ARTHUR COQUARD
Né en 1840, Arthur Coquard est mort en 1910. Son biographe, Boisrouvray, rapporte qu'il était entré tard dans la carrière. Obligé de travailler pour vivre, il avait songé au barreau; il y apportait son intelligence très cultivée, sa puissance remarquable de travail, sa conscience scrupuleuse. Mais le démon de l'art était plus fort. Vers trente-quatre ou trentecinq ans, il rangea définitivement le Code au fond de sa bibliothèque et s'adonna tout entier à la musique.
Musique dramatique, scènes symphoniques, musique religieuse, mélodies, voire morceaux pour piano et violon ou violoncelle, il a écrit dans tous les genres, et, dans tous, il laisse des œuvres dignes de lui survivre.
Ses quelques compositions religieuses se distinguent par la noblesse et la gravité du style, jointes à une grande douceur d'expression. Gracieuses et expressives sont ses compositions symphoniques ou pour piano et violon. Quelques-unes de ses nombreuses mélodies sont devenues célèbres et resteront au répertoire des concerts. On n'exécutera jamais le petit poème de Joies et Douleurs , ù6ni les paroles sont dues à sa fille, M™= Félix Fournety, ni Uaï-Luli, ni la Plainte d'Ariane, ni Ossian, ni tant d'autres, sans provoquer des applaudissements allant parfois jusqu'à l'enthousiasme.
A rOpéra-Comique, Coquard avait eu un mauvais début en 1886 avec le Mari d'un jour, mais l'insuccès ne lui était guère imputable. L'alliance de trois âges représentés, pour le livret par un vieillard, d'Ennery, et un homme mûr, Armand Silvestre, pour la musique par un jeune, n'aboutit qu'à un malentendu, un mauvais ménage, dont l'insuccès marqua la rupture. Le sujet d'ailleurs ne manquait pas d'invraisemblance si l'on songe que, revenu d'Amérique avec des dettes au lieu de l'héritage qu'il pensait recueillir, Raoul, marquis de la Roche-Ferté, se voit proposer par son ami Hector, comte de la Gardette, un marché pour le moins singulier. « Ne pouvant, déclare celui-ci, de par la volonté de mon père, épouser une jeune fille que j'adore, parce qu'elle n'est point noble, vous l'épouserez, elle deviendra marquise, et je payerai vos dettes, sauvant ainsi votre honneur. Aussitôt après la célébration de ce mariage d'un jour, vous disparaîtrez, et j'épouserai votre veuve. » La jeune fille, objet de ce pacte qu'elle ignore, se laisse marier, parce qu'elle a reconnu en son mari un protecteur inconnu qui jadis l'avait tirée d'un guet-apens. Mais au lieu de se noyer, comme il était convenu, en passant sur un vieux pont vermoulu dont la rupture devait le précipiter dans le lac et faire croire à une mort accidentelle, Raoul traverse sain et sauf ce pont qu'on avait réparé par mégarde. « C'est à recommencer, s'écrie le faux noyé. — Non, » répond le
faux époux; et, présentant sou ami à la jeune l'emnie : « C'est vous qu'elle aime, dit Hector, et je vous relève de votre seniienl. »
Un tel iiiiliriii;lio pouvait fournir la matière d'une opérette, à comlilion d'innliuer vers la charge, mais il n'avait aucune chance d'être goûté à la salle Favarl, surtout îi un moment où, par suite de la disparition du Théâtre-Lyrique, l'opéra de demi-caraclére tendait à y élire définitivement domicile. Les librettistes s'étaient trompés de cadre, et ils avaient entraîné dans leur erreur Arthur Coquard, dont l'embarras, au couis de la composition, avait dû être extrême. Devait-il, en elfet, considérer l'ouvrage comme sérieux ou comme bouffe, le traiter en opérette ou en opéra? Il n'avait pas osé prendre un parti, et de cette incertitude résultait un dangereux désaccord entre la pièce et la musique. Cependant, l'inspiration ne manquait ni de grâce ni d'élégance, et l'on pourrait citer, particulièrement dans le genre expressif et doux, plus d'une page où le jeune compositeur, connu seulement alors par un ouvrage représenté à Angers, VEpt'e du roi, affirmait sa distinction harmonique, son souci du style, et préludait ainsi aux succès que lui réservaient plus tard les concerts Colonne et Lamoureux.
La Troupe Jolicœur devait être d'ailleurs, salle Favart, une revanche pour le compositeur. Le livret, lire d'une nouvelle de M. Henri Cain , fut sympathiquement accueilli. Coquard avait écrit une partition qui offrait cette originalité d'être en parfaite concoidance avec le scénario, de ne jamais l'étoulfer sous l'ampleur débordante d'un développement symphonique, de l'entourer, au contraire, de le soutenir et de le mettre en relief, ainsi qu'il convient à un commentaire musical. C'était la règle de l'ancien Opéra-Comique; elle avait du bon. Aussi bien, en l'appliquant ou en la ressuscitant, Coquard était resté fidèle à son tempérament musical, lequel fut un « génie » de petit-maitre, comme on disait au xvni" siècle, plus (in qu'abondant, plus spirituel que lyrique, plus coloré qu'inspiré.
Rappelons encore la Jacquerie, dont Lalo avait écrit un acte, dont Arthur Coquard écrivait les trois autres, et les Vils do Jajjficl, livret de M"": Simone Arnaud.