Les Préludes sont écrils en notation blanche et ne sont pas mesurés. Le Roux, ainsi que beaucoup de clavecinistes de son temps, se servait assez fréquemment de motifs empruntés à l'hexacorde ascendant ou descendant, procédé commode et fort économique au point de vue de l'imagination; nous rencontrerons, du reste, ce procédé chez un grand nombre de musiciens du xvui" siècle, chez des violonistes, des llùtistes, des symphonistes. Or, il est à remarquer que J.-S. Bach, qui, lui aussi, en a fait usage, s'est inspiré, dans le Prélude de la Première Suite anglaise, d'un thème de Gaspard Le Roux, simple hexacorde descendant que le claveciniste français a utilisé dans la Gigue d'une Suite en la majeur. Non seulement Bach emploie le même thème, mais il emploie le même rythme 12/8, la même tonalité et le même type de danse, la Gigue. Il y a là un exemple curieux de l'influence que l'école française de clavecin a exercée sur le vieux cantor de Leipzig"^.
Ce nom de Bach nous amène au musicien de clavier le plus brillant de cette époque, à François Couperin le Grand, auquel le célèbre musicien allemand emprunta bien souvent ses inventions thématiques.
François Couperin naquit à Paris, de Charles Couperin et de Marie Guérin, le 10 novembre 1668''. Ses qualités éminentes sont celles de l'art français luimême, et M. Henri Quittard a pu dire justement " qu'à côté de Rameau, François Couperin marque à merveille en quoi se dessine le génie de notre race dans le domaine de la musique pure : inspiration soutenue, toujours claire et élégante, recherche exquise dans le choix et la mise en œuvre des idées, science plus soigneuse de se dissimuler que portée à se faire valoir, émotion discrète. »
Son père, Charles Couperin, avait, selon Titon du Tillet, commencé son éducation musicale, mais mourut sans pouvoir la terminer. Ce fut à Thomelin, organiste de Saint-Jacques de la Boucherie, qu'échut ce soin*. François suivit avec éclat la route qu'avait tracée son oncle Louis Couperin. Organiste à Saint- Gervais, où il attirait une foule d'admirateurs de son talent, il fut nommé, en 1693, organiste de la chapelle du roi' et obtint, en 1717'°, la survivance de la charge de joueur de clavecin de la chambre. Professeur du dauphin, d'Anne de Bourbon, princesse douairière de Gonti, et de Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, qui lui lit une pension de 1.000 livres, François Couperin avait épousé Marie-Anne Ansaut, à laquelle le roi accorda, en 1718, une pension de 400 livres, et s'intitulait, en 1705, « chevalier de l'ordre de Latran ». Il démissionna en faveur de sa fille, Antoinette-Marguerite, eu février 1730, et mourut le 12 septembre 1733, d'après Titon du Tillet; il fut enterré à l'église Saint-Joseph.
Son œuvre, considérable, fait époque dans l'histoire de la musique française. Outre quatre Livres de pièces de clavecin publiés' en 1713, 1717, 1722 et 1730, les Concerts royaux" et un ouvrage didactique, l'Art de loucher le clavecin (1716), François Couperin a encore
12 novembre lG(j8, sur les fonts du baptême, par son oncle François I*" l'organiste. (Jal, loco cit., p. 440.)