ARMAND SAINTIS
Né à Montauban en 1820, Saintis a eu une carrière très active et très remplie. Sa Messe brève, ses romances, ses pièces pour piano, le recommandent à l'altention. Mais c'est principalement comme auteur de chœurs qu'il a marqué sa place et donné sa mesure. Cet homme appliqué, modeste et réservé, " gai d'une gaieté tranquille <>, a écrit, en particulier, un chœur, les Paysans, exécuté un peu partout, et dans lequel il a ingénieusement introduit une chanson rustique très populaire dans son pays natal. Il importe, dans le même genre, de mentionner, parmi ses productions : les Pèlerins, les Esclaves, Sur les Remparts, Pastorale, Beau Jour d'été, les Braconniers, les Quatre Saisons, les Mineurs, les Enfants du Peuple, les Maçons, Gaule et France, etc.
En tous ces chœurs, le rythme est très franc; les parties sont bien agencées et bien en équilibre. L'ell'et de sonorité est fort heureux.
Dans les portions où la mélodie est plus en relief, lorsqu'elle est confiée à une partie et que les autres accompagnent, la phrase musicale, simple et toujours claire, a de la grâce et de la fraîcheur.
Musicien accompli, Saintis, comme organiste, comme professeur, comme organisateur de concerts, a rendu des services multipliés. Il jouait avec distinction de plusieurs instruments, connaissait parfaitement la technique des instruments en cuivre, et possédait, sur le cornet à pistons, uue virtuosité remarquable.
J.-B. -WECKERLIN (1821-1910)
Jean- Baptiste Weckerlin était né à Guebwiller (Haute-Alsace) le 9 novembre 1821. 11 appartenait à une famille d'industriels qui s'occupaient de teinturerie et ne destinaient guère leur enfant à la musique. Un beau jour, raconte Charles Malherbe, il s'enfuit de la maison paternelle, et, moitié à pied, moitié en diligence, il prenait le chemin de la capitale pour y arriver le 25 juin 1843. 11 ignorait, ou à
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
PÉRIODE CONTEMPORAINE. — FRANCE 1785
peu prés, les règles de l'iiannouie et du conlrcjioiiit : ce qui ne l'empêcha pas, lorsqu'il voulut entrer au Conservatoire, de présenter fièrement aux examinateurs une ouverture de sa composition, et, si ridicule qu'elle pi"it être, disait-il depuis, elle lui valut son admission dans la classe d'Elwart en 1844. Dès 1849 il se faisait professeur de piano, puis les recherches sur la musique du passé l'absorbaient. Appelé par Auber au Conservatoire, en 18G9, comme préposé à la bibliothèque, il devint sous-bibliothécaire en 1872, et bibliothécaire en 1876, à la mort de Félicien David.
Weckerlin a donné des notices intéressantes sur l'histoire de la contrebasse, sur les chants et chansons de France, sur l'impression de la musique ou typographie musicale. En 187o, il obtint un prix de mille francs, à l'Institut, pour une Histoire de l'Instrumentation depuis le xvi« siècle jusqu'à nos jours. La Chanson populaire, qui, toute sa vie, a été l'objet de ses prédilections, lui inspira deux volumes. Enfin trois volumes de Musiciana, parus de 1877 à 1899, lui ont permis de consigner le résumé d'innombrables lectures.
Ses ouvrages représentés se bornent à deux petits actes : l'Uryaiiinte (Théâtre-Lyrique, 17 mai 18b3) et Apres Funtfiwy (Théâtre-Lyrique, 28 mai 1877). Les salons lui furent plus hospitaliers, car il lit applaudir plusieurs petites pièces, à deux et à trois personnag.'S, Ica liecenants bretons. Monsieur Favart, Tout est hum qui finit bien (joué aux Tuileries, devant la Cour impériale, le 28 février 18o6), la Laitière de Trianon {jouée chez Hossini le 18 décembre 1838). N'oublions pas deux opéras en dialecte alsacien, représentés à Colmar, l'un en trois actes, les Trois Noces dans la vallée des Balais, l'autre en quatre actes, la Vendanf/c i-nsorcelée; le Ménétrier de Meitdon, la Première Barbe de Figaro, etc., etc., sans parler de ballets comme Mignon et Madame Malborouijhl II parut pour la dernière fois à l'Opéra-Comique le 22 février 1900, avec une adaptation musicale de la Chercheuse d'esprit, pour laquelle il avait instrumenté les vieux airs de Favart.
Ses grands ouvrages pour chœur et orchestre sont: Roland (Conservatoire, a décembre 1848), tes Poèmes de la mer (Théâtre-Italien, 19 décembre 1S60), œuvre qui lui valut les chaleureuses félicitations de Hossini, l'Inde (concert du Grand-Hôtel, 1873), le Juif errant (Conservatoire, 1898). Mentionnons une symphonie {la Forêt), une messe, quelques spécimens de musique de chambre, concerto, quatuor, sonate; des chœurs à quatre parties, pour les pensionnats de jeunes filles, des chœurs pour voix mixtes, les Soirées parisiennes, et des quatuors de salon, également pour voix mixtes. Les morceaux de piano, soit pour deux, soit pour quatre mains, se chitfrent par centaines et comportent des danses, des fantaisies, des marches, des laendler, des pièces de tout genre, pittoresques ou humoristiques. Quant aux mélodies séparées, on en compte environ trois cents, chansons et chansonnettes, romances et lieder, tyroliennes et bergeries.
ARISTIDE HIGNARD (1822-1898)
Jean-Louis- Aritisde Hignard, deuxième prix de Home de 18:iO, auteur du Visionnaire, de Colin-Maillard, des Compagnons de la Marjolaine, de VAubenje
dus Ardeiines, de Monsieur de Chimpanzé, du Nouveau Poureeaic(/nac, des Musiciens de l'orchestre, fut un compositeur heureusement doué, mais, comme tant d'autres, victime de la mauvaise chance.
Il avait déjà donné, soit au Théâtre-Lyrique, soit aux Boulfes, un certain nombre d'opéras-comiques et d'opérettes, généralement bien accueillis, et fait paraître plusieurs recueils de musique vocale et instrumentale, entre autres une originale suite de « valses concertantes « pour piano h. quatre mains, lorsqu'il entreprit la composition d'une tragédie lyrique d'Hamlet, dont le succès devait être le couronnement de sa carrière d'artiste. Malheureusement, Ambroise Thomas travaillait à un llamlet. Hignard dut s'efTaeer devant un concurrent aussi redoutable et n'eut d'autre ressource que de publier son œuvre transcrite pour piano et chant.
Cette transcription est précédée d'un court avantpropos où le compositeur appelle l'attention du public sur une innovation à laquelle il attache une grande importance, « l'Intercalation dans le chant d'une déclamation soutenue par des mouvements d'orches- Ire ». Or ce procédé ressemble fort à celui auquel eut recours l'autour de Manon, qui, en soutenant également certaines phrases de « dialogue parlé » par des mouvements d'orchestre, crut, de très bonne foi, faire une innovation quand il s'appropriait, sans s'en douter, celle d'Hignard.
Né à Nantes en 1822, le compositeur mourut à Vernon en 1898.