Phrase ajoutée au progran
t du 5 décembre 1830.
<■ motifs d'espérance qu'il a conçus depuis peu, tout '( concourt à rendre à son cœur un calme inaccoutumé " et à donner à ses idées une couleur plus riante. I ■< réUéchit sur son isolement; il espère n'être bientôt «plus seul... Mais si elle le trompait! Ce mélange i< d'espoir et de crainte, ces idées de bonheur, trou- " blées par quelques noirs pressentiments, forment le " sujet de Vadar/io. A la fin, l'un des pâtres reprend le « ranz des vaches; l'autre ne répond plus... Bruit éloi- " gné du tonnerre... Solitude... Silence^. — Marche " AU SUPPLICE. Quatrième partie. Ayant acquis la certi- " tude que non seulement celle qu'il adore ne répond •■ pas à son amour, mais qu'elle est incapable de le '. comprendre, que de plus elle en est indigne^, l'ar- « tiste s'empoisonne avec de l'opium. La dose du « narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le " plonge dans un sommeil accompagné des plus hor- " ribles visions. 11 rêve qu'il a tué celle qu'il aimait, « qu'il est condamné, conduit au supplice, et qu'il " assiste à sa propre exécution. Le cortège s'avance « au son d'une marche bruyante, tantôt sombre et « farouche, tantôt brillante et solennelle, dans laquelle « un bruit sourd de pas graves succède sans transi- " tion aux éclats les plus bruyants. A la fin de la mar- " che, les quatre premières mesures de Vidée fixe '< reparaissent comme une dernière pensée d'amour « interrompue par le coup fatal. — Songe d'une nuit c< DE SABBAT. Cinquième partie. Il se voit au sabbat, au " milieu d'une troupe affreuse d'ombres, de sorciers, « de monstres de toute espèce réunis pour ses funé- « railles. Bruits étranges, gémissements, éclats de « rire, cris lointains auxquels d'autres cris semblent '< répondre. La mélodie aimée parait encore, mais elle « a perdu son caractère de noblesse et de timidité; ce n n'est plus qu'un air de danse ignoble, trivial et gro- « tesque; c'est elle qui vient au sabbat... rugissement '( de joie à son arrivée... elle se mêle à l'orgie diabo- « lique... cérémonie funèbre [parodie burlesque du « Dies irse, romle du sabbat, ronde du sabbat et Dies " irie, ensemble]. »
Le concert dut être remis d'ailleurs, et Miss Smithson, qui se trouvait pourtant à Paris, n'entendit point l'œuvre vengeresse. Il est malaisé d'imaginer avec quelle richesse d'imagination, avec quelle puissance de coloris, avec quelle fougue Berlioz a traité ces tableaux sonores. « La Fantastique, dit M. Boschot, est trop sincère pour n'avoir rien d'une humanité plus générale. Si la mode n'est plus de rêver qu'on tue celle qu'on aime, puis qu'on assiste soimême à son propre supplice et qu'on voit son âme sortir de la tombe pour danser un sabbat au son du Dies ira', du moins peut-on encore admirer avec quelle imagination, quel brillant, quel brio, un apprenti musicien de vingt-six ans, tirant presque toute son habileté de son propre fonds et n'utilisant presque aucune recette de ses professeurs ou de ses devanciers, brossait ces amusants et fantasques décors. Et dans les autres parties, quelle poésie délicieuse! Rêveries, accès de la passion dans un cœur adolescent; frémissements, angoisse, extase voluptueuse à voir passer la femme élue dans le tourbillon d'une fête... Tout cela est peint avec la jolie touche fraîche, un peu timide encore, mais si sincère, d'un génie qui se découvre à lui-même dans son propre essai, dans sa première grande œuvre. Et aussi
3. Phrase modifiée ainsi : « Ayant acquis la cerlitudc que sou amour esl méconnu, l'artiste... » (Décembre 1810.)
Consulter à ce sujet le remarquable ouvrage de S.-G. Prodhonime, Hector Berlioz.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
PÉRIODE CONTEMPORAINE. — FRANCE
quelle ingéniosité, quelle sflrelé dans les elTets, quelle adresse à échantillonner les couleurs, à les varier, à les opposer, à les faire jouer par des contrastes inattendus, piquants, par des rappels, par des rehauts, par des chocs qui font comme des effets de surprise et qui charment, qui séduisent l'imagination de l'auditeur! »
On lira avec curiosité l'analyse que Schumann a faite de la FantaMque et où, nialgi'é toute l'antipathie qu'il ressent instinctivement pour l'art étrange et parfois même si monstrueux de Berlioz, qu'il nomme un « aventurier de la musique », il laisse
percer une admiration inquiète et comme nerveuse pour l'auteur de cet ouvrage unique, de cette féerie sonore dont les auditeurs, « amusés, séduits, charmés, irrités parfois, mais toujours entraînés, laissent errer leur rêve parmi les évocations de l'enchan-
Tel est ce génie fécond, vigoureux et irrésistiblement attachant, qui demeurera l'un des créateurs les plus spontanés dont l'histoire de l'art nous offre l'exemple, et en qui l'universelle admiration a salué l'une des gloires les plus pures de la musique française.
VicTou DliDAY, Paul LOCARD, l'Jli.
PÉRIODE CONTEMPORAINE
Par Camille LE SENNE
PKKSIDENT DE l'aSSOCIATIOX DE LA CKITIQCE IIHAMATIQOE ET MUSICALE