‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 256 sur 364 · REFRAIN · texte numérisé non relu

REFRAIN

^n \' D r- fil r ^-^-44iii -M-X) .fi- ni r ^ j

ar . me

s.Ci.toy-ens!

For.mez vos Ba. taillons

Mar .

!lil«L

-; 1 ^ qi

Tl ) f:

-zr-

^^LJT-d

=bi

U^ pn

-^ — kf

-ti«r

-Si^

U UJ

'.NCyr.LOPEDIE DE LA MUSIOVE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE

Avec l'année 1793 commença l'agilalion révolutionnaire tumultueuse et sanglante. Louis XVI est exécuté, Marat assassiné, la France en guerre avec l'Europe; la Vendée se soulève, une nouvelle constitution est promulguée au mois de juin. Le 14 juillet passe sans qu'on le commémore. Mais, pour l'anniversaire du 10 août, une fête grandiose se prépare. Elle n'avait pas seulement pour but de rappeler la date qui marquait la chute du pouvoir royal, mais de proclamer la nouvelle constitution et son acceptation par le peuple. En cette journée du 10 août 1793, on s'arrache au souvenir des événements tragiques, et par toute la France, dans toutes les assemblées primaires, célébrant à la même heure la " fêle de l'Union, de l'Unité et de l'Indivisibilité françaises », règne un immense espoir d'apaisement et de fraternité. A Strabourg, dans le milieu de patriotisme exubérant où la Marseillaise est née, Ignace Pleyel a composé la Rciolulion du 10 août, ou le Toscin allégorique, dont l'exécution réunit un chœur immense et un orchestre auquel s'ajoutent sept cloches réquisi-

tionnées dans les églises, des tambours, trompettes, fifres et du canon. A Paris, le peintre David a tracé le plan de la cérémonie. Gossec a écrit quatre œuvres, pour chœur de voix d'hommes et de femmes, avec accompagnement d'instruments à vent : Hymne à la liberté, dit ensuite Hymne à la nature, dit ensuite Hymne à l'égalité. Quel peuple immense, et Hymne à la statue de la liberté, dit ensuite Hymne à la liberté. La première de ces œuvres est développée; elle comporte trois parties avec une introduction instrumentale, et elle l'esté l'une des plus belles et des plus intéressantes productions musicales de la période (*). La fête elle-même fut la plus émouvante des cérémonies instituées par les hommes de la Révolution. Rien de ce qui peut mettre aux prises les diverses opinions politiques ou religieuses ne s'y trouva mêlé. En d'autres fêtes, la part de la musique sera plus grande et donnera lieu à des manifestations d'art plus complètes, mais jamais la même unanimité dans l'enthousiasme ne sera retrouvée.

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

XVIIl^ ET XIX'= SIÈCLES. — FRANCE

Par des citations caractéristiques de documents contemporains, nous avons essayé do montrer comment les premières manifestations de la rue, où la musique tient peu de place, créèrent peu à peu l'habitude des fêtes, où, de plus en plus, la musique sera agissante. Il faut aussi connaître, dans ses détails, exprimés par le style du temps, la fête du 10 août 1793, dont le président de la Convention, Hérault de Séchelles, dans son discours au pied de la fontaine de la « Régénération », put diie qu'elle était « le jour le plus beau qu'ait éclairé le soleil depuis qu'il est suspendu dans l'immensité de l'espace ».

Le récit qu'on en trouve dans les Tableaux de la Rciolnluin n'est que <i la transposition au passé du programme qui avait été rédigé par David ».

Les Français réunis pour célébrer la fùtc de l'Unité et de l'Indivisihilité se sont levés avant l'aurore; la scène touchante de leur réunion a été éclairée par le premier rayon de soleil; cet astre bienfaisant, dont la lumière s'étend sur tout l'univers, a été pour eux le symbole de la vérité, à laquelle ils ont adressé des louanges et des hymnes.

PREMiiîRE STATION. — Le rassemblement s'est fait sur l'emplacement de la Bastille : au milieu de ces décombres on a vu s'élever la fontaine de la Réginéralion, représentée par la Sature. De ses fécondes mamelles, qu'elle a pressées de ses mains, a jailli avec abondance l'eau pure et salutaire dont ont bu, tour à tour, quatre-vingt-six commissaires, envoyés des assemblées primaires, c'est-à-dire un par département; le plus ancien d'âge a eu la préférence; une même coupe a servi pour tous...

Le cortège a dirigé sa marche par les boulevards. En tète étaient les sociétés populaires réunies en masse... Le second groupe a été formé par la Convention nationale marchant en corps... Le troisième groupe était formé par toute la masse respectable du souverain. Ici tout s'éclipse, tout se confond en présence des assemblées primaires; ici, il n'y a plus de corporation, tous les individus de la société ont été indistinctement confondus, quoique caractérisés par leurs marques distinctives : ainsi l'on a vu le président du conseil exécutif provisoire sur la même ligne que le forgeron ; le maire avec son écharpe k côté du bûcheron et du maçon; le juge, dans son costume et son chapeau k plume, auprès du tisserand ou du cordonnier; le noir africain, qui ne diffère que par la couleur, a marché à côté du blanc européen; les intéressants élèves de l'institution des aveugles, traînés sur un plateau roulant, ont offert le spectacle touchant du malheur honoré... Enfin, parmi cette nombreuse et industrieuse famille, on a remarqué surtout un char vraiment triomphal, qu'a formé une simple charrue sur laquelle étaient assis un vieillard et sa vieille épouse, traînés par leurs propres enfants : exemple louchant de piété filiale et de vénération pour la vieillesse... Un groupe militaire a succédé à celui-ci; il conduisait en triomphe un char contenant une urne dépositaire des cendres des héros morts glorieusement pour la patrie...

Sbconde station. — Le cortège, étant arrivé dans cet ordre au boulevard Poissonnière, a rencontré sous un portique un arc de triomphe des héroïnes du 5 et du 6 octobre 1789, assises, comme elles étaient alors, sur leurs canons ; les unes portaient des branches d'arbres, les autres des trophées, signes non équivoques de la victoire éclatante que ces courageuses citoyennes remportèrent sur les servîtes gardes du corps. Là, elles ont reçu des mains du président de la Convention nationale une branche de laurier; puis , faisant tourner leurs canons , elles ont suivi en ordre la marche, et, toujours dans une attitude fière, elles se sont réunies au souverain...

Troisième statios. — Sur les débris évidents de la tyrannie était élevée la statue de la Liberté, dont l'inauguration s'est faite avec snicnnit"... ,\nssitôt après, des milliers d'oiseaux rendus à la lih ri \ j -'rtm' h ii'nr cou de légères banderoles, ont pris leur voli:.;., I ! I-, et portèrent au ciel le témoignage de la liberté ! : . • . ' -y.

Qi.A,„i, ,,, -, H. .. — Elle s'est faite sur la place dos Invalides. Au ]iiiiiL-ii de l<i iilace, sur la cime d'ijiM' in ni -L-m', n été représenté en sculpture, par une figure coin s ' 1 n' r m-

çais, desesbrasvigoureuxrassemblantleliii- m niai;

l'ambitieux Fédéralisme sortant de son fahi.n , n,,i! i -. n diie main écartant les roseaux, s'efforce de l'autre ■! lu antacliL-r quelques parties; le Peuple français l'aperçoit, prend sa massue, le frappe et le fait rentrer dans ses eaux croupissantes, pour n'en sortir jamais.

Cinquième statio;». — Enfin la cinquième et dernière stnlion a eu lieu au champ de Mars. Avant d'y entrer on a rendu hommage à l'égalité par un acte authentique et nécessaire dans une république; on a passé sous ce portique dont la nature seule semblait avoir tait tous les frais ; deux termes, symboles de l'Egalité et de la Liberté, ombragés par un épais feuillage, séparés et en

face I un de l'autre, tenaient à une distance proportionnée une guirlande tricolore et teiKhie. h laquelle était suspemlne un vaste niveau, le nivtvni inii-'nal ; il plumait ■-•lu- 1^ nir.- 1,.^ i n '^ m 1, lin.-lement : orguoill'n- •.'.■: ,v ■ • . >',■ îm- ! , i t. ' , i • ■ ,; ' ',.-1 rangé autour .Ir r mi i, i , , ' |n . i i.'-i n^ i , mmi,. :. • ,11,,,nale, ayant dé|h. . , r m ,.■ n.u- ;.- ,n ir, ,i,. M-ccn-

semenldes voir (n im. un ,-, le i.iu ■]..■> li.unais

sur la Conventi-n ■! in .m nous la voûte du ciel...

Le terme di' i"i, ^ . ,, .mrs a été un banquet superbe :

le peuple, assis ii.nnn. 1, n, 1,1 sur l'herbe sous des tentes pratiquées à cet elTct au puurti.u; de l'enceinte, a consommé avec ses frères la nourriture qu'il avait apportée ; enfin il a été construit un vaste théâtre où étaient représentés par des pantomimes les principaux événements de notre Révolution.

Sur les fêtes de l'année 1793, qui suivirent la cérémonie grandiose du 10 août, influèrent les tendances politiques s'affirmant contraires avec une précision croissante, les sourdes tentatives des ennemis de la république auxquelles répondent des manifestations d'un caractère nettement révolutionnaire, la guerre toujours plus étendue avec l'Europe et avec la Vendée.

Lorsque, le 27 octobre 1793, le peuple se réunit pour l'inauguration des bustes de Le Pelletier de Saint-Fargeau, tué pour avoir voté la mort du roi, et de Marat, « martyr de la fureur despotique », la France a été « déclarée en révolution », par un décret du 28 août, et, depuis le 1" octobre, — dit 10 vendémiaire an II, — le calendrier grégorien a été aboli et remplacé par le calendrier républicain de Fabre d'Eglantine, qui ouvre une ère nouvelle, depuis le 22 septembre 1792, — dit l'^"' vendémiaire an I,— jour de la proclamation de la République. Cotte fête du 27 octobre, 6 brumaire an II, fut en quelque sorte un i< concert du peuple ». Devant l'Opéra, devenu « le temple des Arts et de la Liberté », les bustes furent couronnés. La troupe du théâtre et les musiciens de Sarrette et de Gossec interprétèrent le Chant du H juillet de Chénier et Gossec, le « serment » de la tragédie lyrique de Philidor, EnwUndc, puis l'œuvre composée pour la circonstance par Gossec, Chant patriotique pour iinawjuration des bustes de Marat et Le Pelletier, vigoureuse mélodie pour voix de baryton, qui restera au répertoire des fêtes républicaines, sous le titre de Chant en l'honneur des martyrs de la liberté.

Le Conseil général du département avait fixé au 20 brumaire an II, 10 novembre 1793, une « fête de la Liberté », dont la célébration devait avoir lieu au jardin du Palais-Royal. Gossec avait composé un nouvel hymne à la Liberté : Descends, 6 liberté, fille de la nature, dont les paroles de Chénier seules subsistent, et que les musiciens de la garde nationale exécutèrent, le 8 novembre, devant la Convention, en présentant la pétition qui demandait la création d'un Institut national de musique. Mais, trois jours avant la date fixée , le 17 brumaire, l'archevêque constitutionnel de Paris, Gobel, vi<it renoncer, devant la Convention, aux fonctions du culte et recevoir l'accolade du président, dont la réponse proclamait que « l'Être suprême ne veut pas d'autre culte que celui de la raison, et que ce sera désormais la religion nationale ». L'église Notre-.^ame allait devenir désormais le temple de la Raison. « Pour célébrer le triomphe remporté, dans cette séance de la Convention, par la raison sur les préjugés de dix-huit siècles, » le Département et la Commune décidèrent alors que la fête projetée n'aurait pas lieu au Palais-Royal, mais que, le 20 brumaire an II, la Liberté serait célébrée « devant l'image de cette divinité des Français, dans l'édifice ci-devant dit l'église métropolitaine ».

La cérémonie du 20 brumaire réunit, à dix heures

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE El DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIliE

du matin, les représentants du Département et de la Commune à Notre-Dame. Au milieu de la nef se dressait une « montagne », portant un temple grec, dédié « à la philosophie ». Au pied, sur un autel, rayonnait « le flambeau de la Vérité », symbolisant la Raison. Après une marche instrumentale, parut un cortège de femmes vêtues de blanc, qui s'éleva au sommet de la montagne, de chaque côté d'un siège de verdure sur lequel vint prendre place u la Liberté », personnifiée par l'une des interprètes de Gluck et de Méhul à l'Opéra, vêtue d'une robe blanche, d'un manteau bleu, d'un bonnet rouge. L'Hymne à la liberté, de Gossec, fut exécuté. La même cérémonie, renouvelée à la fin de la journée, réunit aux représentants du département et de la Commune ceux de la Convention.

Ainsi fut improvisée la « Fête de la Raison », dont le souvenir, confondu avec celui des mascarades qui, plus tard, animèrent les rues de la capitale de scènes burlesques antireligieuses, a été propagé par les écrivains du xix" siècle, subissant l'inlluence contre-révolutioimaire, pour discréditer et railler toutes les fêtes instituées par la première République.

Les hisloriens les plus récents ont précisé le caractère du mouvement dont la fête du 20 brumaire an II était la première manifestation retentissante à Paris.

Nullemont matr'rialiste, dit M. Aulard, le mouvement fui joyeux el supeiliciel tant que le peuple s'en mêla, pédant el stérile quand il ne fut plus entretenu que par quelques lettrés. En province, au contrain', il y eut de graves et sincères tentatives pour alHli(in. I II icli^'Hiii ancienne et établir la nouvelle. Les déesses .II' l:i It.iisnii y furent presque partout, et les témoins hostiles ne |i' lient |i.is. de belles et vertueuses jeunes tilles, apparleieiiil a IV'liie de la bourgeoisie.

Il y eut. dit M. Gabriel Monod, beaucoup de candeur parfois dans les fêtes de la Raison. Michelet rappelle que souvent les

jeunes filles des meilleures familles y représentaient la Raison ou la Liberté. Flaubert aimait à raconter qu'une de ses parentes avait figuré la Liberté dans je ne sais plus quelle ville normande. Elle portail un bonnet phrygien, avec une banderole sur laquelle était écrit : Ne me tournez pas en hcence. «

M. Mathiez, professeur d'histoire au lycée de Caen, écrit dans son Essai sur l'histoire religieuse de la Révolution, publié en 1904 :

Laissés longtemps en suspens par l'opposition des Jacobins, qui craignaient, avec Robespierre et Danton, de compromettre Ja cause de la liberté en la privant de l'appui du clergé constitutionnel, les projets de « culte civique » furent partiellement réalisés, lors des grands périls de 93 , par Chaumette, Fouché et leurs amis. Le culte de la Raison consista essentiellement en un essai désordonné, mais sincère, de propagande patriotique, par des chansons, des discours et des spectacles. Le culte de l'Etre suprême, que les contemporains ne distinguent pas, ou distinguent mal du culte de la Raison, n'en fut, à vrai dire, qu'un perfectionnement.

Enfin, contre la légende de scandale et de dévergondage, restent les documents artistiques de l'époque. Un mois après la cérémonie du 20 brumaire, une fête de la Raison fut célébrée, le 20 frimaire an II, 10 décembre 1793. Gossec a été suivi. On y exécute : de Catel, une Ouverture pour instruments à vent et une Ode patriotique, en trois parties, pour chœur de voix d'hommes, avec accompagnement d'instruments à vent; de Méhul, une Ouverture pour instrunwnts à vent et un Hymne à la Raison (*), pour trois voix d'hommes, sans accompagnement, et chœur à quatre voix mixtes avec accompagnement d'orchestre symphonique; de Uouget de Lisle, un Hi/inne à la Raison, chœur à trois voix. En province, la Raison est aussi célébrée. Boïeldieu, âgé de dix-huit ans, écrit, à Rouen, un Ckant populaire de la fête de la Raison. Les œuvres de Catel et de Méhul nous sont parvenues. Elles comptent parmi les plus intéressantes et les plus caractéristiques de la période.

Lent et religieuj TRIO.

HAUTE CONTRE

Page 1