‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 238 sur 364 · Nous rappellerons ici les vers suivants · texte numérisé non relu

Nous rappellerons ici les vers suivants

Charpentier, revêtu il'une s.ige richesse.

3. Cf. H. Quiltard, Reiiue d'histoire et de critique musicales, 1902, . 315, et Bulletin mensuel de la Société internationale de musique, lai 1905, n" 8.

J.-B. Moreau fut enterré le 2o août 1733 au cimetière des Saints Innocents. Rappelons ici les Leçons de Ténèbres de François Couperin et ses Motets chantés devant le roi en 1703, 170i et 1705, dans lesquels la voix est souvent traitée dans un style instrumental.

Michel-Richard de Lalande = mérite une place à part dans l'histoire de la musique religieuse; il fut vraiment, ainsi qu'on l'a justement écrit, un prince de l'art français.

4. M. Brenet, les Concerts en France sous l'ancien régime, p. 94. Cf. aussi les Chœurs d'Esther de Moreau, par J. Tiersot, Revue musicale, 1903, p. 35.

5. Sur Lalandi-, ronsulter ; Discours sur la Vie et les Œuvres de .Vic' ' /,',r Ar;,-,/ ,/- /.,r.i«- I I"volume desMotets, 1729). — Oroui, y/^^; . o; , , , , ,„■ ,;,; France, II, p. 522, 523. — Notes su, 1 . /. > ■. \:a.r II. QaMiird ^Itevue d'histoire et ,lr ,, ,, , « ,, , ,M,i:,! |uu2, p. 315). — L. de Grandmaison, Essai ,1 armoriai .les artislrs franeais, 1904 [Sociétés des Beaux- Arts des départements, p. 617, 018). — Méynoires àe Dangeau, vol. I, II, VI, VIII, X, XIV, XV, XVII (édition F. Didot). Nous avons précisé quelques points de la biographie de Lalande dans notre article sur les Kebel, publié dans le Becueil de la Société internationale de musique, en janvier 1906.

Voici les vers que lui a consacrés Serê de Rienx :

La Lanile, triomphant l'un [.rriii- ■ r-hrlh^ Attira dans la Cour ' , n t- mn

, prop.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

XVII" ET XVIIIe SIÈCLES. - FRANCE

Il naquit à Paris le lo décembre 1657, et était fils d'un marchand tailleur qui le fit entrer, de bonne heure, à la niaîlrise de Saint- Germain-l'Auxerrois, dirigée alors par ce Chaperon contre lequel Charpentier avait aiguisé ses sarcasmes musicaux. Non content d'étudier la composition, Lalande apprit à jouer du clavecin, de l'orgue et du violon, mais Lulli ne le trouva pas assez habile pour figurer dans son orchestre, et Lalande, après cet échec, se voua exclusivement à l'orgue. Son talent fut de suite fort remarqué, et de nombreuses églises tinrent à cœur de l'avoir comme organiste. 11 exerça à Saint-Jean en Grève (1681), aux Jésuites de la maison professe et au Petit Saint-Antoine. En 1678, il se présente au concours institué à Saint-Germain pour donner un remplaçant à Joseph de La Barre, organiste du roi, mais sa jeunesse le fait écarter. C'est alors que le duc de >oailles lui confie l'éducation de sa fille aînée, la future maréchale de Gramont, et que le roi le choisit en qualité de maître de clavecin de M"" de Nantes et de Blois (vers 1681). Lalande habitait alors à Clagny, où le roi l'allait visiter fréquemment, assistant à ses travaux de composition et les rectifiant au besoin. h'Ainoin- bci-ijer, pastorale parue dans le Mrrcure d'avril 1083, fournit un spécimen des œuvres que Lalande écrivait ainsi sous le contrôle de Louis XIV. Celte même année 1683, il prend part au concours ouvert après la retraite de Robert et de du Mont, et se voit nommé par le roi, pour le quartier d'octobre, avec Coupillel, Minoret et Collasse. A partir de ce moment, les libéralités royales pleuvent sur la tète du musicien; le 8 janvier lesij, il obtient la moitié de la charge de compositeur de la musique de la chambre; deux ans après (1087), le roi le nomme compositeur de la musique de la chapelle, puis surintendant de la musique de la chambre (1689), pour le semestre que détenait le fils cadet de Lulli'. L'année suivante (1090), il obtient l'autre moitié de la charge de compositeur de la chambre, et, en 1693, il a le quartier de janvier à la chapelle, auquel se joignit, en ITOi-, le quartier de Collasse, de sorte qu'il resta seul chargé de la chapelle royale, en même temps qu'unique détenteur de la charge de surintendant (1693).

Lalande passa toute sa vie à Versailles, entouré par Louis XIV de l'affection la plus constante; il avait épousé Anne Rebel en 1684, el, après la mort de celleci (1722), la demoiselle de Cury; il se démit, en 1722, de trois quartiers de maître de la chapelle, qui échurent à Bernier, Gervais et Campra. Lalande mourut à Versailles, le 18 juin 1726; depuis quarante-cinq ans, il était au service du roi, qui lui avait accordé le cordon de Saint-Michel.

Son œuvre est considérable. Lalande travailla opiniâtrement toute sa vie, et a laissé quarante Gramh Motets, trois Leçons de Ténèbres avec un Miserere ù voixseule, le ballet de Mélicertc (1698), un recueil de Musique pour les soupers du Roy conservé dans la collection Philidor, et le ballet des Elcments. écrit de concert avec Destouches (1721)^. Après sa mort, ses grands Motets furent publiés en vingt livres in-f° et

donné i

alanld't

1. Uiin^eau écrit à la ilale du 3 janvier IGStI ; « Le r( Lalande la cbarye de surintendant de la musi.|uc qu'a cadet. .) (IL p. 2U4.) De son mariage avec Anne Keiiel. Lah^ deui lillcs qui brillèrent comme cantatrices. Cf. le Mercure lobre 1703, p. 152, 153.

2. Lalande, en olîet, ne travaillait pas seulement pour la cliapellc royale; il composait encore pour les fôtes de la cour, et on peut ajouter au Ballet de Mélicertc et à la Musique pour les soitpers du lioy, dont nous avons donné un écliantillon pins haut (inslrumenls à archet

précédés d'un Discours sur la vie et les œuvres de Michel Richard de Lalande' et d'une lettre de Colin de Blamont à laquelle nous empruntons le passage suivant, qui caractérise assez exactement le style de Lalande :

« Il faisait toute son étude et mettait toute son application à toucher Và.me par la richesse de l'expression et les vives peintures, et à délasser l'esprit par les agréments de la variété, non seulement, dans le merveilleux contraste de ses morceaux, mais dans le morceau même qu'il traitait; ce qu'il est aisé de voir par les disparates ingénieuses dont il ornait ses ouvrages, et par les traits de chant gracieux, aimables, qui servaient, pour ainsi dire, d'épisodes à ses chants les plus travaillés'. »

On le voit, c'est encore l'esthétique française qu'applique Lalande, sans trop se soucier du côté religieux et liturgique de son œuvre : peinture des sentiments, aimable variété, disparates ingénieuses, voilà bien les desiderata du goût des contemporains de Louis XIV.

Lalande n'imile point Lulli avec la servilité qu'on reprochera à juste raison aux successeurs du surintendant de Louis XIV. Ainsi que le remarque M. Quittard, Lalande se rattache plutôt à la génération précédente et, en particulier à du Mont, par son entente parfaite du style polyphonique. Ses Motets nont point l'aspect lourd, massif, des chœurs lullistes; il s'entend à merveille à manier librement les voix et « à faire étinceler au-dessus de ses chœurs les fulgurants coii- Irepoinls des deux violons obligés de son orchestre" ». De plus, il emprunte à du Mont, mais pour le perfectionner, le dialogue d'une voix avec un instrument soliste, flûte, hautbois ou violon, et prépare ainsi la voie que Bach devait suivre si heureusement dans ses Airs. Dès son Te Deum de 1684, les hautbois dialoguent avec les voix.

L'entente du développement polyphonique et du style concerté éclate à chaque page de son œuvre. Dans le Cantate Domino (II" livre, 1707), le chœur Noiu)n fecit Dominiis en apporte un exemple typique : il oppose un petit chœur de deux dessus, soutenu par les deux violons et la basse continue, à un grand chœur tout lissé d'entrées multiples, d'une ampleur de développement qui rappelle Haèndel. On retrouve le même procédé dans l'Ora pro nohis du Reijina cœli Isetare (111= livre). Le Miserere mci Deus de ce même livre emploie deux chœurs de quatre voix chacun, qui concertent avec une étonnante liberté. Le dernier chœur du De Prof'undis est résolument conlrapuntique.

Au point de vue harmonique, Lalande ne présente pas moins d'intérêt; il accumule les hardiesses dans son Requiem xternam et son De Profundis (1689), au début si solennel et si émouvant, dans lequel la flûte allemande parait en solo. Et que dire de la fougue prodigieuse et grandiose du final du Benedictus (1695), de ce chœur : Deus, canticum norum cantabo si rempli de péripéties suggestives, avec l'alternance des chœurs et la mélodie prenante

et à vent], les œuvres suivantes : Ballet de la Jeunesse (1686), Ballet de Flore (1689|, V Amour fléchi par la constance, pastorale (1689), Adonis. Mijrtil, sérénade (1699), la Noce de village (1700), Ballet de la Paix (17i3|, Ballet de l'Inconnu et Ballet des Folies de Gardénia (1720).

3. Ce Discours, que nous indiquons comme source d'informations sur Lalande, serait, d'après Titon du Tillet, de Tanncvot.

4. Cette leUre, adressée à Tanncvot, est du 28 septembre 1728.

5. H. (Juittard, IteLHie d'histoire et de critique musicales, 1902, et Benry du Mont, p. 210 et suiv.

de l'alto solo (III« livre), avec les vocalises de jubila- 1 tonale, et de l'opposition des tonalités choisies par tion qui jaillissent à toutes les parties? Lalandepos- lui, jaillissent les effets les plus dramatiques. Sa sède au suprême degré, le sentiment de l'expression | musicalité s'affirme très supérieure à celle do Lulli.

Solo.

lie.us Violons. Tacent.

cau-tLcum

no-vuin CanUa-bo.oan

.ta

bo, can

rn;', r r

> Il ^

fe-ff — ^ f ^ f Y f

?=ft^^

f' rrr

ij-vj

-ta

ri .'r

- bo,cau -^ Il

ta .^-

bo fi

^ Ctr

niSTnjRE DE LA MUSIQUE XV II" ET XVI 11^ SIÈCLES. — FRANCE 1^M

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAfRE DU CONSERVATOIRE

Sans doute, il doit Ijeaucoup à l'Italie; il avait acquis, selon Bi'ossard, une importante collection d'œuvres italiennes appartenant au curé de Saint- André des Arcs;au';si, son écriture vocale se montret-elle moins syllabique et plus ornée que celle de ses prédécesseurs; il écrit pour les voix de façon un peu instrumentale. M.Quittard a signalé les ressemblances qui rapprochent le début du De Profundis d'un air de Carissimi. L'aisance des basses continues rappelle aussi beaucoup le style italien; elles dialoguent vraiment avec les voix et les violons.

En résumé, Lalande se révèle grand artiste, musicien sincère et habile, aussi expert à manier les voix que les instruments. Sa réputation, qui se prolongea pendant la plus grande partie du xviii» siècle, eut des échos à l'étranger, et notamment en Allemagne'.

De ses contemporains, Lallouelte, Dernier et Gampra produisirent aussi des Motets dignes de retenir notre attention.

Jean-François Lallouette-, né vers i6o3, d'après Titon du Tillet, apprit la musique à la maîtrise de Sainl- Eustache, et fut élève de LuUi, qui le fit travailler à quelques fragments de ses opéras, tant et si bien que \e Mercure galant de janvier 1677, relatant l'exécution d'un Divertissement de notre auteur, ne manque pas de signaler les rapports que sa musique présente avec celle de son maître. Lallouette laissait même à entendre que les meilleurs morceaux d'isis lui reve-

1. C'est ainsi que l'auteur des Gedanken ûber die welscken Tonkùnstler, en désignant (p. 7) quelques hommes de France qui dominent les Italiens, cite Lalande, à cause de ses Messes, de son Miserere et de ses Leçons de 2'ènèbres.

2. Voir Titon du Tillet, Parnasse français, p. 628 {ccxtiii). — Mercure galant, janvier 1677, p. 26, octobre 1685, novembre 1708 et septembre 1728. — Collette cl Bourdon, Histoire de la Maîtrise de

naient en propre, de sorte que le Florentin le congédia. Après la mort de LuUi, Lallouette s'adonna surtout à la musique d'église, et, après avoir tenu l'emploi de maître de musique de la cathédrale de Rouen, il fut nommé maître de musique de Saint- Germain-l'Auxerrois, puis de ^fotre-Dame. Il mourut à Paris, le 31 août 1728.

On a de lui deux Livres de Motets, le premier portant la date de 1726, et le second la date de 1730. Le Psalme Miserere à grand chœur et l'Hymne Veni Creator à trois voix et basse continue (liv. Il) furent exécutés au Concert spirituel. Les motets de Lallouette sont des œuvres qui reflètent l'imitation de Lalande, et dont quelques pages bien venues n'atténuent pas suffisamment l'emphase et la vaine grandiloquence. D'après Lecerf de la Viéville, Lallouette, qui avait une exactitude de « composition et une beauté de génie particulières », ne savait pas le latin et était fort paresseux ^

Nicolas Dernier', né à Mantes le 28 juin 1664, mort à Paris le 5 septembre 1734, maître de musique de la cathédrale de Chartres (1694), puis (1698) maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois, fit chanter, en 1700, un Te Deum devant le roi à Fontainebleau. Le 3 avril 1704, il succédait à Charpentier à la Sainte Chapelle et devint, en 1723, un des quatre sous-maîtres de la chapelle du roi. Il a laissé trois Livres de Motets à une, deux et trois voix avec et sans symphonie,

Itouen, 1892. — A. Pougio, l'Orchestre de Lully (Ménestrel, 23 février 1896, p. 59.)

Page 1