‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 304 sur 364 · GUSTAVE CHARPENTIER · texte numérisé non relu

GUSTAVE CHARPENTIER

M. Gustave Charpentier est né à Dieuze (Alsace- Lorraine), le 24 juin 1860. Il a fait ses études musicales au conservatoire de Tourcoing, puis à celui de Lille, et enfin à celui de Paris, où il a eu pour professeurs M. Emile Pessard et Massenet. Il obtint le premier grand prix de Rome en 1887. Il est chevalier de la Légion d'honneur. Il a fondé l'œuvre de « Minii Pinson » et du Conservatoire populaire; il a aussi fondé et il préside le syndicat parisien et la fédération des artistes musiciens.

Voici la nomenclature de ses ouvrages : trois Pj-éludes, pour orchestre (188o); les Fleurs du mal, mélodies sur les poèmes de Baudelaire (1886); Didon, scène lyrique, poème d'Augé de Lassus (1887); Poèmes chantés, sur des poésies de Paul Verlaine, Camille Mauclair, Blémont, Georges Vanor (1887- 1897); Imjjressions d'Italie, suite d'orchestre en cinq parties, exécutée aux concerts Lamoureux et aux concerts Colonne (1891-1892); la Vie du Poète, symphonie dramatique en quatre parties, pour chœurs et orchestre (1892); Sérénade à Wnttcau. scène lyrique d'après le poème de Paul Verlaini- ; Ir (Jivirnnncmcnt de la Muse, apothéose musicali' eu six parties pour les fêtes de la Muse du Peuiilc; Inijuessions fausses, chant, chœur et orchestre, sur deux poèmes de Paul Verlaine; Louise, roman musical qui fut joué pour la première fois à l'Opéra-Comique en 1900; le Centenaire de Victor Hugo, cantate sur le mode antique: Julien, drame lyrique et féerique en quatre actes, un prologue et huit tableaux, joué d'abord à l'Opéra de Monte-Carlo, puis à l'Opéra-Comique, en 1913. Comme œuvres inédites, le compositeur annonce : une « épopée populaire en trois soirées » : l'Amour au faubourg, Comediante et Tra- (jediante; Munich, symphonie synthétique.

M. (aistave Charpentier avait vingt-sept ans quand il fut lauréat de l'Institut, mais un de ses biographes a rappelé avec raison que ce ne fut pas le prix de Rome qui le fit connaître : « Charpentier avait déjà une jeune réputation. N'e^t-ce pas lui qui, à l'Ago ,1,. q, ,,„/,. ,-in., eiuplnvr. ,|;ni. nw lilature de Touirniii-'. n r„i,s;i,T,inl s,-. Iirinv. Iilinvs de la soiréi' :i [iiTii.Ire di-s b'çous ,h- clariiicl Ir chez le professeur Bailly, et de violon chez le professeur Stappen, fondait avec son pati'on, M. Lortbiois, propriétaire de la filature, une société musicale composée des jeunes gens de la ville? .N'est-ce pas lui qui apprenait le violon à M. Lorthiois, qui, en échange de ce zèle du jeune néophyte de la musique, soldait de ses deniers les premières études d'harmonie de

'.NCYChOPÉOlE DE LA MUSIQUE ET DICTIO\NAinE DU CONSERVATOl)lE

Gustave Charpentier au Conservatoire de Lille? Puis ce fut la ville de Tourcoing elle-niênie qui, à la suite des succès de son enfant adoptif (car Charpentier était né à Dieuze, en Lorraine, et avait émigré avec ses parents en 1871, après la guerre), lui vota une pension de douze cents francs pour qu'il pût suivre les cours du Conservatoire à Paris et vivre. Vivre! C'était un problème pour ce jeune homme lancé tout à coup dans la capitale et qui avait dit à sa mère, en la quittant : « Maman, la ville de Tourcoing nous a voté six cents francs à chacun. >>

Le problème, déjà ardu par lui-même, se trouvait compliqué par un parti pris que M. Saint-Georges de Bouhelier a caractérisé en excellents termes : « M. Charpentier aime à être appelé un artiste social : C'est-à-dire qu'il veut contribuer dans la mesure de ses moyens au bonheur des pauvres hommes que nous sommes tous, qui que nous soyons. Il souhaite que son art serve à quelque chose. Ce n'est pas à écrire des petites pièces pour piano qu'il saurait jamais se satisfaire un instant. Il n'a jamais fait ce que l'on appelle de la musique de chambre. En somme, il considère celle-ci comme stérile, égoïste et parasite. On ne trouverait ni une sonate ni un quatuor sur la liste de ses œuvres... Selon Charpentier, la musique est un moyen d'entrer en communication avec plus d'êtres que cela n'est possible dans la petite vie ordinaire que nous menons. « Je voudrais être aimé! » a-t-il dit une fois à Alfred Bruneau. Il est indubitable que son grand ressort intéiieur est un désir de sympathie qui le pousse à souhaiter la communion des hommes dans la vue de la beauté. Quand, devant cinquante mille personnes, comme à Saint-Etienne, à Lens, à Bordeaux ou à Alger, il dirige le Couronnement de la Muse, par exemple, il a la satisfaction supérieure de voir palpiter d'une même émotion profonde la foule qu'il a su unir durant un moment. Ce prodige de concorde que son art accomplit, il aime à le renouveler. »

En 1891, les Impressions d'Italie valaient au musicien une première notoriété. En 1892, on fut encore plus frappé par l'originalité de la Vie du Poète. La donnée est cependant très simple. La première partie, Enthousiasme, montrait le poète dans l'ivresse des premiers enchantements, à l'heure bénie où l'on croit tout atteindre, où l'on se demande seulement si l'on sera Musset, Hugo, Paul Verlaine (au choix et suivant le tempérament). Mais ces fumées généreuses ne tardent pas à se dissiper; la vie se révèle avec toutes ses àpretés, et les éditeurs se dérobent avec un ensemble navrant; le poète commence par maudire l'humanité et finit par douter de son propre génie. Il y met le temps, mais il y arrive; et c'est la deuxième partie du drame symphonique : Doute, à laquelle succède le tableau de Vlmjniissancc.

En vain le poète essaye-t-il de réagir contre son accablement physique et moral, il est brouillé avec la muse, les idées le fuient; il va chercher une diversion dans l'orgie. Mais cette orgie n'avait rien de romantique, de byronien, de « déjà vu ». Elle se passait à Montmartre. M. Charpentier faisait même grimper son héros jusqu'aux cimes escarpées, mais peu sauvages, du Moulin de la Galette, et il le fait redescendre au Moulin-Kouge, et nous entendons la parade des saltimbanques, les coups de piston des orchestres forains, l'orgue des chevaux de bois, les cris de la foule en gaieté...

Déjà Montmartre hantait la pensée de M. Gustave Charpentier. En 1898 il dotait la butle d'une Muse;

on la couronnait, la veille du 14 juillet, sur la place de l'Hôtcl-de-Ville, avec deux cents musiciens, quatre cents chanteurs, le concours de la musique de la Garde républicaine, des danses exécutées par M"= Cleo de Mérode et vingt ballerines de l'Opéra.

De cette cérémonie de la Muse, le compositeur devait tirer le second acte de Louise, représentée pour la première fois en 1900, à l'Opéra-Comique, et dont M. Charpentier avait écrit le poème et la partition : (< Louise, Gustave Charpentier lui-même l'a dit, c'est le poème de notre jeunesse à tous, poètes et artistes ; il a voulu peindre les désirs et les enthousiasmes de nos vingt ans, quand nous rêvons de conquérir la ville immense et le cœur de la fillette voisine dont les rideaux s'entr'ouvrent parfois pour laisser passer un sourire. Louise, c'est le petit monde des humbles, des souffrants, des laborieux, vus en passant; c'est le regard d'envie des miséreux attentifs au bruit de la ville en joie... »

Le vieux mont des Martyrs y apparaît toujours paternel, carnavalesque, épique; il fait partie intégrante de l'action, suivant un procédé renouvelé d'Une Page d'amour d'Emile Zola; il pourrait figurer dans la distribution avec un autre personnage symbolique : Plaisir de Paris, fantastique noctambule, tentateur mystérieux, incarnation des effluves subtils qui sortent d'entre les pavés et livrent les pauvresses à l'assaut des séductions. C'est Paris qui appelle Louise et l'exhorte à déserter, pour une école buissonniére au pays bleu, le taudis déjà menacé par la pioche des démolisseurs; Paris qui la joint au troupeau des fillettes en quête de luxe et d'aventure; Paris qui lui promet la courte et radieuse souveraineté d'une Muse populaire. Quand Julien, un Gringoire de Montmartre, vient chanter sous la fenêtre de la midinette : u Partons, la belle, pour le pays d'ivresse éternelle! » son cœur chavire; elle va rejoindre l'aimé. Et, devant le panorama de Paris au crépuscule où vient mourir la symphonie des cris de la rue, quand Louise traînera sa " flemme » voluptueuse au bras du bohème, confit en sentimentalités langoureuses.

à peine songera-t-elle aux vieux parents qu'elle a laissés dans les larmes. D'ailleurs, Julien, pour calmer ses très vagues remords, lui fera la paraphrase musicale de la célèbre théorie d'Ibsen : » Tout être a le droit d'être libre ; tout cœur a le devoir d'aimer. Aveugle celui qui voudrait garrotter l'originale et fière volonté d'une àme qui s'éveille et qui réclame sa part de soleil, sa part d'amour. »

Le triomphe fut énorme dés le premier soir pour tous les morceaux à elîet de la partition; au premier acte, la scène muette où Louise se jette dans les bras de son père, la phrase du vieil ouvrier : « Le bonheur, vois-tu, c'est d'être comme nous sommes, » et le dialogue : « Ces poupées-là... » coupé par le chant ironique de la mère; puis, à travers les tableaux, qui se succèdent rapidement dans la prestigieuse mise en scène de la salle Favart, la chanson de la bohème, le chœur des modistes, l'évocation de Paris, la romance de Louise, la suprême et meurtrière rencontre du père et de l'enfant.

Le critique musical du Siècle écrivait à cette date : « M. Charpentier a remporté une victoire complète sur ce terrain spécial; parmi les compositeurs delà jeune école, aucun ne manie les ressources orches-

HISTOIRE DE LA MUSIQII

PÉRIODE CONTEMPORAINE. — FRANCE 1779

traies avec une éf^ale maestria. Il a en mains un instrument merveilleux qui lui permettra peut-être de nous donner un jour la formule définitive do la polyphonie frani'aise, d'une rénovation décisive du drame lyrique au sens où l'entendent presque tous les jeunes compositeurs. En attendant, Louise est une manifestation d'art toujours remarquable, souvent admirable, qui suscitera bien des controverses, qui rompt avec toutes les traditions de la salle Favart, mais qui doit attirer le ijrand public et le retenir en lui ouvrant des horizons nouveaux. »

Ce nouvel effort, M. Gustave Charpentier devait le tenter récemment : après douze années de production intermittente remplies par les triomphales reprises de Louhe , le compositeur faisait représenter, le 4 juin 1913, Julien, poème lyrique en 4 actes et 8 tableaux, dont il a résumé ainsi la construction morale et intellectuelle :

« .Iulirn met en scène la vie d'un poète, c'est-àdire que l'action est à la fois vivante et féerique. Tantôt l'enthousiasme de ses rêves transporte le poète et l'envoie vers des pays enchantés, peuplés des visions de la Beauté. Tantôt, revenu dans la vie, il ira, apôtre d'universel amour, chanter, prêcher son rêve au peuple du faubourg. Puis, lassé de son effort, en proie au doute et au découragement, il viendra chercher la paix féconde et l'oubli au sein de la bonne .Nature, parmi les travailleurs de la terre, qui ne le comprendront pas. De plus, en plus désemparé, fantôme à la recherche de son âme d'autrefois, il ne pourra plus trouver l'oubli que dans l'ivresse, à moins qu'il n'y retrouve une jeunesse nouvelle et qu'il n'y puise encore l'enthousiasme qui l'envola jadis au pays du liêve... »

C'est, en ell'et, un voyage, et même, d'après les confidences de M. Gustave Charpentier, une autobiographie en musique. Nous le voyons d'abord dans sa chambre de la Villa Médicis. C'est le prologue : enthousiasme, chants de fête, personnages réels; puis nous plongeons dans le rêve : vision idéaliste de la montagne sacrée, panorama terrifiant de la Vallée maudite, Hurle-aux-Loups des mauvais poètes, finalement Temple de la Beauté où cette déesse esthétique ne prononce qu'un commandement : « Aime! » Application pratique, car Julien n'a qu'à choisir entre six Chimères et six filles de Héve.

Après le songe, la Vie, les misères de l'apostolat, le Doute au pays slovaque, l'Impuissance au pays breton, où Julien hésite entre l'Amour et la Foi, enfin l'échouernent à Montmartre en pleine fête foraine, où le Faust de M. Charpentier, ou plutôt M. Faust Charpentier, trouve sa nuit du Walpurgis. Louise, qu'il avait déjà revue en paysanne et en fantôme, lui réapparaît eu gigolette. Celle en qui se résumaient toutes ses illusions n'est plus qu'une fille qui le bafoue. La Bête triomphe; le poète expire, tandis qu'un lamento traîne au bord de l'horizon.

Cette donnée est bizarre, mais intéressante. Quant à la partition, elle a suscité des commentaires discordants. En attendant que le temps fasse son œuvre et mette les choses au point, nous nous bornerons à reproduire l'appréciation de M. Arthur Pougin :

« Ce qui parait manquer le plus dans cette musique, c'est la fraîcheur et la Heur de nouveauté de l'inspiration. On ne rencontre pas là-dessus une de ces idées caressantes et neuves, un de ces motifs di jinma inti'iizionc, comme disent les Italiens, qui frappent aussitôt l'auditeur, l'enveloppent et s'emparent ■de lui par leur grâce souriante et leur générosité.

C'est de la mélodie que vous voudriez, nn' dira-t-on. Eh! sans doute, et je ne vois pas pourquoi je m'en défendrais, bien que la pauvre soit aujourd'hui bien dédaignée par nos chercheurs de midi à quatorze heures. Et, au point de vue dramatique, on ne trouve pas non plus, en ce qui touche l'émotion, l'équivalent de ce que nous donnait Louise dans les belles scènes, si pathétiques et si touchantes, de son premier et de son cinquième acte. Tout ceci ne veut pas direqu'il n'y ail, dans la nouvelle partition de M. Charpentier, des pages intéressantes, voire remarquables et utiles à signaler; mais elles se trouvent comme noyées dans la phraséologie toujours un peu pleurarde du rôle de Julien, qui tient toujours la scène et qui ne cesse de se lamenter dans un langage qui malheureusement ne varie guère. Je citerai, entre autres, l'invocation de Julien dans le Temple de la Beauté, le sermon de l'Hiérophante avec sa déclamation vigoureuse, et un beau chœur construit à l'italienne, mais dont les parties de soprano sont écrites sur une échelle qui, pour être moins haute que celle de Jacob, n'en est pas moins meurtrière pour les voix; puis, dans le tableau de la Hongrie, la jolie page symphonique, pleine d'émotion et de poésie, qui souligne le départ mélancolique de Julien; et encore, la scène touchante du pèlerinage de la Bretagne, — sans compter le reste. »

Rappelons, pour terminer, ce fait caractéristique que M. Gustave Charpentier est entré à l'Institut en 1912 pour remplacer Massenet, comme Massenet luimême y était entré, c'est-à-dire par le stilfrage des <i incompétents n. 11 n'avait pas la majorité dans la section de musique, où M. Saint-Saëns s'était résolument déclaré contre lui. Cependant au scrutin la victoire se dessinait dès le premier tour par 13 voix accordées à M. Charpentier, alors que M. Charles Lefebvreen obtenait 10, M. André Messager 6, M. Henri Maréchal 4, MM. Georges Hué et Pierné 2. Au second tour de scrutin, M. Charpentier obtenait 21 voix sur 37 votants, 21 voix très largement suffisantes pour lui assurer l'élection, puisque la majorité était 19. Les autres voix se répartissaient ainsi : 0 à M. Pierné, 5 à M. Messager, 4 à M. Charles Lefebvre, I à M. Maréchal.

« Le premier mouvement, écrivait à ce propos M. Jean Chantavoine, est de protester contie un règlement qui, dans ces questions touchant l'art le plus fermé de tous, — la musique, — donne le dernier mot à des peintres, sculpteurs, etc. Oaas le cas présent, pourtant, l'exclusion de M. Charpentier par la section musicale semblait indiquer chez les musiciens de l'Institut, envers l'auteur de Lo!(isc, une hostilité bien singulière, et qui pouvait à juste titre prendre les apparences de la partialité, du procès de tendances. La spécialisation, avec les avantages de la compétence, présente parfois les inconvénients de l'étroitesse... Les « incompétents » semblentavoir soupçonné chez certains de leurs collègues l'existence (assurément inconsciente!) de pareils sentiments. Dans l'espèce, le gros public leur donnera cette fois raison: sans rabaisser aucun des candidats qui briguaient la succession de Massenet, on peut dire que nul d'entre eux n'a donné une œuvre aussi indépendante et significative que Loiii-n'. Si les " incompétents », après avoir imposé M. Charpentier, en font autant, dans l'avenir, pour MM. d'Indy et Debussy, ou ne les en applaudira pas moins. »

XAVIER BOISSELOT (1811-1873)

Et maintenant, après avoir fait aux membres de l'Institut la place d'honneur qui leur était due, nous leprenons l'ordre chronolof^ique.

l'ilsd'un facteur de pianos, le jeune Boisselot avait, en la personne de son père, ndn seulement un protecteur et un ami, mais un agent de réclames qui ne perdait aucune occasion d'allécher le public et de prédisposer ainsi les autres à aimer ce qui lui était cher. Voilà pourquoi on lisait alors dans les journaux: <i C'est au numéro 9020 qu'est échu, dans la loterie au profit de la Caisse de l'Association des Artistes musiciens, le magnifique piano à queue donne par M. Boisselot, de Marseille. Cet instrument, (a)i/opprrrir des artistes par sa brillante et belle qualité de son, confirme la haule réputation de M. Boisselot, qui, depuis quelques années, partage avec Erard, Pleyel et Pape, l'honneur de marcher à la tête de la fabrique française. » Un peu plus tard, au mois de novembre 1846, on annonçait l'arrivée à Paris de M. Boisselot père, « le célèbre facteur de pianos de Marseille, si connu par la constante protection qu'il a généreusement accordée à l'art et aux artistes. Il vient assister à la première représentation de l'ouvrage de son fils. » (Vêtait s'y prendre d'avance, puisque cette ]iremière n'eut lieu que le 16 janvier 1847; mais l'excellent homme avait raison de se hâter. La victoire de son fils devait être sa dernière joie : quatre mois plus tard, il mourait subitement.

.SiniL,'ulière destinée d'ailleurs que celle de ce fils chéri. Né en 1811, gendre de Lesueur, prix de Rome en 1836, Xavier Boisselot attend onze ans la faveur d'être joué, donne pour son début JVe touchez pas à la Reine, qui est un succès, attend quatre années encore pour voir monter son second ouvrage, Mosqiiila la Sorcière, au Théâtre-Lyrique, lors de l'inauguration (27 septembre 1831), puis, délaissé par les directeurs, revient définitivement à ses fagots, ou plutôt à ses pianos. Vainement, dans la cave de l'Athénée, on tente en 1871 une malheureuse reprise de Xe touchez pas à la Reine, le nom du compositeur disparaît alors de l'affiche et retombe dans l'oubli. Elle n'était point d'ailleurs sans mérite, cette pièce appelée Un Secret, puis Ne touchez pas à la huche, titre lugubre et peu propre au cadre aimable de rOpéra-Comique. L'affabulation manquait de vraisemblance, bien que le point de départ ne fflt pas sans quelque analogie avec celui d'un drame en cinq actes, d'Octave Feuillet et Bocage, intitulé Echec et mat: cependant les scènes étaient adroitement présentées, et la partition, sans révéler une personnalité musicale, dénotait une certaine habileté dans le maniement des voix et de l'orchestre. « Ne touchez pas à la Reine, écrivait un chroniqueur, mais... venez la voir! » Et l'on vint, en elfet, avec un tel empressement, que l'ouvrage fut joué 67 fois la première année et atteignit en trois ans 17.'i représentations. La province et l'étranger l'accueillirent avec faveur, puis l'oublièrent à leur tour. C'est le temps qui avait touché â la Reine, et c'est lui qui l'avait tuée.

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