VI- MODE (mode
Sa dominante est la, tierce majeure de la finale. De ce mode, comme du V°, on peut dire qu'il est extrêmement rare dans la polyphonie, où les compositeurs substituent la 4« espèce de pentacorde à la 3=. Lt, à ce sujet, Glaréan s'écrie : ce Ce n'est pas là une petite chose, par Dieu! puisque de cette façon on tombe dans VIvjpoionicn, qui est un mode incomparablement plus souple et plus agréable que Vhijpolijdlen. »
« Et précisément, ajoute le profond théoricien, cette attraction de Vhypoionien a tellement nui à Vlujpolijdien que ce dernier mode a été presque supprimé et
anéanti... Il est difficile de trouver des pièces des V" et VI" modes qui ne soient pas altérées en quelque endroit et déformées, tellement les oreilles délicates de notre temps s'otfensent de la moindre rudesse. » Le VI" mode (disons plutôt le XII»), d'une suavité pénétrante, a été justement nommé le mode des larmes.
VII" sioDK. — Le VII" mode, dont la finale est sol, est de la septième espèce d'octave divisée harmoniquemenl. Il se compose de la quatrième espèce de pentacorde et de la première espèce de tétracorde au-dessus.
MODE (mode de sol authentique).
Sa dominante est n\ à la quinte de la finale. Sa médiane si naturel, tierce majeure de sol, le classe dans les modes majeurs.
C'est un mode capital, extrêmement employé. « Malheureusement, dit Glaréan, la troisième sorte de tétracorde remplace trop souvent la première, tant est séduisant et attirant le mode ionien. » Autrement dit.
trop souvent le fa if intervient et détruit le caractère si spécial de ce mode noble et émouvant.
VIII" sioDK. — L'élégant VIII°mode, plagal du VH=, est contenu dans la quali'iéme espèce d'octave divisée arilhmétiquement. 11 se compose de la première espèce de tétracorde, et de la quatrième espèce de pentacorde placée au-dessus.
: (mode de sol pl;i.L;aI).
Sa dominante est do, à la quarte de la finale sol. 1 tave ré-ré; mais par sa finale et sa dominante, par Ce mode ressemble au premier quant à l'espèce d'oc- | ses repos et sa modulation, il en diffère totalement.
! Mode (Mode de Re anthenti(ine) Mode mineur; dominante à la quinte de la finale
TIII? Mode (Modedf Sol plagal) Mode majeur; dominante à la quarte de la finale.
TX' MODE. — Le IX" mode, dont la finale est la, est | moniquement. Il se compose de la première espèce de contenu dans la première espèce d'octave divisée har- | pentacorde et de la deuxième espèce de létracorde.
IX"^ MODF, (mode de
Sa dominante est rai. Sa médiane ut, i'" mineure de la finale, le classe dans le genre mineur. Et de fait c'est, des modes anciens, celui qui ressemble le plus à notre mineur moderne. Il ne lui manque, pour une ressemblance absolue, que d'avoir le sol altéré par le #, ce qui, du reste, arrive fréquemment, régulièrement même, dans les cadences après l'époque josquinienne. On le confond souvent avec le premier mode, parce qu'il est souvent transposé en ré. Mais alors cette gamme de ré IX<' mode (mode de la) porte un si[< à la clef, tandis que la gamme de ré \"' mode (mode de ré] use du si naturel et n'accepte le si'l-' qu'accidentellement. Cette confusion des modes exaspère Glaréan : c'est là une grande honte de l'art, dit-il, qu'une telle confusion, attendu que ces deux modes sont de deux espèces différentes d'octaves : Véolien (IX^ mode), de la première, le dorien {l" mode) de la quatrième!
Un autre maître théoricien, compositeur renommé.
le Flamand Ghiselin Danckerts, n'est pas moins explicite ni moins absolu au sujet des modes que, vers le milieu du xvi» siècle, la pratique allait confondant et altérant de plus en plus, sous prétexte de nouveauté ou de suavité, comme on disait alors. [Cf Adrien de La Fage , Essai de diphthérographie musicale, p. 224 et suiv.]
Il importe également de ne pas confondre ce IX" mode avec le 11'; ils sont tous les deux contenus dans la première espèce d'octave, mais diffèrent par leur composition intérieure, et, de là, par leurs notes essentielles. Le IX= mode participe, ainsi que le Xi^, des caractères du I"' et du Il=, mais en les tempérant, en quelque sorte, d'une grande douceur.
X'= MODE. — Le plagal du IX" mode est contenu dans la cinquième espèce d'octave divisée arithmétiquement. Il se compose de la deu.xième espèce de tétracorde et de la première espèce de pentacorde.
Sa dominante est ut, tierce de la finale la.
Il convient de ne pas confondre ce mode de la pla gai avec le mode de mi authentique, lis ont la même | fèrent profondément
espèce d'octave, la cinquième, mais leur composition, r être mélodique, leurs énergies expressives, dif-
esp leu
X^ Mode (ModedeLa plag-al) III? Mode C Mode de Mi aothentigoe )
Mode mineur; dominante à la tierce de la finale. Mode mineur; dominante à la sixte de la finale.
XP MODE. — Le XI" mode, dont la finale est ut, est 1 espèce de pentacorde et de la troisième espèce de
contenu dans la troisième espèce d'octave divisée tétracorde. harmoniquement. 11 se compose de la quatrième |
(mode d'ut authentique).
Sa dominante est stol. Sa médiane mi, 3=^ majeure de la finale, le classe dans les modes majeurs. En vérité, c'est le prototype de notre mode majeur. 11 est extrêmement employé, surtout transposé en fa avec avec si r» à la clef II faut dire aussi qu'il prend à cet endroit, très souvent, la place du V= mode, dont il adoucit par le bémol le dur pentacorde de troisième espèce où sonne le si naturel. Le mode d'«;, ainsi
que son plagal, relèvent des modes V et VI, mais ils ont plus d'aisance, et plus de facilité pour la composition polyphonique.
XII» MODE. — Le Xll" mode, plagal du XI% est contenu dans la septième octave divisée arithmétiquement. Il se compose de la troisième espèce de tétracorde, et de la quatrième espèce de pentacorde placée au-dessus.
XHc MODK (mode d'il/ plagal).
IIISTOinE DE LA MUSIQV
Sia dotninanto est mi, sixte de la liiiale ii/.
Le XI" mode (mode ut authentique), de la m(?mc octave que le VI» (mode de fa plagal) , ne doit pas (Hie confondu avec lui, h cause du jeu des finales et des dominantes. Il en est de mt'me des modes XII" et VU", qui usent tous deux de la septième espèce d'oclave, et des modi's IX" et 11= qui usent de la première. Voilà bien qui prouve que la distinction des modes n'est pas une chose vaine et de pure spéculation, puisque nous voyons qu'une même octave peut être variée et profondément différenciée par sa composition intérieure de qui relèvent les notes essentielles qui donnent aux modes leurs caractères et leurs énergies esthétiques.
Nous venons de définir sommairement les douze modes dialoniques usités au temps de la Renaissance. Ces modes se peuvent ramener à six, harmoniqueraent parlant, puisque dans le concert des voix le plai,'al s'unit à l'authentique. On a dès lors les modes d'ut, de ré, de ini, de fa, de sol, de la. Trois d'enti'o eux relèvent du genre majeur, les modes de fa (V-Vll, de sol (VU- VIII), d'ut (XI-XII); trois relè-
vent du genre mineur, les modes de rd (l-II), de 7ni (III-IV), de la (IX-X). Toutefois, nous le répétons, ils ne se doivent pas confondre avec notre majeur et notre mineur modernes, car, même dans le Xr mode, qui est le plus proche de nous, les fonctions tonales telles que nous les entendons, bases des attractions harmoniques, sont absentes. Ceux qui les y cherchent s'abusent, et la beauté propre des polyphonies du xvi" siècle leur échappe. A moins toutefois qu'on ne veuille faire abstraction de l'arl, de son exiiression et de son idéal, pour ne considérer scientifiquement que l'évolution des formes harmoniques; alors on peut suivre à la trace et saisir, en chaque mode, des germes de ce qui deviendra, vers la fin du xvi» siècle, par l'altération, par la corruption des gammes antiques, notre mode majeur et notre mode mineur aux puissantes harmonies attractives.
Il faut ajouter à ces modes traditionnels un mode chromatique dont l'emploi fut des plus rares. Voici, comme exemple des pins significatifs, une courte pièce de Claude Le Jeune mesurée à l'antique dans le rythme du distique élégiaque :
Claude lb Jeunu : « Qii l'sl dcreim ce bel iri
CONTRALTO
Qu'est de.ve. nu ,. 1 J 1 1
ce bel œil qui mon âme é.clairoit
— nd — 1 M — 1 1 — 1 — f-
ja de ses 1 J I
rays,
'''«'^ ^ j '^ Qu'est de.ve. nu
ce bel œil qui mon âme é.clairoit
ja de ses
rays,
F^t F r r-r \' r ^ '\ vv r^^ ' r ' ri
Qu'est de.ve. nu ce bel œil qui mon âme é.clairoit ja.de ses rays,
È^r^ — r — -HH — J r ttr — F — F — F — F — - -f-nr- r^==\
) 1 Dans
qui
l'Amour
re
. trouvoit
ses
fie
ches, fia — p, 1
mes et
traits?
Dans
qui
U J l'Amour
re
-nr-
J '^ . trouvoit
ses
fie
ches, fia .
mes et
traits?
Dans qui l'Amour re . trouvoit ses fie . ches, fia . mes et traits?
Qu'est la bouche or' de.ve.nue et ce ris si mignard, et ce dis.cours?
Qu'est la bouche or' de.ve.nue et ce ris si mignard, et ce dis.cours?
ENcyr.LOPÉniK de la mvsioue et nicrinxxAiRE /)" r.ox^EuvATniRE
■^(i^irj r=-^ — F r — i — 1 1 v- — ^ — ^-^ — H — *M= — p — 1-
Dont
ma
mai . tresse
at
tra.poit
le
plu'
fa
rouche en
mours?
Dont
ma
mai . très - se
. at
. tra.poit
le
plu'
fa
rouche en
mnurs?
h--^ r «f 1 1 r ' 1 ' r -r f r r ' Il
Dont
mai.tres.se ^ at . tra.poit
plu' fa . rouche
Il y a encore bien des choses à sif,'naler au sujet des vieux modes : les modulations d'un mode à un autre, les allérations, les classilicalions, etc.; mais il faut nous borner. Je dirai seulenienl, à pcopos des classifications, que les noms f^recs usités au .wi'" siècle ne coïncident pas avec la terniinalof-'ie des hellénistes de nos jours. De plus, la nomenclature par jj/eoiier, deuxième, troiaunie mode... n'a pas toujours élé la même.
Voici un exemple frappant des divcigences à ce sujet.
Il iKius e-l olléit par le grand Zarlino, en ses hlitulkiui hni iiniiihlir. 1, 'édition de 15)')8 suit la nomenclature ^:hii éanicnne : I'"' et 11"^ modes, finale ce; 111° et IV% finale mi; V» et V^, finale fa; \\V et VIII", finale iol; IX' et X", finale la; XI" et X1I% finale do. L'édi-
I tien de 1373 change tout cela, et nous avons alors : finale du, \" et II« modes; finale ré. \\l' et IV"; finale vn, V" et VK; finale fa. Vil" et VIII"; finale wl, IX" et .\"; finale ki. XI' et XII'.
Quant aux vocables grecs, voici ceux dont use Glaréan dans le monumental Dodecuchonlon de 1547 :
mode, finale « Hypodorien.
' — — ml Hypoplirygien.
V — —fa Lydien. VI" — — f,i Hypolydien.
Vil" — — sn/Mixolydien. VIII'~ — .so/Hypomixolydien. IX' — — la Eolien, X" — — lu Hypoéolien.
XI* — — du Ionien. XII" — — du Hypoionien.
Uegai'danl aux sept espèces d'oelaves et aux modes qu'ils engendrent, usités ou inusités, on peut dresser le tableau suivant :