‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 223 sur 364 · Miel, loeocil., p · texte numérisé non relu

Miel, loeocil., p

7. Sur Blainville. voir La Borde, Essai, 111, p. 377; — le Mercure de France de novembre 1731. — Fétis, I, p. 43i. — L. de la Laurencie

une excellente méthode de violoncelle : Essai sur le doiijter du rioloncclle et sur lu conduite de l'archet^.

Non contents d'enrichir la littérature spéciale à leur instrument, les violoncellistes cultivaient encore le genre symphonique. Certains, comme Jean-Bapliste Masse, ordinaire de la chambre du roi, suivant l'exemple de Guignon, composaient des Sonates à deu.r violoncelles (l'^t}). D'autres, tels que Blainville, maître de musique de la marquise de Villeroy, écrivaient des Symphonies à grand orchestre; celle que Blainville fit entendre au Concert spirituel en 1751 le .30 mail était écrite dans un nouveau mode, dont il revendiquait l'invention, et qu'il appelait le mode mixte'.

Quelques-unes de ces œuvres ne manquent pas de mérite. C'est ainsi que la première Ourerture de ses symphonies, que François Martin, musicien du duc de Grammont et fort habile violoncelliste^, fait exécuter en 1753, au Concert spirituel, et qui comporte deux violons, l'alto et la basse, se compose d'un Prélude, d'un Allegro en 2/4, d'un Andante en rc mineur (la pièce est en ré majeur) et d'une Gigue. Le recueil de Martin, dont le privilège remonte à 1746, contient trois Ouvertures et trois Symphonies, les Ouvertures toutes à quatre mouvements, sur le type qui vient d'être indiqué; les Symphonies, toutes à trois mouvements : Allegro, Andante, Allegro. Sans faire emploi du bithématisme, ces œuvres sont habilement développées et portent un cuiieux témoignage sur l'état de la symphonie française vers 1750.

On peut rattacher h. ce genre de composition les six Trios ou Conversations à trois pour deux violons ou flûtes et un violoncelle, que François Martin dédia au duc de Grammont, et qui portent aussi le privilège de 1746. Ces pièces sont à quatre mouvements écrits dans le même ton; la dernière se termine par une longue Chaeonne variée, comportant un intermède mineur.

La première œuvre de Martin paraît être un livre de sonates pour violoncelle et basse continue, dédié « Alli .\matori di Musica » et qui est signé dal signor Martine.

Citons enfin le violoncelliste Canavas le cadet (Jean- Baptiste)'', dont J.-J. Bousseau parle aux livres IV et V de ses Confessions, et qui fit paraître, en 1746, un recueil de six sonates pour le violoncelle, fort apprécié de son temps. Il mourut le 7 juin 1784.

Jusqu'à ce jour, la littérature des instruments à vent, et notamment de la flûte et du hautbois, a été peu étudiée en France. Sans avoir la prétention de combler ici cette lacune, nous voudrions, cependant, signaler quelques artistes et quelques œuvres dont le rôle nous parait digne d'attirer l'attention des musicologues.

et G. de Saint-Foix, Contribution à l'histoire lie la Sijmplwnie française vers nao {Année musicale, 1911). Rousseau a écrit une lettreà Raynal à propos du mode mixte de Blainville, qui n'était que le modemineur de la dépourvu de sensible. Blainiillc, outre son Harmonie thiorico-pratiqnr ,h, . pnriirs (1746), a publié un ouvrage

didactique intituli- / utusical ou Réflexions sur la mu-

sique et ses diffi r, ' il), qui présente un certain intérêt

au point de vue di- l.i iju. ii-ll-- lir- hoiiffons.

8. Daquin en parle iivec de grands éloges : » M. Martin, si admirable sur son instrument et si habile compositeur, jouit de la réputation qu'il mérite. » {Lettres sur les Hommes célèbres, etc., p. loi.)

9. Le frère aîné de Jean-Baptiste Canavas, Joseph Canavas, ordinaire de la musique du prince de Carignan, avait publié, en 1739, six Sonntes à violon seul et basse avec suite de Menuets italiens.

inSTOITiE DE LA MUSIQUE

XVH« ET XVIIIo SIÈCLES. — FRANCE

Dl's la seconde moitié du xvii" siècle, la llûte était en grand honneur en France. Qu'il nous suflise, à ce propos, de rappeler les noms de Pliilbert Rebillé et do François Pignon Descosteaux'. On se servait surtout alors de la tlflte douce ou flûte à bec, mais à partir des premières aimées du xyiii" siècle, la tlflte allemande ou llûte traversiére tend a. supplanter la Ihlte à bec, sans que celle-ci soit, d'ailleurs, complètement abandonnée. Bach, en effet, a su tirer un admirable parti de ces instruments à la sonorité douce et calme.

Philbert apparaît, vers 1670, sur les registres de la maison du roi. C'était un homme à bonnes fortunes et de caractère plaisant, qui, selon le MevcAtrc, passait pour contrefaire les bruits les pins divers; à ce titre, il figurait dans le Bourgeois gentilhomme, où il imitait à s'y méprendre « le bruit d'un ménage en rumeur ». Il exerça entre 1670 et 171S.

Le nom de Descosteaux est celui d'un des plus habiles thUistes du temps de Louis XIV. Né en d04.ï, il figurait, dés 1662, dans la musique royale, et mourut en 1728. De ces deux auteurs, les œuvres sont perdues. Il n'en est pas de même de celles de Pierre Gaultier et de Michel de la Rarre.

Pierre Gaultier, natif de laCiotat,en Provence, dirigea, selon Titon du Tillet, un opéra nomade qui séjournait alternativement à Marseille, Aix et Montpellier. Il fit naufrage en 1697 avec toute sa troupe, en vue du port de Cette. On a de lui une œuvre posthume : Sijm-

phoiiies (h; l'eu M. Gnutlier de Marseille, divim-es juir xnitca de toux (liallard, 1707), et comprenant des duos pour flûte et violon avec la basse continue, et des suites en trio pour flûte, violon et basse. Ce recueil était très estimé 2. On y rencontre encore un de ces Cnrillona si goûtés à l'époque.

La Barre naquit à Paris vers'167o et y mourut, selon Fétis,vers 174:!, après avoir occupé les charges de flûtiste de la chambre royale (1705) et de l'Opéra (1700)3.

Son œuvre instrumental, consacré presque exclusivement à la flûte, comprend trois livres de Trios pour la flûte, dont le dernier parut en 1707, des Sonates pour la flûte avec basse (op. IV) (170:!) et treize Suites de pièces à deux fliltcs sans basse (la douzième est de 172.,).

Les Trios de La Barre sont écrits pour les flûtes, violons et hautbois; ils rentrent donc dans ce genre symplionique dont nous avons déjà rencontré nombre de représentants, et auquel diverses instrumentations pouvaient s'adapter, au choix et à la convenance des exécutants. Élève et collègue de Philbert et de Descosteaux, La Barre appartient encore il l'ancienne école de flûte, et ses œuvres, à ce point de vue, présentent un vif intérêt historique. C'est ainsi qu'il pratique abondamment ces « diminutions » et ces « doubles » que réprouvait LuUi. En voici un exemple que nous tirons de son omvro IV :

Michel de la Barre cultive à. la fois la forme Suite et la forme Sonate. Ses Suites comprennent six ou sept mouvements, airs de danse, ou petits morceaux à titres fantaisistes, et débutent toutes par un Prélude. Dans les Sonates, il y a quatre mouvements dont le premier est aussi un Prélude ou une introduction lente, et dont le dernier est quelquefois une pièce de fantaisie, telle que Fugue en canon, par exemple. Lorsqu'il emploie deux flûtes sans basse, comme dans les treize Suites, les deux instruments dialoguent en imitations habiles et piquantes; les mouvements lents {Sarabandes, etc.), se signalent par le charme de la qualité mélodique, et ou conçoit que Daquin ait pu caractériser le musicien en écrivant qu' « il avait le merveilleux talent d'attendrir*».

Mais, sur ce point, et aussi sur le terrain de la virtuosité, « l'admirable Blavet » devait bientôt le l'aire oublier.

En 1700, Jean-Pierre Freillon-Poncein publiait une méthode de hautbois, de flûte et de flageolet, dans

1. Voir J. Ecorclievillc, Qui-lqws Documenis sur la musique de la Grande Ecurie du roi (Ilecueil de la Sociél-è irtternalionale de musique, l. II, I901|.

2. On le Irouve en province, oii il servait aiii concerts de certaines Académies de musique. Cf. notre ouvrage l'Académie de musique et le Concert de Nantes, p. 74-73. — Sur Pierre Giiultier, voir notre article Un Emule de Lully, Pierre Gaultier de Marseille {Ilecueil de la Société internationale de musique, oct. 191 1).

3. > C'était, dit Parfaict, un eicellent joueur de llùte allemande de l'Académie royale de musique. » Comme celles de Gaultier, ses œuvres se retrouvent dans les fonds de musique de certaines Académies provinciales. Cf. Prod'horome, Ecrits de musiciens, p. 241, 24i. Michel de la Barre a laissé un testament qui porte la date du 8 mars 1741 et un Mémoire sur les Muselles et Hautbois (vers 1740) (Arch. nat., 0',

laquelle il exposait les principes de la flûte douce ou llûte h bec, et qu'il faisait suivre d'un petit recueil de plusieurs pièces assez pittoresques. Qu'on en juge : l'une d'elles, intitulée l'Embarras de Paris, « exprime, par ses reprises à six parties (c'est fauteur qui parle), le grand bruit et le tumulte qui s'y fait les matins et les après-midi par les différents cris de chaque chose, le contre-passage des personnes qui vont et qui viennent, celui des carrosses, des charrettes et autres^ «.

Mais ces reprises à six parties, qui constituent un canon dans lequel les cinq dessus répètent la même phrase mélodique, sont suivies de reprises à trois parties, comprenant seulement deux dessus et la basse. Poncein explique comme il suit la signiflcation de ces reprises en trio : « Les reprises qui sont à trois parties expriment la modération du bruit pendant les heures du dîné et de la nuit. » Nous donnons ciaprès un aperçu de l'Embarras de Paris, avec ses deux types de reprises :

i composé des ouvrage

L la pri

4. La Barre était célèbre pour ses trios de flûte. Lcccrf et Nemeitz en parlent avec éloges.

5. Voici le titre de cette méthode : la Véritable Méthode d'apprendre à jouer en perfection du hautbois, de la flûte et du flageolet, avec les principes de la mwiique pour la voix et les instruments (1700). Elle est dédiée à M:' de Bérulle, premier président du Parlement du Dauphiné, et commandant en ladite province, qui élait le prolecteur de Poncein. Elle contient des plnncbes explicatives pour le jeu du hautbois, de la flùle à bec et du flageolet.

Poncein a composé aussi des Airs sérieji-t et à boire qui furent publics dans la collection de Ballard. Rien ne permet daflirmer qu'il était prévôt des hautbois de la Grande Ecurie du roi, ainsique le dit Fétis.

15^10 ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOmi-

/IISTOIRIC DE LA MUSIQUE XVII" ET XVIII^ SIÈCLES. — FRANCE Ir.SI

I.e rocneil rontient encore iiiif l'asxarriillc li'ès di^voloppée pour diuix lliltes (dessus et basse), et des llniils (le gui'rrc, où la basse doit être exécutée par les basses, bassons, trompettes et timbales, tandis que les dessus sont conliés aux violons et aux bautliois. Uo temps en temps, la « syinpbonie » est coupée de duos de trompettes (deux dessus) et de trios de hautbois soutenus par les bassons.

A côté de Michel de la Barre et de Poncein, la dynastie des Hotleterre a fourni d'excellents lliltistes, et, en général, d'excellents joueurs d'instruments à vent. Les Hotteterre' étaient originaires de la commune de la Couture-Boussey, diocèse d'Evreux, d'où ils vinrent habiter Paris. Le chef de la dynastie, Jean premier du nom, jouait non seulemenl de la flûte, mais encore du hautbois et du flageolet; c'était, de plus, un habile facteur d'instruments.

Ses fils, Jean II, Nicolas I et Martin, suivirent la carrière paternelle, et figurent, en qualité de flûtistes et de hautboïstes, parmi les musiciens de la Grande Kcurie du roi. Martin Hotteterre s'adonna plus particulièrement à la musette, qu'il perfectionna, en doublant le chalumeau. On a de lui une pelite marche pour les musettes composée pour le régiment de Zurlauben, et un air à quatre pai lies recueilli par Philidor dans sou recueil de la bibliothèque de Versailles : Partition de plusieurs marches et batteries de tambour, tant françaises qu'étrangères, avec les airs de fifres et de hautbois, etc. Il mourut en 1712.

Un de ses fils, Jacques dit le Romain, devait ajouter un nouveau lustre au nom de Hotteterre. Son surnom provient, sans doute, d'un séjour qu'il fit en Italie. Admis, entre 1705 et 1707, dans la musique de la Grande Ecurie, il publia, en 1707, un excellent traité de flûte {Principes de la flûte traversicre ou flûte d'Allemagne,delà flûte à bec ou flûte douce, et du hautbois, divisés par traites) dont la renommée gagna l'étranger, et qui fut réédité pour la dernière fois en France, en 1760-. En 1717, Jacques le Homain était survivancier de Pignon Descosteaux, comme flûtiste de la chambre. Il mourut vers 17G0 ou 17G1. II a laissé une copieuse littérature, dans laquelle nous distingueloiis, d'abord, ses deux livres de Pièces pour la flûte Irarersière (1708, 171.^), ses Sonates en trio pour la flûte Iravcrsière et à bec, violon, hautbois (1712), et ses

1. Erncsl Thoinan, les HoUeterre et les Chédemlle (1894). On consultera aussi Cariez, If.i Hotteterre [Bulletin de la Société des Ocaux- Arls lie Ciien, t. V, 1878, p. 400).

2. I.C5 Mémoires de Ttéi'oux d'août 1707 consacraient une étude aux-J'rmciprs de flûte de Jacques Hotteterre (p. 14R7).

Page 1