‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 311 sur 364 · EDOUARD LALO · texte numérisé non relu

EDOUARD LALO

Edouard Lalo étaitné à Lille en 1823, d'une famille d'origine espagnole. M. Louis de Fourcaud rapporte que sa vocation dut se manifester de bonne heure, car, très jeune, il composa et joua du violon. De ses productions de jeunesse, rien n'est resté. " Jamais artiste ne fut plus sévère à soi-même et plus amoureux de son art, jusqu'à l'obsession du scrupule. Ce l'ut son bonheur de rencontrer, dans sa ville natale, un musicien instruit, de tempérament rude, nomvné Baumann, fort comme les vieux contrapuntistes et pénétré, pour les derniers quatuors de Beethoven, d'enthousiaste amour. L'élève eut sur son talent cette mâle empreinte. Mais le caractère de l'homme, à pareille école, se forma du même coup que son talent. Jamais il ne devait faire aucune concession aux modes frivoles. Heureux ou malheureux, il fut lui-même en toute circonstance et domina exemplairement sa destinée. »

Si Lalo avait fait ses premières études au Conservatoire de Lille avec Baumann, il devint élève de Habeneck au Conservatoire de Paris. Ses premières compositions, qu'il a fait disparaître, mélodies vocales et musique de chambre, s'étaient répandues dans le monde musical. Suivant le témoignage de M. Georges Servières, en 18.19, » bien qu'ignoré du grand public, le nom de Lalo était déjà très connu des artistes. Ceux qui venaient de l'étranger ne manquaient pas de se faire présenter aux soirées intimes dans lesquelles Lalo réunissait l'élite du monde musical. C'est ce qui a fait que certaines œuvres de Lalo furent jouées en Allemagne avant de l'être en France. »

Lalo devait penser assez tardivement au théâtre. 11 avait quai'ante-deux ans quand il présenta à un concours ouvert au théâtre lyrique de Carvalho, la

partition d'un opéra en trois actes, un Fiesque, déclaré parle jury « d'une grande hauteur d'idées et traité de main de maître » et qui ne fut pas représenté.

Découragé par l'échec de ce Fiesque, que Perrin avait failli monter, puis qui fut mis eu répétition à Bruxelles au théâtre de la Monnaie et retiré à la suite d'un changement de direction, Laïc se livra entièrement à la musique instrumentale pendant une assez longue période et se fit connaître par les concerts symphoniques. Tout à coup il ébaucha un Savonarolc, mais la légende du roi d'Ys le tenta, et vers lS7o la partition était assez avancée pour que Vizentini, alors directeur de la Gaité, put en prendre connaissance. En réalité les obstacles se multiplièrent, et l'ouverture du Roi d'Ys fut jouée dans les concerts bien avant la représentation de l'opéra, qui n'eut lieu qu'en mai

Entre temps le compositeur avait fait jouer à l'Opéra le ballet de Namouna. Le cas de Namouna est vraiment un des phénomènes les plus attristants de l'histoire de la composition musicale. L'œuvre d'Edouard Lalo ne put être donnée pour la première fois à l'Opéra qu'à la suite de grandes difficultés de mise au point et de présentation. Lalo était cependant déjà, à cette époque, l'auteur du floi d'y», sinon pour le grand public, à qui l'œuvre n'avait pas encore été offerte, du moins pour les musiciens qui la connaissaient, et notamment pour Vaucorbeil, qui témoignait une vive indignation contre les mauvais vouloirs directoriaux rencontrés par cette partition. Placé à la tète de l'Opéra, où il devait d'ailleurs jouer de malheur, malgré les meilleures intentions du monde, Vaucorbeil commanda un ballet au compositeur méconnu, en lui « fournissant » un livret de Nuitter, hélas! d'une incurable médiocrité. Lalo, qui n'avait pas le goiU des besognes à courte échéance, ne pouvait cependant refuser une pareille occasion de prendre directement contact avec la foule; il se mit dans les brancards de cette lourde charrette, les tira a. pleins bras, tomba malade, dut faire appel à l'excellente camaraderie de Gounod pour terminer l'orchestration, s'aheurta, au théâtre mCme, à la rivalité de M"" Mauri et de Rita Sangalli, à des compétitions de ballerines et de chorégraphes, bref aux obstacles qui se dressent devant tout producteur.

Namouna fut enfin jouée le 6 mars 1882, avec un mois d'intervalle entre la répétition générale et la première, et tomba dans le vide, après une douzaine de représentations. La partition n'eut pas seulement à subir l'hostilité de ceux qui la trouvaient trop compliquée et trop peu dansante; les critiques qui luttaient alors pour Wagner. ne la jugèrent pas assez avancée; et, en etfet, sauf la facture remarquable et l'inspiration souvent heureuse, elle n'a absolument rien de wagnérien. Mais le public était aheurté, et voici comment M. Marcel (iiretle rendait compte, le 1 1 mars 1882, dans sa chronique musicale du Télégraphe, des incidents de la soirée :

« Le ballet de M. Edouard Lalo, l'éminent compositeur que les étrangers admirent et que les Français ignorent, a été joué lundi soir devant une salle manifestement hostile et qui avait son opinion faite avant le lever du rideau. Depuis plusieurs mois, des bruits de coulisses accueillis par la presse présentaient l'œuvre comme injouable. La maladie du compositeur et le bobo de la danseuse ayant amené des retards successifs, la malveillance les avait naturellement attribués aux difficultés insurmontables delà

musique. Aussi le public de la première, prévenu contre les tendances du compositeur, a-t-il reculé devant l'efforl de l'attention. Il a bavardé pendant l'introduction du premier tableau, tourné le dos pendant le prélude du second; il a seulement guetté les occasions de prendre le compositeur en faute, et quand le char, le fameux char de musique foraine, a fait irruption dans la fête, cette cuivrerie a été la bienvenue, comme un prétexte à gaieté railleuse. On a ironiquement marqué le rythme et chantonné le motif, on a même chuté; et j'ai pu démêler, à travers les conversations de couloirs, les deux griefs qui inspiraient toutes ces cruautés : la musique de Namouna n'est pas dansante, et elle cherche à révolutionner le genre du ballet!

« Je proteste contre la première assertion : la musique de Namouna est dansante. Sans doute, elle ne marque pas grossièrement les temps forts de la mesure comme les orchestres villageois, mais elle abonde en rythmes francs, qui interdisent l'hésitation aux jambes les moins musiciennes.

« Le second grief est, au contraire, fondé. M. Lalo a évidemment voulu élever le ballet, dans la mesure du possible, au niveau de la symphonie. Même dans les passages dansants de sa partition, le symphoniste se trahit par le développement, par l'unité scénique. A plus forte raison secoue-t-il, dans les passages de pantomime et d'action, l'humiliante tyrannie de la danse et de la pesanteur. Sa musique prend alors son vol en liberté.

« Est-ce un crime, cela? »

Il convient d'ajouter qu'une part de l'insuccès de 1882 fut imputable au déplorable scénario de Nuitter et de Petipa. C'est une anecdote de toute essentielle absurdité, pour ne pas écrire de toute absolue ineptie. L'action se passe à Corfou , au début du xvu= siècle, si nous en jugeons d'après le costume Louis XIII du jeune premier de l'historiette. Le premier acte a pour décoration « un casino à Corfou », d'après l'indication du programme. Dans ce casino paradoxal, on joue aux dés; le corsaire Adriani perd sa tartane, ses trésors et jusqu'à sa maîtresse Namouna. Le gagnant, le noble et généreux don Ottavio, rend la liberté à la séduisante esclave, en lui laissant comme frais de premier établissement l'argent qu'il a gagné au pirate. Il y ajoute le cadeau utile de la tartane, qui va jouer un rôle capital dans la , 'suite du livret. En effet, c'est à l'aide de ce poétique moyen de transport qu'à la fin du tableau suivant Namouna pourra soustraire celui qu'elle aime secrètement aux lâches entreprises du sournois Adriani.

Troisième tableau : une île de la mer Ionienne, où le vieil Ali fait ouvertement, avec brevet et patente, la traite des blanches. 11 a un stock considérable d'esclaves enlevées tout le long de la eôte. Namouna, accompagnée d'Ottavio, et montée sur la fameuse tartane, vient racheter ses anciennes compagnes avec « les trésors » d'Adriani. Elle prend tout le lot et va l'embarquer, quand le pirate survient, conduisant une troupe de sbires qui veulent mettre à mort le noble Ottavio, ténor muet. Les captives se chargent de désarmer ces brigands d'opéra-comique, tandis qu'un jeune Grec poignarde Adriani. La tartane reprend la mer...

Edouard Lalo n'avait pas eu un faible mérite à écrire une partition cohérente et de solide trame sur ce déliquescent scénario. 11 faut rendre justice à l'élégance et à la souplesse de la ligne générale, à la

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

PÉRIODE CONTEMPORAINE. — FRANCE

pureté Ju détail, au coloris persistant, à la fantaisie souvent ailée et aussi au caractère passionné du style. Le public de la reprise 1908 devait d'ailleurs lémoif,'ner plus d'intelligence et de culture musicale que celui de 1882; il salua au passage les deux thèmes typiques du rôle de Kamouna, qui traversent l'œuvre avec des transformations successives; il ne bissa pas seulement le pas des gitanes, il témoigna une attention admirative aux airs marocains, à la danse des esclaves, à la sérénade, aux détails pittoresques de la fête foraine, h la sieste des odalisques, à la chanson de la tlûte, à l'orgie des brigands.

Le Roi d'Ys devait triompher à l'Opéra-Comique en 1888, sous la direction Paravey, et cela malgré un poème assez médiocre bâti sur une admirable donnée. Voici, d'après les remarquables « noies sur la légende d'Ys » de M. Paul Sébillot, le l'ésumé de la légende, qu'Emile Souvestre a racontée en dix pages.

La ville d'Ys, qui s'élevait à la place où l'on voit la baie de Douarnenez, était bâtie plus bas que la mer et défendue par des digues dont on ouvrait les portes à certains moments pour faire entrer et sortir le Ilot. La princesse Dahut, lille de Grallon, portait sans cesse suspendues à son cou les ciels d'argent de ces portes. Comme c'était une grande magicienne, elle avait embelli la ville d'ouvrages que l'on ne peut demander à la main des hommes. Tous les l<origans du pays de Vannes étaient venus y travailler sur son ordre. Tous les bourgeois étaient si opulents qu'ils mesuraient le grain avec des hanaps d'argent. Mais la richesse les avait rendus vicieux et durs; les mendiants étaient chassés de la ville comme des bêtes fauves; la seule église qu'il y eût dans la cité était si délaissée que le bedeau en avait perdu la clef; les habitants passaient les journées et les nuits dans les auberges, les salles de spectacle, imiquement occupés à perdre leur àme. Dahut donnait l'exemple; c'était jour et nuit des fêtes qui attiraient beaucoup de monde. Si quelque jeune homme lui plaisait, elle lui donnait un masque magique avec lequel il pouvait la rejoindre secrètement dans une tour bâtie près des écluses; le lendemain, quand il prenait congé d'elle, le masque se resserrait de luimême et l'étranglait. Un homme noir ramassait alors le corps mort, le plaçait sur son cheval et allait le jeter au fond d'un précipice entre Huelgoat et Poul- Dahut. Un soir qu'il y avait fête chez Dahut, un étranger se présenta, accompagné d'un petit sonneur qui joua un passe-pied infernal si puissant que Dahut ft ses gens se mirent à danser comme les tourbillons de la mer; l'inconnu en profita pour enlever à la princesse les clefs d'argent des écluses et pour s'échapper.

C'est alors que saint Corentin vint trouver Grallon dans le palais où il était isolé, et lui dit que la ville allait être livrée au démon. Le roi appela ses serviteurs, prit son trésor, monta sur son clieval noir et marcha à la suite du saint. Au moment où ils passaient devant la digue, on entendit un sourd mugissement : l'étranger, qui avait repris sa forme de démon, était occupé à ouvrir toutes les écluses, et la mer descendait déjà en cascade sur la ville. Saint Corentin dit à Grallon de fuir, et il s'élança vers le rivage; son cheval traversa ainsi les rues, poursuivi par les Ilots et toujours les pieds de derrière dans la vague. Quand il passa devant le palais de Dahut, celle-ci s'élança derrière son père; le cheval s'arrêta subitement, et l'eau monta jusqu'aux genoux du roi; il appela à son secours Corentin, qui lui dit :

" Secouez le péché que vous portez derrière vous, et par le secours de Dieu vous serez sauvé. » Comme Grallon hésitait, le saint toucha de sa crosse d'évôque l'épaule de la princesse, qui glissa dans la mer et disparut au fond du gouffre, appelé depuis le gouffre d'Abès. Le cheval délivré s'élança en avant et atteignit le rocher de Garrec, où l'on voit encore la marque d'un de ses fers. Le roi tomba à genoux pour remercier Dieu; mais quand il se retourna, à la place de l'opulente cité on ne voyait plus qu'une baie profonde qui rellétait les étoiles.

Dans l'opéra, comme l'a observé M. René de Récy, la donnée a perdu son sauvage parfum de terroir. Dahut a nom Margared ; promise au vainqueur comme rançon de la paix, dédaignée, pour sa sœur Rozenn, par Mylio qu'elle aime, elle livre à l'ennemi, dans un accès de rage, le secret fatal; puis, succombant au remords, elle se jette du haut d'un rocher pour apaiser le flot qui monte avec la colère céleste. Mais la partition est très supérieure au poème. « Prenez-y garde, écrivait M. Camille Bellaigue au lendemain de la première, le Roi d'Ys pourrait bien être ce que l'école française, depuis Carmen, a donné au théâtre de plus remarquable et de plus aj:hevé. L'année avait été stérile; mais la voilà fleurie; elle n'aura point perdu son printemps. La partition de M. Lalo n'est pas honorable, elle est beaucoup plus : très charmante et très belle, presque toute charmante et toute belle, sans un trou, sans une tache. 11 est honteux d'en faire gloire aussi tard au musicien qu'elle vient de placer au premier rang. Ne demandez pas selon quel système est conçue l'œuvre de M. Lalo; nous ne nous en inquiétons guère. Il se pourrait qu'elle fût conçue selon ce système, à la fois le plus simple et le plus difficile de tous, qui consiste à faire avec un bon poème de très bonne musique. Il y a de tout dans le Roi d'Ys : des airs, oui, des airs, et des chœurs, et des duos mélodiques et concertants, et de naives chansons, et une ouverture faite des principaux motifs. »

tt Ernest Reyer donnait à l'œuvre, dans son feuilleton des Débals, cette consécration suprême : » Il est à craindre que .M. Lalo, après comme avant le Roi d'Ys, ne reste un artiste modeste, indiflérent à la réclame, absoi'bé dans son art et se donnant à lui sans arrière-pensée. C'est ce qui , depuis bien des années déjà, me l'a fait aimer, c'est aussi ce qui a conservé à son talent ce cachet de distinction, d'élévation et de sincérité où le caractère de l'artiste se relli'te tout entier. Il y a des pages légères dans la partition du Roi d'Ys; je défie qui que ce soit d'y signaler une vulgarité. Et, si le chanteur y trouve maintes occasions de briller et de se faire applaudir, ce n'est pas que tel ou tel morceau, même orné d'un point d'orgue à la tendance finale, ait été écrit en vue de sa virtuosilé. »

Lalo mourut en 1892. Malgré le triomphe du Roi d'Ys, l'injustice du public avait provoqué chez lui une dépression matérielle et morale si profonde qu'il ne se présenta pas à l'Académie des beuux-arls lorsqu'une vacance s'y produisit pour la seconde fois en deux ans. Notre érudit confrère Albert Soubies, à qui Lalo voulut bien, en diverses circonstances, témoigner une vive sympathie, nous communique une lettre que le compositeur lui adressait il y a seize ans, et où il aborde cette question délicate. Nous la donnons intégralement, car les détails qui précèdent le passage relatif à la non-caudidatun- académique jettent un jour attristant sur l'état d'esprit d'Edouard Lalo,

comme sur- les diflicultés contre lesquelles il ne cessa de lutter pendant une carrière prématurément interrompue.

" Pai-is, 29 février 92.

« Monsieur, je reçois votre lettre avec un prand retard, parce qu'elle était adressée à mon ancien domicile. Je tiens tout d'abord ;i vous remercier de l'aimable article que vous avez fait pour la reprise du Roi d'Ys. Quant à la partition de Fiesqiic, j'aurais été heureux de vous l'envoyer si j'en possédais un seul exemplaire. Mais cette œuvre a été gravée à mes frais; je n'en avais fait qu'un très faible tirage, et je n'ai chez moi qu'une épreuve dont je ne puis me séparer.

« Pourquoi je ne me suis pas présenté à l'Institut?

« i" C'est un genre de démarches qui me déplaît.

« 2" Je n'avais aucune chance d'être élu, me présentant contre un prix de Home comptant de nombreux amis parmi les membres de l'Institut.

« Je viens d'être très soull'rant et suis obligé de me servir en ce moment d'un secrétaire.

« Je vous envoie, monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.

L'Institut n'aura pas manqué à la gloire d'Edouard Lalo, mais la réciproque serait inexacte.

Il nous reste à parler de la Jacquerie. Edouard HIau n'avait pas terminé le poème quand Lalo mourut, après avoir écrit la musique du premier acte. Arthur Coquard, acceptant l'héritage, posa pour condition que le livret serait mis au point par M"« Simone Arnaud; les deux collaborations, l'une posthume, l'autre entre auteurs très vivants, marchèrent de front; et, en mars 189o, la Jacquerie fut représentée à Monte-Carlo par les soins de M. Gunsbourg, le très actif imprésario à qui nous devons, avec la révélation de la Hulda de César Franck, la mise en scène — ou à la scène — de la Damnation de Faust.

L'œuvre avant oblenu un vif succès, la direction de rOpéra-Comique la réclama et lui donna, avec une bonne moyenne d'interprétation, l'appoint décisif d'une incomparable tragédienne lyrique, la Marie Laurent et même la liachel du drame chanté, la Charlotte de Werther, la Marion de la Vivandière, la triomphante Delna.

Le poème appartient au genre historique; c'est du Scribe avec plus de littérature, bien qu'on y trouve ce vers fâcheux : « Je voulais t'épargner, mais tu ne veux pas l'être, » et des situations dramatiques un peu banales, dont nous ne saurions trouver un résumé plus succinct que celui des Annales du Théâtre et de la musique. L'action se passe en 1338, deux ans après la bataille de Poitiers perdue par le roi Jean, qui s'y conduisit en vaillant soldat, mais en imprudent chef d'armée. Le lieu de la scène est en Beauvoisis, sur les terres du comte Gauthier de Sainte-Croix, dont la noble fille. Blanche, aimera Hobert, le chef de la révolle. Uohert, chevaleresque et désintéressé, représente le peuple au service d'une idée généreuse, l'intelligence dirigeant la révolte des masses contre l'oppression des rois féodaux. Guillaume incarne la force brutale, dont les instincts mal dirigés ne savent qu'obéir à la violence, abattant de sa hache puissants et misérables. Entre ces deux forces, Jeanne, la mère de Robert. C'est l'àme du peuple, la tendresse pour les petits, l'éternelle rési-

gnée aspirant au bonheur pour tous, sans le rencontrer jamais.

Au point de vue musical, le premier acte a bien la marque caractéristique de Lalo dans la phrase de Jeanne : « L'enfant rêvait de s'instruire, » l'allégro « Jacques Bonhomme » et la cantilène de Blanche, au son de l'Angélus.

Comme musique symphonique de Lalo nous relevons dans le répertoire de M""" Hortense Parent : Divertissement pour orchestre (1872); Allegro symphonique, d'après {'allegro pour piano et violoncelle, op. 16 (1876); Sc/ktm (extrait du trio en la min., op. 26, et orchestré par l'aut., 1" audition à l'Exposition de 1889, et 2i= audition le 18 nov. 1906 aux concerts Chevillard); la Rhapsodie norrégienne, écrite primitivement pour violon et orchestre sous le titre de Fantaisie norvégienne (première audition aux concerts Colonne, le 26 octobre 1879). Comme l'a très bien dit M. Georges Servières, « la Rhapsodie norvégienne a donné à la réputation du compositeur cette touche magique de célébrité que la Danse macabre a value à la renommée de Camille Sainl-Saêns ». Symphonie en sol min. (exécutée en 1" audition aux concerts Lamoureux, le 1.3 janvier 1882, puis au Conservatoire, le 28 novembre 1890). Des morceaux pour violon et orchestre : Fantaisie-Ballet, « une de ses œuvres les plus remarquables, d'un style très moderne et d'une suprême élégance. » l"' concerto pour violon, op. 20 (.joué par Sarasate, en 187i); 2"' concerto, op. 21, appelé Symphonie espagnole (jouée aussi par Sarasate en 187o); et 3" concerto russe (joué par Marsick aux concerts Pasdeloup en 1881; une Romance-Sérénade (jouée par P. Viardot, en 1878) : un concerto de violoncelle (joué par Fischer aux concerts Pasdeloup en 1877) et un concerto de piano (exéculé par Diémer en 1889). De la musique de chambr-e : quatuor en mi h, op. 43; trois trios avec piano; sonates et morceaux caractéristiques pour piano et violon, pour piano et violoncelle, etc.; enfin de la musique vocale, des chœurs religieux, des mélodies : Marine, la Fenaison, l'Esclave, Guitare.

THÉODORE DE LAJARTE (1826-1890)

Théodore de Lajarte, né à Bordeaux en 1826, mort à Paris en 1890, musicographe érudit et bibliothécaire de l'Opéra, a laissé des réductions pour piano et chant d'anciens opéras et ballets français (62 ouvrages en neuf séries sous ce titre : Chefs-d'œuvre classiques de l'opéra français.

Il a aussi abordé le théâtre. A l'Opéra-Comique il a fait jouer en 1880 Monsieur île Floridor, un acte en deux tableaux, paroles de Nuitter et Tréfeu, musique de Th. de Lajarte. Il est difficile de résumer l'action en moins de mots que ne l'a fait jadis Henri Lavoix; aussi lui empruntons-nous son récit : « Mathurin veut donner sa nièce Germaine à Lucas, un bon compagnon, ami comme lui de la dive bouteille; Germaine, de son côté, veut épouser M. Floridor, qui conduit en province des troupes de comédiens. Avec la complicité de sa tante, Germaine et Floridor organisent une représentation funèbre, frappent de terreur Mathurin et Lucas, si bien que l'un renonce à Germaine et que l'autre promet de renoncer à la bouteille. » l'n tel sujet n'était pas nouveau, si l'on se rappelle que La Fontaine l'avait traité dans sa fable l'Ivrogne et sa

HISTOIRE DE LA MVSIQV

PÉRIODE CONTEMPORAINE

Femme. Anseaume s'en était emparé depuis, ot sou opéra-comique, mis en musique par Laruelte, l'ut représenté en 17o9 à la foire Saint-Laurent, sous le titre dé l'Ivyoïjnc corrige ou le Mariage du Diable. Les librettistes n'avaient eu, comme on le voit, qu'à puiser dans le passé pour disposer leur lever de rideau, qu'ils avaient tour à tour appelé Serments d'ivroijiie, Germaine, Floridor et fmaleuieiit Monsieur de Floridor. Seize représentations payèrent le bibliothécaire de l'Opéra de la verve aimable qu'il avait dépensée en faveur de cette fantaisie, où l'on applaudit la voix solide de lîelhomme (Mathurin), la gaieté de Grivot (Floridor), la belle humeur de M"° Ducasse (Thérèse). L'Opéra a donné en 18S6, avec le concours de M"« Subra, les Jumeaux de Bergame, ballet-pantomime en un acte, d'après Florian, par Charles Nuitter et Louis Méraiite, musique de Théodore de Lajarte, dont la première représentation avait eu lieu l'été précédent à Paramé et qui fut très favorablement accueilli.

DUPRATO (1827-1892)

Jules-Laurent Dupralo, né à Mmes le 20 août 1827, mort à Paris le 20 mai 1S92, grand pri.x de Uome de 1848, nommé professeur d'harmonie au Conservatoire en 1S91, composa des lieder, des cantates et des opéras. Sa meilleure œuvre fut la Dt'esse et le Berger, appelée d'abord Ariane, puis l'Age d'or, représentée salle Favart en 1863 et dont on n'aurait pu prévoir l'échec. Le librettiste, du Locle, était un élépant poète, Duprato un musicien qui avait fait ses preuves; la pièce sortait de l'ornière bourgeoise de l'ancien opéra-comique; elle s'animait au souffle d'une mylhologie un peu fantaisiste, mais spirituelle et gracieuse. La déesse, en effet, est la simple iîlle d'un prêtre de Bacchus, proche parent de certain Rrahmine entrevu déjà en 1859, à l'Opéra-Comique, dans la Pagode, de Fauconier. Ce Polémon ressemble à un vil exploiteur, et Maia n'est là que pour attirer les hommages et les offrandes dans son temple, c'est-à-dire dans sa boutique. Les amours de la Jeune lille avec le berger Batylle, qu'à la fin Bacchus lui-même reconnaît pour son fils, forment le sujet de cette idylle, tout entière écrite en vers haimonieux, délicatement soupires par Capoul et M"= Baretti.

La partition se recommandait par des qualités peu communes, el pourtant dès l'abord elle ne trouva pas d'éditeur. A qui venait la demander, les marchands répondaient : « Elle n'a pas paru! « el, les jours succédant aux jours : « File ne paraîtra pas! ■> Cette réponse ayant été faite, un matin, à une dame qui se montrait désolée de n'avoir pas la musique réclamée : " M. Duprato, dit-elle, consentirait-il à me vendre la propriété de son manuscrit? — Ma foi, lui fut-il répondu, je crois que cetle proposition ne pourrait que lui être agréable, et que, moyennant mille écus... — Mille écus! s'écria la dame, ce ne serait pas assez. Veuillez faire savoir à M. Duprato que je lui en offre six mille francs! » Le soir même le marché était conclu, et ce fut elle qui fit graver la partition, revenue depuis, mais longtemps après, entre les mains d'un éditeur. Chose curieuse! la dame n'avait cru faire qu'une bonne action, elle fit peut-être une bonne alfaire; car, si l'ouvrage n'avait pas réussi au théâtre, bien des morceaux détachés

réussirent dans lus salons, et 1 on joue encore aujourd'hui l'ouverture, avec son motif à cinq temps qui ne manque pas d'originalité.

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