LA MUSIQUE ANGLAISE AU DIX-HUITIEME SIECLE
Contrée hospitalière, l'Angleterre a dû, en grande partie, l'éclat de sa civilisation à l'accueil empressé que, de tont temps, elle a su faire aux idées, aux intluences, aux talents venus de l'étranger. Particulièrement au xvm" siècle, cette tendance, pour ce qui concerne l'art musical, s'est affirmée avec énergie. Dès 1710, nous trouvons Haendel à Londres, où il devait rencontrer une seconde patrie. A la limite du siècle, nous verrons bientôt quelle réception le public anglais réservait au vieil et illustre Haydn.
C'est parmi les maîtres germaniques que Haendel, incontestablement, tient l'une des premières places. Mais, adopté par l'Angleterre, il occupe aussi un rang tout à fait à part dans l'histoire artistique de ce pays. Un grand changement fut opéré dans la musique anglaise par la venue de l'artiste supérieur qui devait résider pendant prés d'un demi-siècle en Angleterre, celui qu'en 1710, à Londres, on désignait ainsi : « Signor Haendel, famous Italian composer. « lieaucoup de ses plus célèbres ouvrages furent écrits sur des textes anglais, et un musicien appartient toujours un peu à la nation dont il s'est ainsi approprié la langue. C'est à ce titre que, dans une certaine mesure , nous pourrions revendiquer l'œuvre de Gluck et de Meyerbeer.
Haendel, alors attaché à la maison de l'Electeur de Hanovre, était en congé régulier lorsqu'il fit à Londres, en 1710, un premier séjour qui ne fut point de longue durée. Ce l'ut pour le théâtre de Hay-Market qu'il écrivit, en quatorze jours, son opéra de iltjîaWo, représenté le 24- février 1711. Le succès se traduisit surtout dans la forte vente des morceaux détachés de cet ouvrage. On rapporte que l'éditeur Walsh y gagna quinze cents livres sterling. A ce propos, Haendel, dont le bénéfice avait été sensiblement moindre, dit au marchand : «Tout doit être égal entre nous : la prochaine fois vous ferez l'opéra, et moi je le vendrai. »
Haendel revint à Londres en 1712. Son peu de
scrupule, cette fois, à respecter l'engagement qui le liait à la cour de Hanovre lui valut tout d'abord une certaine défaveur, lorsque, en 1714, un acte du Parlement appela l'Klecteur à régner sur la Grande-Bretagne, sous le nom de George 1". Vainement, tout d'abord, le chambellan du roi, le baron de Kilmansegge, ami de Haendel, tenla de rapprocher l'artiste et le monarque, lors d'une fête sur la Tamise, quand Haendel composa la Wuter-Music, pour l'exécution de laquelle il dirigeait lui-même l'orchestre, placé dans une barque qui suivait celle du roi. Mais une occasion plus favorable se présenta bientôt. Geminiani, appelé à jouer du violon devant le souverain , ayant témoigné le désir d'être accompagné au clavecin par Haendel, le compositeur put, ce jour-là, faire agréer ses e.xcuses. Il rentra en faveur, et spontanément George I" doubla le traitement antérieurement accordé par la reine Anne.
Haendel eut, par la suite, des démêlés avec l'aristocratie britannique, mais tout d'abord il reçut d'elle, avec l'appui matériel, des encouragements de toute nature. Plein d'admiration pour son génie, le comte de Burlington le logea dans sa maison; au cours d'un séjour de trois années, il y composa, entre autres œuvres, son opéra d'Amadis. Dès lors, fêté partout, Haendel était l'objet de marques extraordinaires de déférence. L'enthousiasme et le respect se manifestaient quand il assistait à l'exécution de quelqu'un de ses ouvrages. C'est vers ce temps-là, qu'il faisait apprécier à Saint-Paul son grand talent d'organiste.
Une période où sa verve de producteur, favorisée par des circonstances heureuses, atteignit les plus admirables résultats, en particulier dans la musiquereligieuse, fut celle qu'il passa à Cannons-Castle, superbe résidence du duc de Chandos, qui, pour l'avoir à son service, avait souscrit sans discussion à toutes ses exigences.
Quelques nobles anglais réunirent leurs capitaux en vue de la fondation de la Royal Acadeimj of Music, laquelle avait pour objet la représentation, au théâtre de Hay-Market, d'opéras en langue italienne. Le roi lui-même donna des fonds pour cette entreprise, sur laquelle Haendel avait la haute main. Ce fut alors qu'il se rendit à Dresde pour engager Senesino et Marguerite Durastanti. Son Radamislo, fini en 1720, obtint un succès considérable et établit avec éclat sa renommée de compositeur dramatique. De 1720 à 1728, il produisit quatorze opéras qui, la plupart, réussirent, et pour l'un desquels, Alessandro,il engagea la Faustina, dont la rivalité avec la Cuzzoni occupa un moment le public. Ce fut dans le même temps qu'on essaya de lui opposer des hommes d'un mérite bien inférieur au sien, Ariosti et Bononcini (en collaboration desquels il écrivit néanmoins un acte de Muzio Sccvola). Protégé par la duchesse de Marlborough, Bononcini, attiré en Angleterre comme le furent alors tant d'autres étrangers connus, avait du savoir et du talent; mais, imitateur adroit de Scarlatti, il n'était pas en état de lutter avec le génie original et puissant dont on prétendait le poser en émule.
Le caractère difficile de Haendel lui fit du tort dans l'esprit de ceux qui s'étaient d'abord intéressés à lui. Un théâtre rival fut monté en 1733 à Lincoln's Inn Field. La production de Haendel ne tarissait pas. Excilée même par cette concurrence, elle n'était pas entravée par les multiples soucis de la direction. 11 alla lui-même en Italie pour y recruter des chan-
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
leurs, et il en ramena la Slrada. Plus tard, il y retourna clans le même but et eut d'ailleurs le tort, en cette circonstance, de préférer Carestini à Farinolli. Celui-ci fut engagé par l'entreprise rivale, qui acquit également, en Porpora, un excellent chef d'études. Eu même temps, il avait remis la main sur le théâtre de Hay-Market, et Haendel avait dOi émigrer au local, moins favorable à tous les égards, de Lincoln's Field, et un peu plus tard à Covent Garden. Les deux entreprises parallèles avaient commencé, malgré l'activité et le talent déployés, par perdre de l'argent. Mais, par la réunion de Farinelli et de Senesino, le succès se dessina en faveur des adversaires de Haendel, qui, las de tant d'efforts et de soucis, voyant sa santé minée et sa renommée elle-même atleinte, renonça au théâtre pour se vouer plus spécialement à l'oratorio.
Le compositeur écrivit cependant plus tard un Akestc qui, d'ailleurs, ne fut point représenté, et dont la musique, pour la plus grande partie, est devenue celle de Choicc of Hercules. Il composa aussi pour Covent Garden les opéras de Justin et de Bércnice, puis, postérieurement, Pharamond, Xer.xès, et, en 1739, Dcidamio et Iincneo. Xerxès commence avec le morceau « Ombra mai fu », que tout le monde connaît comme « Largo de Haendel ».
Kn somme, c'est surtout par sa musique religieuse que Haendel est devenu une sorte d'arlisie national pour l'Angleterre, où YAUeluid de son Messie n'est guère moins populaire que le liule llritannia et le God sare thc Kimj.
Il subit profondément l'empreinte du goût et du caractère anglais; on s'en rend compte en parcourant des parutions comme celles de Béborah, à'Es- Ihcr. de Sumson, de Jcphtha, à'Athalic, d'Israël en Ei/ypte et, avant tout, du Messie.
Musicien oriiciel, Haendel a célébré des dates demeurées insignes dans l'histoire d'Angleterre. Citons VOccasioiud oratorio, composé pour la victoire de Culloden ; — le Te Dcum et le .)ubilate de la paix d'L'trecbt; — les grandes antiennes et les autres compositions qui consacrent le souvenir du couronnement de George II, des funérailles de la reine Caroline, du mariage du prince de Galles, de la bataille de Detlingen, etc., etc. On avait, à Londres, en dépit de toutes les cabales, le sentiment de sa supériorité « écrasante ». Nous en donnerons pour témoignage ce vers du Jules César de Shakespeare, où le maître, à qui il est appliqué, est représenté comme un « Colosse » de Rhodes, « enjambant » le bas et petit monde qu'il domine.
Parmi les hommages rendus à sa mémoire, il faut signaler l'édition monumentale de ses œuvres, entreprise, sur l'ordre de George III, par Arnold, et qui, d'ailleurs, le cède, pour la correction, aux partitions publiées par Walsh. La belle édition de 1835 qui, parmi ses souscripteurs, comprenait, à côté d'Anglais comme Brenet, Macfarren et Uimbault, des Allemands comme Mendelssohn et Moscheles, est malheureusement demeurée inachevée. Mais Chrysander en .\llemagne enfm a réussi à faire imprimer une édition complète.
Il existe en Angleterre toute une littérature relative à Haendel, depuis les Mémoires rédigés par Mainnaring jusqu'aux études copieuses de Hawkins et de lîurney. Nous mentionnerons aussi l'excellente introduction mise par John Bishop en tête de sa sélection des ouvrages du maître, et la notice écrite en anglais par un de nos compatriotes, Victor Schoîlcher.
l'ainii les personnalités artistiques qui furent mêlées à la vie de Haendel en Angleterre, nous signalerons Smith, d'après les souvenirs duquel .Mainwaring compila ses Mémuires et qui, lorsque le grand compositeur fut devenu aveugle, écrivait sa musique sous sa dictée. Brown, l'un des intimes de Haendel, eut l'hoimeur de se voir confier ordinairement par lui la direction de ses oratorios. — Citons, en passant, Biooker, qui prononça uu discours sur la musique d'église à l'occasion de la première exécution d'.4thalie. N'omettons point non plus Greene , artiste fécond, mais médiocre, d'un caractère équivoque, qui jouait un rôle double auprès de Haendel et de Bononcini, et qui, finalement démasqué, fut accablé du mépris des deux compositeurs.
Dans un pays tel que l'Angleterre, où la liberté d'esprit et d'opinion est extrême, Haendel devait avoir et eut en elîet des détracteurs, par exemple Avison, qui le déprécia au profit de Marcellot et même de Geminiani; mais il eut aussi des fanatiques poussant l'exclusivisme jusqu'à l'intempérance. De ce nombre 4'ut Ârbuthnot, auteur d'un opuscule pseudonyme, l'Harmonie en révolte, relatif aux démêlés de Haendel avec Senesino, ainsi que du piquant écrit polémique dont le titre vaut d'être intégralement transcrit : le Diable est déchaîné à Saint-James, ou relation détaillée et véritable d'un combat terrible et sanglant entre iV/°'° Faustina et M™" Cuzzoni. nin^i que d'un combat opiniâtre entre M. Bro^i-lii f i',iriiirllil el M. Palmerini, et enfin de la façon (huit M. Sinesino s'est enrhumé, a quitté l'Opéra, et chanté dans la chapelle de Henley.
Indiquons encore aux curieux le luxueux inquarto, devenu rare, deCoxe, les Anecdotes sur Haendel et Smith, — l'ode de Bobinson Pollingrove, le Génie de Haendel, — et celle de Daniel Prat, chapelain du roi, destinées à vanter Haendel et son talent d'organiste.
L'énumération serait longue de tous les compositeurs étrangers qui, comme Haendel, furent, au XVIII' siècle, les hôtes de l'Angleterre; auprès de Bononcini et d'Ariosti, il convient de nommer Dominique Scarlatti, au Narcisso duquel collabora un de ses amis anglais, Roseingrave. Porpora, un moment antagoniste de Haendel, joua un grand rôle à Londres, principalement dans la culture de l'enseignement du chant. Enfin, la réputation d'Haydn en Allemagne grandit beaucoup à la suite de ses deux séjours en Angleterre, en 1791 et 1793. Magnifiquement rémunéré par Salomon, organisateur des concerts de Hanover Square, Haydn écrivit pour orchestre ses douze grandes symphonies. L'enthousiasme anglais prit, sous des aspects divers, les formes les plus Hatteuses. Tandis que le prince de Galles faisait peindre le portrait du compositeur par Reynolds, un marchand de musique lui payait dix mille francs pour mettre des accompagnements à deux recueils d'airs écossais.
Haydn, comme beaucoup d'autres artistes, ne fui pour l'Angleterre qu'un hôte de passage. Parmi les étrangers qui s'y fixèrent et y trouvèrent une véritable patrie, il faut citer Pepusch, né à Berlin, compositeur religieux et dramatique, théoricien, qui tint à Londres pendant cinquante ans une place considérable. Dans la première partie de sa longue et laborieuse carrière, sa renommée eût été peut-être plus brillante s'il ne se fût trouvé en compétition avec Haendel.
Revenons aux musiciens authenliquement anglais.
Dans la musique religieuse, nous citerons, au début du siècle, Elfort, Golding, Finch, Reading, Barrett, Henstridge. Croft a une importance plus grande et s'exerça dans plus d'un genre. Babel), Robinson, Weldon, lurent d'excellents organistes. Plus tard, nous rencontrons Green, King, Kent et William Hayes. Boyce composa de la musique religieuse qui demeure en faveur; un morceau de sa composition ou de celle de Weldon est presque tous les jours chanté dans l'une ou l'autre cathédrale.
Nous avons encore Hudson, James, Hart, qui avait plus de savoir que de goiît, Gawthorn, Rilcy, Prelleur, d'origine française, Worgan, qui, ayant approfondi Palestrina et Haendel, se distingua dans les fugues pour l'orgue. Nares, en composant peu, alteignit à une réputation enviable. Madin fit sa carrière en France. L'histoire musicale doit pareillement enregistrer Keeble,Langdon,Alcock, Johnson, Clark, Altemps, qui vécut à Rome, Bishop, Felton, Thomas Bennet, Barbant, Dupuis, Gnest, Marsh, William Bennet, Levelt, Ebdon, Blewit, Davenport, Beckwith, Chilcott, Dixon, Gooke, Ayrton, Benjamin Cook, Ross, John Clarke, dont l'activité fut très soutenue et très féconde; Hook, dont la production fut colossale; Philippe Hayes, aussi fameux par son embonpoint que par son talent; Hill, Hempel et Harris, imitateur heureux du style de Haendel.
Presque tous ces artistes furent simultanément compositeurs religieux et exécutants sur l'orgue. Cet instrument, si fort amélioré précédemment par Dallam, reçut au xviii'' sii''cle de grands perfectionnements grâce aux travaux du facteur Samuel Green et de son collaborateur Byfleld le Jeune.
Vers 1760 se forma une nouvelle espèce de composition, le {/lec, qui garda sa vogue pendant un siècle. Dans les premiers el meilleurs temps, le glee était une composition pour trois ou plus de trois voix d'hommes. Plus tard ou l'écrivit dans une harmonie très simple. Le plus grand des vrais compositeurs de glees était Samuel Webbe. En même temps lleurit ie Catch, une espèce de canon dans laquelle les mots sont arrangés de façon à produire des quiproquos étonnants. Beaucoup sont plus rabelaisiens que Rabelais.
Les succès de Haendel au théâtre devaient naturellement faire marcher sur ses traces un grand nombre d'imitateurs. Il y a cependant, çà el là, une marque assez personnelle dans la musique dramatique do Thomas-Augustin Arne. Son Cornus (1738) a joui d'une grande réputation. Signalons aussi l'Opéra des Opéras, la Chute de ï'haéton, Don Saverio, Artaxerce, le Conte de F('es et le Cijmon, de son fils Michel Arne, qui peuvent aussi être honorablementcités. C'est à un genre intermédiaire, conlinanl à la musique légère, qu'appartiennent, pour la majeure partie, les œuvres de Dibdin, qui, durant sa laborieuse carrière, cumula les fonctions de chanteur, de compositeur, d'imprésario et d'éditeur. Un air de sa composition, Pauvre Jacr/ues, qui pénétra en France, eut tant de vogue à Londres qu'on l'y vendit, en quelques semaines, à dix-sept mille exemplaires.
Il suffit de nommer Fisher. Il y a de la grâce dans les ouvrages de Thomas Linley, qui peuvent être classés comme opéras-comiques. Les pantomimes et les opéras-comiques de Shield témoignent d'un certain goût et de quelque élégance. Moorhead fut apprécié comme auteur de ballets. Citons de lui La Péroiisc el le Volcan ou le liical d'Arlequin. Très fécond, Reeve, aujourd'hui fort oublié, jouit en son
temps d'une véritable renommée. Il fil un ballet d'Orphée et Eurydice, une pantomime à'Hrreule et Omphale. Signalons encore de lui Arlequin et Obéroti. liaijmond et Agnès, <■ ballet sérieux «, Jeanne d'Arc, « ballet historique », el son opéra-bouffe intitulé la Rixe. Attwood écrivit beaucoup pour le théâtre. Il alimenta les scènes de Hay-Markel, de Drury Lane et de Covent Garden. 11 s'exerça avec une facilité égale dans l'opéra, l'intermède, le ballet el la farce.
A Londres, plus peut-être que partout ailleurs, les chanteurs ont été souvent des étrangers. Au commencement du siècle, nous avons rencontré la Faustina, la Crizzoni. Tout le long de la même période, nous retrouverions en Angleterre la trace de cantatrices italiennes comme Régine Mingotti ou Marianne Sessi. Mais des succès marqués furent égaleraeni obtenus par des chanteurs de naissance anglaise. Quelques opéras de Haendel furent créés par Anastasie Robinson, qui, en vertu de son union avec lord Peterborough, devint pairesse d'Angleterre. Haendel lui préférait Suzanne Cibber, artiste au style expressif et pathétique, pour qui il composa l'un des airs du Messie. Plus tard, nous signalerons Anne Catley, renommée pour son style sobre et délicat; M™= Abrams, qui brilla aux fameux concerts commémoratifs de Haendel; Cécile Davies, que les Italiens désignèrent sous le gracieux surnom de VInglesina, et M"= Croucli, qui conserva longtemps la faveur des dilettantes.
Du côté masculin nous trouvons en Angleterre, au xvin'' siècle, Leveridge, à la voix puissante, homme d'esprit, mais grossier, qui composa des airs d'opéra, et qui, en 1726, finit par ouvrir un café où il faisait entendre des chansons originales de sa façon. Holcombe fut un grand chanteur dramatique. Harrison, l'un des ornements du fameux concert de Salomon, avait une voix de ténor embrassant deux octaves.
Norris, excellent musicien, connu d'abord par son superbe soprano d'enfant de chœur, devint un ténor applaudi dans les oratorios. Incledon, qui avait commencé par être matelot, se fit une place au théâtre, mais excella surtout à rendre avec intelligence et sentiment les naïves et caractéristiques mélodies de l'Ecosse et de l'Irlande.
Pratiqué avec un certain éclat en Angleterre, l'art du chant y fut enseigné et mis en théorie par des hommes d'une véritable valeur : on peut citer les traités de Gilson, de Carnaby, d'Adcock, de Peck. Jean-Jacques Ashley fut un professeur très habile.
La prédilection du public anglais pour la musique instrumentale s'était affirmée de bonne heure par la création de nombreux concerts. C'est ici le lieu d'appeler l'attention sur la figure originale, curieuse, foncièrement britannique, de Thomas Britton, un charbonnier qui, au-dessus de son magasin, dans une salle étroite et pauvre, au plafond bas, accessible par un escalier extérieur, organisa des auditions où l'on entendit Pepusch, Haendel, Banister el Mathieu Dubourg, encore enfanl. Les comtes d'Oxford, de Pembroke et de Sunderland ne dédaignèrent point de fréquenter cet artislique repaire, dont l'entrée fut d'abord gratuite. L'excentrique propriétaire perçut ensuite de ses abonnés une rétribution annuelle de dix shellings, laquelle assurait le privilège supplémentaire de prendre du café h un sou la tasse.
De même que les chanteurs, les représentants de la virtuosité instrumentale en Angleterre lurent souvent des étrangers comme Geminiani, qui tient un rang élevé dans l'histoire du violon, et qui venait d'Italie ainsi que Nicolas Mattheis et Pasquali. C'est
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PÉRIODE ANCIENNE