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BERNARD SARRETTE LA FONDATION DU CONSERVATOIRE

Bernard Sarrette est né à Bordeaux le 27 novembre 1765. Par son acte de naissance, on sait que son père était cordonnier; mais tout ce qui concerne son enfance et son éducation demeure ignoré. Un document antérieur à la Révolution prouve qu'à l'âge de 24 ans il était à Paris et prenait part aux manifestations organisées par les citoyens dévoués aux idées nouvelles; son nom figure parmi ceux des signataires d'une adresse transmise, le 26 juin 1789, à l'Assemblée constituante, afin de remercier les représentants du clergé et de la noblesse qui avaient annoncé leur volonté de '< confondre l'intérêt particulier dans l'intérêt général pour le bonheur de tous »

lllSTOIIiE DE LA MIJSIQIE

XVIII" ET XIX'= SIÈCLES

FRANCE 1.1f.7

A partir du 13 juillet 1780, veille de la Uévolulion, où l'ut organisée, en face des Iroiipes étranj^ères appelées par la cour, la milice bourgeoise d'où allait sortir la garde nationale, le rôle de Sarretle peut être suivi avec précision, l/asscmblée des électeurs avait nommé le commandant général La Fayette et les états-majors, et laissé à chaque district la charge de nommer les officiers et sous -officiers de la milice du district. Choisi par ses concitoyens, Sarretto rassemble au district des Filles .Saint-Thomas, où il habite, cenl cinquante soldats de diiïérents régiments; le lendemain, il les arme, puis le district le charge, comme capitaine, du détail et du commandement de ces troupes, auxquelles il l'ait faire le service des caisses publiques. Quelques jours plus tard, pour ne point laisser se disperser des artistes d'élite, et en prévision de leur nécessité qu'il entrevoit prochaine, il réunit au district les musiciens et les élèves du dépôt des gardes françaises. Désormais Sarrette appartient à la musique.

Dans le tumulte révolutionnaire qui bouleversa toutes les organisations après le serment du Jeu de Paume et la prise de la Bastille, on ne s'était point inquiété de ces musiciens du corps des gardes françaises. Les Parisiens cependant avaient' marqué leur prédilection pour ces artistes, en suivant assidûment les concerts qui, depuis la guerre de Sept ans, k l'imitation d'une coutume allemande, étaient donnés dans les endroits publics. Mais la fièvre guerrière avait gagné les âmes les plus douces; le bruit rythmé des tambours semblait la seule musique nécessaire au peuple en marche vers la liberté; on ne pensait pas que l'enthousiasme de la foule victorieuse allait bientôt déborder des églises, où l'orgue et l'orchestre de l'Opéra suffisaient à soutenir les chants, pour s'affirmer dans des cérémonies en plein air, où il serait nécessaire de recourir à un orchestre assez nombreux et à une sonorité assez puissante pour accompagner la voix de Paris. Guidé par un zèle civique prévoyant encore plus que par le souci artistique d'éviter leur dipersemenl, Sarrette, membre du comité du district des Filles Saint-Thomas, recueillit les quarante-cinq musiciens et élèves du dépôt des gardes françaises. Il veilla à leur subsistance et les prépara à participer aux premières manifestations populaires de la rue, comme le retour ii Paris de la députation des femmes et des filles d'artistes venues à Versailles, le 7 septembre 1789, pour offrir à l'Assemblée nationale, délibérant alors sur les moyens d'acquitter la dette publique, les bijoux ■ qu'elles rougissaient de porter quand le patriotisme leur en commandait le sacrifice »; ou comme la réception triomphale de Louis XVI, le 6 octobre, arraché à Versailles par les femmes de Paris.

En reconnaissance des services rendus, le district des Filles Saint-Thomas avait voté à Sarretle une épée; mais la situation de ses musiciens n'en restait pas moins irrégulière. Deux mois après la prise de la Bastille, le 1"' septembre 1789, le grade de capitaine, donné par ses concitoyens du district, lui avait été maintenu en passant dans la garde soldée; mais il lui fallut attendre plus d'une année, jusqu'en octobre 1790, pour que fût régularisée la situation officielle des musiciens, dont le logement, la nourriture, l'entretien, étaient restés à sa charge.

Leur participation ii toutes les fêtes et cérémonies qui suivirent la prise de la Bastille, et qui furent couronnées par les jours d'enthousiasme de la Fédération, où ils apparurent véritablement comme l'or-

chestre du peuple, méritait cependant la sollicitude pour eux et l'encouragement pour l'officior-citoyen qui s'était vaillamment improvisé leur chef. On fut longtemps à le comprendre, car personne ne prévoyait alors ce que la grande intelligence de Sarrette, sa ferme volonté, son ardent dévouement à l'art civique, allaient faire naître de ce noyau de musiciens.

En octobre 1790, quelques jours après la célébration de la cérémonie funèbre en l'honneur des citoyens morts à Nancy, la musique de la garde nationale, jusqu'ici abandonnée à la vigilance de Sarrette, était installée, par la municipalité de Paiis, dajis une maison sise rue Saint-Joseph, numéro 11. Sarrette voyait ainsi reconnaître officiellement le corps de musiciens dont il s'était fait l'organisateur, au temps où la nécessité d'un orchestre pour le peuple n'était pas encore comprise. Par la participation de plus en plus active de ses musiciens aux manifestations de la rue, puis à la fête de la Fédération, et surtout à la cérémonie funèbre du 20 septemljre 1790, où ils avaient exécuté la Marche lin/iibrc composée par Gossec pour la circonstance, Sarrette avait montré qu'il ne s'était pas trompé dans son pressentiment d'un enthousiasme assez grandissant pour instituer l'habitude des fêtes civiques, et donné la preuve qu'il avait su admirablement préparer l'orchestre qui convenait pour leur célébration en plein air. Aussi, dés le t" octobre, mettant en exécution la délibération que son bureau avait prise au mois de mai 1790, de veiller « à l'entretien futur de la musique de la garde nationale >■, la municipalité de Paris donnait à Sarrette les moyens de pourvoir à la subsistance des musiciens, de continuer l'exemple donné aux composileurs, désormais préoccupés des émotions nationales, et de poursuivre l'elibrt artistique qui, un an plus tard, le 17 octobre 1791, devait aboutir à la mise en discussion, devant le corps municipal, de son projet d'établir une école pour fournir des sujets à toute l'armée et assurer le service artistique des fêtes nationales. En 1790, il était encore trop tût pour que Sarrette pût tenter la réalisation de ce projet, d'où VKrolc (le la garde nationale devait naître en 1792, puis Vliisttiiit niilionalde musique en 1793, enfin le CunxiTiiitjiii'c (Ir musique en 1793. Mais, après les circonstances solennelles qui réunirent le peuple au cours de l'année 1793, et où les musiciens de la garde natioiiale eurent un rôle prépondérant, le succès s'affirma avec certitude.

En possession de la maison louée par la municipalité de Paris pour les musiciens de la garde nationale, Sarrette se voua au développement et au perfectionnement de son œuvre avec une ardeur nouvelle. Des instruments nouveaux, le tuba corva, le buccin, reconstitués d'après les représentations de la colonne Trajane à Rome, s'ajoutèrent aux clarinettes, bassons et cors qui formaient la base de l'orchestre d'instruments à vent au xvni= siècle, et aux autres instruments à vent dont, jusqu'à cette époque, l'emploi n'était pas habituel dans cette forme d'orchestre, les hautbois, flûtes, petites flûtes, trompettes, tambours, serpents. Le tam-tam apparut, devançant le canon. Rien ne fut négligé pour assurer la bonne exécution des hymnes composés d'abord par Gossec, puis par ses émules, à l'occasion des fêtes. Le peuple souverain eut désormais sa musique, comme le roi avait eu la sienne.

Malgré l'activité déployée au cours de l'année 1791 par les musiciens de Sarretle, malgré leur partiel-

pation très remarquée aux funérailles de Mirabeau, le 4 avril 1791, qui niarquenl la dernière manifestation religieuse des cérémonies de la Révolution, puis à la translation de Voltaire au Panthéon, le 11 juillet, et à la fête du 18 septembre en l'honneur de l'achèvement de la Constitution, la loi, promulguée en octobre 1791, qui organisait la garde nationale comprit Sarrette parmi les officiers ayant droit à la retraite, mais aucun article ne régla la situation des musiciens de la garde nationale. Sarrette et ses artistes ne se laissèrent point aller au découragement. Ils continuèrent à prêter leur concours à des concerts organisés au lycée des Arts et aux fêtes célébrées dans la première moitié de l'année 1792.

Ce zélé persévérant attira sur eux l'intérêt bienveillant de la municipalité, et le projet de fondation d'une école, que Sarrette n'avait jamais désespéré de voir triompher, put enfin être réalisé. Le 0 juin 1792, le conseil général de la commune de Paris décréta linsLallalion, dans la maison de la rue Saint-Joseph, d'une « Ecole de musique de la garde nationale », gratuitement ouverte à cent vingt élèves et destinée à faire le service de la garde nationale et des fêtes publiques.

Pour la première fois, fonctionnait en France une école populaire de musique; pour la première fois, l'enseignement donné ne concernait point la musique d'église, comme dans les maîtrises de cathédrale, ni la musique de théâtre, comme à l'Ecole royale de chant. Au peuple qui avait conquis la liberté et célébré la fraternité, Sarrette apportait l'organisme nécessaire aux manifestations artistiques inspirées par ses enthousiasmes. Il avait lutté pour le créer, il sut renverser tous les obstacles dressés contre son développement, et lui mériler, après les sympathies de la [municipalité, celles du gouvernement national. Fort des services rendus, de juin 1792 à novembre 1793, par les professeurs et les élèves de l'école, à l'occasion des fêtes, particulièrement de la grande fête du 20 août 1793, à laquelle avaient le plus activement collaboré, avec le peintre David et le poète M.-J. Chénier, Gossec, mallrede musique, et Sarrette, commandant de l'école; et, en outre, ayant prouvé l'utilité de son effort par la formation d'un corps de musique pour l'armée de l'Ouest, Sarrette vint, le 8 novembre 1793, à la Convention, accompagné de tous ses musiciens et d'une députation de la commune de Paris. Il lut une pétition demandant le concours de la Convention et le changement de « l'Ecole de musique de la garde nationale » en (c Institut national de musique ». Une audition des professeurs el des élèves suivit; enfin Chénier, changeant en motion la demande du pétitionnaire, et obtenant un vote immédiat, fit décréter « la formation d'un Institut national de musique dans la commune de Paris et

1. Nous reproduisons ici les principales dispositions de la loi de 16 thermidor an III — 3 août 1795 — portant établissement du Conservatoire de musique. Elles précisent nettement ce que fut l'institution

I. — Le Conservatoire de musique est établi pour exécuter et enseifjner la musique. Il est composé do 115 artistes.

II. — Sous le rapport d'es'ciitiun. il est employé à célébrer les fêtes nationales; iious le rapport d enseujnement. il est chargé de former les élèves dans toutes les parties de l'art musical.

III. — COO élèves des deux sexes reçoivent gratuitement l'instruction dans le Conservatoire. Ils sont choisis proportionnellement dans tous les départements.

IV. — La surveillance d;ms toutes les parties de l'enseignement et de l'exécution dans li'S fêtes pub/ii/ms est coiiliée a 5 inspecteurs de l'enseignement, choisis parmi les conipo^ilcurs.

V. — Les cinq iuspcctcurs sout nommés par l'Institut national des sciences et arts.

le renvoi au comité d'instruction publique du projet d'organisation de cet établissement ».

Jusqu'au mois de mars 179't, des mesures provisoires réglèrent le fonctionnement de l'Institut. A celte époque, Sarrette fut arrêté.

.Mêlé au.\ mouvements politiques par sa participation aux réunions du Comité de surveillance de la section Brutus, il fut dénoncé à la fois comme ennemi des nobles et comme favorisant les intrigues des aristocrates. Le malentendu se prolongea pendant plus d'une année, jusqu'au mois de mai 179o, oii sa mise en liberté, après une succession d'arrestations et d'élargissements, devint définitive.

Malgré ces entraves apportées aux travaux qu'il multipliait pour assurer la vitalité de son œuvre, Sarrette put maintenir l'institution, que ne soutenait encore aucune organisation officielle. Il réussit même à lui fournir les ressources nécessaires à son développement par la très heureuse création du « Magasin de musique à l'usage des fêtes nationales ». Les compositeurs, devenus leur propre éditeur, et unis par le dévouement à la propagation de leur idéal artistique commun, publièrent en livraison des œuvres écrites pour les fêtes nationales; puis, sous forme de périodique, des recueils de chants civiques, avec orchestre réduit, destinés à la province et à l'armée. Tant de ténacité obtint que la Convention reconnut enfin, suivant l'expression du rapporteur, que « l'on avait mis quelque négligence à fonder d'une manière positive cette institution », et que le temps était venu de se préoccuper de l'adoption du projet d'organisation depuis longtemps proposé.

Au lendemain d'un concert donné au théâtre de la rue Feydeau pour l'exercice annuel des élèves, le poète M.-J. Chénier présenta à la Convention, au nom des comités de l'Instruction publique et des Finances, un rapport sur l'organisation définitive de l'Institut. Ue vit's applaudissements accueillirent son discours, où l'etfort de Sarrette et de ses collaborateurs était célébré avec une éloquence convaincue. L'effet fut décisif, et, le 3 aoilt 1795, la Convention promulgua la loi organisant l'établissement créé en 1793 sous le nom d'Institut national de musique, et lui donnant désormais le nom de Conservatoire de musique. Par une lettre de Sarrette adressée, en 1842, à M. Taillandier, et conservée dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale, on sait la raison de ce changement de nom : Daunou avait demandé de renoncer au mot institut, i< dont il avait besoin pour Vlnstitut national des Sciences el des Arts »; et, sentant l'importance de la demande, Sarrette avait prié Chénier, avant la discussion, de « remplacer le mot Institut par celui de Conservatoire, comme indiquant justement le but de cet établissement' ».

Le but de Sarrette était atteint. Toutefois, des dif-

XV. — Le Conservatoire fournit tous les jours un corps de musiciens pour le service de la garde nationale près le Corps législatif.

La loi stipulait ainsi la « formation » :

Enseignement. — Professeurs de solfètce, 14; clarinelte, 19; llûle, 6; hautbois, 4; basson. 12; cor, li; trompette, i; trombone, 1; serpent, 4; buccins et tub;B corvae, 1 ; timbaliei-, 1 ; violon. 8 ; basse. 4 ; contrebasse, 1 ; clavecin, C; orgue, 1 ; vocalisaKion, 3; cluuil simple, 4; chant déclamé, 2; accompagnement, 3; composition, 7.

Total : 115.

Exécution. — Compositeurs dirigeant l'exéculion, 5 ; chef d'orchestre exécutant, 1; clarinettes, 30; flûtes, 10; cors, li; bassons, 18; serpents, 8; trombones. 3; trompettes, 4; tubœ corvu?, 2; buccins, 2; timbaliers, 2; cynibaliors. î\ tiimbours turcs, 2; triangles, 2; grosses caisses, 2; non-eifculauls employés à diriger les élèves chantant ou exécutant dans les fêles publiques, 10.

Total ; 113.

IlISTOinE DE LA MUSIQUE

XVIIIe ET XIX" SIÈCLES.

FRANCE

ficultés matérielles retardèrent l'ouverture de l'établissement pendant plus d'un an. Ce n'est que le 1""' brumaire an V ^ — 22 octobre 1796 — que toutes les questions concernant l'installation dans les bâtiments de l'Hûtel des Menus Plaisirs furent complètement réglées, et que la cérémonie d'ouverture put être faite, en présence du ministre de l'intérieur, d'un délégué de l'Instilut national des Sciences et des Arts et des divers personnages officiels.

Sarretle y prononça un discours dont il n'est pas inutile de rappeler le passage consacré aux instruments à vent, car il explique la très grande part faite à l'enseignement et à la pratique de ces instruments, dans l'organisation des fondateurs du Conservatoire :

... Les nouvelles institutions du Gouvernement républicain dans l'instruction publique font un devoir au Conservatoire do diriger ses soins vers la perfection et la multiplicité des instrument* k vent. En effet, la célébration des fiUes nationales devant se faire en plein air, ne laisse aucun doute sur l'importante utilité de ces instruments : on sait que leur volume do son et la résistance qu'ils opposent à l'intempérie de l'air ne permettent aucune espiîce de comparaison avec ceux à cordes. Chargés du service des fêtes publiques, les instruments k vent ont une nouvelle carrière à parcourir ; alors, prenant la place des violons et des basses, soit dans les symphonies, soit dans l'accompagnement des hymnes, leur partie devient entièrement principale. Ce nouvel emploi, et la nécessité de propager et d'étendre les moyens de ces instruments, réclament impérieusement un système d'enseignement beaucoup plus étendu que celui qui jusqu'ici fut pratiqué par les écoles de musique militaire. Mais, quel que soit le mode d'enseignement adopté pour cette partie, il est deux paissants moyens qui doivent être employés pour muUiplier les grands artistes que la nation possède dans ce genre : le premier, c'est de donner aux instruments à vent, arrivés à un certain degré de perfection, la pratique d'un instrument à cordes afin que l'élève, introduit dans l'exécution des bons ouvrages k cette partie, puisse y prendre le sentiment de la bonne musique, et devenir lecteur à force d'occasions de lire; le second, d'inviter les harmonistes à écrire plus souvent qu'ils ne l'ont fait pour cette utile portion de leur art...

Le Conservatoire de musique fondé et son fonctionnement organisé , Sarrelte voulut céder la place aux musiciens de profession. Mais ceux-ci comprirent de quelle force ils seraient privés, si l'homme d'énergie toute-puissante qui, d'une petite phalanpe de musiciens militaires, avait fait la plus grande école de musique de l'Europe, venait à leur manquer, (jrétry, Gossec, Cherubini, MéhuI et Lesueur, les cinq inspecteurs de l'enseignement, demandèrent à la Convention que Sarrelte fût placé à la tète de l'établissement dont il avait été le premier à concevoir le projet et le plus ardent à vouloir la réalisation. Sarrette fut nommé commissaire du gouvernement; puis, sous le Directoire, ce titre l'ut changé en celui de directeur, qui fut maintenu sous l'Empire.

X mesure que s'affirma le retour vers les usages el les idées du passé, Sarrette et ses collaborateurs (lurent s'éloigner de la tradition artistique féconde qu'ils avaient instituée, en voulant mettre l'art en communion avec le peuple, et se borner à des progrès ne concernant que l'enseignement, tels que la publication de méthodes, la création de classes de déclamation, d'un pensionnat pour les élèves de chant, (l'une bibliothèque, d'une salle de concert. Ils eurent aussi à se défendre contre de violentes altaques suscil('es par ceux qui voulaient le rétablissement des anciennes maîtrises dans les cathédrales, et dont les intrigues parvinrent à briser les liens d'amitié qui, jusque-là, avaient uni Lesueur à Sarretle, mais ne purent rien pour détacher du Conservatoire et de son organisateur Gossec, Cherubini, Méhiil, Catel. Il reste acquis à la mémoire de Sarrette qu'il s'elTorça

de réagir contre l'abandon de la tradition. La meilleure preuve en fut donnée lorsqu'il refusa d'adjoindre à la direction du Conservatoire et à la direction des fêtes nationales, dont il avait réclamé la réunion, celle de l'Opéra, qu'on jugeait utile et logique di; lui confier. Cetle fidélité au passé lui valut d'èlrc chassé du Conservatoire, lorsque les Bourbons restaurèrent la monarchie, et poussèrent la haine des œuvres nées de la Hévolution jusqu'à ell'acer le titre « Conservatoire » pour le remplacer par l'ancienne appellation « Hcole royale de musique ».

Le 28 décembre 181i, quelques jours après sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur, l'abbé de Montesquiou lui avait transmis l'avis de sa destitution. Sarrette se retira dans un coin de Paris, où il prit l'habitude d'être oublié. Après 1830, le gouvernement lui offrit de reprendre la direction du Conservatoire, qui avait cessé de s'appeler Ecole royale de musique. Mais la direction était aux mains de son ami Cherubini, et Sarrette ne voulut pas qu'elle en sortit. Il demeura dans sa retraite. Dix ans plus tard, en 1840, d'anciens élèves se souvinrent de lui et organisèrent un banquet en son honneur. Il y prit place en face de Cherubini, et rappela qu'il avait eu « le bonheur de le retenir en France dans des temps difficiles ». Berton, Adam, Habeneck, Tulou, Vogt, Dauprat, Dourlen, Halévy, Panseron, Leborne, Ponchard, Samson, de la Comédie française, "Zimmerman, Henry Lemoine, Léonard, pour ne citer que les plus célèbres, étaient groupés autour de lui. Après les toasts, l'acteur Samson improvisa quelques vers, qui restent comme un témoignage de l'atl'ection qu'avaient pour Sarrette tous ceux qui s'étaient approchés de lui :

De celui qui fonda notre Conservatoire

Dans ce banquet heureux nous célébrons la gloire.

Il revoit ses enfants qui sont un peu barbons;

Les cheveux ont blanchi; toujours jeunes et bons,

Les cœurs n'ont pas changé. Dans ce moment prospère

Nous nous sentons enfants, en voyant notre père.

Dix-huit ans après ce banquet, en 18j8, le gouvernement prit la décision de placer le buste de Sarrette dans une des salles du Conservatoire. Quelques jours plus tard, le il avril 18o8, âgé de 93 ans, Sarrette mourut. Les obsèques furent solennelles, et des discours émus furent prononcés à l'inhuinalion, au cimetière Montmartre. Puis le silence se lit. On ne se souvint pas que Sarrette avait laissé un lils dont la piété filiale obtint qu'après 32 ans, en 1890, ime rue de Paris prit le nom du fondateur du Conservatoire. On la choisit au Petit-Montrouge, très loin du quartier des musiciens, où sainte Cécile a sa rue, et où Bernard Sarrette est oublié.

GOSSEC LES FÊTES DE LA PREP/llÈRE RÉPUBLIQUE

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