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Recounaissaiicc du i-ùle social de la musique

La musique a tenu une si grande place dans les événements de la période révolutionnaire, qu'on a pu appeler la Révolution française « un drame lyrique, poème de M.-J. Chénier, musique de Gossec, décors de David ».

Par le rôle social qu'elle peut avoir dans une république, par son action puissante et entraînante sur les niasses, la musique est en effet le plus utile des arts. Dés le premier effort du peuple français vers la liberté, cela apparut aux hommes de pensée et d'action, dont l'influence devait être prépondérante, après 1789.

En 17^0, Mirabeau, puis Condorcet, donnent place

à la musique dans leurs plans d'instruction publique Car, dit Leclerc, représentant de Maine-et-Loire, dans un rapport sur les écoles de musique au conseil des Cinq-Cents, les philosophes avaient vu, aux travaux du champ de Mars, pour la fête de la Fédération, « le degré d'exaltation que des chants d'allégresse et des concerts populaires peuvent donner aux mouvements de la liberté ». Et cela justifiait, ajoute-t-il, « leur innovation en faveur d'un art qu'on regardait auparavant comme frivole, et qui n'aurait pas, en effet, mérité d'autre nom, s'il n'eût exercé, aux gages de la tyrannie et du fanatisme, une inlluence d'autant plus pernicieuse qu'elle était moins aperçue ».

Après Mirabeau et Condorcet, Daunou définit l'u- . tilité sociale de la musique. 11 écrivit, dans un rapport sur l'instruction publique : « ... On est frappé.

IIISTOinE DE LA MrSIQUE

011 lisant les anciens pliilosoplies, de l'immense place qu'ils accordaient à la musique dans leurs écrits et dans leurs institutions... Il nous a suffi de commencer de vivre sous des lois républicaines pour sentir la profondeur de cette sagesse antique et pour entrevoir la nécessité de nous en appliquer les lerons. L'expérience a àv\k pu nous apprendre ce qu'il peut pour la lilierté, cet art qui, plus qu'aucun autre, captive la pensée, fanatise l'imagination, t'ait bouillonner les passions humaines, imprime à des mulliludes des alfections simultanément unanimes, et met, pour ainsi dire, en accord d'innombrables volontés... »

Ainsi soutenus, les jeunes musiciens qui, en 1789, naissaient à la vie musicale, et même les meilleurs parmi leurs aînés, marchèrent dans une voie nouvelle. Ils ne pratiquèrent pas la musique seulementen artistes, mais en citoyens. La musique devint un art éminemment social. Avant 1789, l'ontenelle avait pu lancer son fameu.ï « Sonate, que me veux-tu'? » Après 1815, Benjamin Constant pourra renouveler le mot de Fontenellc, en qualifiant de « Sonate sur le despotisme » un ouvrage de Mole, où « ce sont des mots qui tantôt n'ont aucun sens, tantôt n'en ont qu'un vague, comme le motif d'une sonate )>. Aujourd'hui, même en dehors du cercle des musiciens, peut se répandre cette conception de l'art musical, qu'affranchie de paroles ou d'idées qui la précisent, la musique constitue un art perfectionné, ajant le privilège merveilleux de permettre à chaque auditeur d'éprouver une impression qui lui est propre, et qui convient aux dispositions du moment. Mais, au temps de la Hévolution, la musique ne vaut que par la faculté qu'elle possède de faire éprouver à une foule une même impression; d'imprimer, suivant la parole de Daunou, à des multitudes des alîections simultanément unanimes, et de mettre en accord d'innombrables volontés. Cette conception de l'art, considéré comme moyen de gouvernement, n'aura pas seulemenlcorame résultat de réunir les gouvernants et les musiciens pour que le rôle social de la musique soit rempli, mais elle suscitera des œuvres réclamant des moyens d'expression nombreux, des masses de voix et d'instruments, qui feront apparaître la nécessité d'organiser en France l'éducation musicale.

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