‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 305 sur 364 · ERNEST BOULANGER · texte numérisé non relu

ERNEST BOULANGER

Le 17 janvier 1842 on jouait salle Favart un petit opèra-comique, qualifié par les auteurs Ic/jende en

un acte, et ayant pour titre le Diable à iénilc, pour librettiste Scribe, pour compositeur un débutant, I Ernest Boulanger, fils d'une bonne chanteuse de l'Opéra-Comique, où elle joua longtemps et où elle tenait alors l'emploi des duègnes. Elève du Conservatoire,, où il avait travaillé avec Lesueur et Halévy, prix de Rome en 1833, Ernest Boulanger n'avait donc pas^ attendu plus de sept ans pour voir s'ouvrir devant \ lui les portes d'un théâtre : il pouvait se dire favorisé.

Le Diable à l'école obtint un vif succès, puisqu'il fut joué vingt-sept fois en 1842 et resta plusieurs : années au répertoire. La presse l'accueillit avec bien- i veillance, et de divers côtés furent prodigués au | jeune musicien les encouragements les plus Uatteurs. « 11 y a de l'amour, de la terreur, de la grâce et de l'énergie dans cette musique, disait l'un; et celui qui l'a écrite porte en lui un avenir de compositeur. » 1' Voici, disait l'autre, un écolier qui pourrait devenir un maître. >> Le libretto, lui aussi, n'avait pas été trop désapprouvé, en dépit d'une certaine naïvetéqui nous ferait sourire aujourd'hui. Ainsi que l'observait un critique d'alors, c'est « une émanation, une suite, une imitation, une sorte de rognure enfin de Robert le Diable- C'est encore un Faust, un Freischûtz qui se vend corps et âme à messire Satan, parce qu'il a tout perdu au jeu. Cette pensée dramatique n'est pas neuve, comme dit l'illustre Bilboquet, car il résulte de la pièce qu'il se trouve toujours là une femme religieuse et dévouée pour faire annuler le satanique marché. »

On devine que le diable venait parmi les hommes pour faire son apprentissage, et que la terre était son école. 11 voulait à son tour donner des leçons, et une simple jeune fille finissait par lui en remontrer. Cette conclusion suffisait à satisfaire les bonnes âmes. « Le diable, écrivait un humoriste, exerce depuis si longtemps son métier de bourreau, qu'on n'est pas fâché de le voir une fois victime. » Et puis, la mode était aux diableries. Pour n'en citer qu'un exemple, on jouait en même temps à l'Opéra le Diable amoureux, et l'on a justement constaté que Satan avait souvent favorisé ceux qui le transportaient à la scène.

Le 3 février 1843, au même théâtre, on donna les Deux Bergères, opéra-comique en un acte, paroles de Planard. Vingt et une représentations mesurèrent la courte existence de cette petite pièce, qui aurait pu s'appeler la Suite d'un bal masqué, comme la comédie de M™° de Rawr, à laquelle elle ressemblait d'ailleurs. L'histoire de ce jeune militaire, intrigué par deux bergères dont l'une est sa fiancée, l'autre une espiègle amie, fournissait la matière d'un agréable quiproquo ; Planard l'avait traitée avec esprit. Boulanger avec grâce et mesure; quant au rôle de la marquise, il avait trouvé une interprète dont le dévouement se devine : c'était la mère du compositeur!

En 1843, vint un petit opéra-comique en un acte de Bayard et Potron pour les paroles, de Boulanger pour la musique, représenté le 28 mai. La pièce fut jugée Il assez amusante », la partition « assez bien faite ■>. Ces « assez » n'étaient point suffisants pour prolonger le succès au delà de neuf représentations.

Dans la Cachette, de Planard, représentée le 10 août 1847, il s'agissait encore d'une de ces restauralions mises à la mode par Scribe, où l'on voit le sort des têtes couronnées dépendre du caprice d'un humble paysan; le librettiste y avait joint les accès de folie d'une mère et son retour à la raison, et tout cet arsenal de sensibleries qui transformaient alors l'opéra-comique en mélodrame. Le composi-

nisraiRE de la musique

PÉRIODE CONTEMPORAINE. — FRANCE

teuf avait fait de son mieux pouréclaircir celte sombre donnée; mais son talent, joint à celui des interpn'tes, Hermann-Léon, Aiidtan, Hicquier, Sainte-Foy, M'i" Hévilly, Grimm et Marie Lavoye, ne put sauver l'ouvrage; il tomba pour ne plus se relever après liuit représentations.

En 1854, Boulanger donna un pendant à son premier succès, le Diable û t'écoir, avec les Sabots de la ïiiat-quisc, livret de Micbel Carré et Jules Barbier. Cet acte fut joué le 29 septembre, se maintint au répertoire pendant dix années consécutives, et fut repris en 1807. Il n'obtint pas en tout moins de cent dix représentations, et de nos jours il est plus d'une ville en province où résonne encore l'aimable rondeau que disait si finement M"« Lemercier ;

Aimons qui nous aime !

C'est le bon système A suivre ici-bas; Si Nicolas m'aime.

Va pour Nicolas !

Dans celte petite pièce, le rôle de la marquise était (enu par M"° Boulard, qui avait obtenu en 185.3 les premiers prix de cliant et d'opéra-comique au Conservatoire.

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