‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 296 sur 364 · FRANÇOIS BAZIN · texte numérisé non relu

FRANÇOIS BAZIN

Le i;; mai 18t6, l'Opéra-Comique représentait un petit opéra-comique en un acte, leTrompette de M. le Prince, répété sous le titre de la Chambre, et dû à la collaboration de Mélesville et de François Bazin. Vingt-deux représentations dans l'année, avec le maintien de la pièce au répertoire pendant un assez long temps, marquèrent le favorable accueil fait au début du jeune compositeur. Lauréat de l'Institut, où il obtenait en 1839 le second prix, tandis que le premier était remporté par Charles Gounod, il avait mérité en 1840 la plus haute récompense, avait séjourné à Rome le temps réglementaire et revenait à Paris, plein d'une ambition légitime, que l'avenir devait satisfaire largement; car il connut la fortune, le succès, les honneurs.

Cependant il ne fut qu'à moitié heureux en 1847. Le goût de l'époque ne poussait point l'art vers les complications musicales; aussi on est surpris de voir reprocher à Bazin « la coquetterie pointue et maniérée de l'école actuelle » à propos de son opéra-comique représenté le 18 mai, le Malheur d'être jolie. Pour expliquer l'insuccès, il suffisait de s'en prendre à l'absurdité du livret. Le librettiste s'appelait Charles Desnoyers, alors secrétaire de l'administration du Théâtre-Français ; ce qui fit dire à un plaisant critique : i< On voudrait que cette place lui donnât plus d'occupation! » Un autre ajouta : (t Ce petit opéra... ne fera pas résonner longtemps, pour M. Bazin, la trompette de la renommée; celle de M. le Prince aura pour lui plus de retentissement. » En effet, la Malheur d'être jolie, répété sous le nom A'hoUer, ne fut joué que cinq fois.

Madelon, qui s'appelait d'abord les Barreaux Verts, fut représentée le 26 mars 1832. Grâce à quelques coupures, Madelon, que personnifiait d'abord avec beaucoup de charme et d'entrain M"'' Lefebvre, remplacée peu après, pour cause de maladie, par M"" Talmon, fut trouvée une cabarelière accorte, ayant le sourire aux lèvres et chantant de joyeux refrains; on lui fit bon accueil, et la pièce, qu'on avait jouée 4S fois la première année, dura jusqu'en 18S8, où elle atteignit sa 76° et dernière représentation.

Une seule pièce de François Bazin s'est maintenue assez longtemps au répertoire : le Voyage en Chine, joué en 1835 à l'Opéra-Comique. 11 s'agit de l'entêtement féroce de deux Bretons dont l'un refuse sa fille à l'autre, qui l'attire sur son navire, lui fait croire qu'on est en route pour Pékin tandis qu'on navigue en vue de Cherbourg, et finalement lui arrache son consentement, comme rançon de délivrance, comme prix du retour à terre. Cette fantaisie, taillée quelque peu sur le modèle du Voyage à Dieppe, était, pour Labiche et Delacour leur début de collaboration à l'Opéra-Comique. Dès le 3 mai, ils avaient lu aux artistes leur comédie, qui devait prendre rang après Fior d'Aliza. Victor Massé ayant tardé à livrer sa partition, le Voyage en Chine passa le premier et remporta dès le premier soir un éclatant succès. Le livret surtout réunit tous les suffrages : presse et public furent d'accord pour applaudir à la gaieté des situations et à l'esprit du dialogue. La musique ne déplut pas, si l'on en juge par le succès populaire qu'obtinrent les couplets des cailloux, la marche, le duo des Bretons : i< La Chine est un pays

ENCYCLOPÉDIE DE lA MUSIQUE ET niCTIONNAIHE DU COySERVATOIliE

charmant, » et le chœur du cidre de Noimandie. Peutêtre se moiitia-t-ou moins sévère qu'on ne le serait aujourd'hui; dans son compte rendu, pourtant, M. Auguste Durand qualifiait cette musique avec autant de justesse que d'esprit, en écrivant qu' « elle ne gênait aucunement la pièce ». Il laissait entendre ainsi que les mots l'emportaient sur les notes; on en eut la preuve le jour où la partition parut chez' Lemoine : par une exception flatteuse pour les librettistes, mais contraire aux usages, tout le texte parle y avait été gravé!

Une grosse part de la réussite revint d'ailleurs aux interprètes, qui, dans cette pièce, se passant de nos jours, avec des costumes modernes, trouvèrent, tous, des rôles appropriés à leur talent. Du côté des femmes, M""='' Cleo, Révilly et Camille Gontié, une débutante dont le rôle de lîerthe était la première création; du côté des hommes, Montaubry , toujours élégant chanteur; Couderc, excellent et trop tôt remplacé par Potel, le 13 janvier, à la quatorzième représentation. Prilleux, notaire prud'hommesque qui vantait si plaisamment le mérite de ses tilles, " deux bonnes natures »; enlin Sainte-Foy, de qui MM. Yveling Rambaud etE.Coulon ont pu justement dire dans leurs Théâtres en robe de chambre : « 11 faut lui rendre cette justice que, dans ces derniers temps, il a laissé de côté les traditions de la vieille école comique à laquelle il appartient de cœur, pour chercher des elfets à la manière de la génération nouvelle. L'Opéra-Gomique sans Sainte-Foy est un dîner sans vin. » Quant à Ponchard, il avait dû céder le 9 janvier le rôle du jeune Kréval à cause de la mort de son père, le vieux Ponchard, décédé à Paris le 6 janvier, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.

Interrompu seulement au mois de juin pendant le temps des vacances, le Voyage en Chine reparut, le 20 octobre, avec sa distribution originelle, sauf M"« Marie Roze, qui remplaçait M"° Gico et fut ellemême remplacée, le 2o, par M"'= Uupuy. Le souvenir de tous les artistes qui avaient concouru au succès de l'œuvre est d'ailleurs consigné dans le toast « poétique » que porta Prilleux dans le banquet oliert par les auteurs a 1 occasion de la centième représentation

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Les vœux du « poète » ne furent pas pleinement exaucés. L'ouvrage était " bien parti », malgré une indisposition de Montaubry, qui, pendant la seconde représentation, forçait d'interrompre le spectacle et de rendre l'argent, — un peu plus qu'on n'en avait reçu, comme il arrive toujours en pareil cas. Dès la quatrième, le Voijuije en Chine dépassait le chiffre de 2.000, et, les recettes se maintenant au beau fixe,

on atteignait la centième le 9 décembre 1866, c'està-dire, presque jour pour jour, un an après. Mais à partir de ce moment, l'élan se ralentit; en 1868 il s'arrêta brusquement. L'ne reprise organisée neuf ans après, en 1876, ne fournit que dix-sept soirées, el, après avoir obtenu 1.32 représentations à l'Opéra- Coniique, l'œAivre de Bazin ne fut plus jouée qu'en province et au Ghàteau-d'Eau.

Cependant il serait injuste d'oublier que l'année 1836 finit à l'Opéra-Gomique par le grand succès d'une petite pièce. Maître Pathelin, paroles de Leuven et Ferdinand Langlé, musique de Bazin (12 décembre). Tout le monde connaît la farce de maître Pathelin, ce chef-d'œuvre de la scène française au moyen âge, et son adaptation pour la Comédie française par Brueys et Palaprat. Ce qu'on sait moins, c'est que l'aventure avait fourni déjcà la matière d'un opéra-comique en deux actes, joué le 21 janvier 1792 au théâtre Montansier, l'Avocat Pathelin, paroles de Patrat, musique de Chartrain. L'ouvrage eut du succès, et poui'lant ne fut pas imprimé; peut-être les pi'éoccupations iJolilii[ues du moment contribuèrentelles à cet oulili ; ce qu'il y a de certain, c'est que le souvenir en disparut à ce point que Fétis, dans sa Biographie, ne l'a pas mentionnée parmi les œuvres dramatiques de Chartrain, lequel cependant fut loin d'en écrire un grand nombre. Plus heureuse, la partition de Bazin fut jouée et gravée; nul biographe ne l'oubliera, car elle compte parmi les plus gaies de son auteur, et elle se maintint pendant quatorze ans au répertoire de la salle Favart, où elle faillit même être reprise pour les débuts de M. Boyer, fournissant un total de 23o représentations. Maître Palhelina reparu au théàtie du Ghàteau-d'Eau, mais, hélas! sans la distribution primitive; on n'avait retrouvé ni Couderc, qui dans le rôle de Pathelin atteignait la perfection, ai Berthelier, qui devait devenir un des plus célèbres comédiens de notre temps, et qui débutait alors sous les traits d'Aignelet, déjà plein de gaieté communicative, de verve malicieuse et de fantaisie originale.

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