‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 299 sur 364 · ERNEST GUIRAUD · texte numérisé non relu

ERNEST GUIRAUD

La mort subite d'Iirnest Guiraud, survenue eu 180: dans le cabinet d'Emile Héty, le chef du secrétariat du Conservatoire, causa une profonde émotion dans le monde musical. Le délicat opérateur-comique, l'auteur de il/"" Turliipln, de Piccotino et de Galante Aventure fut foudroyé au Conservatoire, dans la maison dont il avait été un des plus brillants élèves, à quelques pas des classes où il avait reçu l'enseignement de Marmonlel, de Barbereau et d'Halévy, et où lui-même avait succédé à Edouard Batiste comme professeur d'harmonie, puis à Victor Massé comme professeur de composition.

Né à la Nouvelle-Orléans en 1837, prix de Rome de 1839, fils lui-même d'un ancien prix de Rome de 1827, Jean-Baptiste-Louis Guiraud, il s'était trouvé de bonne heure aux prises avec les difficultés de l'existence, et le lauréat de l'Institut n'avait pas dédaigné le poste de timbalier à l'orchestre de l'Opéra-Comique. 11 s'était décidé à aborder le théâtre en 1864, avec Sylvie, un acte, à l'Opéra-Comique, suivi de En ,prison, un acte, au Lyrique, en 1869; mais déjà s'accusait la déveine. Elle fut particulièrement marquée l'année suivante.

La date fait pressentir de quelle oreille distraite fut écouté le Kobold lorsque le musicien eut le courage de le présenter au public le 26 juillet 1870. Tout en lui est curieux du reste et mérite d'être conté, la naissance et la mort de cet ouvrage malchanceux.

On se proposait de monter à l'Opéra-Comique le Timbre d'arucnt, comédie-ballet de Saint-Saêns, jouée depuis, mais à la Gaité. On avait engagé à cet etl'et une danseuse italienne assez réputée, M"'= Trevisan, (l'revisani, au delà des Alpes), et, en vue de la produire, on la fit débuter le 13 juin dans un divertissement composé pour Lulla Roukii, reprise alors avec

Capoul.Gailhard, M""" Zina-Dalti et Bélia. Le Timbre d'ariji-nt étant retardé, et Lallalioulih ne suffisant pas a. l'activité d'une ballerine, de Leuven convoqua un soir Ernest Guiraud, Nuitter et Louis Gallet, afin de leur commander un opéra -ballet en un acte; une légende fournit le scénario, qu'on ébaucha sur-lechamp, et chacun de son côté se mit à l'œuvre; quotidiennement, les librettistes envoyaient un morceau au musicien, qui le renvoyait non moins régulièrement composé, à la copie, d'où il partait pour aller dans les mains des artistes; en dia,'-/iuî^ jours, la partition fut ainsi écrite, orchestrée, copiée et répétée. Le Kobotd est, dans le scénario de la légende, un génie domestique, une servante invisible qui fait la besogne à sa guise, range tout lorsqu'elle est contente et met tout en désordre lorsqu'elle se fâche. Amoureux de son maître, ce Kobold féminin lui fait manquer son mariage au moment même de la cérémonie, et lui donne un anneau magique qui lie leurs deux destinées jusqu'à l'heure fatale où la fiancée du jeune homme, revenue de sa jalousie, rompt le charme et cause ainsi involontairement la mort du pauvre Kobold, qui s'éteint au milieu des flammes fantastiques du foyer. La musique légère improvisée par Ernest Guiraud permit d'applaudir la gracieuse Trevisan, W lleilbronn, et le ténor Leroy, révélant alors des qualités de danseur qu'on ne lui connaissait pas; il faisait le grand écart, enlevait sa danseuse à la force du poignet, et la soutenait à demi renversée, tout comme s'il eût pris des leçons d'un Saint-Léon ou d'un Mérante. Forcément interrompu, le Koftoiii faillit reparaître après la guerre; M"" Foula, do l'Opéra, devait remplacer M'" Trevisan, qui avait quitté Paris pour retourner dans son pays ; mais l'Assemblée nationale ayantjugé bon de retrancher 130.000 francs à la subvention de l'Opéra-Comique, des économies s'imposaient, et la première fut la suppression du corps de ballet; plus de danseuses et plus de Kobold! Détail curieux : la partition réduite au piano par Soumis, accompagnateur du théâtre, fut gravée; le compositeur corrigea les épreuves, et jamais l'éditeur Harlmaïui ne la fit paraître! Autre aventure : un jour, l'ouverture fut exécutée, après la gueri'e, dans un concert donné par la Société nationale, lors de sa fondation; Ernest Guiraud, qui avait prêté pour la circonstance la partition autographe de son morceau, ne la revit jamais; il était écrit que, mort ou vivant, le Kobold aurait toutes les malchances.

Madame Turlupin fut, au contraire, un des grands succès de l'Athénée, en 1872. Gretna-tireen, balletvaudeville donné à l'Opéra en 1873, compta parmi les meilleures créations de M™" Beaugrand. Piccotino (11 avril 1876), à l'Opéra-Comique, sur un livret dont l'idée première se trouve dans la Ctaicdincde Florian, parut impressionner favorablement le public et la presse le soir de la première; on bissa notamment la charmante Sorrentine, que son auteur avait improvisée au cours d'une répétition. Cependant Piccotino quitta l'affiche après a3 représentations; il n'y reparut jamais. En 1882, Galante Aventurc,a.\i même théâtre, ne réussit qu'à demi.

Le compositeur inscrivait aussi au répertoire de nos concerts symphoniques une suite d'orchestre dont la quatrième partie, le Carnaval (intercalé dans Piccotino), a conquis une popularité justifiée; une seconde suite d'orchestre, une ouverture de concert, l'ouverture d'Artevetd. un ballet : Danse persane; caprice pour violon et orchestre, Cl>asse fantastique. Il publiait un Traite d'orcltcstration, et en 1891 l'Aca-

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAinE DU COXSEnVATOIRE

demie des beaux-arts couroniiail sa carrière en l'appelant au fauteuil de Léo Delibes.

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