‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 350 sur 364 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

d'Allemagne (|iie, plus lard, arriva liiiillaume Cramer, que le roi, pour le retenir à Londres, fit nommer directeur de ses concerts et chef d'orchestre de l'Opéra.

Comme violonistes vérilablement anglais, au xviii" siècle, nous signalerons Banister le Jeune; Dean, qui le premier fit entendre à ses concitoyens une sonate de Corelli; Henri Eccles, qui, pour la virtuosité, fut en avance sur son temps ; Corhett, qui fut célèbre et rassembla'^une belle collection instrumentale : il la légua au collège de Gresham en instituant une rente pour rémunérer la personne qui serait chargée d'en faire les honneurs au public. Les sonates de Corelli avaient été acclimatées à Londres par Dean; ce l'ut Needler qui y introduisit ses concertos. Mathieu Dubourg acquit la renommée d'un grand artiste. Clegg, qui avait au plus haut point la beauté du son et la légèreté de l'archet, fut son élève. Nommons aussi Schuttleworth, Sherard, Barthélemon, né sous ce nom à Bordeaux, mais devenu pour les Anglais Bartleman; (Jénéral Ashley, son élève; Blake, sans oublier Festing, qui composa de bons solos pour son instrument. L'art du violoncelle fut représenté à Londres d'une manière brillante par des Italiens comme les deux Cervetto et comme Caporale. Jacques llerschel, à une date postérieure, vint d'Allemagne. Mais nous avons le devoir de grouper les noms de violoncellistes anglais d'un vrai mérite :Crouch, Crosdill, (iunn, virtuose de talent et théoricien de valeur, et Paxton, auquel on doit quelques compositions.

Nous rangerons ici les contrebassistes Sharp et Thomas Billington.

Remarquons, en quittant les instruments à cordes, que quelques luthiers anglais de ce siècle se distinguèrent dans leur fabrication, par exemple la famille des Benks, Arriton, et surtout Duke, dont les ouvrages furent très réputés.

En passant aux instruments à vent, nous rencontrons, pour ce qui regarde latlùte, Wrags, Ashe, qui, l'un des premiers, se servit avec adresse des clefs additionnelles; Flath et Abingdon. Un instrument délaissé depuis, la fliMe à bec, avait été précédemment cultivé et matériellement amélioré par Louis Mercy. Parmi les hautboïstes anglais, figurent Jean Parke, qui brilla aux concerts du Ranelagh et auquel son talent permit d'amasser une fortune; — Jean Ashley, qui fut attaché à la musique de la garde royale, qui succéda h Bâtes comme directeur des oratorios; enfin William Païke, frère de Jean, pendant quarante ans premier hautbois à Covent Garden. — Nous joindrons à ces noms celui d'un bassoniste hors ligne, Holmes, dont le jeu était particulièrement remarquable par l'autorité et la précision, — et nous appellerons en passant l'attention sur les ingénieux travaux de Clagget qui, notamment, tenta un perfectionnement intéressant dans la construction des cors.

Pour le clavecin et le piano, nous trouvons aussi à Londres des étrangers tels que ce Sandoni, lemari de laCruzzoni, que l'on comparait à Haendel pour son habileté dans l'improvisation, ou comme Keller, d'origine germanique. Il y eut d'ailleurs en Angleterre une école nationale du clavecin, haliile, mais peu originale :Kelway, Burton,miss Davies,Cogan, Latrobe, qui reçut les encouragements de Haydn, Griflîn, Gnest, Haight, Benson, Butler, Krifft. A la fin du siècle, l'illustre démenti séjourna longtemps en Angleterre, où lui furent décernés des honneurs extraordinaires et où il acquit des richesses considérables. Un mécanicien anglais, Hopkinson, imagina divers

moyens d'améliorer les instruments à clavier, dans la fabrication desquels BroaJwood obtint une véritable célébrité. De 1771 à 18o6, il n'est pas sorti de ses ateliers moins de cent vingt-trois mille sept cent cinquante pianos.

Dans les trois royaumes, il a, depuis les temps les plus anciens, existé, de façon permanente, extérieurement, eu quelque sorte, à l'art d'importation, une musique populaire, d'essence colorée, aisément distincte etreconnaissable par ses formes et ses rythmes, et non dépourvue de saveur. Le pays de Galles, au xvin" siècle, avait encore des « bardes », par lesquels, d'une manière ininterrompue, se maintenaient vivants de vieux souvenirs. John Morgan, l'un d'eux, jouait du primitif instrument à archet appelé crouth ou crwlh, connu dans ces régions écartées de l'Europe depuis le v(= siècle. Barde pareillement et harpiste, Edward Jones, né ([uarante ans plus tard que le précédent, sortait d'une famille où s'était perpétuée une culture traditionnelle analogue. Jones fut officiellement le « barde » du prince de Galles, depuis George IV. On doit à Jones la publication d'airs gallois dont quelques-uns semblent remonter très haut. Il s'efTorça aussi de remettre en faveur la vieille harpe à deux rangées de cordes, et il rétablit dans sa province les concours de ménestrels. On lui doit en outre des publications intéressantes où il a historiquement reconstitué et réuni tout ce qui se rapporte à la poésie, à l'art vocal et instrumental des populations celtiques. Walker s'occupa de travaux du même genre, et écrivit un savant ouvrage sur la musique des Irlandais. Une monographie de Nevil, insérée dans les Transactions philosophiques, a trait à un détail archéologique de cette musique : la trompette funèbre usitée aux premiers temps du christianisme, d'après un spécimen que l'on avait trouvé dans des fouilles. Sur la vieille musique irlandaise, on rencontre aussi des renseignements rassemblés et présentés avec goût dans un livre donné par Eastcott en 179.'3. Le même sujet fut consciencieusement traité par Ledwich, Barrington et Pennant.

Il est un instrument caractéristique inconnu en dehors de la Grande-Bretagne et qui figure encore dans la musique militaire des régiments écossais : la cornemuse. Un artiste anglais du xviii= siècle, Rawenscroft, connu d'autre part comme violoniste, se signala par le talent avec lequel il s'en servait. Courtney en améliora le timbre sans lui rien faire perdre de son coloris.

Parmi les compositeurs anglais qui se sont inspirés de thèmes populaires, pour écrire des chansons, des ballades, souvent remarquables par la naïveté du sentiment, citons Samuel Webbe et son fils; Ritson, qui recueillit des chants datant du règne de Henri III jusqu'à la révolution de 1688 et rassembla aussi certains airs écossais. Nous mentionnerons encore les ballades de Carey, de Jackson, de Howard, de Holdeiet Carter; les rondes et chansonnettes de Hague; les mélodies de Campbell, de Harrington; les chansons écossaises recueillies par CoTfe; les productions de lîattishil, de l'isin, de Baikh.n, de Danby, de Miss Aima Lindsey, enfin d'Anderson, qui mourut en 1801, à Inverness.

La littérature musicale fut très abondante en Angleterre au xvui' siècle. Parmi les auteurs d'ouvrages didactiques, après de La Fond, qui était d'origine française et qui donna son .Yo;ac'ftîi SjiKlème, etc., en 1725, nous rencontrons Tansur, Malcolm, Bremner, Holden, Overend, Maxwel, William Jones,

'NCYCLOPÈDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOinE

Miller, qui ne put terminer sa traduction du Diclionnaire de musique de Itousseau, Callcott, dont la Grammaire musicale a de l'inlérèl, et Brewster.

C'est à la philosophie, à la science et à l'esthétique qu'appartiennent les travaux de Derham, de Haies, de Jones, de Ilarris, de Mason, noms auxquels on peut joindre ceux de Browne et de BroUelsby, d'Emeison, acousiicien compétent, de Davy, de Daniel Webb, de Beattie, de Mitford, de Boberlson. Divers points de l'histoire musicale antique furent traités par Jortin, par Bedford, qui étudia la musique des Grecs et des Hébreux; par Ellvs, qui s'occupa de l'usage des instruments à percussion dans les fêtes païennes et les solennités juives, par Nas, auquel on doit un bon livre latin sur les rythmes des Grecs. <iibson, évêque de Londres, mort en 1748, qui a publié, avec des notes savantes, la Cantilena rustica de Jacques V, roi d'Ecosse; William Mason donna un lissai hiatorique el critique sur la uiusiquc i/Vy/isc; l'ierre Mortimer publia en allemand, à Berlin, un livre excellent, malheureusement demeuré longlomps ij,'noré, sur le chant choral au temps de la lléformation.

Indiquons enfin l'importante contribution d'Arnot aux annales de la musique dans sa très bonne Histoire d'Eclimbourg : les Lettres sur la poésie et la musique de l'opéra ilalicn, de Brown, et les curieux renseignements recueillis par Guthrie sur les mélodies populaires de la Hussie. Hamilton Biid s'occupa des airs de l'Hindoustan, ainsi que le fameux orientaliste William Joues, qui fut juge à la cour suprême de Calcutta. Ouseley se distingua dans le même ordre de recherches. Quant à Bruce, ses voyages en Afrique lui fournirent l'occasion de s'intéresser à la musique, antique et moderne, de l'Egypte, et à celle des Abyssins.

Dès 1740, Grassineau, né à Londres de parents fiançais, donna le premier dictionnaire de musique qui ait paru en langue française. C'était, avec des additions, une adaptation de celui de lirossard. liobson, postérieurement, en publia une édition nouvelle, avec un supplément tiré du Dictionnaire de Rousseau. Hoyle, en 1770, fit imprimer un Dictionnaire portatif de musique. Nous placerons également ici VHistoire du théâtre anglais de 1771 à 1793, par Oulton (une seconde édition résume les annales dramatiques jusqu'en 1817), et nous mentionnerons l'importante et longue collaboration, pour la critique et l'histoire musicale, de Thomas Busby, au Monthhj Magasine. Enfin nous signalerons Bicknell, qui, sous le pseudonyme de « Joël Collier », licencié en musique, fit paraltie une sorte de parodie des voyages de Burney.

Nous avons réservé une mention spéciale aux deux importants historiens anglais de la musique, Hawkins et Burney. 11 est à remarquer que tous deux, imbus des préjugés de leur temps, dédaignaient le moyen âge et le regardaient comme barbare, alors qu'en Allemagne il se trouvait quelqu'un de plus clairvoyant et de mieux informé, Venzky, pour proposer de célébrer le troisième centenaire de « l'invention de la composition par Dunstable ». Hawkins, par malheur, était peu musicien. Son insuffisance technique, les lacunes de sa culture préalable, sont trop souvent sensibles dans son vaste travail, qui liarfois a moins l'aspect d'un véritable livre que <run recueil de matériaux, d'ailleurs réunis avec une application fort méritoire. Le sens critique de Hawkins n'est pas toujours bien ferme ni bien fin, mais,

sur beaucoup de points, son érudition est incontestable. Son ouvrage, d'abord assez mal accueilli, sacrifié, avec un injuste exclusivisme, à celui de Burney, a pris, depuis, un rang assez élevé dans l'estime des connaisseurs.

Le premier volume du livre de Burney parut presque en même temps que l'œuvre de Hawkins. Le quatrième et dernier volume fut publié en 1788. Cet ouvrage, qui avait coûté, pour sa préparation, vingt années, et quatorze ans pour son exécution, obtint une réussite brillante, dont il n'est pas indigne. Burney était plus musicien que Hawkins. Il procède d'après un plan meilleur; il est plus clair et plus ordonné; il écrit mieux. Dans quelques parties, cependant, il est peut-être inférieur à son émule pour l'étendue et la profondeur de la documentation.

Page 1