Charles La Forte était aux
parenté avec l'organiste Louis acqucs liuguenet porte la date
Ranc (vers 17131 Dans toutes ces compositions, chaque mouvement est monothématique, et le procédé de développement consiste dans l'emploi des doubles. Au point Je vue tonal, il y a passage de la tonique a la dominante, et retour de celle-ci à la tonique, avec quelques modulations dans les Ions voisins. Le principe de l'unité tonale est brisé par l'établissement d'un mouvement intermédiaire, généralement un Aria dans le relatif mineur, comme chez les clavecinistes.
Chez les violonistes que nous venons d'examiner, l'intluence italienne se réduit à peu de chose. Elle s'affirme davantage dans les œuvres de Jean-Baptiste Anet, plus connu sous le nom de Baptiste, excellent violoniste qui, après avoir pris des leçons de Corelli, vint se faire applaudir au Concert spirituel, où nous le trouvons en 1725. Né vers 1661, Anet mourut à Lunéville, au service de Stanislas de Lorraine, en 17o3'.
Il a laissé deux livres de Soimtea à violon seul et la basse (1724, 1729) et trois livres d'CEuvres de Musette qui parurent respectivement en 1726, 1730 et 1734.
Les Sonates d'Anet sont au nombre de 22 et comportent généralement cinq mouvements de vitesses alternées; le violoniste y adopte résolument la terminologie italienne, Allegro, Andante, Adagio, et imite plus d'une fois son maître Corelli, soit dans la préparation des cadences, soit dans les inflexions mélodiques (sauts d'octave) familières au maître de Fusignano.
Dans son œuvre de musette que Baptiste, cédant à l'engouement manifesté par le public pour les instruments champêtres, entre 1730 et 1740, dédiait au célèbre joueur de musette Colin Charpentier, il conserve la l'orme Suite, el agence des séries de tableautins musicaux aux titres pittoresques, comprenant un nombre souvent considérable de morceaux; tout cela est manifestement imité des Ordres de François Couperin. On y entend Vhinoce.nte Bergère, VAmour adolescent, la Calotine, la Petite Nanette, etc.; l'auteur prévient que ses pièces conviennent à la flûte traversirre, aux violons, aux hautbois et même aux vielles, laissant ainsi à chacun le soin d'instrumenter, selon sa fantaisie, de simples duos de musettes.
Anet avait eu pour rival au Concert spirituel un habile violoniste piémontais, Jean-Pierre Guignon, qui, né à Turin vers 1694 et élève du fameux Somis, n'avait pas tardé, dès son arrivée en France, à acquérir la plus brillante réputation-. Entré à la musique de la chapelle du roi, où il se posa plus tard en concurrent de Jean-Marie Leclair, Guignon ressuscita, en juin 1741, le litre de « Roi des violons » qui n'avait plus été porté depuis 168S. 11 mourut à Versailles, le 30 janvier 1744.
Guignon a laissé un nombre assez considérable
aie des 15 novembre
1. Sur Anet, voir nos artictcs de la Jlr et 1" décembre )905.
2. M. licrnliard a publié dans la Eibliotlièque de l'Ecole des cbartes un article sur la corporation des m6n(^triers, dans lequel il ^-tudie la royauté violonistique de Guignon, tomes III, IV et V. Nous avons donné quelques détails biographiques sur Guignon dans notre ouvrage t'A-
cademip de musique de Nantie, lOOo, p 37 et sun , détails que nous avons complète*? dins notre article sur Guignon de la Ihvuta miislcale itnhana, i^ii fasc 4
3. bur hémlbé voir Hélix Huet, Eludes sur les diffu entes écoles deiiohn ISbll \ iUnghi f «/i // '' mult, imu k diiUsadC^e publiis 1 II, 1 1 I I h II"
per le J i I I
d'œuvres (on en connaît neuf), dont deux Livres de Sonates à violon seul et basse, des Sonates à deux violons et à deux violoncelles.
Ces sonates se présentent sous le type italien à trois ou quatre mouvements; Guignon y fait un usage fréquent de traits en triolets, de doubles croches, et en staccato, qui dénotent une grande virtuosité. Le style en est alerte et brillant.
Un autre italianisant est Jean-Baptiste Sénallié^, né vers 1687 ou 1690 à Paris, élève de Converset, puis de Bonnefons, tous deux membres de la bande des vingt-quatre violons, où il entra lui-même en janvier 1713. Sénallié s'était initié à la musique italienne auprès de Baptiste Anet, et, attiré par le renom des violonistes d'outre-monts, il se rendit en Italie, avec le comte de Caylus, en 171b. Là, ses succès décidèrent la duchesse d'Esté à le retenir à sa cour, où il demeura jusqu'en 1719* et on il se perfectionna dans l'étude du violon auprès du célèbre Vitali. Sénallié mourut à Paris, le lo octobre 1730.
11 a composé cinq livres de Sonates de violon et basse qui s'échelonnent de 1710 à 1727. Construites, en général, sur le modèle de l'œuvre V de Corelli, ces sonates présentent souvent le dédoublement des Airs ou des Gavottes, le second morceau étant écrit en mineur sur la même tonique. La terminologie employée est italienne, et les divers mouvements se rapprochent sensiblement, surtout par le caractère de leur rythmique, des types corelliens; la basse se déplace souvent par mouvements chromatiques, et sa figuration se montre plus accidentée que celle des basses françaises. Si l'influence exercée par Corelli sur Anet parait certaine, l'œuvre de Sénallié, en revanche, porte des traces bien faibles de l'enseignement de Tommaso Vitali. Sénallié est peu virtuose, peu audacieux; il hésite à manier la double corde el démanche peu. Il se contente de faire étalage de ses belles qualités de mélodiste, et de ce je .ne sais quoi de mélancolique el de voilé qui caractérise ses mouvements lents.
Plus virtuose que Sénallié s'affirme Quentin le jeune % dont les seize livres de Sonates renferment déjà d'appréciables difficultés, notamment dans les arpèges, et aussi Gabriel Besson", qui nous a laissé d'intéressantes sonates. (Tuant à François Francœur, l'ami et l'associé du fils de Jean-Ferry Rebel, François Rebel, qui publia entre 1720 et 1740 deux livres de Sonates, ses qualités lui font une place à part dans la littérature musicale de ce temps. Compositeur élégant et original, François Francœur fleurit de façon charmante ses Adagios, qu'il brode un peu comme Des Planes et les Allemands. De la sorte, les mouvements lents échappent à l'allure traînante et monotone que manifestaient les dolentes .S'a/«6an(if's étroitement emprisonnées dans leurs cadences. François Francœur avait voyagé en Allemagne, car le flûtiste
le la cour (Arch. nat., 0', 2851).
, violon seul et basse; les autres « Irio pour les violons, flùles et Incr, VIII, p. 101, 102. Il y a deux une. L'aîné a publié, avec un pride Berlin Cantin ou Quentin, une les ù violon seul et pour la flûte ingt-quàtre violons de la cbambre où il entra en 1700 {Etat de la.
régie actuelle de l'Opéra, 1738). Le jeune publia son premier livre en 1724, son deuxième en 1726, et son troisième en 1728. Le premier livre de trios date de 11-19.
6. Gabriel Besson, ordinaire de la musique de la chapelle et de la chambre du roi, a publié en 1720 son livre de Sonates.
i. Sénallié étai
t à Paris en
prenaient part au
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S. De ces seize
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vilège du 24 août 1730, sous
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UISTOIRE DE LA MUSIQUE
Qiiaiitz signale sa présence ;'i Prague et ;i Vienne en 1723, cl il est possible (|ue ce voyage ait inlliiencé sa manière, en lui pennetlaiit Je prendre directement contact avec la nuisi(iue allemande'.
Au point oi'i nous en en sommes arrivés, c'est-àdire aux environs de 1730, deux faits ressortent de l'examen de l'ensemble de la littérature de violon: le dispositif do la Sonate tend à se fixer comme il suit: 1° un mouvement lent, enguise d'introduction; 2" un mouvement assez modéré, dans le genre de l'Allemande: 3" un mouvement tranquille, très expressif, écrit souvent en mineur. Aria, Sarabande ou Gavotic: enfin, 4° un mouvement très vif, Presto ou Giijuc. Tous ces mouvements, et principalement le premier et le dernier, rentrent dans la mémo tonalité et dérivent, en général, d'un motif unique dont la Sonate est comme la Uoraison, ainsi que nous le verrons plus loin.
Ensuite, l'écriture en trio s'affirme dans les Sonates à deux violons et la basse tout comme dans les Suites convenant à plusieurs instruments; quels que soient les timbres employés pour réaliser ces compositions, elles ne comportent guère que deux dessus et la basse. Nous avons cilé précédemment les Tcios de l'organiste Dornel. La Sérénade ou Concert- que Montéclair avait publiée en 1697 rentre sensiblement dans le même type : premier dessus, deuxième dessus et basse. Si ces compositions admettent des hautbois et des llûtes avec les violons, les groupes d'instruments à vent alternent simplement avec ces derniers quand ils ne les doublent pas, autrement dit, les trois parties réelles de la composilion passent à travers des timbres dilTérenls, mais la multiplicité des instruments employés à l'exécution ne semble pas entraîner celle des parties.
Il convient, toutefois, de remarquer que chez certains auteurs, chez Rebel, par exemple, la préoccupation symphonique se manifeste très clairement, et que l'orchestration suppose une écriture plus diversifiée que l'écriture en trio. Les Caractères de la danse, la Fantaisie et la Terpsichore du vieux violoniste sont là pour montrer à quel point il tient aux détails de l'instrumentation; d'une façon générale, les «embellissements )) de trompettes et timbales comportaient des parties séparées que tirait le copiste, celui-ci jouant en l'occurrence, vis-à-vis de l'auteur de la musique, un rûle de collaborateur ou d'interprétateur.
Un élève de Sénallié, Jacques Aubert^qui, lui aussi, s'adonna à l'écriture en trio, va modifier cette écriture dans le sens symphonique, en publiant les premiers Concertos français de violon. A ce titre, il mérite une place d'honneur dans l'histoire de notre musique instrumentale.
Né vers 1683, à Paris, Jacques Aubert descendait d'une dynastie de musiciens. Successivement attaché au duc de Bourbon, à la chapelle royale (1726) et à l'Opéra (1727), intendant de la musique du duc de Bourbon, Jacques Aubert mourut a. Belleville en mai
1. Sur Francœur, voir Mémoires de Dachnumonl. t. III, \', VIII, XXVIII, XXXV.
2. Sérénade ou Concert, divisé en trois suites de pièces pour les violons, flûtes et hautbois, composées d'Airs de fanfares, d'Airs tendres et d'Airs champestres, propres à danser, par M. Monléclair V1697). C'est là, on le voit, uniquement de la musique do danse.
l7o3, après avoir écrit trente-trois .œuvres et cultivé la musique instrumentale, le balh^t et la musique dramatique.
Les Sonates à violon seul et la basse qu'il a laissées, et dont le nombre dépasse quarante, sont construites a. quatre mouvements; ses Sonates à deux violons comprennent trois mouvements. Les unes et les autres révèlent un musicien habile, d'inspiration facile, trop facile même, et fortement iiifiuencé par l'Italie; son style, vif, yai, se rapproche, en effet, beaucoup de celui des auteurs boulïes de ce pays, et notamment de Pergolèse. A côté de ces sonates, où Aubert pratique le démancher et la double corde, les Concerts de Symphonie (1730) marquent nettement son intention de créer un geiu-e qui se rapproche de la musique de Corelli et de Vivaldi, sans en présenter la difficulté d'exécution et en respectant le gortt français. C'est ce qu'il déclare catégoriquement dans l'Avertissement de son ouvrage. Or, ces douze Concerts sont écrits dans la forme. S(ii/e et à trois parties; ils comportent deux violons, ou Hrttes, ou hautbois, et la basse, et ne ressemblent en rien, par leur architecture, au Concert italien dont le type ternaire Allegro, Adagio, Allegro, était fortement établi à cette époque. Aubert a adopté la forme Suite chère aux Français et y a adapté l'écriture en trio. Pour trouver l'équivalent des Concerts italiens, il faut attendre ses Concertos à quatre violons, violoncelle et basse continue, dont le premier livre parut pendant l'hiver 1731— 173.5. Ici , Aubert prend le cadre italien à trois mouvements, et, en même temps, il complique son écriture : aux deux dessus et à la basse, il ajoute deux autres parties, et réalise, de la sorte, une écriture à cinq parties. A dire vrai, ses Concertos ne comportent fréquemment que trois parties réelles, en raison du redoublement de certaines d'entre elles, et rentrent alors dans le type d'écriture en trio; mais il convient de donner acte à Jacques Aubert de l'elTort qu'il a accompli.
Une autre particularité de ses concertos consiste dans leur instrumentation : quatre violons et la basse, sans parties intermédiaires, instrumentation dont Vivaldi etLeonardo Léo lui ont fourni l'exemple.
Dans le corps des concertos d'Aubert, la répartition des Tutti et des Soli s'effectue d'une façon analogue à celle d'Albinoni, et les procédés d'accompagnement, basés sur l'action alternative des ripiénistes et du clavecin, rappellent, tout à fait, la manière de Tartini. Ce que nous tenons à constater, c'est que le type ternaire du Concert était en vigueur en France dans la littérature du violon, en 1734. François Du Val, Pierre Guignon et Jacques Aubert l'y avaient introduit^. L'exemple suivant donnera une idée de l'écriture de Jacques Aubert dans ses concertos à quatre violons. Il est emprunté au premier livre, et reproduit le début de la Gavotte du deuxième concerto en so; majeur; dans ce passage, Aubert laisse le violon principal bien en dehors, et le fait accompagner doucement par les trois autres violons à l'unisson, sans faire intervenir la basse :
r notre article du Merc
i. Sur le Concert do l'école française de violon, voir A. Scliering, Gescliiclite des Instrumentalkonzerts, 1903, p. 106.