‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 42 sur 364 · I. — Lsi période prëraïuiste · texte numérisé non relu

I. — Lsi période prëraïuiste

Nous désignons ainsi la période qui commence en 1687 pour se terminer en 1733, et au cours de laquelle les prédécesseurs de Hameau préparèrent par des conquêtes progressives la magnifique eftlorescence dramatique et musicale que le maître bourguignon allait révéler au public français.

Un premier fait se présente d'abord à nos yeux, c'est la faveur presque unanime dont l'opéra jouit auprès des diverses classes de la société. L'opéra, en

Tîachaumonl, les Nouvelles Litti^raires et la Correspondance littéraire de Griram, les Dictionnaires biographiques de Fùtis, Choron et Fayollc, Mendel, Grovc, le Dictionnaire critique .1.- Jal. le Culaloijue de M. de L:i'ia.Tl(!,\esBistoiresdelaMimiiu.-.u\\\\.]' I n, I .k.h et H.WooUett.

Des opéras de la période pK*r - ■ i • !> i >; in^ sous forme de

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sons, Théiis et Pêfee de Colasse, lA'ii. ./; ,, i.d.i.r. . l'iticrèdc, les Fêtes vénitiennes de Campra, Issé, Ompltalc et les Etcncuts de Destouches.

La maison Durand publie la collection des œuvres coniplèlcs de llameau, les premiers volumes ont paru. (Voir à la Bibliographie de Rameau pour les détails.)

effet, se substitue à la tragédie classique agonisanle, et nous voyons poètes et dramaturges se transformer peu à peu en librettistes; tout en puisant aux mêmes sources que la tragédie, en demandant ses sujets à l'histoire ancienne ou bien au roman pastoral ou héroïque du xvii" siècle, l'opéra a introduit sur la scène un élément nouveau; il y a introduit cet élément de plaisir, cet élément voluptueux contre lequel les moralistes, la Sorbonne et l'Eglise prennent inutilement les armes. L'opéra est une féerie pour les oreilles comme pour les yeux; il charme cl il enchante; il fait appel aux sens, il éveille et excite la sensibilité; il est un grand producteur d'émotion : u L'opéra, déclare la Sorbonne en 1093, est d'autant plus dangereux, qu'à la faveur delà musique, dont tous les tons sont disposés et recherchés exprès pour toucher, l'àme est bien plus susceptible de passion... » Et pourtant, en dépit de Boileau, en dépit de Rossuet, les « lieux communs de morale lubrique i> dont il fait étalage trouvent grâce même devant certains ecclésiasti(jues, puisque le P. Caffaro, dans une lettre célèbre, ne craint pas d'en établir l'apologie'. D'ailleurs, on l'a justement remarqué, la tragédie classique marchait tout naturellement, de par sa constitution même, vers l'opéra; l'évolution était fatale; rien ne pouvait l'empêcher, et le goût manifesté par le public français pour l'opéra héritait de la faveur acquise précédemment par les œu vres de Corneille et de Racine^. Nobles, bourgeois, Parisiens et provinciaux courent à ce spectacle avec une frénésie incroyable, et le xviii° siècle a certainement été le siècle de l'opéra. On connaît l'épitre dans laquelle La Fontaine dépeint l'engouement de ses contemporains :

Le Français pour lui seul contraignant sa nature N'a que pour l'opùra de passion qui dure. Les jours de l'opéra, de l'un à l'autre bout. Saint-llonoré, rempli de carrosses partout, Voit, malgré la misère à tous états commune, Que l'opéra tout seul fait leur bonne fortune. Il a l'or de l'abbé, du brave, du commis ; La coquette s'y fait mener par ses amis; L'ofticier, le marchand tout son rôti retranche Pour y pouvoir porter tout son gain le dimanche, oii ne va plus au bal, on ne va plus au cours, llIviT, été, printemps, bref, opéra toujours. Et quiconque n'en chante, ou bien plutôt n'en frronde (juelque récitalif, n'a pas l'air du beau monde'.

Et cet engouement, le fabuliste l'exprime très bien, est général. Il détient la ville, l'église même et la province. A l'église, Lulli fait entrer la pompe, la grandiloquence de l'opéra. Un anonyme ne craint pas de dédier à l'archevêque de Paris des recueils d'airs spirituels à une, deux et ti'ois parties « composez dans le goust des airs de l'opéra '• ». Les collèges des Jésuites sont le théâtre de représentalions lyriques auxquelles Marc-.\ntoine Charpentier apporte le concours de son talent, et la tragédie scolaire suit la mode universelle. « Ces tragédies, explique le Mercure galant, n'estoient autrefois mesiées que de Ballets, parce que la danse est fort nécessaire pour donner de la bonne grâce et rendre le corps

1. Voir Boursault, Lettres d'un tUéolor/ien illustre. 16!14. (tF.uvrcs de Boursaull, édit. de 17^3), et J. Ecorcheville, De Lulli à Rameau (1690-1730), ch. Ml.

2. » Dclle-méme, écrit M. Romain Rolland, la Irasédic IVanraise marchait vers Topera. Ses dialogues balancés, ses périodes caJencées, ses phrases qui se répondent, ses nobles proportions, la logique de son développement, se prêtaient naturellement à reurylliniie musicale. >» — R. Rolland, Histoire de l'opéra en Europe avant Lulli/ et Scar- /a((i(IS9b|, p. i6l.

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