Histoire du Théâtre-Français, t. XIV
4. Aboé du Bos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture. n33, III, 144.
5. Lemazubieb, Galerie historique des acteurs du Théâtre-Français, ISIO.
6. Boileau et l'abbé Du Bos apportent leurs témoignages à l'appui de cette assertion, dont il ne paraît pas possible de douter.
7. Racine faisait paraître Bérénice, Bajazet, Milhridate, Iphigénie et Phèdre, précisément dans les années où Lully faisait jouer ses premiers opéras, c'est-à-dire dans les années où il formait son style récitatif; et ces tragédies de Racine servaient de débuts à la Champmeslé.
les tons » de Racine, sur la déclamation personnelle de Racine, et que c'est celte déclamation qu'il a notée en musique '.
La première chose qui frappe dans la tragédie de Lully, c'est la place éminente qu'y tient le récitatif. Il n'en est pas un accessoire, une sorte de lien factice qui unit les dilfcrents airs; il est le cœur de l'œuvre. Dans ce siècle de l'intelligence, le récitatif représeniait la partie raisonnable de l'opéra, le raisonnement mis en musique; on s'en délectait. Ce fut principalement par là que Lully établit sa supériorité. « Après lui, dit la Viéville, on peut trouver des airs et des symphonies qui valent ses airs et ses symphonies. Mais son récitatif est inimitable. Nos maîtres d'aujourd'hui ne sauraient attraper une certaine manière de réciter, vive, sans être bizarre, que Lully donnait à son chanteur. » — La première loi de ce récitatif, c'est la stricte observation du style syllabique. La ligne déclamée est nettoyée de toute « végétation mélodique », comme dit M. L. de la Laurencie. Lully réagit vigoureusement contre le goût italien des vocalises, des » roulements », des « doubles » (c'est-à-dire, des répétitions ornées), que son beau-père, Lambert, avait contribué à mettre à la mode; non seulement il évitait d'en écrire, mais il se mettait en fureur, quand les chanteurs, suivant la coutume, ajoutaient quelques fioritures à la partie qui leur était confiée. » Point de broderie! leur criait-il. Mon récitatif n'est fuit que pour parler, je veux qu'il soit tout uni*. )> — Le récitatif de Lully épouse donc fidèlement les mouvements du discours. Mais, avant tout, il en épouse les rythmes poétiques, il se moule sur les vers; et c'est là souvent, il faut bien le dire, une grande cause de monotonie. Quelle que soit l'habileté de Quinault à varier dans ses vers les accents rythmiques, sa déclamation, traduite en musique par Lully, est dominée par l'accentuation exagérée de la rime dans les vers courts, de la césure et de la rime dans les alexandrins. On trouve souvent dep steppes de récitatifs et d'airs, scandés de la façon suivante :
ce r I c c r
II n'est rien 1 ici - bas 1
c c r |cc c I
De si charmant | que vos appas.
ce c c U c u
Arrêtez, [ belle
ccr I C cr I ccr I C cr
D'accomplir | en ces lieux | ce que Junon | dé-si-re.
une t r c e erUrt
Lully mit en musique l'Idylle sur la Paix de Racine ; et, d'après 3 Jugement de Louis Racine, il y « avait parfaitement rendu le oèLe «. Le Frevost d'Exmes raconte aussi, d'apros un récit de .ouis Raciue. que Luily mit un jour eu musique et chanta les ers à.'lphi(jênie :
" Un prêtre environné d'une foule rruelle
aditoir
pari
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUfiinUE ET DrCTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
Quand à la monotonie de ce perpétuel dactyle se joint la monotonie de la ligne mélodique, comme il arrive souvent, c'est le ronronnement fastidieux de Talexandrin classique. — Heureusement, dans ses pages les plus soignées, LuUy, tout en maintenant l'accentuation de la césure et de la rime, en rachète la monotonie par l'alternance des mesures à quatre et à trois temps, par la beauté expressive du dessin mélodique et par l'accent pathétique. Ainsi, dans l'admirable scène de Méduse, au troisième acte de Pcrsée, ou dans les deux airs de Médée, au second acte de Thésée, dont la déclamation se modèle, si l'on peut dire, sur la respiration de l'héroïne :
Doux repos 1 , | innocen-le paix, 1
c ^r h|p^r/ r I c l 7 TlîrT"
Dépit mortel, 1 transport 1 jaloux, i
%^ ^r I PC" Un
Je m'abandoDDo I à vous, i
Mais, en général, la mesure, après avoir flotté, un moment, librement balancée, reprend aussitôt après son rythme monotone. 11 arrive même que la rime qui termine la phrase ou la période soit appesantie encore par l'adjonction d'un battement de gosier, d'un trille. J.-J. Rousseau, dans sa LeUre sur la musique française, s'indigne contre « ces repos » à la fin de chaque vers, « ces cadences parfaites qui tombent si lourdement, et sont la mort de l'expression ». 11 ne critique pas moins les inflexions exagérées et les grands sauts de voix '. — Sans adopter entièrement ses conclusions, dont la sévérité va jusqu'à l'injustice, on doit, dans presque tous les récitatifs ou airs récitatifs de LuUy, distinguer de l'ensemble du morceau certaines phrases, qui en sont en quelque sorte le noyau. Ces phrases, d'ordinaire au début du récitatif, sont généralement bien observées d'après les intonations naturelles du personnage et de la passion ; et elles sont gravées avec
1. Avec UD modernisme curieux, J.-J. Rousseau réclame, contre LuUy, un récitatif plus conforme à la nature de la langue française, <t dont l'accent est si uni, si simple, si modeste, si peu chantant », un récitatif « qui roule enlre de fort petits intervalles, qui n'élève ni n'abaisse beaucoup la voix, peu de sons soutenus, jamais d'éclats, encore moins de cris, rien surtout qui ressemble au chant, peu
degrés ».